ANALYSE DU MOT
racine et qu’une désinence ; si une forme russe telle que poidëmte « allons toi et moi », d’ailleurs exceptionnelle en russe même, semble comprendre pour le sujet parlant deux désinences : -rude première personne et -te de seconde, c’est une innovation d’un caractère étrange et imprévu.
Mais un même mot peut avoir un nombre indéfini de suffixes. Des thèmes *swep-no -, *swop-no-, *sup-no-, attestés par skr. svâpnah « sommeil », lat. somnus, gr. üicvoç, v. si. sünü, sont tirés, avec un suffixe secondaire *-iyo -, d’autres thèmes attestés par skr. svàpn(î)yam « rêve », lat. somnium, gr. (èv-)ui:viov, v. si. sünïje (le type indo-européen était sans doute *swôp-no- [et *swep-no- P] : *süp-n-iyo-, v. ci-dessous, p. 238). A la racine i.-e. *tewd- « être fort » appartient skr. tàvi-s-î « force », avec deux suffixes, d’où, avec un troisième, tâvi-s-ï-vân « pourvu de force », et, avec un quatrième, tàvi-s-i-vat-tara-h « plus pourvu de force » ; de même en grec ^ap-i-ç « grâce », ^api'-ZevT- « pourvu de grâce », avec deux suffixes, d’où, avec un troisième, ^api-Z'éa-TEpo-ç « plus pourvu de grâce ». Chaque suffixe s’ajoute au thème, comme un premier suffixe à la racine ou comme une désinence au thème.
Outre l’addition des éléments morphologiques, l’indo-européen disposait de deux caractéristiques grammaticales : la place du ton et les alternances vocaliques.
N’étant limitée par aucune règle phonétique, la place du ton variait suivant les mots et les formes grammaticales et par suite constituait un moyen de caractériser chaque mot et chaque forme. Tout d’abord le ton peut manquer : beaucoup de mots sont caractérisés par le ton zéro, par l’atonie : ainsi des particules comme skr. ca « et », gr. te, lat. que, ou, dans certains cas, des verbes, comme skr. asti, gr. sort, etc. Le vers suivant du Agveda (V, 57, 7), qui comprend onze syllabes réparties entre quatre mots, n’a qu’un seul ton :
prâçastim nah krnuta rudriyâsah « faites pour nous célébrité, ô Rudriyas ». Ailleurs, la place du
PRINCIPES DE LA MORPHOLOGIE
ton varie suivant le sens, ainsi dans g r. tojjlcç « la coupe » opposé à to \l6ç « coupant » (cf. p. no), ou suivant la forme grammaticale, ainsi dans le nominatif pluriel gr. tzqïzz « pieds », skr. pâdah , opposé au génitif singulier gr. tcooôç, skr. padâh « du pied », dans russe Ijüdi « les gens » (nominatif), opposé au génitif ljudéj « des gens ». Un mot indo-européen n’est donc défini que lorsqu’on connaît la place occupée par le ton dans chacune des formes de sa flexion.
Les alternances appellent une discussion spéciale.