‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 10 sur 164 · LES TRADUCTIONS MANUSCRITES D AMYOT · texte numérisé non relu

LES TRADUCTIONS MANUSCRITES D AMYOT

expérience sur la première page du ms. 1401 (\'ies de Sertorius et d'Euménès).

Manuscrit.

Ce n'est a l'adventure pas chose de qiiov l'on se doive i^'nnidement émerveiller, qu'en /'espace de temps infinv, ainsv que la fortune tourne, et varie diversement en divers lieux, il l'schi'e et adviene fortuitement des lits et advoitures toutes semblables*. Car soit ou qu'il n'v ait point de nombre certain et defiii\ des accidents qui peuvent advenir, la fortune a ir.atiere assez copieuse et ample pour produire des effectz qui sentreressemblent : ou que les événement:^ des choses soient compris en nombre déterminé, il est forcé qu'il adviene souvent de mes mes cas, et accident:^ tous semblables, quant ilz se font par niesmes causes et * moiens.

Toutejiois il v en a qui prennent plaisir et aiment a recueillir des histoires ondes comptes qu'il' ont ouv faire, les cas de fortune qui ressemblent * aux choses que l'onfaict sciemment, et par raison préméditée, et propensée :

Comme pour exemple, que de deux * qui ont eu nom Attvs, tous deux de )iohle mai-

Hd. 1559.

Ce n'est a l'adventure pas chose (/(>;;/ Ion se doive* émerveiller qu'en espace de temps infiny, ainsy que la fortune tourne, et varie diversement *, il * adviene souvent par casuelle rencontre des accidents du tout semblables les uns aux autres.

Car soit ou qu'il n'v ait point de nombre ar resté nv certain des evenemens qui peuvent escheoir, la fortune a matière assez plantureuse, et ample pour produire des effects qui s'entreressemblent, ou que les cas humains soient compris en nombre déterminé, il est forcé qu'il arrive souvent des accidents entièrement semblables attendu qu'ils se font par mesmes causes et mes mes moiens.

Mais pour autant qu'il y en a qui prenent plaisir * a recueillir (/(' tels cas fortuits qu'il:^ ont veus ou oui s si conformes lun à lautre qu'ils ressemblent proprement aux choses que l'on faict de propos délibère et avec raison propeusée. Comme par exemple, que de deux hommes qui ont eu nom Attys, tous

l8 JACQUES AMYOT

sou, lung lie Svric et l'aultrc deux issus de i^nuid lieu, lun

(/'Archndic liins; et laultre lut eu la Svrie et lautre eu /'Ar-

t ne d'un sanglier: et* de deux chadie, km et lautre fut occis

qui eurent nom Activon lung y.//- un sanglier et que de deux

lut dessiré de ses chiens et qui eurent nom Act;von lun

laultre de ses amoureux. tut déchiré par ses chiens et

Ms. franc. 1401, f" i , r" . lautre /)<(/• ses amoureux.

(lid. 1 559, f" 398 V" .

Ces deux manuscrits (1400 et 1401) présentent d'ailleurs le même format, sinon le même nombre de lignes, et sont datés, nous l'avons dit, par la reliure au chiffre de François F'. Il n'en est pas de même du manuscrit 1^95 {Wc de Démétrius), qui, ayant fait partie au .wii' siècle de la riche collection de Béthune, a été relié aux armes de celui-ci. Mais le manuscrit lui-même date du xvi'-' siècle, et l'écriture, comme nous le verrons plus loin, ressemble beaucoup à celle de Sertorius-Ruménès. La comparaison avec le texte de l'édition sera encore plus simple pour cette vie que pour les précédentes. Les deux textes présentent si peu de diveri^^ences qu'il est inutile de les confronter et qu'il sufHra d'indiquer dans la seconde colonne les quelques variantes que l'édition de i))9 apporte au manuscrit.

\'oici la première pa^e de cette \'ie de Démétrius :

Texte du Ms. Leçon de led. 1559.

C'eulx qui furent les premiers .lutlieurs de ceste opinion que les sciences et les arts ressemblent aux sens de nature, a mon jdvis entendirent très bien celle puissance de juger, p.ir laquelle tant les

LA VIF. DE nKMKTRlL'S I9

sciences comme les sens nous donnent jugement et cognoissance des choses contraires : car cela leur est commun a TOUS deux. Mais il v a difference/w//- iiiilaiil = d'autant que les sens naturel/, ne réfèrent pas les choses, dont ilz nous donnent jugement et cognoissance, à une mesme fin que font les sciences : car le sens est une puissance naturelle de discerner et cognoistre autant le blanc (jne le noir, et non plus = comme le doulx que l'amer, ou le mol et enfondrant comme le dur et le ferme : ains est seulement son propre, quand ces =r telles cho.ses qui sont ses objectz naturelz luv .sont présentées, estre par elles emeu et émouvoir aussi le sens intérieur en rap- :^= discours portant à l'entendement connue il s'esl =r. comment = est trouve affectionné. Mais les arts et sciences qui sont composées avec raison pour choisir et élire ce qui est bon, et pour refuser et fouvr ce qui est mauvais, considérer l'un des contraires principalement et pour l'amour de sov et l'autre accidentellement et pour s'en garder.

Il suffit d\ivi)ir parcouru l'exemplaire i,'rec des \'ies de Plutarque (i) qu'Amvot avait chargé d'annotations et de variantes, et sur lequel nous reviendrons plus loin, pour écarter du premier coup, avec l'attribution de ces trois manuscrits à un autre traducteur, l'hypothèse d'un plagiat de ce genre de la part d'Amyot. Aussi bien, tandis que ses contemporains et la génération suivante épuisaient, en quelque

(i) Bibl. de r.Xrsen.il, ms. 8411.

sorte, la longue liste des érudits de l'époque pour exhumer aux yeux du public enthousiaste le véritable auteiu' de cette traduction, comment un tel plagiat eùt-il échappé à ces critiques à l'afFùt des anecdotes et des on-dit les plus invraisemblables ? Si nous songeons en outre que ces manuscrits répondent parfaitement au signalement que nous ont fourni les témoignages d'Amyot et de ses biographes, nous n'hésiterons pas à les lui restituer comme le premier état de cette traduction célèbre, antérieur de plus de douze ans à l'édition originale.

Mais on a pu voir par les citations précédentes que, pour la \'ie de Démétrius, l'édition de 1559 présentait, par rapport au texte du manuscrit, beaucoup moins de variantes que pour les quatre autres Vies. A cette dirtérence on est tenté d'attribuer un motit très vraisemblable au premier abord. La Vie de Démétrius se trouve vers la fin du recueil de Plutarque : il est donc tout naturel qu'Amvot Tait traduite après les autres, peut-être même après la mort de François h', puisque le manuscrit, n'avant plus sa reliure primitive, n'est pas aussi nettement daté que les autres. Et en effet, si Amvot a composé cette traduction plus tard, on comprend qu'il ait eu moins besoin de se corriger en 1 5 58, au moment de la publication. Mais cette hvpothèse est démentie par les faits :

1" L'écriture, qui semble bien être du même copiste que celle des autres manuscrits, dénote une main beaucoup moins sûre et moins habituée.

2° Les vers sont traduits en prose, tandis que.

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