‹ Introduction à létude comparative des langues indo-européennesChapitre 94 sur 129 · MASCULIN-NEUTRE · texte numérisé non relu

MASCULIN-NEUTRE

FÉMININ

ta-

tâ-

xe-

X ôc-

ra-

fio-

Le baltique et le slave ont étendu au nominatif masculin et féminin les thèmes : lit. masc. ta-, fém. to- ; v. si. masc., neutre to-, fém. ta-.

La valeur un peu vague et faible de ce démonstratif se voit dans ce vers homérique :

A 43 wç iyzx’ fiirççojjLSVcs* tou 8* IxXue ^oTêoç ’AtcoXXwv

on conçoit qu’il soit devenu un simple article en grec (postérieurement à l’état linguistique représenté par Homère) et en germa-

DÉMONSTRATIFS 287

nique (dialectalement ; cet état n’existe pas encore dans le gotique de Wulfila).

2° Démonstratifs indiquant l’objet rapproché. — Dans les langues autres que l’indo-iranien, l’objet rapproché de la personne qui parle est indiqué par *kt- sans qu’il soit facile de poser le thème indo-européen : formes fléchies dans lit. sis , génit. sia *, v. si. st, génit. sego‘, arm. ays signifiant lat. « hic » et sa signifiant « is » (pour l’objet le plus rapproché) ; got. acc. masc. hin-(a), neutre hit-(a ), dat. himma : seulement des adverbes dans lat. ci-trâ « de ce côté » ; v. irl. cè (même sens). Le sens précis de est défini par le fait que c’est le démonstratif qui, uni au mot « jour », donne le sens de « aujourd’hui » : v. si. dïnï-si, lit. sen-dën, got. himma daga, v. sax. hin-dag, v. h. a. hiutu (forme mutilée de hiutagu ), arm. ays-azur, att. xr^spov, ion. cr^epcv (de *ki y-âmeron).

Le démonstratif indiquant l’objet rapproché a en indo-iranien une forme compliquée : skr. nom. masc. ay-âm, fém. iy-âm et aussi, du même thème, par exception, neutre id-âm (cf. lat. id ) ; l’accusatif masculin sanskrit est im-âm et le neutre zend im-at ; le génitif et la plupart des cas sont fournis par un thème a- ; skr. a-sya, zd ain'he (de *a-sya) ; et c’est aussi cet a- qui a la forme du thème dans le composé skr. a-dyâ « aujourd’hui ». Le latin répond par un anaphorique : is, id, et eum, eam, etc. ; de même le germanique : got. is, it-a, génit. is, etc. ; le thème e- est clair dans le datif ombr. esmei « huic » . — Enfin le latin a un démonstratif dont l’élément radical ne peut être rapproché d’aucun radical des autres langues, mais dont la flexion est analogue à celle du précédent, avec i au nominatif et o aux autres cas : nom. hi-c, acc. hun-c, neutre hocc, hoc (de *hod-cë ), thème ho- dans le composé ho-dië « aujourd’hui ».

3° Démonstratifs indiquant l’objet éloigné.

On rencontre trois caractéristiques principales : *U), *n, */.

La caractéristique *w est orientale : nom. sing. masc. fém. skr. asâu, zd hâu, v. perse hauv ; acc. sing. skr. am-üm, gén. am-üsya ; l’iranien a un thème ava- dont l’équivalent se retrouve dans v. si. ovü..., ovü... « l’un..., l’autre... » (dans les langues

slaves modernes où ils se rencontrent, les représentants de ovü désignent plutôt l’objet rapproché).

La caractéristique % figure dans v. si. onü , lit. an(a)s, arm. ayn « ille », na « is » (pour l’objet éloigné), sans doute aussi dans v. h. a. jenèr « celui-là » et gr. hr\ « surlendemain ». — C’est de ce démonstratif que sont dérivés les mots suivants signifiant « autre (en parlant de deux) » : skr. ân-tara-h « différent de », lit. an-tra-s « second ». got. anfcar « autre (en parlant de deux), second », gr. cc-zepo-q (altéré en attique en s-t spoq, mais maintenu néanmoins dans la forme contracte att. ôdfrepev).

La caractéristique */ apparaît notamment dans v. lat. ollus, lat. ille et ul-trâ « au delà » (opposé à ci-trâ ) ; dans irl. t-all « ultra », an-all, etc. ; dans si. *ol-nî « l’année dernière » c’est-à-dire « l’autre année » (v. si. lani, pol. loni, etc.). De là sont tirés les mots suivants signifiant « autre (en parlant de plus de deux) » : gr. oiXkoqj lat. alius, irl. aile, got. aljis , arm. ayl.

4° Anaphorique et relatif.

Le thème de skr. ya-, zd ya-, v. si. je- (quand il est suivi delà particule \e : nom. ji\e, gén. jego\e, etc.), gr. 'o- sert de pronom relatif ; il fournit le nominatif aussi bien que les autres cas. — De plus il a en slave la valeur d’anaphorique, c’est-à-dire qu’il sert à renvoyer à une personne ou à une chose connue ou précédemment indiquée, et c’est cette valeur seulement que présente le lituanien. Comme anaphorique, il est enclitique et peut alors s’ajouter aux adjectifs pour indiquer que le nom auquel il se rapporte est déterminé : v. si. dobrü-jï (écrit dobry-ji) « le bon. . . », dobra-ja « la bonne... », dobro-je (neutre) « le bien » ; de même en lituanien, masc. geràs-is « le bon... », fém. gerô-ji ; le thème avestique ya-, mis en principe au même cas que le nom auquel il se rapporte, et par suite démonstratif et non relatif, sert à unir un nom à un autre nom ou à un adjectif, ainsi à l’accusatif zd star dm yim tistrîm « l’étoile Tistriya » .

5° Indéfini et interrogatif.

Deux thèmes, tous deux caractérisés par *£w-, ont le double rôle d’indéfini et d’interrogatif :

DÉMONSTRATIFS

*kwe-, *kwo- (féminin */ewâ-) : skr. ha- (nom. kâh), zd ca- (génit. gâth. la-hyà ), ha- (neutre ka-t), v. si. ce- (génit. le-so « de quoi? »), ko- (dat. ko-mu « â qui ? »), lit. ha-, gr. ts- (génit. xsc, tou), %o- (dans les adverbes comme tuou), lat. quo- (neutre quo-d), got. hwa- (nom. hwas « qui? »).

*kyiei- : skr. cit (ancien neutre, devenu adverbe), zd ci- s <c qui? », v. si. cï-to « quoi? », lat. qui-s, gr. v-q .

Il n’apparaît aucune répartition des deux thèmes dans la flexion : *&w ei - (masculin-neutre et féminin) fournissait un nominatif singulier masculin-féminin et un nominatif-accusatif singulier neutre: zd lis, lit, gr. x(;, t(, lat. quis, quid, v. si. ci, Jcï-(td) (seulement neutre), mais v. lat. quo-i (lat. class. qui ), et skr. hâh « qui », v. si. kü-(to ), lit. kàs, got. hwas, et le féminin correspondant skr. ht, lit. ht, got. hwo, lat. quae (de *qua-ï) ne «ont pas moins anciens ; *kwe-, *&wo-, se trouve notamment au génitif gâth. ca-hyâ « de qui ? », gr. xé-o (tou), v. si. ce-so « de quoi ? », comme on vient de le voir.

Les formes toniques sont interrogatives, ainsi gr. xiç ; les formes atones, à l’intérieur de la phrase, indéfinies, ainsi gr. xiç.

Gomme on l’a vu par les exemples cités de skr. an-yâ-h, lat. al-iu-s, etc., ces thèmes admettent des suffixes secondaires, et c’est ainsi que le sanskrit a t-yâ- à côté de ta-, i-tara- « autre » à côté de ay-âm, i-d-âm, cf. lat. i-teru-m ; etc. De ces mots, les uns ont entièrement la flexion des démonstratifs : c’est le cas du mot « autre» (par rapport à plusieurs) : skr. an-yâ-h « autre », xin-yâ-t, lat. al-iu-s , al-iu-d, gr. aXXcç, aXko, etc. ; d’autres ont quelques formes de cette flexion, c’est le cas de « autre » (de deux) : lat. al ter, alteru-m (avec la flexion nominale), gén. alterius et dat. alteri (flexion de démonstratif), et en général de tous -ceux qui sont formés avec le suffixe *-tero~.

D’autres mots, notamment ceux signifiant « un » et « tout », « entier », empruntent aussi des formes à la flexion des démonstratifs : tel est le cas pour skr. ékah « un », zd aèvô, v. si. jedinü, arm. mi, lat. ünus ; skr. viçvah et sârvah « tout », zd vispô, v. si. tutsi, lat. tôtus.

LE NOM

b. Flexion.

Les formes sont en partie identiques à celles des substantifs et adjectifs en -e/o- pour le masculin-neutre, en -à- pour le féminin, en partie différentes.

Masculin et neutre.

Singulier.

Nominatif masculin. — La particularité caractéristique de l’existence d’un thème particulier à ce cas, type skr. sâ — gr. c, a été signalée p. 286 ; ce thème n’a pas la désinence *-s, particularité qui se retrouve dans skr. ay-âm et dans v. lat. quo-i (lat. qui), et dans lat. hi-c, Me, iste, peut-être dans i-pse en face de is (cf. l’accusatif v. lat. eum-pse). — Quand le thème reçoit une désinence, c’est *-s : skr. yà-h « qui », gr. o-ç ; le nominatif correspondant du lituanien pour ce même thème est -i-s dans geràs-is « le bon » , jï-s « il » , comme celui des autres thèmes en *-yo~.

Accusatif masculin. — La désinence est la même que celle des substantifs : skr. tâ-m, gr. to-v, got. ftan-(a), etc.

Nominatif-accusatif neutre *-t : skr. tâ-t, zd ta-t, gr. t 0 (avec chute de la dentale finale, normale à la fin du mot, comme aussi en baltique et en slave) ; v. pruss. sta, v. si. to, got, ftat-a (avec t représentant d, qui est la forme de la dentale finale du mot devant voyelle commençant le mot suivant, en l’espèce la particule représentée par - a ), lat. ( is-)tu-d . — Cette désinence se retrouve dans le mot « autre » (relativement à plusieurs) qui appartient à la famille des démonstratifs en l ou n (v. p. 287 et suiv.) : skr. anyâ-t, zd anya-t ; lat. aliud, gr. dXko, mais non *pas dans les mots signifiant « un » et « entier » : lat. ünu-m, tôtu-m, skr. éka-m « un », viçva-m « tout », sârva-m « tout », gr. oa(F>-v.

Génitif. — Les formes divergent d’une langue à l’autre : skr. tà-sya, hom. toXo (att. tcu, dor. tw), got. ft-is, v. h. a. de-s, comme dans le type thématique ; le timbre e de la voyelle thématique est attesté par la correspondance : gâth. ca-hyâ « de qui?»,

DÉMONSTRATIFS

y. si. ce-so « de quoi? », hom, ts-g (att. tou), v. h. a. hwe-s. Les formes de génitif, togo en slave, nor- « de celui-là » en arménien, eiius en latin, sont particulières à chacune de ces langues, et toutes d’origine obscure.

Ablatif (distinct du génitif, comme dans le type thématique des substantifs) : skr. tat (devenu adverbe), zd ât (devenu adverbe), lit, tô, v. lat. istôd, lat. istô.

Datif *-smôi (?) : skr. tâ-smai, zà aêta-hmâi ; cf. v. pruss. stesmu et got. fta-mma (avec -mm- de *- sm -) ; arm. or-um « à qui? » (avec *-um de *-o-smôiT) ; ombr. esmei « huic » ; v. si. to-mu (sans trace de *j).

Locatif *-smi (?) : skr. tâ-smin, zd aèta-hmi, arm. or-um « dans lequel » (-um de *o-smi$') : ombr. esme\ v. si. to-mï (sans trace de *5).

Instrumental : zd ta ; adverbe dans g r. tîo) et dor. tc^-(tuo)wc), got. ^(adverbe), v. pruss. ste « d’autant ».

Pluriel.

Nominatif masculin *-i : skr. té (de indo-iran. *ta-i ), hom. toi, v. si. ti, lit. te (-1 de balt. *-aï : v. pruss. stai ), lat. irfî. L’indo-iranien et le germanique révèlent l’opposition du nominatif en *-ôs des substantifs (skr. âçvâh « chevaux », got. dagos « jours ») et du nominatif en *-oi des démonstratifs (skr. té, got. fyaî) ; les autres langues ont généralisé l’un des deux types, ainsi le latin a equi comme istï, mais l’osque a pus « qui » comme Nüvlanüs « habitants de Noie». — Le nominatif pluriel masculin en *-oi des démonstratifs a été étendu aux adjectifs en lituanien et en germanique, et à tous les noms en -0- dans la plupart des langues.

Accusatif masculin, comme dans les substantifs : skr. tan, crétois tg-vç (att. xouç), got. fta-ns, v. pruss. sta-ns.

Nominatif-accusatif neutre, comme dans les substantifs : véd. ta, v. si. ta, et d’autre part gr. toc (avec a bref), lat. istà.

Génitif *-isôm, *-isôn : skr. tésâm, zd aètaêsam, v. pruss. stèison, v. si. tëxü (de *to-ison) ; cf. got. fige et lat. istôrum .

Localif *-isu en indo-iranien et en slave : skr. tésu, zd aètaèsu, v. si. tëxü ; cf. hom., ion. xotau

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