FORME DES RACINES
proprement dite e, o, zéro : une racine peut être de la forme *ei-, *ten-, *pekw-, etc., non de la forme *è-, *te-, *pe-, etc. Si, comme on le fait parfois, on tient pour une partie de certaines racines le e des formes dites thématiques telles que skr. vâh-a-îi « il conduit en char », pluriel vâh-a-nti, v. si. ve^-e-tü, pluriel ve^çtü (c’està-dire *ve^-o-ntt), lat. ueh-i-t, ueh-u-nt (cf. gr. çsp-e-xs, psp-o-piev pour la flexion), la règle subsiste, car il est vrai qu’aucune racine verbale n’a la forme *£-, *te, *&we-, etc. : on ajoutera simplement qu’il y a des racines dissyllabiques terminées par e, o , zéro. Du reste, quelle qu’ait été la nature de la voyelle thématique en pré-indo-européen, cette voyelle apparaît dans des racines où elle ne saurait passer pour radicale, ainsi dans *gnê- :
skr. jânate « il engendre », gr. èysvsTo ; gr. yi'y vexai, lat. gignit; gr. yovoç, skr. jànah ; etc. Cet emploi du type thématique est, il est vrai, exceptionnel ; mais les racines à présent et aoriste thématiques comme celles de Xsira», IXitucv, admettent couramment le parfait, qui est une forme athématique, gr. XéXonxa, XéXeip.p,ai, et, inversement, des racines qui fournissent un présent athématique fournissent un aoriste à redoublement thématique, ainsi skr. jaghnân « tuant », hom. Tiesvsiv, en face de skr. hânti « il frappe ». Il reste donc probable que la voyelle thématique sert d’élément de formation. Le cas des racines en *è : % *â : *d, *0 : % comme xiOyjju : tiôsjjlsv ; fsrxYj'ju (dor. i'axâpu) : ftrrapev ; §(§ü>[u : Sfôojjiev, est différent de celui des racines thématiques, on l’a vu p. 129.
Le nombre des types possibles de racines monosyllabiques est dès lors assez réduit :
i° Consonne (ou sonante) plus e ( e étant le symbole de l’alternance e, 0 , zéro) plus consonne (ou sonante) : *tep- : lat. tep-or, skr. tàp-ah « chaleur » ; *ten- : gr. xlv-wv, lat. ten-ère; *legh- : v. si. le^-ati « être couché », got. lig-an « être couché », gr. \iy-oc.
20 Consonne (ou sonante) plus e plus sonante plus consonne : gr. xspTC-Q), skr. larp-âyati « il rassasie, il satisfait ».
3° Consonne (ou sonante) plus sonante plus e plus consonne (ou sonante) : gr. xpéz-w, lat. trep-it « uertit » ; skr. trây-ah « trois », gr. xpsTç (de *xp^y-=ç).
PRINCIPES DE LA MORPHOLOGIE
4° Consonne (ou sonante) plus sonante plus e plus sonante plus consonne : skr. lve$-âh « agité, violent » (de *twois-ôs ), gr. ceu».
A l’initiale, chacune des consonnes peut être remplacée dans ces formules par *s plus occlusive ou occlusive plus s (ou le phonème indiqué p. 70).
skr. tâks-à « charpentier», gr. téxt-wv.
got. -skiub-an « déplacer », v. si. skub-ç « j’arrache », lit. skub-rùs « rapide ».
Dans chacun des types, la consonne initiale peut manquer, ainsi :
*es- : skr. âs-ti « il est », gr. IVti , lat. es-t (cf. type 1).
*eus- : skr. ôs-ati « il brûle », gr. eu-w (de *euh-ô, plus ancien *tus-ô ), lat. ür-ô (cf. type 2).
Dans tous les cas, les longues *â , % *ô en alternance avec *9 peuvent être substituées à e plus sonante, suivant le principe posé p. 127.
En tant qu’elle s’oppose au suffixe et à la désinence, la racine forme une unité, mais, considérée en elle-même, elle se laisse souvent analyser.
Ainsi gr. Fé\ x-o), Fé-Fokr r-a, FzXiz-iq supposent une racine *welp- ; mais le rapprochement de lit. vil-iù « j’espère », vil-tis « espérance » permet d’isoler un élément *wel- « espérer » et, d’une manière plus générale, « désirer » : lat. uelle, got. wiljan, v. si. velëti « ordonner », etc. ; dans la racine *wel-p-, on distinguera donc une racine plus simple *ivel- et un élargissement *-p- ; la même racine simple apparaît avec un autre élargissement *d- dans gr. hom. è/eXo-wp. On n’a proprement le
droit de parler d’élargissement que là où la racine « élargie » fournit à la fois des thèmes verbaux et des thèmes nominaux ; autrement, il peut ne s’agir que de suffixes verbaux ou de suffixes nominaux. Mais il est impossible de faire un départ exact.
Certains élargissements se rencontrent dans des séries de verbes de sens voisins, ainsi -t- dans :
i° lat. plec-t-ô , (am-)plec-t-or , v. h. a. fleh-t-an « tresser », y’ si. pletç « je tresse » ; cf. gr. xXsx-w, lat. (du-)plex ;