I. — Analyse du mot
Pour exprimer ce qu’exprime le français par « le donateur est venu », le grec a 6 Bwxwp ; pour « les donateurs sont venus », il a cl Soixope; ^XGov ; pour « la maison du donateur », o tou àwxopcç 61% oç, et pour « la maison des donateurs », o xtov àoixopwv cl'Aoq ; pour «j’ai vu le donateur », xov dcùzcpx slScv, et pour « j’ai vu les donateurs », touç àwxopaç elocv ; pour « je donne au donateur » »xcp âwxcpt 3i'Bü)|u, et pour « je donne aux donateurs », zoïg Biozcpm Dans tous ces cas, le nombre
singulier ou pluriel et le rôle dans la phrase du mot « donateur » qui sont exprimés en français (l’orthographe mise à part) par l’article, par la préposition et par la place respective des mots sont indiqués en grec par les formes du nom Bwxwp : le grec représente à cet égard, avec fidélité, l’état indo-européen que le latin représenterait également bien.
Quand on examine ces formes de àwxwp, on y reconnaît un élément commun Bcozop- ou àtoxwp- et un élément variable : zéro, -x, -oç, -i ; -zg, -xg, -G)v, -au L’élément variable, qui sert à marquer le nombre, le rôle dans la phrase (et aussi, pour les noms, le genre masculin-féminin ou neutre ; pour les verbes, la voix, etc.) se retrouve dans un nombre indéfini d’autres noms, ainsi dans 6 -f\p « animal », Gyjp-a, Gvjp-oç, G Y)p-f ; Gvjp-eç, Gîjp-aç, Qr)p-a>v, Qvjp-at : on l’appelle la désinence ; la partie du mot qui précède la désinence et à laquelle est attaché le sens se nomme le
PRINCIPES DE LA MORPHOLOGIE
thème. Le thème peut être irréductible, comme dans 0-rçp ; ailleurs, il est analysable, ce qui est le cas de ûüjxwp : en effet Su- se retrouve, joint à l’idée de « donner », dans Sfôwpii, Stoso), lowxa et dans Swpov, SwxtvY], et -xop- (-xwp-) dans une série de noms d’agents, comme axxûjp « conducteur » en regard de ayu « je conduis », ôyjpaxwp « chasseur » en regard de 0Y)paw « je chasse », etc. Le thème Suxop- se compose donc de deux éléments, l’un oo)- qui indique l’idée générale de « donner », l’autre -xop- auquel est due la valeur du mot comme nom d’agent : le premier est la racine, l’autre le suffixe.
Le mot indo-européen comprend ainsi trois parties : la racine, le suffixe et la désinence, dont chacune a un rôle distinct : la racine indique le sens général du mot, le suffixe en précise la valeur, et la désinence en marque (concurremment avec les alternances vocaliques et la place du ton) le rôle dans la phrase.
De ces trois parties aucune n’existe à l’état isolé, en dehors de l’unité du mot : la désinence -cç de àwxopoç n’est pas un petit mot qui s’ajoute au thème àwxop- et qui en puisse être séparé comme la préposition de en français dans : la maison de ce riche et généreux donateur ; le thème âwxcp- n’existe pas davantage isolément : au singulier, le nominatif èüjxwp et le vocatif Süzop n’ont pas de désinence, il est vrai, mais, ce qui caractérise ces deux cas, c’est précisément l’absence de désinence, par contraste avec les autres cas qui ont telle ou telle désinence : la désinence est zéro ; considérés dans l’ensemble de la flexion, Bwxwp et càxop ne sont pas des thèmes nus, ce sont des formes à désinence zéro. Enfin il n’y a pas de racine nue : il y a seulement des thèmes qui sont caractérisés par l’absence de suffixe, ou autrement dit par le suffixe zéro : tel est le cas de 0yjo-. Le nominatif 0vjp est une forme à suffixe et à désinence zéro.
De ce que les trois parties du mot indo-européen forment une unité et ne sont pas séparables autrement que par analyse scientifique, il ne résulte pas qu’elles n’aient pas été, dans un passé plus ou moins lointain, trois mots indépendants les uns des autres. La ressemblance de la désinence *-mi des premières personnes du singulier du type athématique à l’actif, gr. eijju, skr.