‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 100 sur 164 · LA RHÉTORIQ.L'E AU WI"^ SIECLE · texte numérisé non relu

LA RHÉTORIQ.L'E AU WI"^ SIECLE

Cette influence de la poésie dans l'élaboration d'une rhétorique n'a rien, d'ailleurs, qui doive nous surprendre. Les Grecs n'avaient pas procédé autrement : à l'époque de Gorgias, la prose littéraire, la prose savante n'existait pas : archives de tamilles ou decités, annales, récits de voyages, documents ou recettes pratiques, rien n'avait contribué encore à rehausser le rôle de la prose, ni par suite à en perfectionner les ressources. La poésie, au contraire, avait produit depuis longtemps des chefs-d'œuvre. L'innovation de Cjorgias, comme on l'a fort bien montré (i), consista à appliquer à la prose les procédés poétiques dont elle était capable, et, pour les autres, à lui créer des équivalents. C'est ainsi que naquit le nombre oratoire : Cicéron lui-même le remarque, et Orner Talon, qui publia sa Rhctoriqitc en 1544 (2), s'est fort bien rendu compte de cette origine : « Dimensio est Poetica vel Oratoria. Poetica, quae perpetuis certorum spatiorunî

legibus astringitur Oratorius est numerus quidem

non incertus, sed tamcn et poetico et sibi ipsi perpetuo dissimilis. Xatus autem est ex illo poetico, cujus voluptatem rhetores imitati sunt, cum hic animadvertissent poetas quidem populo placere, in oratoribus autem genus àcrjOy.ov et incompositum cum suavi-

teroit A beaucoup de gens et niesniement à dresser uostrc langue : en laquelle n'y a encore un seul livre exquis, fors en poésie ; le reste ne sont que romans et traductions la pluspart impertinentes. » — Quant au livre de Rabelais, on sait qu'il fut longtemps regardé comme une production populaire, qui n'avait d'autre prétention que d'exciter le rire.

(i) Cf. O. Navarre, La Rhétorique grecque avant Aristote, Paris, 1900, 8", [2) Audcmari Tulaci Khctorica, 1544, cf. surtout chap. 15 et 17.

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tate aiiJiri. Xumcrum igitur qucmdam rvthmicis quidcin et mctricis Ici^nbus solutiim, scd tanien numeriim in prosa adhibiicrunt. »

Ainsi les Français du xvr' siècle se trouvèrent placés entre deux influences, celle des théoriciens et des orateurs antiques, et celle des poètes vulgaires ; mais ces deux influences ne furent pas, en somme, contradictoires, puisque, d'un côté, les rhéteurs anciens s'autorisaient déjà de l'exemple des poètes, et que, d'autre part, de plus un plus, nos poètes vulgaires, en se latinisant, se proposaient pour modèles les orateurs antiques (i).

Ces considérations expliquent, croyons-nous, cer-

(i) Cette influence de hi rhétorique latine sur notre poésie française est indiquée par Hstienne Pasquier au début du livre Vil de ses Ki'chcvcbfi. '< Ce qu'ils iles rhéteurs anciens] appeloieiit rilhiiics estoieiit certaines clauses que les Orateurs sçavoient niesnager pour contenter les aureillcs des escoutans : Clauses (dis-je) doux coulantes, mais non lices, et plus libres que les vers mesurez, qui estoient bornez de certaine quantité de pieds, longs et brefs ])e ces clauses doncques nous

cnipruntasnies nos vers, qui se soustienncnt, si ainsi voulez que je le

die, sans pieds Outre la douceur qui provcnoit de telles clauses,

entre les traicts, et afféteries delà Rhétorique, il n'y en avoit point qui ciiatouillast tant les aureilles du peuple, que ce que les Cîrecs appellcrent ô;j.oiot£A£UT2, les Latins Siiiiili/ir ilisiuciitid, et nous par adventure non mal à propos. Clauses qui tombent sous mesnies coiisonances... Cela à mon jugement tut cause que quand nous entasmes la langue ]-atine sur nostrc (îauloise, nous fismes un nieslange de ces clauses choisies que l'on appeUoit Rbithmi, des Omioteleftcs, lesquelles unies ensemble, se trouvèrent si agréables, que l'on les estima outrepasser les vers mesurez des Grecz et des Romains. » — Cette page curieuse nous a été signalée par .M. J. .Madeleine. — Notons, d'ailleurs, que la théorie de Pasquier est assez inexacte : on sait aujimrd'lnii, en etfet, que le vers français tire son origine de la poésie liturgique Latine du nioyen-age, qui, elle-même, remonte à la poésie rythmique populaire et primitive des Romains, non sans devoir peut-être ses modèles à la poésie métrique que les Latins avaient reçue des (irecs. C^f. sur ce sujet, entre autres travaux, une Lclttr de (î. l'aris à I^on Cjautier, publiée dans l.i Hlh!lolh,-iiiic dr l'Hcolc drs Chaita, 18IS6; et l'ouvrage du chanoine Ulvsse C^he'^alier sur la Poésie riliiigiqui- tin Moyai-A^ii . pp. 6-59, puisiin.

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