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I. — Thèmes terminés par sonante ou consonne

On notera que font partie de ce type les thèmes en *-yâ- ou *-yè et *-wâ- où le vocalisme zéro du suffixe a été généralisé (v. p. 247), ainsi skr. naptih « petite fille » et çvaçruh « mère du mari », v. si. svekry, lat. socrus, etc.

L’ablatif se confond ici, pour la forme, au singulier avec le génitif ; au pluriel, l’ablatif a la même forme que le datif dans tous les types de déclinaison.

a. Désinences.

Singulier.

Nominatif (masculin, féminin). — La désinence est *-s pour les thèmes terminés par une consonne ou par les sonantes i et u et pour tous les thèmes monosyllabiques :

zd vâx-s « parole » (et skr. vak, de *vâks), lat. uôx.(uôc-s). gâth. 6 wâvQ-s « tel que toi » {-a-s- de -ant-s), gr. taxa ç (-a; de *-avx-ç), lat. jeren-s- {-ens de *-ent-s ), lit. vexas- {-as de *-ant-s ), v. pruss. smùnents « homme ».

skr. âhi-h, zd axi-s « serpent », gr. 5?i-ç ; lit. avis « mouton », lat. oui-s ; norrois runique —(asti-R, got. gast-s « hôte »r lat. hosti-s.

skr. bàhû-h, zd bà%u-s « bras », gr. r^yy-ç ; got. sunu-s « fils »? lit. sünii-s (même sens) ; lat. manu-s.

skr. nabti-h « petite fille », lat. neptis. skr. çvaçru-h « mère du mari », lat. socru-s ; gr. o?p0-;. skr. dyâu-h « ciel », gr. Zeuç.

zd 7gy à (de \yâs, thème \yam-) « hiver », lat. hiem-s.

La désinence est zéro dans les thèmes polysyllabiques en *r et en n, et la sonante manque alors dans une partie des langues : skr. ç{u)vâ (thème ç{u)van-') « chien », zd spâ , lit. su (génit.

FLEXION

s uns), gr. y.jù)v (avec -v final), de même lat. homô (sans -n finale), got. auhsa « bœuf » génit. auhsins.

skr. mata (thème màtâr -) « mère », lit. môtê « femme », et gr. lat. mater, v. irl. mâthir, arm. mayr, etc.

Vocatif (masculin, féminin). — Désinence zéro :

skr. âhe, zd a\e « serpent », gr. coi ; lit. ave « mouton ».

Accusatif (masculin, féminin). — Désinence *-m en indo-iranien et italique, *-n dans les autres langues ; avec les sonantes voyelles *i et *u , la nasale forme diphtongue ; ailleurs elle est voyelle :

skr. bâhü-m « bras », gr. ; lat. früctu-m ; v. pruss.

sunu-n « fils ».

skr. âhi-m « serpent », zd a%i-m, gr. 091-v *, v. pruss. nakti-n « nuit » ; lat. angue-m (en admettant que *-ïm final donne -em en latin).

gr. ©Ipovx-a, lat. ferent-em ; v. pruss. smünent-in « homme ».

Nominatif-accusatif- vocatif neutre. — Désinence zéro :

skr. mâdhu « miel, hydromel », gr. pi6j, v. pruss. meddo « miel » ; lat. genu, skr. janu « genou », gr. yévu.

skr. nama « nom », lat. nômen, v. irl. ainm-n.

Génitif-ablatif. — Désinence *-es, *-os , *-s : la forme pourvue de voyelle ( e ou d) apparaît en principe après prédésinentielle à vocalisme zéro, la forme sans voyelle après prédésinentielle pourvue de voyelle :

skr. çü-n-ah « du chien », zd sü-n-ô, v. lit. su-n-es (moderne suhs ), gr. y.y-v-oç, v. irl. con (de *ku-no-s ) ; lat. pal-r-is (de *pat-r-es), et aussi lat. dialectal -us (de *-&?).

skr. sün-ô-h « du fils », zd hun-ao-s, lit. sün-aü-s, got. sun-au-s ; lat. manüs (- ü-s de *-ou-s ), osq. castrons.

Datif. — Désinence sans doute *-ei : indo-iranien *-ai (skr. -e ; zd -e, et -aë- devant les enclitiques), v. si. -i (représentant une diphtongue), lat. - i (ancien -et), osq. -ei :

LE NOM

skr. sünâv-e « pour le fils », y. si. synov-i\ skr. pitr-é « pour le père », lat. patr-î, v. lat. recei « régi », osq. paterei.

Le grec a -i, par exemple xaipi, et ce *-i se retrouve en germanique ; il est plus plausible d’y voir une forme à degré zéro de la désinence du datif que la désinence du locatif généralisée.

Instrumental. — Les désinences divergent d’une langue à l’autre ; on a peut-être *-t dans skr. pitr-â, à quoi répond l’ablatif- instrumental lat. patr-e.

Locatif. — Désinence *-z alternant avec désinence zéro : véd. mürdhân-i et mürdhân « sur la tête », gr. a.\(F)d (-ei de *-es-i ) et al(F)ég « toujours » ; le grec a aussi conservé la désinence zéro clans l’adverbe at(F)sv « toujours », mais n’emploie dans la déclinaison normale que -i, identique à la désinence du datif (la forme tient aussi la place de l’instrumental indo-européen) , ainsi 7coi;aiv-i ; l’irlandais a, au « datif » des thèmes en -tyen- cf. lat. -tiôn- tels que toimtiu « pensée » , à la fois toimtin (de *-yeni ) et toimte (de *-yen ?) ; le « datif » irlandais sert de datif, de locatif, d’ablatif et d’instrumental ; got. gumin « (dans) l’homme » peut aussi être un ancien datif à désinence *-/ et un ancien instrumental à désinence *-e et sert également d’ablatif; le v. si. kamen-e « (dans la) pierre » a la désinence zéro, suivie sans doute d’une postposition e. En latin, la forme qui conserve un type spécial de locatif a -î : Karthagin-ï ; la forme du type homin-e , employée seulement avec préposition, a une valeur ambiguë : ablatif, instrumental et locatif ; il est peu probable que ce soit un ancien locatif, cf. les ablatifs lupô(cT), togâ(d ) employés de la même manière.

Pluriel.

Nominatif et vocatif (masculins-féminins). — Désinence *-es, distincte de celle du génitif singulier par le fait qu’elle ne présente aucune trace d’alternance vocalique :

skr. sûnâv-ah « fils », v. si. synov-e (toutes les consonnes finales sont tombées en slave), got. sunjus (de *sunew-es ); zd bà^av-ô, dor. 'jzâye(F)-eç ; v. lit. moter-es « femmes », skr. mâtarah « mères » ; v. irl. mâthir (de *mâter-es ).

FLEXION 257

Accusatif (masculin, féminin) : Désinence *-ns, avec -n- second élément de diphtongue après *-i- et *-u-, ailleurs -n- :

crétois ul'j-vç « (les) fils », got. sunu-ns « (les) fils ».

got. gasti-ns « hôtes », y. pruss. ausi-ns « oreilles ».

skr. çùn-ah « chiens », gr. y.u v-aç, v. irl. con-a , lat. homin-ès (- ês de *-cns représentant ^-tw), v. pruss. smünent-ins «hommes ».

Nominatif-vocatif-accusatif neutre. — La place du nominatifvocatif-accusatif pluriel neutre est tenue par le nominatif- vocatifaccusatif neutre singulier d’un dérivé en -â-, à valeur collective (v. p. 253). La finale a donc à la fois le vocalisme zéro et la désinence zéro dans :

skr. sant-i « étant », gr. ovx-a, lat. silent-â.

Gomme partout, *? se combine avec une sonante précédente quand il y a lieu ; de là :

*tri : véd. tri « trois », v. si. tri, lit. try- dans try-lika « treize », lat. tri dans trî-gintâ « trois dizaines », v. irl. tri, en regard de *triy-9 : gr. ipfa, lat. tria.

véd. namâ « noms » (avec â final issu de i.-e. *-n, c’est-àdire *-nd).

Les formes à désinence zéro comme zd manâ « esprits » (-â de indo-iranien *-âs) s’expliquent par des faits de phonétique delà phrase: i.-e. *? tombant devant voyelle, *-ôs-d se réduisait à *-ôs devant voyelle initiale d’un mot suivant.

La finale*-^ attestée par v. si. jimen-a « noms » et par got. nam-na « noms », hairton-a « cœurs », est la forme à vocalisme e du même nominatif ; *-à se retrouve dans l’ancien thème athématique de lat. tri-gint-â « trois dizaines ».

Génitif. — Désinence *-om ou *-dn, suivant le traitement de la nasale finale :

skr. çün-âm « des chiens », zd sun-am, gr. xjv-wv, v. lit. sun-ü.

Le grec a -2>v, périspomène, et le lituanien ~u, d’intonation douce; véd. - âm , gâth. -am comptent souvent en vers pour deux syllabes.

Une forme à 0 bref de la même désinence est attestée par le

LE NOM

type ombr .fratrom, par le type v. irl. con n « des chiens » et parle type slave slovesü « des paroles », cf. gr. yXe(F)ém . Le lat. canum est ambigu.

Locatif. — Une désinence *-su est attestée pour les dialectes orientaux : indo-iranien, slave et baltique ; le grec a -cri qui n’a pas de correspondant ailleurs.

skr. tri-fu « dans trois », v. si. tri- xü, v. lit. tri-su ; cf. gr. Tpi-ai.

Gomme *-u se retrouve ailleurs, notamment dans l’adverbe *k"u « où » (v. p. i5g), et que *-i sert à caractériser le locatif singulier (v. p. 256) concurremment avec une désinence zéro, on est conduit à penser que et *-i seraient des particules postposées plutôt que des désinences comparables à celles du génitif singulier ou pluriel ou du datif singulier.

Datif-ablatif et instrumental. — Désinences en *-bh- et en *-m-'r elles seront étudiées p. 259 et suiv.

Duel.

Nominatif-vocalif-accusatif (masculin, féminin). — Le grec a -£, ainsi dans Traxép-s, le védique -â (alternant avec -au), ainsi dans pitàr-â « (deux) pères » ; le vieil-irlandais athir s’explique par un ancien *p9terë : il semble *donc que la désinence ait été i.-e. *-e ; l’alternance quantitative de *-e/ë serait parallèle à celle qu’on observe par exemple dans la désinence secondaire active de ire personne du pluriel véd. -ma et -ma.

Les thèmes en et en *-u- ont des finales particulières *-î et *-ü où il est impossible de retrouver la désinence *-! précédente, mais qui rappellent des formes thématiques à désinence zéro,, telles que véd. vfkâ « (deux) loups », v. si. vlïka , gr. :

skr. âhi « (deux) serpents », v. si. nosti « (deux) nuits »^ lit. naktï (même sens) de *naktÿ , v. irl. fâith « (deux) poètes » de *wâti.

skr. sünu <s (deux) fils », v. si. syny, lit. sunu (d e*sünù).

Nominatif-vocatif-accusatif neutre. — Désinence *-î : skr.

FLEXION

jânas-ï « (deux) races », ntman-l « (deux) noms »,v. si. sloves-i « (deux) paroles », jimm-i « (deux) noms » ; zd ( vï-)sait-i « (deux) dizaines », lat. (uï-)gint-î ; le mot grec isolé, dor., béot. (A-)y.ax-i, att. (sr-)y.cff-i, est seul à indiquer *-i bref.

Génitif-locatif. — Skr. -oh répond à v. si. -u : skr. jânas-oh « de (deux) races », v. si. sloves-u « de (deux) paroles ».

Datif-ablatif (P)-instrumental. — Désinences en *-bh- et *-m-.

Remarques sur les désinences en *-bh- et en *-m-.

Les désinences en *-bb- et en *-m- n’ont ni la forme ni la valeur rigoureusement définies de celles qui viennent d’être énumérées. Dans le texte homérique, le seul document grec où, à part une trace en béotien, on puisse les observer, elles sont représentées par la seule désinence -?t.(v), qui sert à la fois pour le singulier et le pluriel, pour le datif, l’ablatif, l’instrumental et le locatif. D’autre part, il est rare que deux formes de ces désinences se recouvrent exactement d’un dialecte à l’autre ; le germanique, le baltique et le slave ont -m- là où l’indo-iranien, l’arménien, le grec, l’italique et le celtique ont des représentants de *-bh-, et, cette différence mise à part, les formes ne sont encore pas identiques.

Les dialectes divergent d’une manière essentielle : les méthodes de la grammaire comparée ne permettent donc pas de poser des formes indo-européennes et de déterminer la suite des transformations que présente chaque langue.

Seuls, les dialectes orientaux emploient ces formes avec des valeurs casuelles bien définies :

Instrumental singulier : arm. -b (- w après voyelle), ainsi harsam-b « par la fiancée » , srti-w « par le cœur » (ce -b, -w peut répondre à gr. -91) ; -mi, v. si. -ml : lit. sünu-mï, v. si. synü-ml « par le fils » .

Instrumental pluriel : skr. -bhih, v. perse -bis, zd -bis : skr. sünû-bhih « par les fils », zd bâ^u-bis « par les bras » ; arm. -bkh (- wkh après voyelle) : harsam-bkh « par les fiancées » , srti-wkh

LE NOM

« par les cœurs », c’est-à-dire la même forme qu’au singulier avec le -kh qui marque le pluriel ; lit. -mis, v. si. -mi dans lit. sünu-mis, v. si. synü-mi « par les fds » ; ces deux formes supposent *-mïs, qui rappelle zd -bis (cf. le pronom lat. nô-bîs').

Datif pluriel : skr. -bhyah, zd -byô : skr. sûnü-bhyah « pour les fils », zd bâ^u-byô « pour les bras » (les formes indo-iraniennes servent aussi pour l’ablatif) ; si. -mü (de*-mos?) : synù-mù « pour les fils », v. lit. -mus : sünu-mus « pour les fils ».

Datif-instrumental duel: skr. -bhyâm (pour -m, v. p. 1 4 1), zd -bya et v. p. -biyâ (avec un -â final qui représente un indo-iranien *-a), v. si. -ma : skr. sünû-bbyâm, v. si. synü-ma « pour (deux fils)», zd afy-bya « pour (deux) serpents » ; le lituanien n’a que -m : datif nakti-m « pour (deux) nuits », instr. nakti-m.

Dans les dialectes occidentaux, les formes approximativement correspondantes n’ont pas de valeur casuelle bien précise. Ceci est particulièrement sensible en grec, où -®i(v) a la valeur d’une forme d’ablatif, de locatif, de datif et d’instrumental, à la fois pour le singulier et le pluriel. Les désinences en *-bh- ou en *-mde l’italique, de l’irlandais et du germanique ne servent que pour le pluriel (il n’y a de traces conservées du duel qu’en irlandais), mais chacune a aussi la valeur de ces quatre cas, ce qui a contribué à entraîner des confusions de cas au singulier : le vieil osque a -f s, et le latin -bus, qui représentent *-bhos (cf. skr. -bhyah), servent par le datif, l’ablatif, l’instrumental et le locatif pluriel ; l’irlandais a - b (issu de *-bhis, cf. skr. - bhih ), ainsi fâthib « pour, de, avec, chez les poètes » ; le germanique a une forme *-m%, dont la voyelle n’est pas attestée : v. isl. ftri-mr, got. fcri-m « par, de, avec, chez trois ». Les désinences en *-bh- et en *-m- ont ainsi en quelque sorte, au moins dans les dialectes occidentaux, le caractère de formes adverbiales, plutôt que de formes casuelles semblables aux autres.

Ces types de caractère semi-adverbial ne sont pas isolés en indo-européen.

On observe, par exemple, une forme en *-tos, qui équivaut à un ablatif, dans le type assez courant en sanskrit : mukba-tah « de la bouche », cf. lat. fundi-tus, gr. iv-ioç, èx-idç.

FLEXION

Le grec a toute une série en -Qt (à valeur locative) et -ôev (à valeur ablative), soit hom. oùpavoôt, oupavoôsv. C’est sans doute à ce type que se rattache la formation adverbiale attestée par skr. küha « où », etc. (v. p. i5g) et par skr. iha « ici » (de idha) et iat. ibï, et des adverbes comme si. nadü « sur », en face de na (cf. gr. av a, àvo>-0£v, avw-0a), etc.

Les formations de ce genre paraissent avoir été nombreuses et variées en indo-européen.

(3. Vocalisme de l’élément prédésinentiel.

Le vocalisme de l’élément prédésinentiel caractérisait les formes casuelles au même titre que les désinences, et le grec le montre encore dans une flexion comme celle de Tcaiv^p, xxTsp, tîgct ép-x. ; Tuaxp-ôç, Tuaipa-ct, — aTuaTtop ; onzaxop-x. Mais il est impossible de déterminer complètement quel était l’état ancien, parce que tous les témoignages se trouvent obscurcis. Le grec a conservé le timbre des voyelles indo-européennes, mais il a beaucoup simplifié la flexion nominale, et, de même que le nombre des formes casuelles distinctes s’y est réduit de huit à cinq, les alternances vocaliques y ont été réduites à deux ou trois au maximum dans chaque flexion. En indo-iranien, les timbres des voyelles *e et *0 ont été confondus dans l’unique timbre a ; il subsiste, il est vrai, une trace de la différence : tout se passe dans la déclinaison comme si i.-e. *0 en syllabe ouverte était représenté par indo-iran. *â, et i.-e. *e par indo-iran. *â ; mais, si ce traitement de *0 laisse entrevoir le rôle des alternances de timbre, il a obscurci d’autant celui des alternances quantitatives. Les autres langues sont connues à date trop basse et sous des formes trop altérées pour qu’on y trouve l’état indo-européen bien conservé à cet égard : on en rencontre seulement des traces. Les alternances vocaliques de l’élément prédésinentiel dans la flexion nominale du type athématique sont donc mal connues. Les faits suivants en font du moins entrevoir l’importance.

Dans certains cas spéciaux l’élément prédésinentiel n’a pasd’alternances vocaliques. Ainsi :

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