UNE LETTRE DE PIERRE MORI\ A MLRET
connétable de Montmorency, le vicomte de Turenne, alors âij;é de six ou sept ans, était élevé à cette époque au château de Chantilly ; c'est lui-même qui l'écrit dans ses Mémoires (i) : « Sur les six ans de mon âge on me donna un gouverneur nonnné V'illemontée (2), un précepteur, un valet de chambre, et un page ; ledit \'iIlemontée se trouva d'humeur colère et bizarre, qui tut occasion qu'il demeura peu de temps près de moy : mon précepteur commença à m'enseigner la langue latine et les premiers rudiments de la sphère et des cartes, à quoi je profitais beaucoup en
(i) La dernière édition est celle qu'a donnée ^L Bagucnault de Puchesse, pour la Socit'tc de l'histoire de Fiance, Paris, MDCCCC^I, in-8".
(2) Il n'y a aucune variante pour ce nom dans les diverses copies des Mémoires de Turenne. Pourtant nous lisons dans une lettre adressée le 6 mars 1)65 à Montmorency par son homme d'affaires (Llaude (^olangcs, — et conservée au Musée (londé (Papiers de Montmorency, série L, tome XIX, loi. 92 . « Je receu des lettres, qui me mandent... qu'il vous a pieu donner pour gouverneur à mondit seigneur [le jeune Turenne] monsieur de Rochemontée. » — .Malgré les erreurs, qu'on peut relever dans les renseignements que Turenne, âgé de 5 5 ans, nous donne sur son enfance, malgré l'autorité que semble avoir le témoign.agc d'un contemporain tel que Colanges. nous n'osons proposer cette correction, car nous n'avons aucun document qui atteste des relations entre la tamillc des Rochemontée ou Rochcmonteix avec Montmorency, — si ce n'est une lettre de Chalvet (peut-être un (>halvet de Rochemonteix)au connétable, datée de Lyon 5 août 1555 [Bibl. Xat., ms. fr. 20645, ^'^^- 1)5-156) — tandis que nous savons qu'Antoine Auticr, écuyer, seigneur de Villemontéc, qui épousa en 1530 Anne de Scorailles et de Claviers, était niaitre d'hôtel de Montmorency. [Cf. Tardieu, Grand Dictionnaire du Piiv de Dôme, p. 555, Bibl. Nat., Lk*, 15 16 ; et Histoire ghiéaloi^iijne de la maison de Bosrcdon, 1863, pp. 217-221, Bibl. \at., Lm 5, 940.]. Pouvons-nous faire un pas de plus, et essaver de déterminer quel est le personnage de cette famille qui, vers 1562, fut nommé gouverneur du jeune Turenne ? — (^et -Antoine Autier eut onze enfants : le second, François, était baron de Villemontée, et mourut en 1557 à la bataille de Saint-Qiientin. Le premier, Jacques Autier, écuyer, baron de Villemontéc, ne rendit hommage au roi pour cette terre qu'en 1568. .Mais rien ne prouve qu'il n'en portât pas le titre et n'en eut pas la jouissance dés la mort de son frère. Il pourrait donc dans ce cas être le personnage dont parle Turenne.
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l'un et en l'autre, et avec plaisir. Madame la Connestable, une des superstitieuses de son temps, prit fantaisie que les sciences me feroient estre de la relii;ion, en laquelle Dieu m'a appelé en son temps, qui fut cause, à mon grand mal, de me faire oster mon précepteur, et par là le moyen d'apprendre les langues et la philosophie, qui m'a esté un grand detfaut pour les charges que j'av eues... Je demeuroy audit Chantilly jusqu'à dix ans... A dix ans je fus mené à la cour... »
Nous pouvons même confirmer ou préciser les indications de Turenne, par la confrontation des lettres de l'époque, que l'obligeante érudition de M. Gustave Mâcon, conservateur du Musée Condé, nous a permis de retrouver dans les papiers de Chantillv. \'oici le témoignage le plus caractéristique : Jehanne Auxoust, femme de charge du château, écrit à Madame la Connétable, dans une lettre datée de Chantillv le 17" jour de mars 1563 : « Monsieur et Mademoiselle de Thuraine se portent bien et me semble que Monsieur de Thuraine se sent desjà de son gouverneur, ou c'est l'opinion que j'ay (i). » Le précepteur dut être choisi à la même époque que le gouverneur, c'est-à-dire vers 1562. D'autre part, il n'était plus auprès de son élève, lorsque celui-ci partit pour la cour, en 1565. Ces dates concordent-elles avec ce que nous savons de la vie de Pierre Morin ?
Celui-ci nous a laissé des indications trop peu
(i Muscc Coiuié, Papiers dr ML<iiliiioirin-y, série L, tome XIX.