‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 114 sur 164 · AMYOT F:T TURNÈBE · texte numérisé non relu

AMYOT F:T TURNÈBE

Plusieurs des érudits que nous venons de nommer ont pu être en rapports avec Amyot et lui communiquer oralement telle ou telle correction qu'il nous est impossible de retrouver aujourd'hui. Pour d'autres hellénistes, ces relations d'amitié sont attestées par des témoignages contemporains, et, au premier rang de ces collaborateurs, la tradition, nous l'avons vu

plus haut, place Adrien Turnèbc. Mais la tradition n'est pas une aut(>rité suHisante en matière d'érudition, et nous ne sommes pas tenus d'accepter sans contrôle les affirmations un peu intéressées, et par suite suspectes, de l'élève de Turnèhe, La Popelinière. Mais, si nous voulons reprendre rapidement cette question, il comient, je crois, tout d'abord, de la diviser et de rechercher les indices de cette collaboration d'abord pour les Œuvres Morales, et ensuite pour les Fies Parallèles. Il existe encore aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, sous la cote Res. J. 94, un exemplaire de l'édition des Moralin, publiée chez Aide en 1509, qui porte des variantes de la main d'Adrien Turnèbe : cet exemplaire a été utilisé par certains éditeurs de Plutarque, en particulier par Wyttenbach. Mais un problème se pose, que n'ont pas mentionné, que je sache, ces divers érudits : on peut distinguer parmi les notes de cet exemplaire trois écritures différentes, que, pour plus de commodité, nous désignerons comme il suit : une écriture fine assez allongée; une écriture grosse; et une écriture moyenne qui, selon qu'elle est plus ou moins régulière et appliquée, présente quelque ressemblance soit avec la première, soit avec la seconde des deux précédentes. Essayons de classer chronologiquement ces trois écritures' par la disposition même de ces notes les imes par rapport aux autres.

I" A la page 801, ime leçon de l'écriture moyenne est remplacée par une leçon de l'écriture grosse et

barrée par la incnic main qui a écrit la seconde variante. Xous en pouvons conclure que l'écriture grosse est postérieure à lecriture moyenne.

2" A la hn de cette même pa^e nous constatons aisément, par la disposition des notes, l'antériorité de l'écriture hne par rapporta lecriture grosse.

3" Au milieu de la page 798, une leçon de l'écriture îine et une leçon de l'écriture moyenne sont encadrées par une note de l'écriture grosse.

4" A la tin de cette même page, nous voyons que récriture fine est postérieure à l'écriture moyenne.

Les résultats de ces constatations sont les suivants : l'écriture moyenne est la première, Técriture fine la seconde, l'écriture grosse la troisième.

Laquelle parmi ces écritures est celle de Turnèbe ? Si nous les comparons aux mots Aâria}ins Turnehus qui se trouvent sur le titre et sont très vraisemblablement de la main du célèbre helléniste, nous n'hésiterons pas à la reconnaître dans les notes de l'écriture fine. Quelques mots écrits à la suite d'Adritiiiiis TiDiii'hus nous apprennent que ce volume a appartenu depuis à Estienne Turnèbe, neveu d'Adrien, puis à Bourdelot, peut être encore à un possesseur intermédiaire (i) : l'écriture grosse serait

(i ) Voici la suite de ces cx-libris, (je sépare par deux traits verticaux les écritures différentes) : « Adrianus Turnebus il moriens Stephano TurneboVCF reliquit: || hic Jo. Bounlelolio 1)D. » Le mot en italique a été écrit sur rature : peut-être, avant d'appartenir à Bourdelot, le volume av.iit-il été donné par Etienne Turnèbe à un autre personnage nommé aussi Jean ?

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donc celle de l'un d'eux, ce qui est rendu très vraisemblable par l'inspection même de cette note. En revanche l'écriture moyenne serait d'un possesseur antérieur à Turnèbe (i).

Si ces remarque > sont exactes, Aniyot n'aurait pu connaître sans doute que les corrections des deux premières mains. (2) Les a-t-il connues ? — Les arguments que l'on a fait valoir en faveur de l'affirmative sont de valeur très inégale. M. Dezeimeris dans son étude si intéressante sur Une version peu connue des Moral ia a incidemment touché à cette question, et il ne doute pas (p. 16, note) que ce soit « l'exemplaire annoté de Turnèbe conservé à la Bibliothèque Nationale, qu'Henri Estienne visait en ce passage de ses Annoinlions (t. \'II de la partie latine de son Plularijiie,p. 463). Ca;terum earumquas in contextum receptx' fuerunt emendationum et aliarum etiam quas in annotationibus habes, plericque in doctissima et elegantissima interpretatione gallica observata; fuerunt, ex iisdem exemplaribus petitiv. ^) Mais en premier lieu^ il ne s'agit ici que des Fies parallèles (la

(1) Notre chronologie semblerait être confirmée par le fait suivant : A la suite de beaucoup de notes de l'écriture moyenne a été ajouté le mot sit ou siV de l'écriture fine. Ce serait donc une marque d'approbation de Turnèbe taisant siennes les corrections de son devancier. Les notes de cet exemplaire, en effet, ont l'apparence d'être surtout des corrections, tandis qu'Amyol, au contraire, inscrivait, nous l'avons dit. toutes les variantes bonnes ou mauvaises, quitte à les faire suivre du mot iihilc.

(2) Remarquons que, s'il a eu entre les mains l'exemplaire de Turnèbe, ce n'a pas dû être avant 1559, date à laquelle il A terminé la publication des /';'«, peut être même pas avant 156$, date de la 2' édition des FtW, et, dans ce cas, ce serait après la mort de Turnèbe que son neveu lui aurait communiqué le volume.

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