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II. Dans les formations secondaires, l’élément qui précède

LE NOM

immédiatement le suffixe secondaire a, en règle générale, le vocalisme zéro, ainsi :

i.-e. et non *-yes-, dans skr. -is-tha-, gr. -\z-

to-, got. -is-ta-, v. ci-dessus p. 2 33.

i.-e. *-u-, et non *-eu -, dans skr. guru-tâ « lourdeur », gr.

jjap’J-TYJÇ.

i.-e. *-i-, et non dans skr. avi-kâ « brebis », v. si. ovï-ca~ i.-e. *-r-, et non *-er-, dans skr. pitr-iyah « paternel », gr. z: r rp-ioç, lat. patr-ius.

Dans les thèmes tirés d’un mot qui renferme déjà un suffixe, non seulement l’élément présuffixal nouveau, mais aussi l’élément radical précédent, tendent à avoir le vocalisme zéro : si les exemples sont rares, ceci tient à ce que l’analogie en a éliminé la plupart, et à ce qu’ont seuls subsisté ceux que des circonstances particulières ont préservés, ainsi :

de *k™etu>er- (skr. catvâr-ah « quatre », dor. tsto pec, etc.); *k™tur-yo-, zd ( â-)xtüirim « pour la quatrième fois », tüiryâ « quatrième », skr. turiyah « quatrième », ou *k"trto- dans gr. TapTY]{j.5picv « quart », latin de Préneste Quorla.

de *dei-zuo- « dieu » (skr. devâh, lat. deus, etc.) : skr. div-yâ-h « divin », gr. IXzq (de *hF-yz~i) ; lat. dïus (de *diu-io-s ), soit i.-e. *diw-yo~.

Les verbes dénominatifs ont dû présenter aussi cette particularité, témoin att. PXittw « je coupe le miel » (de *mlit-yo) dérivé de piXru-.

III. Le redoublement joue dans les formations nominales un rôle moindre que dans les formations verbales, et il n’y a pas une valeur aussi nettement définie :

redoublement intensif, par exemple dans skr. kar-kar-î-h (sorte d’instrument de musique), v. si. kla-kolü, r. kôlo-kol « cloche » (de *kol-kolo-), lit. nom. plur. kan-kl-ês (sorte d’instrùment à cordes), kahkalas « clochette » ; ou skr. kar-ka-tah (forme prâkrite d’un ancien *kar-kr-ta-h ) « écrevisse », lat. cancer (thème *kan-krô-, de *kar-kro -, cf. p. i3g).

redoublement ordinaire, avec *e ou % comme dans skr. cak-

THÈMES NOMINAUX

iàm} zd ca-xrdm « roue », y. angl. hweohhol, hweowol, hwèol « roue » (de *hzve-hla -, *hzve-zvla-, anciens *kwé k^’lo- et *kwekwlô-), gr. y. üyXoç (de *kyfé-kwlo-s ), lit. kâ-klas « cou » (qui peut représenter un plus ancien lit. *ke-klas ), à côté de la forme sansredoublement y. si. kolo , v. pruss. kelan, v. isl. huel « roue » ou lat. fe-ber « castor », lit. be-brus, comique be-fer, skr. babhrûh « brun », à côté du redoublement avec *i dans lat. fi-ber « castor », gaul. Bi-br-(ax ), y. si. bï-brü, v. h. a. bi-bar.

Les exemples montrent que le redoublement a une valeur expressive dans ces formations.

Participes. — Outre les thèmes nominaux précédents, primaires et secondaires, l’indo-européen avait des thèmes nominaux tirés de thèmes verbaux , ou participes . Des adjectifs comme gr. y.Xut o-q ou (jvj Y-V2-Ç ne sont pas des participes indo-européens parce qu’ils ne sont pas dérivés de thèmes verbaux ; c’est seulement lors du développement des diverses langues que des thèmes présentant ces suffixes ont été incorporés au verbe, ainsi amàtus en latin ou dèlanu « fait », dëlalü en vieux slave.

Toutefois les causatifs sont accompagnés d’adjectifs en *-toqui présentent un *-f- appartenant au thème verbal :

skr. darçâyati « il fait voir » darçi-tâ-h « montré »

got. ( ga-)tarhjan « distinguer » (ga-)tarhi-ft-s « mal famé » lat. moneô moni-tu-s

lit. laïkaü «je tiens » laiky-ta-s « tenu »,

et c’est à ces formes que se rattachent les infinitifs comme lit. laikyti « tenir », v. si. buditi « éveiller », ou legr. xopu-Çw à côté de xopiéo).

Les participes indo-européens proprement dits sont les suivants :

i° Participes actifs de présents et d’aoristes en *-ent~. — Quand il s’ajoute aux thèmes athématiques sans redoublement, le suffixe est *-ent -, *-ont -, *-#/-, ainsi skr. s-ân « étant », nom. plur. s-ânt-ah, gén. sing. s-at-àh } en face de skr. âs-ti « il est », s-dnti « ils sont » ; v. si. s-y « étant » (de *s-ont-s ) en face de

LE NOM

jes-tü « il est », s-otü « ils sont » ; gr. wv (au lieu de *wv); lat. (prae-)s-ens , etc. ; quand il s’ajoute aux thèmes athématiques à redoublement (et à celui d’aoriste en -5-), il a la forme *-nt- à tous les cas : skr. nom. sing. dâd-at (de *ded-t}t-s') « donnant », grec xi0e(ç (de *0t0£-vTç) ; dans les deux cas, l’élément qui précède le suffixe du participe a le vocalisme zéro. — Quant aux thèmes thématiques, le type skr. bhâran « portant », nom. plur. bhârant-ah, génit. sing. bhârat-ah ; gr. ©épwv, ©épovxeç, ©épcvtoç; lat. uehens, uehentis ; lit. vexas, v. si. vexy (nom. pl. vexoste) « conduisant en char » admet deux interprétations : *bhére/o-nt, *wéglhe/o-nt- ou * bbér-e/ont -, *wégJ)-e/ont-, suivant qu’on considère l’élément e/o comme la voyelle thématique des thèmes *bhére-, *ivégihe-, ou comme la voyelle du suffixe. — Quoi qu’il en soit, ce suffixe s’ajoute à tous les thèmes de présents et d’aoristes; ainsi gr. xeivw, xetvtov Tefvovioç ; Sxp.vYjp.i, àap.vaç Sap.vavTo; ; eXnucv, XiTCoiv Xittcvtoç ; Xeèki), Xeèhov Xetyovxoç ; exeiaa, xstaâç x&taavxoç ; etc.

2° Participes actifs de parfaits en *-wes- Qi-wet-'). — Le suffixe a deux formes qui sans doute alternaient au cours de la flexion ; l’une, *-wes-, est attestée par skr. nom. sing. -van, nom. plur. -vâms-ah (avec intercalation proprement sanskrite d’une nasale), gén. sing. -üs-ah, féminin nom. sing. -üs-i ; gr. neutre -(/")5ç, fém. -uîa (de *-u©-ya); v. si. fémin. -üs-i, lit. fémin. -usi ; l’autre forme, *-wet-, est attestée par skr. instrumental -vàd-bhih, loc. plur. -vât-su ; gr. génit. -Fôz-oq. L’élément présuffixal a souvent le vocalisme zéro ; ainsi :

skr. ririk van « ayant laissé », lit. fémin. Vik-us-i ;

skr. mamr-vân « étant mort », fémin. mamr-üsï, lit. fémin. mir-us-i, v. si. féminin -mir-üs-i.

gr. [X£[jLx-(>F)foç, SeB(>F)i.-(>F)toç, etc.

Mais l’opposition de gr. /aSwç, ^ lB-uÏx (en regard de skr. vidvan « sachant », fémin. vid-üsî) montre que le masculin a eu en indo-européen le vocalisme e de la présuffixale, et le féminin le vocalisme sans e : cette différence s’explique par le fait que le féminin renferme un suffixe secondaire ajouté au thème du mas-

THÈMES NOMINAUX

•culin, et l’on rentre ainsi dans le cas général signalé p. 238 ; le vocalisme e, de la présuffixale se retrouve dans got. zveitzvofs « témoin », ancien participe parfait répondant à g r. Fzi-hùç. Le grec a encore hom. p.spi/rç'/.ioç, etc. et avec extension

grecque du vocalisme 0, hom. tusitovÔwç, TCSTuaôüfy.

3° Participes moyens du présent-aoriste et du parfait. — Dans le type thématique, le grec a (©epo-^svo-ç, le sanskrit ( ’bhàra -) mâna-h « portant », le zend ( ya%?-)mna - « sacrifiant », le latin (Vertu-)mnus (seulement des traces isolées), le vieux prussien (po-klausî-^mana-s « entendu », et le tokharien B weskemane « disant », de sorte que l’on a des vocalismes variés d’un même suffixe, avec e, avec 0 , avec vocalisme zéro, avec longue. Le *-modu type v. si. ve^o-mü « conduit en char », lit. vë^a-ma-s est différent ; on s’est demandé si *-mo- n’y serait pas une réduction de *-mno- faite déjà en indo-européen. — Dans le type a thématique, le sanskrit a -âna- au présent duh-ànâ-h « trayant » comme au parfait bubudh-ânâ-h « s’étant éveillé » ; le grec a -ptevo-, comme dans le type thématique : Ti0£-p.svo-ç, %ei-p.£vc-ç, et de même au parfait : tcsçu y-pivoç, etc.

Les participes conservent toute la valeur sémantique des thèmes verbaux dont ils sont tirés, et ils ont, de plus, on le voit, la distinction de présent-aoriste et de parfait et des voix active et moyenne ; la place du ton est la même que dans les formes verbales personnelles correspondantes, et dans le type athématique, la même que celle des formes à ton sur la fin du mot, ainsi gr. ’kov, (F)sidü)ç, etc.

L’importance des participes en indo-européen résulte du caractère appositionnel de la construction qui sera mis en évidence au chapitre vu : le participe est une forme qui s’emploie en apposition à quelque autre mot.

Infinitifs. — Les racines présentent, à côté des thèmes verbaux, des thèmes nominaux qui ne sont pas dérivés de ceux-ci, mais qui, faisant partie du même groupe de mots, ont des sens voi-

LE NOM

sms ; ces thèmes nominaux ont donc la valeur qu’ont prise par la suite les noms dérivés des thèmes verbaux et peuvent jouer le même rôle que jouent ailleurs des substantifs verbaux ou des infinitifs ; ainsi un datif véd. âj-e « pour la conduite » du thème à suffixe zéro skr. aj- équivaut au français « pour conduire »r et le lat. agi y peut répondre exactement pour la forme ; le datif d’un thème skr. vid-mân - « connaissance », soit vid-mân-e, signifie naturellement « pour savoir » ; un infinitif comme §o-(j.sv semble dès lors représenter le locatif à désinence zéro de thèmes en *-men- comme véd. dhâr-man « dans le fait de tenir, en tenant », etc.

En revanche rien ne prouve que l’indo-européen ait possédé de véritables infinitifs, c’est-à-dire des formes nominales, fléchies ou non, rattachées aux formes verbales, bien moins encore des formes nominales tirées de thèmes verbaux, comme on a gr. Xsùusiv,. mtueTv, Xeèkiv, XeXsrîcsvai, lat. linquere et lïquisse , esse et fuisse. Les formes de l’indo -iranien en *-dhyâi, par exemple véd. vâha-dhyai « conduire en char » du thème vâha- de vâhati « il conduit en char », rappellent le type des infinitifs moyens du grec qipzcOou, tout en en étant bien différentes. — Dans le lat. ferè-bam, monëbam, monë-bô ; salbo-da « j’ai oint », salbo-dedum « nous avons oint » ; v. si. vedë-axü «je conduisais », etc., le premier membre serait une sorte d’infinitif, de type inconnu par ailleurs, et le second une forme verbale personnelle accessoire signifiant « être » ou « faire ».

Sur l’origine des formations différentes d’une langue à l’autre r on ne peut faire que des hypothèses incertaines. Sans doute, le type gr. oépzw peut s’expliquer par un locatif de thèmes en -sélargi par -en-, soit *bher-es-en, et le védique offre en effet quelques locatifs en - s-an-i , qui servent de noms d’action ; et la finale de lat. es- se, uelle, dicere, dixisse peut être celle d’un locatif de thème en *-es- ; mais ce n’est pas chose démontrable. Et l’on ignore ce que peut être le -sa du type gr.

Uvsa, etc.

En somme, l’indo-européen ne semble pas avoir eu d’infinitifs ; toutes les langues n’ont pas un véritable infinitif, et là où il

LE FÉMININ

y en a, les formes ne concordent pas même dans les langues les plus voisines. Cette absence d’infinitifs s’explique par le caractère de l’indo-européen, où il n’y a pas de formes exprimant l’idée générale du mot, comme un infinitif français peut servir à énoncer un verbe, et où il y a seulement des formes fléchies diverses exprimant des nuances diverses.

La formation du féminin et les suffixes *-â-, *-yâ~. — Même quand ils désignent des êtres sexués, les substantifs indoeuropéens n’ont pas la marque du masculin ou du féminin : les noms de parenté tels que lat. pater et f 'rater, mater et soror n’ont, soit dans leur thème, soit dans leur flexion, rien qui les caractérise comme masculins ou comme féminins. Les thèmes en *-elosont, il est vrai, le plus souvent masculins ou neutres ; mais le grec et le latin en ont de féminins, ainsi les noms d’arbres comme gr. <py)Y og (dor. yâyôç), lat. fâgus (le mot germanique correspondant est devenu thème en -à- comme le suppose le v. h. a. buohha ); et l’arménien en a eu aussi, comme le montre nu, génit. nuoy « bru », en regard de gr. vuiç (féminin). Il y a donc eu des substantifs thèmes en - e/o - indo-européens de genre féminin ; mais ils ont été éliminés presque partout; ainsi i.-e. *snusô- « bru » est devenu thème en -à- dans skr. snusâ, v. si. snüxa, v. angl. snoru, lat. populaire nora, et thème en -u- dans lat. nurus (sous l’influence de socrus ). Un nom tel que gr. àpxxoç désigne à la fois 1’ « ours » et F « ourse », et tel était l’état indo-européen; aussi le féminin ursa du latin est-il formé autrement que le féminin skr. rksi de fksah. Le gr. foriïoç désigne à la fois le « cheval » et la « jument », et, toutes concordantes qu’elles soient, les désignations de la jument, skr. àçvâ, lit. asvâ( de *esvaf lat. equa, sont des créations indépendantes du sanskrit, du lituanien et du latin. Les substantifs thèmes en *-â- et *-yâ- sont pour la plupart féminins ; mais ces mêmes suffixes servent à former des noms, le plus souvent composés, désignant des êtres mâles et qui sont par suite masculins, ainsi lat. agricol-a, v. si. sluga « serviteur », (voje-)vod-a « conducteur d’armée » (cf. le type arm. dnker « compagnon», instr. dnkeraiv, littéralement « qui mange avec » P), gr. det7--s--â-

LE NOM

(nomin. §£Œ7ü5tyjç), ou y. si. bal-lji (acç. bal-ïjo ) « médecin », skr. rathî- (nomin. rathîh ) « conducteur de char », etc.

Même les substantifs thèmes en -e/o- ou en -à- n’ont donc pas par eux-mêmes de distinction des genres masculin et féminin ; le genre masculin ou féminin d’un substantif indo-européen ne se reconnaît qu’à la forme de l’adjectif qui se rapporte ou peut se rapportera ce substantif (cf. ci-dessus, p. 2i5).

Les adjectifs caractérisent le féminin par les suffixes, essentiellement secondaires, *-â- et *-yâ- : l’existence de deux thèmes, l’un pour le masculin, l’autre pour le féminin, est l’unique trait de forme qui distingue l’adjectif du substantif :

i° *-â- (vocalisme zéro *-?-). — C’est au moyen de *-â- que sont formés les féminins d’adjectifs du type thématique : à skr. sâna-, g r. Ivc-, lit. sena- « vieux » répond un féminin skr. sànâ -, gr. Ivâ-, lit. seno- ; à skr. çrutâ-, gr. xXutc-, lat. - clito -, un féminin skr. çrutâ -, gr. ttXoxa-, lat. -clitâ- ; etc.

2° *-yâ- (*~iyâ) : avec vocalisme zéro, *-i-Q'-iyd-s). — Le suffixe *-yâ- est en usage pour les adjectifs du type athématique. La différence de *-yâ- et *-iyâ- semble avoir tenu en indo-européen uniquement à la quantité de l’élément précédent : gr. 7TΣc.pâ-, de *TÜFep-y5c, et tcotvwc-, de *icotv-é yà-, représentent sans doute l’état ancien : le nominatif de l’un devrait être *7U£pî (avec -ï de *-y^), et celui de l’autre (avec -ta de *-iyd)y mais le grec a géné-

ralisé Yâ du type rJovnot. et a un nominatif rcfeipa en regard de véd. pîvari ; inversement l’indo-iranien a généralisé -i, et le nominatif qui correspond à gr. TuoTvta est skr. pâtn-i « maîtresse » ; des généralisations semblables ont eu lieu dans les autres langues.

Devant *-yâ-, l’élément terminal du thème de masculin-neutre a d’ordinaire au féminin le vocalisme zéro, mais aussi parfois un autre vocalisme :

thème des participes tels que *bhéront- : fémin. *bhéroni-yâ- : skr. bhârant-yà-, gr. *ç£povx-yâ- (nomin. att. «pépousa, dor. <pépüjsa, lesb. <p£pciaa), v. si. berçsta- (de *berçt-ja- ), de même lit.

LE FÉMININ 2 45

*ve^ant-jô- (nomin. ve\ant-i) « conduisant en voiture » et got. frijond-jo- (nomin. frijond-ï) « amie ».

skr. thème masc. yüvan - « jeune », fémin. nomin. yün-i, cf. lat. iûn-i-(^x).

skr. thème masc. svàdâv- : nom. fémin. svâdv-î ; mais gr. yjBuç, rjBeïa (de a ; avec extension du vocalisme de *F5l-

BéF~0Çi etc.).

Le féminin était sans doute d’abord dérivé du radical indépendamment du masculin correspondant ; on n’a aucune raison de croire qu’il ait été perdu un *w dans des formes telles que gr. KoXkâ- (ttoXXyj) en regard de xoXuç, got. kaurjo- « lourde » en regard de kaurus « lourd », lit. placo- (de *platjo -) en regard de platùs « large », etc. Le féminin skr. pâlikni « grise » est indépendant de palitâh « gris », et Yn du féminin skr. pâtni, gr. TuoTvia, v. lit. -patni ne se retrouve pas dans skr. pâtih « maître », gr. ic ojiç, v. lit. patis. Les thèmes en *-r/w -, qui n’ont -r- qu’au nominatif-accusatif singulier neutre (gr. 7mp par exemple) et dont tout le masculin repose sur la forme en -n- ainsi gr. ictsva, véd. pivânam à l’accusatif singulier) doivent à la forme en -rleur féminin gr. icieipa, véd. pîvari. Le féminin a donc dû être beaucoup plus indépendant du masculin qu’il ne semble à en juger par l’état qu’offrent à date historique les langues indoeuropéennes attestées.

Les suffixes *-â- et *-yâ-, qui servent à former le féminin des adjectifs, fournissent aussi des dérivés de substantifs.

De *-â-, on a ainsi beaucoup de noms féminins parallèles aux masculins du type thématique, ainsi gr. TcXcy.r, à côté de 7 cacxoç, avec un contraste de la place du ton entre le thème masculin et le thème féminin ; et de même çSAov : çOXy] ; veupcv : v=upa ; skr. svadanam « goût » : gr. yjoovt} ; le type gr. (Spovr/j en regard de xotxo; ; etc. La flexion des thèmes en *-â- comportait d’ailleurs, au moins pour une partie des mots, variation de la place du ton suivant les cas, comme on le verra dans la flexion. Le type de TcXoy.Yj se retrouve dans lat. toga, lit. rankà et v. si. roka « main », got. staiga « chemin », etc. — Le même suffixe fournit de nom-

LE NOM

breux dérivés de thèmes de substantifs du type a thématique, ainsi g r. yjpip-â en regard de hom. r,;j.ap, xpiQ-vj en regard de xpï (ancien *y.pî6), lit. vasar-a « printemps » cf. gr. Fixp et v. si. vesn-a « printemps », à côté de skr. vasan(-tâh) « printemps » ; lat. ôr-a, cf. ôs ; etc. — Et c’est encore ce suffixe que présente le nominatif-accusatif singulier neutre du collectif qui tient lieu de nominatif-accusatif pluriel neutre, véd. yuga «jougs », got. juka, gr. Ç'jya, lat. iuga, etc. (v. p. 253). Le même suffixe avec la même valeur collective apparaît dans gr. ©paxpâ (ion. «ppvfcpY]), qui en raison du sens, est du genre animé (féminin, parce que le suffixe -â- fournit des féminins plutôt que des masculins).

Le suffixe *-yâ-, dans les substantifs, fournit des féminins à des noms d’agents (cas où la formation d’un féminin de substantif est appelée par le sens, et a été réalisée d’après le modèle des adjectifs) :

skr. thème masc, janitâr-, jânitar- : fémin. nomin. jânitr-ï', cf. lat. genitor, genetrï(-x ) ; gr. yevsmrjp, yevéïtop : yevéxsipa.

skr. thème masc. tâksan- « charpentier » : fémin. nom. taksn-î, gr. tsxtwv : Texxatva ; skr. thème masc. rajan- « roi » : fémin. nomin. rajni « reine », cf. irl. rïgainÇ de *rêg°n-i-\

Il y a des formations féminines comme véd. devî (gén.-ahl. dev(i)yâh) « déesse » et lit. deivè (ancien *deivyô) « fantôme » en face des masculins véd. devâh « dieu », lit. devas\ ou skr. vrkîh « louve » (gén. vrk(f)yah), lit. vilkê, v. isl. ylgr, en face de masculin skr. vfkah « loup », lit. vilkas : mais ce sont sans doute des formations secondaires, et relativement récentes : en face de deus, le latin a une autre forme, sûrement récente, dea.

On noterà un collectif, de genre animé, gr. çpâxptâ, v. si. bratrïja « les frères », dont la formation est comparable à celle des collectifs tels que v. si. kamemje « pierres », listvije « feuilles », etc., etc.

Le suffixe *-yâ- sert à élargir des thèmes, ainsi dans v. si. %emlja « terre », lit. {èmè (ancien \emjô ), en face de gr. ■/Ocov, skr. ksab} zd « terre » (sur ce thème, voir p. 218). Il est probable que les substantifs tels que gr. (de V^O'*)’ X}n~^

« connaissance », v. si. lü\a (de *hïg-ja) « mensonge », sont

LE FÉMININ

des dérivés de thèmes à suffixe zéro, tels que gr. çyy- attesté dans ÿuy a-8s. Véd. tâvis-ï, zd « force », est un dérivé de indo-

iran. tavis- « force », qui semble attesté une fois dans une gâthâ de l’Avesta. Le type gr. àXrjÔeu est manifestement dérivé.

Dès l’époque indo-européenne, il semble que *-yâ- ait été fléchi de deux manières, avec alternance *-yâ-, *yy?-(-î-), comme dans skr. bhârant-i- génit. bhârant-yà-h , ou, sans alternance, constamment avec le vocalisme zéro, soit *-î- : ainsi le féminin de skr. nâpât « petit-fils » est skr. naptî-h génit. napt(î)y-ah, cf. lat. nept-i-s ; c’est ce second type, avec 5- au nominatif, qui a été généralisé en latin là où le suffixe secondaire -h- n’a pas été ajouté comme dans genetrî-x , iünï-x, et ainsi lat. suâuis qui répond à skr. svâdvi, sert à la fois pour le masculin et le féminin ; ferens de *ferentis (comme mens de *mentis), répond à skr. bhârantï, mais est à la fois masculin et féminin, etc. ; par ce procédé certains adjectifs et tous les participes latins en sont venus à perdre la distinction du masculin et du féminin.

A côté du féminin normal en *-yâ- du type skr. tan-ü-h « mince » (littéralement « tendu »), féminin tanvî, cf. lat. tennis, il a pu y en avoir un autre caractérisé par *-â- (dont la forme à vocalisme zéro est -£-) soit d’où *-ü- ; le vocalisme zéro a

été généralisé dans toute la flexion comme dans le type skr. naptih, et ainsi l’on a skr. tanu-h « corps », génit. tan(i'i)v-àb. C’est de cette manière qu’est formé le féminin remarquable du mot skr. çvàçurah (de *svâçurah) « père du mari », zd xvasurô, hom. '(f)£y.upôç, lit. sesuras, lat. socer : skr. çvaçrtih « mère du mari », v. si. svekry, lat. socrus, v. h. a. swigar , c’est-à-dire i.-e. *swekrü- de *swekrw9-, avec w après r en regard de -ur- dans le masculin ; de même, *gwfnü- (de *gwr9-nw-d -), attesté par v. si. \rùny, got. -qairnus « pierre à moudre », est un dérivé en -à- : -9- du thème attesté par skr. gravan-, v. irl. brô, gall. brêuan (même sens) ; la métathèse de w est analogue aux faits signalés p. io4- On entrevoit ici une série de faits complexes.

L’adjectif a soit le thème de masculin (et neutre), soit le thème de féminin, suivant que le substantif auquel il se rapporte appelle

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l’un ou l’autre. Le substantif appelle la forme dite pour cette raison du « masculin » de l’adjectif lorsqu’il désigne expressément un mâle, et la forme dite du « féminin » de l’adjectif lorsqu’il désigne une femelle (ou un objet assimilé, comme un arbre, ou la « terre » qui reçoit la pluie, par opposition au « ciel » qui l’émet, etc.), quelle que soit la forme du substantif ; en dehors de ce cas, et surtout pour les abstraits et noms d’action, il est difficile de poser aucun principe, et l’usage seul décide en indoeuropéen comme dans chacune des langues de la famille. Les substantifs en -e/o- sont le plus souvent masculins, et les substantifs thèmes en -â- le plus souvent féminins, ce qui concorde avec les formes de l’adjectif. Le genre féminin du type en -ti- de skr. matih « pensée », lat. mens, et le genre masculin du type en *-tude lat. ductus ne se rattachent à aucun autre fait connu. Les noms de « masculin » et de « féminin » ne conviennent donc qu’à une partie des emplois des formes dites de « genre » ; et, la catégorie du « genre » ne répond souvent à aucun sens défini ; elle sert du moins à la structure de la phrase où elle indique à quel substantif se rapporte un adjectif donné.

Composition. — Deux thèmes nominaux peuvent par leur réunion former un thème composé. Sauf dans le troisième des cas énumérés ci-dessous, les thèmes verbaux n’entrent pas en composition.

Seul, le deuxième terme du composé, qui est nécessairement un substantif ou un adjectif (et jamais un verbe, un démonstratif ou un pronom personnel), est fléchi.

Le premier terme du composé est un thème sans désinence, et c’est ce qui définit le composé ; un composé indo-européen est un groupe de deux mots dont le premier est un simple thème et dont le second seul est fléchi ; l’élément qui termine le premier terme a le vocalisme zéro dans les thèmes de type athématique qui ont une sonante, c’est-à-dire un élément susceptible de se vocaliser :

skr. tri-pâd-, gr. xpi-roS-, lat. tri-ped-, v. angl. ftri-féte « qui a trois pieds » ; de même lit. tri-kôjis « à trois pieds », etc.

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