MOYEN
primaire brâvi-ti « il parle »
brü-té
juhô-ti « il fait libation »
juhu-té
yunâk-ti « il unit »
yunk-té
açnô-ti « il atteint »
açnu-té
parfait cikét-a « il a aperçu »
cikit-ê
secondaire ^ çno-t « il a atteint »
âçnu-ta
âkar-(t ) « il faisait »
âkr-ta
bnlya-t « il pourrait dire
» bruvi-tâ
La même opposition se voit en grec dans
primaire
parfait TiXpoç-a
x48papi.-p.ai
secondaire £t(9y;-v
èxiOe-piYjv
Toutefois certains thèmes radicaux simples qui n’admettent que les désinences moyennes avaient le vocalisme prédésinentiel e :
véd. çây-e « il est couché »
gr. y.sT-xa'.
vas- te « il se vêt »
Fiç-xzi
âs-te « il est assis »
LE VERBE
et cle même g r. xpijiajjai, GTsutac, etc., zd staota « il a loué », etc., etc.
c. Place du ton.
Toute forme verbale pouvait, suivant la position et le rôle dans la phrase, être tonique ou atone ; cet état est conservé en védique, et le recul constant du ton en grec s’explique par là.
Dans les formes toniques du type thématique, le ton frappe l’une des syllabes du thème, la même dans toute la flexion de chaque thème, ainsi skr. bhâra-ti « il porte », bhâra-nti « ils portent », mais srjâ-ti « il émet », srjâ-nti « ils émettent ».
Au contraire, dans les formes toniques du type athématique, le ton peut frapper le thème ou la désinence, et sa place varie au cours de la flexion. A en juger par la plupart des formes sanskrites et germaniques, la prédésinentielle était tonique aux trois personnes du singulier actif, et la désinence aux autres nombres de l’actif :
skr. ê-mi « je vais »
véd-a « je sais »
yunàk-ti « il unit »
jagràbh-a « j’ai saisi »
imâh « nous allons »
vid-mâ « nous savons »
yunj-ânti « ils unissent »
jagrbh-mâ « nous avons saisi »
De même v. h. a. %èh (de germ. *taih ) « j’ai montré », en regard de skr. didéç-a, et v. h. a. %ig-un « ils ont montré », en regard de skr. didiç-üh, supposent *dôikx-a : *diki-n't.
Dans les présents védiques à redoublement, le ton se place tantôt sur le redoublement et tantôt sur la désinence : skr. bibharmi « je porte », bibhr-mâh « nous portons » ; dàdhâ-mi « je pose », dadh-mâh « nous posons », dâdh-ati « ils posent ».
Dans les formes personnelles de la flexion verbale grecque autres que quelques impératifs, la place du ton, fixée par une règle générale, n’a plus de valeur significative ; mais les formes nominales, participes et infinitifs, conservent la trace de l’ancienne place ; i-wv « allant » s’accorde avec skr. i-mâh « nous
FLEXION VERBALE
allons », zideig avec skr. dadh-mâh, etc. Si donc, à l’aoriste sigmatique védique, le ton reste invariablement sur le thème, au moyen vâm-s-i « j’ai gagné », et si en grec les participes et infinitifs correspondants ont le ton sur l’élément radical (tsT -sai, T£''-c:â?), on peut conclure qu’à l’aoriste sigmatique le ton ne passait pas sur la désinence en indo-européen (voir
En ce qui concerne les désinences moyennes, elles ont en général le ton en védique, ainsi yunkté « il unit », jagrbhê , « j’ai saisi » ; toutefois le type véd. çâye, çéte a le ton sur la syllabe initiale, comme le participe gr. xefpLSvoç, tandis que la place du ton du participe gr. XeXetjjLj/ivoç garantit l’antiquité du parfait skr. jaghrbhê , oxyton. Dans le type des présents à redoublement, gr. ctëcaÔai, a B6;j.svc; concordent avec skr. dâde « je donne », et montrent que, au présent du moins, les mouvements du ton avaient lieu — comme dans le nom — non entre prédésinentielle et désinence, mais entre initiale du mot et désinence.
d. Augment.
L’augment consiste en un élément *e- qui peut être placé devant celles des formes de l’indicatif qui ont les désinences secondaires. Il n’apparaît que dans un groupe de dialectes : indoiranien, arménien et grec ; les autres langues l’ignorent ; c’était donc en indo-européen un fait dialectal.
En védique il a le ton dans les formes toniques :
véd. â-bharat « il portait » arm. e-ber « il a porté » gr. ï-oepe
àdhât « il a posé » e-d « il a posé » 2-ôtjxs
skr. a-ricat « il a laissé » e-likh « il a laissé » s-X«cê
Devant les sonantes, il admet la forme è , ainsi dans véd. â-vrnak « il a tourné », hom. Yj-(/)ei&eiç « tu savais », ou dans att. fi*, ■jrç'j.sv, véd. aima « nous allions ». Quand le thème commence par une voyelle proprement dite, l’augment se contracte avec celle-ci dès l’époque indo-européenne :
LE VERBE
thème *es- : skr. ah « il était », dor. -qç. thème *âgie- : skr. âjat « il conduisait », dor. ays att. ^ys* arm . ac « il a conduit » .
L’augment ne fait pas partie du verbe ; dans la langue homérique et dans la langue védique, l’emploi en est facultatif, et l’on trouve, avec le même sens, des formes comme hom. eyspe et yép s, véd. âbharat et bhârat « il portait » ; les plus anciennes inscriptions cypriotes offrent peut-être des prétérits sans augment comme ye/"a « j’ai versé » ; en arménien, l’augment est employé seulement dans celles des formes de l’aoriste qui, sans cette addition, seraient monosyllabiques : e-ber « il a porté » s’oppose à ber-i « j’ai porté » ; chez Homère, en védique et dans les prâkrits, la présence ou l’absence de l’augment est aussi en rapport avec l’étendue du mot : on lit toujours hom. è'cys, jamais *aye.
En grec, la règle suivant laquelle le ton ne peut pas reculer au delà d’un premier préverbe (lûap-ev-ôeç et non *7uap-ev-0eç) s’applique à l’augment, et l’on trouve (prap-s-cr/cv et non *7 uap-e-ayov, èv-yjaav et non *Iv-vjaav. A cet égard, l’augment est donc traité en grec comme un préverbe, c’est-à-dire comme un mot anciennement indépendant. Il ne faisait pas partie intégrante de la forme verbale à l’époque indo-européenne. Et en effet l’indo-européen ignore la préfixation.
e. Signification des formes de la flexion verbale.
Chacune des distinctions reconnues dans la morphologie a sa valeur sémantique propre.
i° Nombre. — Le sanskrit, l’avestique, le gotique, le norrois runique, le vieux slave, le lituanien et certains dialectes grecs anciens (principalement le vieil attique) ont conservé la distinction des trois nombres indo-européens : singulier, pluriel et duel.
La forme verbale se suffit à elle-même : çépsiç ne s’adresse qu’à une personne, oipzTs à un nombre de personnes indéterminé, ç>épsxcv à deux ; aucun pronom n’est nécessaire.
FLEXION VERBALE
2° Personne. — De même que le nombre, la forme indo-européenne indique la personne sans l’addition d’un pronom. Là où un pronom figure dans la phrase, il a la valeur d’un mot indépendant : lat. amas at esurio signifie « tu fais l’amour, mais j’ai faim », et tu amas at ego esurio , « toi, tu aimes, mais moi, j’ai faim ». Gr. ffaXw'Çei sans « sujet » signifie « quelqu’un joue de la trompette », « on joue de la trompette ».
Au point de vue d’un moderne, un « impersonnel » tel que gr. Ssi « il pleut » signifie que « de la pluie tombe », mais le sens ancien est autre : alors que chaque phénomène naturel était tenu pour le résultat de l’activité d’un être analogue à un être animé, uet signifiait « le dieu, le génie pleut » ; en fait, Homère n’a pas £îst, mais seulement deux fois M 25 = £457 :
us o’ àpa Zsuç.
Le latin a loue tonante, etc. L’expression védique vato vâti « le vent vente » est plus caractéristique encore. Ce ne sont donc pas des impersonnels qui expriment les phénomènes naturels, mais des troisièmes personnes dont le « sujet », qui est un être plus ou moins vaguement conçu, n’est pas indiqué avec précision. — Les vrais impersonnels indo-européens étaient ceux dont les formes en -r- étudiées p. 198 et suiv. font entrevoir l’existence.
3° Voix active et moyenne. — Les désinences moyennes indiquent que le sujet est intéressé d’une manière personnelle au procès, tandis que les désinences actives n’expriment pas cette nuance : skr. vaste , gr. (f)iv zxi « il se vêt » ; g r. ôuo) veut dire « je fais un sacrifice », Ouoyai « je fais un sacrifice pour obtenir quelque chose » ; le prêtre qui fait un sacrifice pour autrui dit véd. yàjâmi « je fais un sacrifice » ; l’homme qui prend part, avec le prêtre, à un sacrifice fait à son profit dit véd. yâje « je fais un sacrifice (pour moi) » ; gr. àyei, skr. âjati signifient « il conduit », ayeiat, âjate « il conduit pour lui, ou avec lui », ainsi chez Homère :
A 19 aÙTiç §’ ’Apydyjv 'EXIvyjv MsvéXacç ayoïxo.
LE VERBE
En grec, à XcJgj « je lave » s’oppose Xo’jsxai xàc « il se lave
les mains » et de même véd. pànî àva nenïkte « il se lave les mains ». L’actif skr. gâcchati « il va » s’oppose au moyen sâm gacchate « il se rencontre avec... ». Le moyen n’est pas un réfléchi, mais il exprime souvent des sens voisins de celui du réfléchi. La nuance de sens qui sépare le moyen de l’actif, nette dans des exemples comme les précédents, devient parfois fuyante, et il est curieux par exemple que les formes qui servent de futur aient eu normalement en grec commun des désinences moyennes, ainsi ïao\xy.\ : £t;j.t, £§c[/.ai : èaôi'ti), 7C£(<70[j.ai : Traoya), etc.
Le verbe indo-européen présente le procès essentiellement en tant qu’il est l’œuvre d’un agent, et il ne comporte guère une formation à valeur passive. Mais des formes employées absolument comme gr. ©epw et ©épop.at signifiaient à la fois « je porte » et « je me porte », comme on l’a vu p. 1 63 ; alors la forme moyenne ©épcp.ai, grâce à sa signification particulière, se prêtait bien à l’expression du passif, et c’est un usage qui n’est pas rare en grec, surtout au parfait qui, de par son sens, admet le passif mieux que le présent-aoriste ; les formes à désinences moyennes fournissent aussi le passif du gotique ; nasjada « il est sauvé » ; cé rôle de passif est moins fréquent en indo-iranien.
Par suite de leur sens, certains thèmes verbaux ont reçu exclusivement ou presque exclusivement les désinences moyennes, ainsi que skr. sâcate « il suit », zd hacaite, gr. tarerai, lat. sequitur, v. irl. -sechethar (type déponent du latin et du vieil irlandais, combiné avec les désinences en -r). Avec un même sens, il arrive du reste que le présent et l’aoriste aient seulement la désinence moyenne, et le parfait les désinences actives, ainsi gr. y-'yvo[j.at, èyevépLTQv, mais yéyova. Et. même la répartition des désinences actives et moyennes peut varier à l’intérieur d’un même thème : Homère ne connaît que les désinences actives du présent ©yjjju ; mais, au prétérit, ©àxo est beaucoup plus courant que çyj, et n'en diffère pas pour le sens.
4° Valeur des désinences primaires et secondaires et de l’augment.
FLEXION VERBALE 209
L’opposition de valeur des désinences primaires et secondaires ne se laisse pas ramener à une formule simple.
Il n’y a lieu de tenir compte ici que de l’indicatif du présentaoriste ; le parfait indicatif a ses désinences actives propres ; l’optatif n’a que les désinences secondaires: skr. syat « qu’il soit », gr. etVj ; au subjonctif, le grec n’a que les désinences primaires, ainsi çépw, yépü)7i, et l’indo-iranien présente à la fois les désinences primaires et les désinences secondaires, véd. âsati et âsat , zd anhaiti et anhat « qu’il soit », sans différence de sens appréciable.
A l’indicatif, les désinences primaires indiquent un procès qui a lieu au moment où l’on parle, soit qu’il se produise actuellement, gr. <pépa) « je suis en train de porter », soit qu’il vaille d’une manière générale, comme lat. homo mortalis est. Une forme à désinence primaire peut être employée en sanskrit avec pura « auparavant » et chez Homère avec racpoç pour noter une chose vraie depuis un certain temps et qui n’a pas cessé de l’être, ainsi :
A 264 otXk’ opasu ftéXe[xév§ ' otoç 7 zocpoq eu^eai sîvau
Les désinences secondaires indiquent souvent le passé: véd. bhàrati, hom. oépzi signifient « il porte »; véd. bhârat, hom. <p|pe signifient « il portait » ; hom. Xfaue « il a laissé », etc., et de même hom. (Jr)=(7r)-/ATY;v en face de (f)î(F)w. tov. Toutefois, comme ce n’est pas le seul emploi des désinences secondaires, cette expression du passé est ambiguë ; elle peut être précisée par l’augment, mais seulement dans un groupe de dialectes contigus : indo-iranien, arménien et grec : là où les désinences secondaires sont accompagnées de l’augment, la forme n’exprime que le passé : ainsi skr. âbharat » il portait », gr. gçspe, arm. eber « il a porté » ; gr. è'Xtxe, arm. elikh « il a laissé ». Quand un même thème admet à la fois les désinences primaires et secondaires, les formes à désinences primaires constituent le présent proprement dit: skr. bhàrati « il porte », gr. çépst, et les formes à désinences secondaires, précédées ou non de l’augment, l’imparfait : skr. (â)bharat « il portait », gr. (i)oepe. En slave, où l’augment n’existe pas, il ne subsiste plus que quelques formes d’indicatif A. Meillet. i4
où un thème de présent à désinençes secondaires exprime le passé, et elles servent d’aoristes : ainsi v. si. pade « il est tombé » (avec -e de en regard de padetü « il tombera » et les 2e et 3e personnes telles que rece « il a dit » en regard de recetü « il dit ». C’est donc au moyen des désinences secondaires et, accessoirement. dans un groupe de dialectes, de l’augment que l’indoeuropéen exprime l’opposition du présent et du passé.
En védique, les formes d’indicatif à désinences secondaires sans augment admettent aussi un sens à peu près identique à celui du subjonctif : bhârat « qu’il porte », surtout avec la négation prohibitive mü : mt bharah « ne porte pas », ma bharat « qu’il ne porte » ; et de même en iranien, dans les gâthâs de l’Avesta ; c’est cet emploi que l’on appelle Yinjonctif ; il n’est pas attesté de manière sûre hors de l’indo-iranien. L’usage des désinences secondaires dans les formes de l’indicatif qui servent à exprimer un désir ou une défense concorde avec l’usage fait de ces mêmes désinences à l’optatif et, dans une partie des cas, au subjonctif.
Remarque sur la valeur des thèmes de présents et d’aoristes. — Une même racine fournit le plus souvent à l’indo-iranien, au grec, à l’arménien et au slave un ou plusieurs présents et aoristes, qui ont chacun un thème différent ; ainsi en grec çeuystv, ©uysTv ; ptivetv et jjdiAvetv, [i-eïvai ; yiyveaG ai, y£V£c>0a'. ; ay£iv, àytxyeXv ; Ypà<p£iv, vpadiat j Sfeixvuvat, Ssïçat ; TiOévat, 0£?vai ; etc. ; en védique rinàkti « il laisse », araik « il a laissé » (avec augmenta) ; dâdhàti « il pose », âdhàt « il a posé », etc. ; en arménien arriéra « je fais », arari « j’ai fait » ; luanam « je lave » (cf. gr. Xout», lat. lauo ), luaçi « j’ai lavé » ; en slave, stanç «je me lèverai », staxü « je me suis levé », etc. Mais, ce qui caractérise l’aoriste au point de vue morphologique, ce n’est pas la forme du thème, car, sauf les formations en -s-, tous les types de thèmes employés à l’aoriste se retrouvent au présent; ainsi qu’on l’a vu p. 162 et suiv., un thème d'aoriste se définit morphologiquement un thème qui , à Vindicatif présente seulement les désinences secondaires. Dans les langues qui, comme le slave et l’arménien, ont un imparfait
FLEXION VERBALE
caractérisé par un suffixe particulier, le même thème peut servir parfois de présent avec les désinences primaires et d’aoriste avec les désinences secondaires : arm. berè (de *bihere-tî) signifie « il porte », et l’ancien imparfait e-ber (de *e-bhere-t ) « il a porté » ; le présent v. si. padetü signifie « il tombera » (le présent d’un verbe perfectif slave se traduit par un futur), et l’aoriste pade (ancien imparfait) « il est tombé ». Un thème de présent indoeuropéen sera donc défini : un thème qui , à V indicatif \ admet les désinences primaires et secondaires. Le parfait, qui a des désinences spéciales, n’est pas un présent ; au contraire un thème à infixe nasal, comme celui de skr. vrnôti « il couvre », un causa tif, tel que skr. vàrâyati « il fait couvrir », sont des présents, parce qu’on peut dire, avec les désinences secondaires : âvrnot « il couvrait » , âvârayat « il faisait couvrir » .
Tous les types de thèmes ne sont pas susceptibles de fournir des aoristes ; il n’existe d’aoristes que dans les types radicaux comme gr. BsTva'., XitïsTv, ius7ui0eïv, dans le type en -s- et dans les types en -â- et -ê-, comme ^avvj-vat. Le type à inlixe nasal, le type en *-selo-, les types dérivés en *-ye/o -, *-skelo-, *- ne/o -, les causatifs en *-eye!o- fournissent exclusivement des présents. Par rapport au présent, l’aoriste est d’ordinaire une forme plus légère, ainsi les présents gr. 7c~'j0s<70at et 7uuv0avscr0ai en face de l’aoriste 7ru0£j6ai.
Les thèmes de présent fournissent: i° un indicatif, comprenant un présent proprement dit, un imparfait et un impératif — 2° un subjonctif — 3° un optatif. Ainsi en grec Xefau«> (Xe-Xretç), eXsiTüov, Xsftre — Xsitco) (XeiV/îç) — Xewuoipit, soit cinq séries de formes. Les thèmes d’aoriste fournissent de même : i° un indicatif, comprenant l’aoriste proprement dit et l’impératif — 2° un subjonctif — 3° un optatif : gr. IXnuov, Xbue — Xfcuw (XfriYjç) — Xfaotpt, soit quatre séries de formes. De même en védique : présent, indicatif : présent proprement dit çrnôti « il entend », imparfait âçrnot « il entendait », impératif çrnudhi « entends » ; subjonctif çrnâvat « qu’il entende » ; optatif çrnuyat « il pourrait entendre », — aoriste âçrot « il a entendu », impératif çrudhi « entends » ; subjonctif çrâvat « qu’il entende » ; optatif çrüyat (écrit par u) « il pourrait entendre » .
Les thèmes de présent et d’aoriste n’indiquent pas des temps différents : un imparfait IXeiiuov qui appartient au thème du présent n’est pas moins un passé qu’un aoriste IXhuov ; et un subjonctif aoriste X(tug) n’en est pas plus un que le subjonctif présent Xeùcü). Le mot présent , qui est traditionnel, ne doit pas induire en erreur : on distinguera toujours le système du présent, qui comprend diverses formes, parmi lesquelles un prétérit tel que gXeucov et un subjonctif tel que Xeùiü)(XeùrY;ç) appliqué surtout à l’avenir, et le présent proprement dit Xsitcü) (Xsfaeiç), qui seul exprime un fait actuel et auquel le système doit son nom.
En grec, le thème de présent indique un procès considéré dans son développement, dans sa durée ; le thème d’aoriste, le procès pur et simple : l’un peut être symbolisé par une ligne, l’autre par un point. Soit la phrase suivante de Xénophon (Hell. I, 1, 3): k[t.(x%c'no \jAyp'. oi ’Aôïjvxtot cncsicXeuffav, le sens est: « ils ont combattu (action envisagée dans son développement et sa durée, d’où l’imparfait) jusqu’au départ des Athéniens » (le fait pur et simple du départ est envisagé : d’où l’emploi de l’aoriste). Tous les emplois du présent et de l’aoriste se ramènent à ces notions générales ; ainsi ôipyzw signifie « être chef » (d’une manière durable), âp%<xi signifie, entre autres choses, « prendre le commandement » (fait pur et simple). On exprime souvent à l’aoriste une chose qui a duré, mais qu’on envisage dans son ensemble sans songer expressément à la durée, ainsi chez Hérodote, II, 1 57 : y) AÇcù~ oq aTcajswv tcoXùov eitl xXeTcxov ypovov rcoXicpy.ec{X£VYj œniay t « Azotos a résisté (fait envisagé dans son ensemble) plus longtemps que toutes les autres villes » . L’aoriste peut même indiquer un fait général, pourvu qu’on ne considère pas l’action indiquée dans son développement, mais seulement en tant que fait, d’ailleurs susceptible de se répéter indéfiniment (aoriste gnomique) : Théognis, 329 :
xxi’ppaBbç e’j£ouXo<; eiXev xa^uv àvcpa Suoxuw
« un homme lent, mais adroit, prend un homme rapide qu’il poursuit ». En arménien, le présent indique un procès qui se développe sans terme défini (donc considéré dans son dévelop-
FLEXION VERBALE
pement), l’aoriste, le procès en tant qu’il aboutit à un terme défini; la valeur de l’aoriste arménien est sensiblement différente de celle de l’aoriste grec et reproduit peut-être mieux l’état indoeuropéen. Malheureusement, la nuance de sens qui sépare le présent de l’aoriste n’est pas claire en indo-iranien, et la structure du slave ne se prête pas non plus à une définition nette de celte nuance. Si l’on est sûr que le présent indique le procès qui se développe, on ne saurait déterminer avec précision la valeur de l’aoriste: procès aboutissant à un terme défini ou procès pur et simple. Quoi qu’il en soit, l’opposition du présent et* de l’aoriste est sans doute celle des particularités des verbes indo-européens qui a eu pour le développement ultérieur de la flexion verbale les conséquences les plus importantes.
Il n’a été tenu compte ici que des formes attestées par l’accord d’au moins deux langues, et un grand nombre de traits des formations verbales ont été omis. Néanmoins ces indications donnent une idée de ce qu’a été la complexité du verbe indoeuropéen, avec la multiplicité de ses thèmes et la richesse de sa flexion : c’est par centaines que se comptent les formes possibles d’une même racine dans la langue védique ou la langue homérique, si l’on fléchit tous les thèmes à tous les nombres, à toutes les personnes, à toutes les voix et avec toutes les sortes de désinences : primaires, secondaires ou d’impératif. Ainsi la racine skr. vart- « tourner » fournit dans le Rgve da : un présent vcirtate « il tourne » (et concurremment, par exception, la forme athéma tique vârti, de *vartti ), un présent à redoublement vavarti, un présent intensif vâvarti , un parfait vavârta , un aoriste sigmatique avrtsata (3e personne plur.), un causatif varlâyati, un aoriste (à valeur causative) avîvrtat, un désidératif (attesté au participe vivrtsan ), chaque thème admettant, d’une manière plus ou moins fréquente, les divers modes, les diverses personnes; en partie des désinences primaires et secondaires, etc., soit environ 4o formes (ou 8o là où l’actif et le moyen existent concurremment), c’està-dire pour tous les thèmes un total de plusieurs centaines de formes possibles, à quoi il faut ajouter les participes rattachés à
chacun, avec toutes leurs formes casuelles et l’expression du genre. Cette complexité immense, dont toutes les langues conservent encore au moins des traces, a été simplifiée au cours de l’histoire de chacun des dialectes et n’apparaît plus clairement que dans les formes anciennes des langues de l’Inde, de l’Iran et de la Grèce.