‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 119 sur 164 · UNI-: LETTRK DE PIERRE MORIN A MURET · texte numérisé non relu

UNI-: LETTRK DE PIERRE MORIN A MURET

nombreuses, mais précises, sur sa jeunesse, au début de la lettre De vita et scriplis suis, qu'il adressa à son neveu Proust (i): il nous y apprend qu'il fut rappelé d'Italie en 1559 par son père, qui désirait l'avoir auprès de lui pendant ses dernières années, — que celui-ci mourut vers 1560, — et que son fils rcgai^na Rome en 1565. Sur l'iiitervalle qui sépare ces deux dates, xVIorin ne nous donne aucun renseignement : il est donc possible, et même asse>c vraisemblable, que le précepteur du vicomte de Turenne, dont personne, pas même son biographe Marsollier (2), ne nous a transmis le nom, ait été le polyglotte et exégète Pierre Moriii.

Assez obscure encore est l'allusion que fait Morin au Thi'oh\i^nis i^rariis, que les éloges de son ami, dit-il, l'avaient déjà habitué à estimer et à admirer. Il est bien question, à plusieurs reprises, dans les lettres que Muret écrivait à cette époque, d'un personnage qu'il désigne d'ordinaire par les mots « ihcologus uosler », si bien que la plupart de ses correspondants ne connaissaient pas son nom : il s'appelait en réalité Bartholomieus Perrus(3), et était peut-être parent de ce Girolamo Ferri, à qui Muret avait dédié ses trois discours De stHiiUs lilleniniiii. Quoi qu'il en soit, ce théologien

(1) Elle a ctij publicc uu tCtc de ses œuvres par le 1'. duétil', 1672, in-i 2.

(2) Hisloiie de Hciii\ de hi Tour d'Aiiiri onc^ dur de Bouillon, l'aris, Barois, 1719, in-4'.

(5) Voici en cli'et ce qu'il écrit au médecin (lananus : « Nain et Hartholouiivus l^'errus, (puto te aiitca nescivisse id nonieii 'l'heolof^o nostro esse), et Hieronvnnis I.ipponianeuses... ■> (lettre datée de l\arolilocus, prid. non oct. C.OK^I.XII. l-'pi'.t. II, :!6 ; éd. Rulinkeii, t. H. pp. 62- 64 )

paraît avoir éveillé, chez riuimaniste peu austère qu'était iVlarc-Antoine, un goût assez vif, sinon durable, pour la théologie. Lorsque les troubles dispersèrent pendant quelque temps la petite cour du Cardinal, Muret écrivait à Cananus (le 7 des calendes de janvier 1562) : « Ununi me maie liabet, Theologi absentia : quem dcsidero, et ut disci[>ulum magister, et ut magistrum discipulus. Opéras cnim permutare inter nos cœperamus, ut ego eum grajcas litteras, ipse meTheologiam doLeret(i). » — N'étaient ces derniers mots, nous n'hésiterions pas à identifier avec le Tljeologns nos le r doux parle Muret le Tlk'ologus gniriis dont parle Morin. Mais cette objection même est-elle irréfutable ; et ne pouvons-nous pas expliquer par une sorte d'ironie l'épithète de grarns donnée à deux reprises à ce personnage qui précisément apprenait le grec ? Ne serait-il pas, d'ailleurs, assex bizarre que Morin, s'il eût voulu désigner sans intentic^n plaisante un théologien, ne Teùt pas nommé par son nom, mais se fût servi les deux fois de la même périphrase ?

Plus importante est la dernière question que soulève cette lettre : Morin demande à son correspondant s'il a rendu quelque service à Amvot au sujet, non seulement de Plutarque, mais aussi de Victorinus. Sur ce point encore nous sommes renseignés par la correspondance de Muret, et en particulier par une lettre qu'il adressa, après son retour à Rome, à Paulus Sacratus : « Constitueram, dit-il, repertas a me in

(i) Epist. II. 2^ ; C-.l. lUilnikcn. t. il, pp. 66-67.

L'M-: l.i;i IKK DE Fll-KKI-; MOKIX A MllU-T 48)

Gallia, iicquc usquc in luinc dicni a quoquain divulgatas \'ict(irini vctcris, non Rhctoris modo scd Pliilosophi quoqiic ac 'l'hcolo^i lucubrationcs in publicuni cmittciv ; cuniquc in cis cmcndandis non parvum laboi'cm sustulisscm, ad te potissinunn niitterc, et tibi quasi dicarc, quicquid in cis mca industria ctîcctuni t'ssct, jamquc id fecisscni, nisi me quoddam, quod aliquando intelliges, retardasset (i). » Quelques mois plus tard il renouvelait sa promesse : « Numquam omnino emittam eum e manibus, nisi addito luculento aliqiio testimonio amicitia: nostrcv(2)... » — Il ne semble pas qu'il ait jamais mis son projet à exécution ; mais il avait sans doute acbeté ou fait copier pendant son séjour en France le manuscrit de \'ictorinus qu'il voulait publier. Quoi qu'il en soit, lallusion à Annot reste encore obscure, car nous ne pouvons déterminer Futilité que pouvait tirer de cette communication le traducteur de Plutarque.

Pour ce dernier, auquel il est temps enfin de revenir, le passage de Morin atteste que Muret lui avait exprimé son intention de faire part à Amyot de ses notes sur cet auteur. Malheureusement, nous ne savons ni si Muret a vu Amvot à cette époque, et lui a communiqué ses notes, ni dans quelle mesure — en admettant qu'il les lui ait communiquées — celui-ci a [ui s'en servir. C'est donc encore dans l'examen du x'olume de l'Arsenal, et dans la comparaison de ses variantes avec celles de l'exemplaire Giannotti-Laureo-

(i) Kpist. IX, 12; cd. Ruhnkcii, t. Il, p. 250. (2) Hpist. IV, 15 ; éd. Ruliiikeii, t. Il, p. 252.

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Muret, qu'il nous f;uit rechercher les éléments de ce prohlème.

Piirmi les leçons de ce dernier, il s'en trouve un certain nombre qui sont précédées ou suivies du mot l'o-dj; : nous avons tout lieu de supposer que ce sont là, non pas des variantes fournies par des manuscrits, mais des corrections proposées par l'annotateur du volume. Aussi est-ce sur elles en particulier que nous avons fait porter notre examen malheureusement trop sommaire. En voici les principaux résultats :

1° Les variantes suivantes, proposées par Muret(i), sonPignorées par Amyot, soit que celui-ci en indique d'autres, soit qu'il adopte sans correction la leçon de l'imprimé.

Edit. aldine 6 v. On lit dans l'exemplaire de Muret, après deux leçons tirées de manuscrits italiens, la note T,y [=:ï,youv} àjjLÛvaffôai. Or les deux premières variantes sont bien mentionnées sur le volume de l'Arsenal, mais non pas la conjecture.

Hdit. aldine 12 v'\ Muret propose d'ajouter -/a: entre à-roTvéaaL et ixoAi; et ii'r, entre ivei-ovri; et TtaOeiv.

Edit. aldine 58 vo. A propos de toï; xeATi/oï; ziOeaiv Muret écrit : « Ego puto hic aliquid déesse et fortasse h.ec tantum verha desunt ■z'ty to-j Ka|j.iA)vO'j. »

Edit. aldine 68 ro. Muret propose la correction oJx è'sti pour oû-xé-Ti.

(i) Nous désignons sous le nom de Muret un des .innot.iteurs du volume, quoique cette attribution, ainsi qu'on l'.i vu plus haut, ne nous p.iraisse nullement certaine.

Kdit. aldinc 70 r^. Muret on face de iva;j.Eji'.Y;xÉvou; note : tsw? dvaijL£a£vjj.£vo'Jî.

Edit. nldiue 95 vo. Muret en i'.xci: de --cpïTa; écrit "an;

Hdit. nldine 95 vo. Le texte était /al Oa'jua-Tov: Muret remarque lïw; t2&£A7c1 xai.

Sans doute, pour maintenir, malgré ces exemples, l'utilisation du vc^lume de Muret par Amyot, on peut imaginer diverses hypothèses : on peut supposer que ces variantes ignorées par Amyot ont été inscrites seulement par Muret après 1 564 ; on peut admettre également qu'Amyot lésa volontairement négligées, (i) Mais il faudrait du moins que l'on pût alléguer en faveur de cette utilisation des exemples probants de conjectures personnelles empruntées à Muret par Amyot. \'oyons s'il en est ainsi.

a. Edit. aldine, 1 3 r'' (Vie de Lycurgue). Pour un passage notoirement corrompu, nous lisons dans l'exemplaire de l'Arsenal deux corrections; l'une, qui semble avoir été adoptée par les traducteurs latins ; l'autre, qui est celle que propose Muret. Mais cette dernière est adoptée par Amvot dans sa traduction dès 1 559. Il ne peut donc l'avoir empruntée à Muret,

(1) En effet, tandis qu'il eut été invr.iisembl.ihle, comme nous l'avons dit plus haut, qu'Amyot, s'il eut consulté en 15^2 1;' collection de vari.mtes de (iiaunotti, en néf^ligeàt un aussi u;rand nombre, on peut lort bien supposer en revanche, qu'ayant entre les mains l'exemplaire (iiannotti-Muret, alors qu'il avait déjà consulté tant de manuscrits et publié même depuis plusieurs années s.i traduction, il se soit contenté de relever sur le volume de l'Arsenal les principales conjectures de Muret.

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et elle est d'ailleurs assez naturelle pour être venue à l'esprit de deux érudits (i).

'j. Hdit. aldine 14 \" (\'ic de L\curi^ue). La variante proposée par Muret est inscrite par Amvot avec l'indication melius : une correction, semble-t-il, était nécessaire, mais le sens n'était pas douteux. Aussi ne pouvons-nous pas distinguer si la traduction ■varioniiii, celle de X\lander et celle de Cruserius l'ont adoptée. Pour Amvot, nous constatons en tous cas qu'il n'a pas modifié en 1565 sa première traduction (2).

y. Edit. aldine 17 r' (\'ie de Lyciu'gue). En face de Tojv xpÎTîtov '.'va (o^, Muret écrit : « cbcr-. — Vax illa y-ziiTzioy suspecta est : fartasse legenduni est -o-z/Îtscov. » — Amyot inscrit et adopte dès 1559 la première correction, qui en etiet s'imposait. Quant à la seconde, s'il ne l'adopte pour aucune de ses éditions françaises (3), il la signale dans la note suivante de l'exemplaire de l'Arsenal « Suiil qui Ict^aut -ovi^Turj. »

(i) Voici le p.iss.igx' : 'I • ôâ c;;iaîvo; \i'^t~y.:. y.al ~ç.o; toù; TcâpovTa; îî-ii'jv. — Muret souligne as-'jtjc. et écrit : l'jtu; -apÉAxj'.. — Aniyot souligne .aussi Ar-îTat et met eu note dclendiitii n'ai addiU o); ; c'est cette seconde correction que semblent avoir adopté les interprètes latins, tandis qu'Amyot (28, D.) traduit '- lequel il prit entre ses bras et dit aux assistaiis. «

(2) Le texte grec était ( âvOowTtoo;) ...o'.x^iOEÎoovTï; i';j.a toï; t,Oît: Ti 5(.')|i2Ta -pô; -îsav i-<M-j\v.TJ àv::;j:r/a xal -/.f.ïaovf.v, aay-pwv [j.iv Ctvwv. Oîcuojv Ô£ ao'jtowv, TOAÀf,; oè T.Tij/îx; xa: toôttov Tivi voTTiXîia; X3[0f,;ji£piyr,; osofxsviov. Muret propose de substituer Oîôjicva à oîOULc'vfov. .-Knivot, qui inscrit cette variante, avait traduit, dés ISS9 (51, D) <i dont il advient qu'il le (corps) a besoing puis après de beaucoup dormir... et veult cstrc aidé de baings cliaulds... »

(5) La leçon tto^t.jîojv n'est adoptée ni signalée par aucun des traducteurs latins. \\)ici la phrase complète, telle qu'on la lisait alors dans les éditions : Kii --iç, iv -ra'; uà/a;; -poîO'jï-o Tai^; [X'yJZT.^ ô jiaj'.Aî'Jî

Cette dernière expression pourrait tort bien désigner Muret.

0. Edit. aldine, 24 v" (\'ic de Xuiua). Une correction nécessaire (suppression de "'i,-), et taite tacitement par tous les traducteurs, est signalée par Muret et par Amvot.

r. Edit. aldine, 26 v" (\'ie de Solon). Asl o£ u/^tî -t'/'.7. TToôc •/zr>xy.-or/ — £7:aj3-0a'. o-réor.T'.v, 'xr.'zt y.'C'.'/.'.y. Tzzhz 's'./.or/ arroSoAr.v. a/':: a— a'.o'la — oôctsxvtov Oàv7.7ov, à/./.a Tw 'm"'.7'J.C) -ooc — âvTa.

Muret, en face de -s-aGÎ^Oa'., écrit -'p. - y. z y- z-z y: /Jl y.: : or Amyot, après avoir mentionné la leçon -s-pâyOa-.., ajoute yp. -apa73TàyOa'. y, -i-y.'ji^iy.'.. Suivant le témoii,'nage d'Estienne « très hic sunt lectiones -î-aj-rOai, -z-pàyOa-., TSTapàyOa-,, sed hanc tertiam posse recipi solam arbitror. » Mais Sintenis trouve la variante -y.zy.-z-:y.ypy.: non seulement dans Texemplaire de Muret et dans le recueil de Vulcob, mais encore dans le ms. C, c'est-à-dire dans le Parisinus 1673. Nous ne pouvons donc pas regarder avec certitude l'exemplaire de Muret, comme la source de la correction d'Amvot. Celui-ci du reste, ainsi que Cruserius, semble, dès 1559, lire -y.^y-tzy.'/hy.'.. car il traduit : « Or ne fault il pas s'armer et taire pavois de pauvreté à rencontre de... »

s- Edit. aldine, 70 r" (\'ie de Coriolan). Muret

00: t.x'jtl -ri ôî'.vi y.al Ao^'J'-' "'■'■'O; i;'!i; — apÉ/tos'. Ti; tç3;c'.; tiov ;j.a/o;j.îv(.)v.

propose de lire Aar/.ûo au lieu de Ma^xuo (i). Amvot corrige de même, mais il rature ensuite le x de Aapxûo, pour le remplacer par un ':(2). Et, dès 1559, il traduit Lartius, ainsi que Xylander, en 1561, (cf. note, t. I, p. 504), tandis que la traducti(Mi varioriitn, Cruserius et Estienne orardent Masxio).

r,. Edit. aldine, 73 \° (Vie de Coriolan). Muret corrige la leçon notoirement mauvaise 7::;o70£yo!j.£V(-)v a-jTw en -co7cisy ou£vo;ajT(o. Amyot, qui avait d abord noté "^Tpoo-osyouivoj; (leçon donnée par A et D), substitue à cette leçon Tcpoc-ocyôucvoç. puis -poTozyôuîvo; o.'j-Ci. Mais, si Estienne et Xvlander gardent le texte traditionnel, les traductions de Guarinus et- de Cruserius attestent qu'ils lisaient eux aussi -poTosyôjJL^vo; •qui est également la leçon de C (Parisinus 1673) (3J.

h. Edit. aldine, 88 v" (A'ie de Paul-Emile). Muret, à propos de la phrase suivante : î-ofjr.o-av ajTov ol ptouialc/'. xal 'itovàç -oAAax'.ç èv OciTOO'.ç olov fjoy/oJ- |a.£vo'-xal 77:£ÙoovT£ç '.oslv à-iy,x7-'''> écrit en note : « Ista vox cjtoyo'juevo', tortasse corrupta est. SigniHcatum istius vocis vide in fine unius meorum lihrorum [de| dictis Socratis. Lambinus putabat legendum s'jyo- 'j.v>o<.. » Amvot note aussi la variante £'jyô;ji£vo'., qui

(i) Un peu plus bas d'.iilleurs aaoxio'j est écrit )>2px{oy dans B- et dans q (ins. utilisé par Muret). Cette le.çon aurait pu sug<i;érer à Amyot la correction non seulement de ce passage niéme, mais du précédent.

(2) CJ. ce que dit Sigonius dans son traité De nominibus Roinniioniin publié par H. Hstieniie, {'orii Iniloiiac romanac sciiptoics, 1)68, t. I, p. 696. « Lartii a Larte, quanquam (ir;vce .\ipxio'. scribitur. »

(}) Le texte traditionnel était : .MsTi 'A Ta'JTT,v r:rc»o6îi t)-,v î.aTÎvfov yùçiTC^ àvTa'jOa Tpoa;jLa/cÏT6ai ■irpojoe/oijiÉvtov aOxô) to-j; pujiaîo'Jî itT.ïçi Tfùv ÀaTÎvtov 3'jii;Aâ/tov o'vtwv y.a'...'rûAAâx'.; aÙTOÙ; .£':rixa)>0'j-

|JIEVWV. - •\^l- ■ . ■

AMYOT ET MLRHT 49 I

est adoptée par Xylander (note, t. I, p. 603), et qui en effet est une correction à peu près nécessaire. Cruserius semble également adopter cette variante (velut gestiens et avens ejus conspectuni) à moins qu'il ne néglige de traduire le mot embarrassant. C'est ce que fait le traducteur de la version varionini, et peut-être aussi Amyot, dès i))9: « jetterent par plusieurs fois des cris, par lesquels ilz monstrerent avoir grand désir de le revoir. »

'.. Iidit. aldine, 92 r" (Vie de Pélopidas). En face de rx-i--:ovTsç Muret écrit — '.tcoç :'x~i--ry^-z;. Amyot mentionne également cette variante sur son exemplaire. Le sens n'offrait aucune équivoque (i); mais la correction est bonne, quoique Sintenis ne la relève dans aucun manuscrit.

X. Edit aldine, 93 v^' (Vie de Pélopidas). En face de ;ji-'.â; vixr.ç àya-{ou.fvT,ç, Muret écrit '.Vtoç à-'oaivy,;, et cette leçon, qui n'est pas nécessaire et ne modifie guère le sens, ne se trouve dans aucun des manuscrits étudiés par Sintenis; elle est pourtant mentionnée par Amvot (2).

"a. Edit. aldine, 98 r'' (Vie de Marcellus). La phrase :

nrjLKfj'.:. £VTy"/àvovT£C. —/.Y, val —sToor/ 'j.£v îx Y.VixK'r.z £- Tj-fj'jç '^ciO|j.£vo)v... était incompréhensible. Les

(j) Voici le texte priniitil" :"12irr£pyjp o\ 'ir.T.o: Oiaiov ûzo toî; i'caasiv ■?, xab" aÔTov; sAa-jvjacVO'. hé'y^z:'/, oC/ ox: ijiâAAOv sxirî'Trrov- Ts; HxêiilovTji Tov iÉ&a Ttô TÙJfiv. jT/.yvJfjiîvov... n

(2) Voici la phrase entière ; 'Hv oi à6iAT£p(); t, a'.XoTtuia Tapi TOsoÔTO'j; xa: tt.^.ixO'Jto'j; àyâiva; Év6; È'pvo'j xai u'.âç v(xt,; iy«T:«.j jxr/r,;... n Sintenis II, 38, conser%"c dva~oj;ir/T,;.

492 JACQUES AMVOl'

traducteurs, semblent avoir tourné la difficulté en traduisant par à peu près(i). Cependant nous lisons dans l'exemplaire de l'Arsenal la leçon xal -AY.va'.: qui se trouve aussi dans celui de Muret, précédé de ••'■7(0^. Cette correction, tout en étant nécessaire, ne s'imposait pourtant pas a\ec é\'idence.

[X. Edit. aldine, Ii4v"(\'ie de Caton d'Utique). Le texte était : oz'.vh. T.t'.'yt'yHy.'. to'jtov ov ryj T.y.oi^jxiyy^ . rj-j-z' y.o'lxo'jv vôiJ-ov y.y.-y. tojto -/oAalÇo'jiivo'jç. Muret écrit en marge : « Tzzi'jfj^y.'. toOtov. ov —aoiêa'.vov. OT Y,o'lxojv vôuov, y.y~y. to'jtov xo).a!^o [j.ivo'jç. Sic Lambinus hune locum emendandum puiAi:o2:yy.T.z''.7Z7hy.'. TO'j^, ov o'j —aosSa'.vov ojt y.o'Ixojv voaov, xa^à to'jtov xoXaCoiJiévo'j.;. » Amyot sur son exemplaire inscrit la seconde correction qu'il a pu emprunter directement à Lambin (2). Le sens, d'ailleurs, n'était pas douteux, et la correction elle-même semble avoir été faite tacitement par Xvlander et Cruserius, qui interprètent comme Annot (3).

V. Edit. aldine, 123 v'' (Vie de Flaminius). A propos de la phrase ô'jo^'joov oè vJxTtop —00; r/'.v o-sa/v/.v, xal ykp Y,v oiyôu.Y,vo;, l'exemplaire de l'Arsenal contient deux notes :

(r) Voici la traduction li'Ainyot : Fol. 212 B, C. <■ Parquov quand il/ se cuiderent approcher pensans cstre à couvert, et qu'on ue les veist point, ilz furent tous csbahiz qu'ilz se trouvèrent de recliel' accueilliz d'intiniz coups de traict et accablez de pierres qui leui tombaient à plomb dessus leur teste. »

(2) Le \'indobonetisis, collationné par Sintenis, présentait déj.'i l.i substitution de toj; à toîjtov au début de la phrase.

(?) Ce dernier traduit dès 1SS9: " on feroit tort à ceulx qui scroient appelez en justice de les punir par une ordonnance qu'ilz n'auroient point transgressée. »

AMYOT i:t MUKirr 493

r' Dirst -avo-JAY.voç (après ov/oa£voç).

2" Liz'iiis .^2 c! pcruox forlc îiinn cral, ilaijitc iutclli-

gendiini csl de -avTs/.r/.'w tw Hcsxchio qui iiil o'.yoar.via

tÔ r.u'.Tj ToO 'jLT.vcic Trc zzKr.vr.^ ors Tzyy^i/ayoc stt'.. 1, ,1.1- 11^ I .

Or nous lisons dans le volume de Muret : jo -l-'fyj-f Tzavc-iAT.voç.

2" Hes\ch : v.yo;Ay,via. 70 y^ij-'.tu toj ur.vôç ty.ç T£A-/]vr,ç. ot: -avriy.r.voç "tt'-. lit conxenit cum Li\i(), qui ait L. 2. D. 4 et pernox forte luna erat.

Si nous nous reportons aux dictionnaires grecs de Chéradame(i 342) (i), de Toussaint (15)2), et même au Sepleinvirak Lcxicou publié en 1568, nous n\' voyons mentionnée ni Tune ni l'autre de ces références (2), qu'aucun des traducteurs ou éditeurs de Plutarque au xvr siècle ne cite non plus. Il est donc très vraisemblable que c'est à Muret qu'Amvot a emprunté ces deux notes, ou tout au moins la seconde. Remarquons toutefois que, dès sa première

(i) Nous nous servons de cette appcll.uioii pour ilcsif>;ncr ce dictionnaire assez célèbre au xvr siècle et coniniunénient désigné encore .uijourd'hui sous le nom de l'helléniste Jean (Lhéradame dont il a seul préservé le nom de l'oubli. Mais, en attendant que nous puissions reprendre ce sujet dans une étude que nous nous proposons de taire sur les dictionnaires grecs du xvi"^^ siècle, — nous noterons seulement ici que ce dictionnaire n'est, d'une manière générale, que la reproduction page pour page d"un ouvrage paru en septembre 1557 cliez Walder à Bàle, sans nom d'auteur, et qui tut lui-même l'objet d'un procès entre cet éditeur et deux de ses confrères, Henricpetri et Micli. Isengrinus. (Ihéradame n'est pas l'auteur du Dirlioiiiiain; mais seulement de VJn liyinoloi^'iai qui le précède; et les longues préfaces où, non content de remonter au déluge, il allègue le )^lus souvent l'auto- Mté d'Adam lui-même, ont exploité avec assez d'habileté cette contusion possible, au moyen de déclarations équivoques.

(2) Hllcs seront mentionnées, mais avec beaucoup d'autres, dans le Thésaurus gr.fcx Ihigitx d'Henri Hstienne féd. de 1572, t. 1, col. 1185 et t. II, col. 920.)

édition, il avait supprime un contre-sens commis par lui à la suite de Guarinus sur le mot o'.yô|ji.Y,vo;; il traduisait en effet dans le manuscrit : « Et de nuict ilz cheminoicnt à la lune, qui de bonne ad\enture lors cstoit à deniv pleine. »

Xvlander commettra la même faute; mais en 1559 Amyot se corrige en <i.... laquelle de bonne adventure estoit lors au plein. »

Mais le fait qu'Amvot ne doit qu'à lui-même cette heureuse correction n'inhrme pas l'hypothèse qu'il a pu emprunter à Muret la note écrite dans le volume de l'Arsenal après 1)5).

ç. Edit. aldine, 125 r" (\'ie de I-laminius), )>'j-/.ov.

Traduction d'Amvot (manuscrit et éd. de 1559) : « Lycus ».

Sigonius, Cruserius, Esticnne et Xvlander confirment cette leçon ; ce dernier relève même dans une note (I, 812) l'erreur de Guarinus qui, dit-il, « pro Lyco Lvngum reposuerat, non grircum librum et veritatem, sed mendosum Livii codiccm secutus. Locus autem is recte iegitur lib. 31... »

Pourtant malgré tous ces témoignages, Amyot corrige en 1)65 Lxcns en Lxiniis ; et nous lisons dans l'exemplaire de l'Arsenal la remarque « Lingum appellat Livius lib. 44. » Or le volume de Muret porte précisément à propos de ce mc^t une note assez longue qui commence, à la référence près, comme celle d'Amvot : « Lingum appellat Livius L. 2. Dec.i4. Stephanus item nominat A'^'^^'ov atque esse opoûp'.ov

■/.7.7Tavov!(.)v. scd idcni Livius Montcm cssc dicit. » Xc serait-ce pas Topinion de Muret qui aurait amené la correction dAiiivot en 156) ?

0. Edit. aldine 126 v" (\'ie de 1-laniinius). Le texte des éditions était : to) 'û-y yai jaT-./.ij; -^'//.o; ■j—/^py£v xal |jio^, xal c-jv/^Oî'.;. xal o-.aTO'.êal —zo*. va-j^ y.y.\ '.'--oj^. xal 7-:paT'.(0T:ôv ^-'.•j.i'/.z'.y. ; ce qu'Amvot avait traduit tout d'abord (manuscrit 1400, fol. 57 \") : « Car il avoit un Roy qui estoit son amv, il a\oit estât pour vivre, ses familiers amvs a\ec luv, navires,, armes, chevaulx... »

Dans sa première édition (i))9) il corriije, il est vrai, sa phrase, mais sans en modifier le sens (267, H): (f car il avoit un iloy amv, qui luv donnoit au moins estât pour s'entretenir lu\' et sa maison, et si a\()it la superintendance... »

Mais nous lisons dans l'exemplaire de l'Arsenal la note suivante, écrite certainement après 1555, au lieu de xa''. |j'!o; xal zx/rjlz'.^, « forle xal 'ii'-j; t'jvy/J/,; ». Ht si, sans doute, certains manuscrits fournissaient des leçons analogues pour le sens, (p. ex. xal îiloç y.v t-jvy/Jy,ç), la leçon inscrite par Amvot, comme une hypothèse, n'est fournie jusqu'ici que par l'exemplaire de Muret qui la formule de même : « liio; xal [îJ'lo; 5-jvY,f)r^; », en ajoutant la mention de deux autres leçons, données pour ce passage par des manuscrits italiens.

Que pouvons-nous conclure de ce relevé, fastidieux peut-être, de cas en apparence contradictoires ? Un

49^ JACaUES AMYOT

seul, ;, nous montre une variante propre, scmble-t-il, à Muret, provoquant en 1565 une correction de la part d'Amvot. Mais ce n'est pas le seul ari^aunent favorable. Sans Joute, danslesautres exemples, la variante inscrite sur l'exemplaire del'Arsenal n'a amené aucune correction en 1565. Mais il convient ici de distinguer deux cas :

i" Dans le premier, la ccM'rection avait été déjà fiiite dans la traduction de 1559 : mais le plus souvent le texte était notoirement corrompu et la correction était nécessaire, p. ex. a. ^i. 0. Z. \. 'x. Poiu' d'autres passages, il est \rai, la variante s'imposait avec moins évidence, p. ex. pour :. /■,. 0, mais pour ces passages, et en particulier pour le dernier, il est difficile d'affirmer qu'Amvot ait, dès 1539, adopté précisément la leçon que propose Muret. Eniin, pour v, il ne s'agit pas d'une correction mais de deux références très précises et dont l'identité ne semble pas être fortuite.

2" Dans le second cas, l'édition de 1)65 conserve comme celle de 1539 la leçon traditionnelle en dépit de la variante inscrite siu' le volume de l'Arsenal : c'est le cas certainement de y et peut-être de )., x. 0. Mais cela, nous l'avons \u, ne prou\e rien en somme contre l'utilisation par Amyot de l'exemplaire de Muret.

Une chose d'ailleurs nous semble certaine : les variantes étudiées plus haut sont, pour la plupart, écrites après 1559. Or, que ces variantes aient déjà été entrevues et même adoptées auparavant, ou qu'au contraire, quoique mentionnées, elles n'aient pas été adoptées

dans la suite, cela ne fortifie ni iriniirnie riiypothèse affirmative. Du seul tait que des variantes qui, ne l'oublions pas, sont, pour la plupart, des conjectures, se rencontrent également sur les deux exemplaires, et en nombre assez considérable(i), on peut, je crois, inférer que Tutilisation de l'un par l'autre est, jusqu'à nouvel ordre, assez \raisemblable (2).

LA CRITICIUE PERSONNELLE DAMYOT

LES TÉMOlGNACiES DE PLUTARQ.UE ET DES AUTEURS ANCIENS

Mais Amvot ne s'est pas contenté, après sa première édition, de puiser dans les tra\aux des érudits contemporains, des variantes ou des conjectures, il s'est livré

(i) Voici encore l'imiicatioii de quelques conjectures ou éclaircissenients idciiliqucs mentionnés sur les deux exemplaires :

Texte de l'édit. aldine : Variante donnée par Muret et par

Amyot seulement 27 v" {l'ii- de Soloii) àT:r,yaycv îTaW,Yayîv (<i).

54 r" (Vie de l'erielesj iy.ovr, à/ôvr, a-/.AT,pâ T:apaOr,YO;j.ivou.

sxAT.pà — ap2fJï,Y0;j.ivr, j^ v" (fie de Tiiuoleoii) -/çihv^xz- [to-jt i'szl] J'jvtôvio tT, îIoîti'ï

VOÎ pt»6{o) |J.cTà XpÔTO'J

161 r" (Tiède Cimon) Tooraiov iTTxiavtTaxo (/').

ÈTrrvfoviswco 2~^ %■"( rie de Deiiioslheiies )oi'S~cp pro i-j-zvj-, toO;.

a-JTO-J; àvopaYa')7/,av-

(2) Ajoutons qu'Anivot a pu avoir communication, soit en France, soit surtout en Italie, d'autres recueils analogues, par exemple de l'exemplaire grec, aujourd'hui perdu, qu'avait chargé de variantes Leonico Torneo et qui se trouvait au milieu du xvi' siècle dans la riche bibliothèque de Fulvio Orsini. (>f. P. de Nolhac, La hibliotljètjne de Fiilvio Orsiiii, p. 171.

(<i) H. Estionnc .ippuii- cette leçon sur l'autorité de quidam sans qu'on puisse discerner s'il s'agit là d'un manuscrit ou d'un crudit. ib) Muret fait préecder cette variante de l'jo);, Amyot <Xe forte.

aussi, pour amender le texte de son auteur, à un travail de critique personnelle, que le maniement de tant d'instruments de travail, et sa connaissance de plus en plus profonde et étendue de Plutarque pouvaient rendre pénétrante et fructueuse. Le premier moven dont il se sert pour corriger son texte consiste à rapprocher du passage qu'il étudie d'autres passages analogues tirés de Plutarque lui-même (i). Voici par exemple quelques corrections heureuses que lui suggèrent ces sortes de rapprochements :

Edit. aldinc 95 v^» {Vie de Mcircellns), j; lov ;i.ipy.£AAo;

âpyj&a[i0i6;2v T.o'.-r^ii'xv^Oi Tot; Ôsoîç xafi'.c'pwScV.

Trad. de 1559 : « ... des deniers de laquelle Marcellus dressa un banc de changeur qu'il donna et dédia au service des Dieux. »

Trad. de 1565 : « ... des deniers de laquelle Marcellus ieit faire des vases d'argent pour servir aux sacrifices, lesquelz il dédia et consacra au service des dieux. »

Nous lisons en effet, en marge de l'exemplaire de l'Arsenal (fol. 95 vo) : « leo-enduni viiletiir aptiiis àp-opâ Aoiêeïa ;// 111 Piiiilo .Ewi7;o fol. Sj B. »

Cette correction, qui a échappé à Cruserius et àXylander comme à Estienne, avait déjà été faite par Guarinus (argcnteiiin z'ds) ; mais ce n'est pas à lui sans doute qu'Annot l'a empruntée en 1565.

Edit. aldine 1.40 vi'... tjjtz'/m-j t!awvo;.

Trad. de 1 559 : « Publius Silon. »

Trad. de 1565 : « Pompedius Silon. »

Cf. exemplaire de l'Arsenal : i< Alibi legitur IloaTaiSiou. » { Xylander corrige de son côté la leçon PiiHius, mais il ne

(1) Nous avons dit plus h.uit (p. 449) qu'.\inyot av.iit eniployc ce procède de critique beaucoup plus :• " iiemment encore pour les Sloialia que pour les l'ics.

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