‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 67 sur 129 · FORME DES RACINES · texte numérisé non relu

FORME DES RACINES

2° got. fal-fc-an « plier », gr. (S(-)xaX-T-oç, (Si-)7uXajtoç ; cf. *pel- dans lat. ( du-^pl-us , gr. (Si-)tcX-ooç ;

3° lat. pec-t-ô pec-t-en ; gr. xéx-x-w, xiefç Ç*pkten~) ; cf. gr. iroxoç, arm. « toison » (d e*pekiur?);

4° lat. nec-t-ô ;

5° got. (ga-)wi-d-a (avec prétérit (gct-)zva-f)7 v. h. a. zui-t-u « je lie ».

Dans les exemples i, 3 et 4, le groupe final ht révèle la présence d’un élargissement ; car une racine ne se termine pas par deux occlusives non plus que par deux sonantes.

Puisque l’élargissement est un élément morphologique, il doit rentrer dans les règles générales du vocalisme et présenter la voyelle alternante e, o, zéro. Et en effet, si l’on compare les racines *plek- et *pelt - et qu’on isole la partie commune *pel-, *pl-, on voit que *plek- renferme un élargissement *-ek-, avec alternances : gr. TcXéx-w, rcXox-vh ombr. (tu-)plak « double » (de *pl°k-). Le *-t- des exemples cités ci-dessus est donc au degré zéro.

L’élargissement peut avoir e aussi bien que la racine ; mais la racine n’admet qu’un seul e actuellement présent (cf. p. 129). C’est ce que montrent les élargissements de *ter- « trembler » (attesté par skr. taralâh « agité, tremblant ») :

*trep- : skr. trpràh « agité », lat. trépidas, v. si. trepetü « tremblement ».

*ters- : gr. iTepcrsv èçoêYjuev chez Hesychius, lat. terreô.

*lres- : skr. trâsati « il tremble », gr. xpsw, hom. Tpyjpwv épithète du pigeon (de *trsrôn ou *tr°srôii).

*trekr : gr. (à-)xp£y.'fe, zd tdr'dsaitî « il tremble », lit. trisù «je tremble ».

*trem- : gr. xpi[AO), Tpop.oç, lat. tremô, lit. trimù « je tremble'».

*trems- (ou *trens-V) : v. si. treso « je tremble ».

De même, à côté de *prekr attesté par lat. precês, procus , got. praihnan « demander », v. h. a. frâgèn, v. si. prositi (même sens), on trouve lit. persù « je demande », v. h. a. fergôn « prier », ombr. persclu « precatione », qui semblent supposer *perk1-’7 mais nulle part on ne rencontre *pereki~.

A. Meillet. 10

PRINCIPES DE LA MORPHOLOGIE

Les racines indiquant des bruits et ayant une valeur expressive se présentent avec les élargissements les plus variés, ainsi *kr- de lat. coruos, cornïx , gr. y.opa;, xopwvvj, skr. kâravah « corneille » (mot de lexiques), etc., fréquent dans des mots qui indiquent des bruits tels que :

v. si. krakati « croasser », lat. crôciô , v. isl. hrôkr « corneille » et gr. y.pàÇw, xixpâya, y.ptôÇu ;

v. si. kricati « crier », hom. xpty.e — et gr. xpiÇo», xexpÎYoxeç ; v. isl. hrïka « craquer » ;

skr. krôçati « il crie », lit. kraukiù « je croasse », v. si. krukü « corbeau », et gr. xpauyrç, got. hrukjcm « croasser » ;

lit. krankiù « je croasse » ;

lat. crepô ;

et de même le synonyme *kl-, très fréquent aussi, dans gr. xXwÇa), v. si. kliknoti « crier », etc.

La racine indo-européenne n’est donc pas un élément irréductible et fixe ; mais il est impossible de donner une théorie complète de ses variations ; on rencontre tous les cas intermédiaires compris entre les deux types extrêmes suivants :

a. Elargissement d’une racine au moyen d’une sorte de suffixe, ainsi élargissement par *-s- de *kjeu- « entendre » dans skr. çru-s-tih « obéissance », zd srao-s-ô « obéissance », v. si. slu-x-ü « audition », sly-s-ati « entendre », v. h. a. hlo-s-ên « écouter », v. sax. hlu-s-t « ouïe », gall. clu-s-t « oreille ». Ces élargissements rappellent les suffixes ; dans ce cas particulier, on n’en saurait séparer la caractéristique -s- des désidératifs qui sera examinée au chapitre du verbe ; la valeur désidérative est sensible dans skr. çrustîh « obéissance », par exemple.

g. Simple communauté d’initiale dans des mots de sens voisins ; ainsi *st-, *t- dans une série de mots signifiant « appuyer sur, heurter » :

lat. tundô et studeô, got. stautan « heurter », skr. tudâti « il lieurte ».

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