‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 55 sur 129 · II · texte numérisé non relu

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asmi , v. û.jesmï « je suis », avec le pronom personnel de première personne du singulier gr. jjls, skr. mâm , y. si. me « moi » (à l’accusatif) a suggéré l’idée que la désinence * -mi serait un ancien pronom. Mais comme cette désinence est à peu près la seule dont la ressemblance avec un pronom soit frappante, la coïncidence peut être fortuite. Et puisque, en tout cas, l’hypothèse échappe à la vérification, elle est négligeable. — On peut imaginer aussi que tel élément morphologique a été détaché d’un type de radicaux dont il faisait originairement partie intégrante, par exemple que le *-è- de thèmes d’aoristes passifs grecs comme axpaçîjvai en regard de axpsçco ou d’infinitifs latins comme manëre en regard de gr. (jlsvü) (pLepuévYjxa) aurait été emprunté à une série de mots où il aurait appartenu à la racine ; mais cette hypothèse, plausible en elle-même, n’est pas davantage susceptible de vérification et sera par suite également négligée ici.

Toutefois, si l’on ignore la façon dont s’est constituée l’unité du mot indo-européen, l’analyse en racine, suffixe et désinence n’est pas pour cela un procédé arbitraire dont on ne se servirait qu’afin d’éclaircir et de faciliter l’étude. Elle n’enseigne rien sur les origines et sur le développement de la flexion indo-européenne, mais elle est le seul moyen à l’aide duquel on puisse l’exposer. Qu’on examine fr. aimer , j'aime, nous aimons , vous aime j'aimais, etc., et rouler, je roule, nous roulons, vous roule %, je roulais, etc. : il n’y a pas en français de radical isolé aim- ou roui-, ni de désinence isolée -er, -e, - ons , -e%, -ais, etc. ; mais les éléments aim-, roui- d’une part, -er, -e, etc., de l’autre, sont ceux qui sont substitués les uns aux autres suivant le sens à exprimer, aim - étant associé à l’idée d’ « aimer », -ons à l’idée de « moi et d’autres », etc., ainsi aim-, roui-, etc. d’une part, -on%, etc. de l’autre sont réels en tant qu’éléments de substitution. De même, la racine, le suffixe et la désinence de l’indo-européen, dont le rôle est d’ailleurs différent de celui des radicaux et des terminaisons du français, n’ont pas à être envisagés autrement que comme des éléments de substitution : par exemple -q et -xe se substituent l’un à l’autre dans gr. èçspô-ç et èyépe-zs suivant qu’on veut dire « tu portais » ou « vous portiez » ; mais, ainsi

I 1 8 PRINCIPES DE LA MORPHOLOGIE

conçus, ils sont des réalités. Il appartient aux psychologues de déterminer comment s’opèrent les substitutions dans l’esprit des sujets parlants ; la tâche du grammairien est de reconnaître ces éléments, de les classer et d’èn suivre les transformations. Le linguiste a affaire à la langue d’une manière objective, sans avoir pour cela le droit d’oublier jamais que les éléments de substitution qu’il isole représentent des procès psychiques complexes.

Ainsi les éléments morphologiques en lesquels on analyse le mot indo-européen ne sont pas des abstractions des grammairiens: ce sont les symboles au moyen desquels s’expriment les systèmes d’associations communs aux divers membres d’une même communauté linguistique. Un paradigme est la traduction grammaticale d’un ensemble de faits psychiques qui se retrouvent sensiblement identiques dans un groupe d’hommes.

Sans doute la racine n’est pas une simple abstraction. La plupart des racines avaient des formes nominales et verbales à suffixe zéro, qui tendent à s’éliminer au cours du développement des divers dialectes, mais qui étaient un élément essentiel de l’indoeuropéen commun ; la racine était donc par elle-même un thème utilisable, c’est-à-dire une réalité concrète. Tel est le cas de *eddans skr. âd-mi « je mange » ou de *wêk^~ dans lat. uôx.

Néanmoins la racine sera entendue ici comme un élément corrélatif du suffixe et de la désinence, et non comme un élément « primitif » dont les mots seraient dérivés par composition et par dérivation : une manière historique d’envisager la racine n’aurait aucun sens, puisque de la préhistoire de l’indo-européen on ignore tout. Ainsi un mot appartient à une racine, c’est-à-dire qu’il fait partie d’un ensemble de mots ayant en commun un groupe de phonèmes auquel est associé un certain sens général, mais il n’est pas tiré, il ne sort pas d’une racine.

Tous les mots n’appartiennent pas à des racines ; beaucoup de thèmes nominaux ne comportent pas l’analyse en racine et suffixe, même dans les cas où l’élément final a la forme d’un suffixe connu : ainsi, bien que le mot skr. ànah « voiture de charge », lat. onus ait la forme d’un thème en * -es-, c’est-à-dire d’un type nominal assez fréquent en indo-européen, on n’y discerne aucune

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