‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 12 sur 164 · LAZARE DE BAÏI" ET AMYOT 3I · texte numérisé non relu

LAZARE DE BAÏI" ET AMYOT 3I

Car ouvriers de telle escrime sont Les belliqueux hommes de Xegre pont.

Ms. tranv- 1596, t'f 4. Kd. 1559, t"^ 2.

La même invraisemblance qui tout à llieure nous faisait rejeter l'attribution des précédents manuscrits à un autre traducteur, qu'Amyot aurait copié, ncuis entraine ici à une conclusion semblable. Le manuscrit franc. 1396, comme les précédents, est une traduction d'Amyot (i).

A ces arguments de fait, on ne saurait, je crois, opposer qu'une objection de sentiment. On pourrait trouver étrange qu'Amvot eût ainsi repris, du vivant même de Lazare de Baïf (il ne mourut qu'après

(I) Nous serons encore confirmés dans cette opinion, si nous considérons quelques p.nrticularités de style et de langue. Je laisse de côté une expression comme « platte painture » qui se trouve dansles manuscrits d'Amyot et dans celui de Thésée, car on la rencontrerait ailleurs encore ("par exemple dans le titre même d'une traduction de Philostrate par Biaise de Vigenércl. De même, il serait imprudent de faire fond sur d'autres emplois, quoique plus particuliers à notre auteur, comme !• monstre ou procession » (qui, dans l'édition, sera simplifié en « procession ») et qui se rencontre dans le manuscrit de Thésée comme dans les trois autres. Mais les noms propres nous fournissent, je crois, un critérium plus solide. Un grand nombre d'entre eux gardent dans les manuscrits précédents, comme dans la première édition d'Héliodore, leur forme latine (niasculine) qu'ils abandonneront en 1559. ^^ '■^^ formes se retrouvent identiques dans les manuscrits de Thésée :

Par exemple :

yfaiiuscrit de Tbëséc liditkm Miiiitiscrit de l'I.u'Ii'puiiuii Edition

Troezen

Troezene

Sycion

Sycione

Hermion

Hermicne

etc.

Afs. ,/<• Thr.ur

r.dition Theseide

M<. de Dniii'iriiii

Hdilioii

Thescis

Ptolomaeis

Ptolomaeide

Eleusis

Kleusine

etc.

Et l'on pourrait citer un grand nombre d'exemples analogues ( Amathus^ Amathunte ; Delphi = Delphes, etc.).

François h') (i), la traduction de deux \'ics de Plutarque que celui-ci avait, quin/e ans auparavant, « translatées » lui-même pour le roi. Mais cette objection ne saurait nous arrêter. vS'il est possible, en effet, qu'Amyot, en entreprenant — car c'était là son but, du moins dans Tesprit du roi, — la traduction complète des Vies de Plutarque, ait songé tout d'abord à utiliser les huit \'ies de George de Selve, peutêtre même celles de Chandon, il n'y a pas lieu en tous cas de nous étonner qu'il ait négligé les traductions de Baïf, vieilles déjà de plus de quinze ans. Bien au contraire, si nous nous rappelons que François I'-''' avait déclaré « un peu rudes » les deux pr^-mières Vies de Baïf (2), nous trouverons tout naturel qu'il ait pu engager lui-même à les reprendre un écrivain comme Amyot, dont le talent avait déjà été mis à l'épreuve par des traductions semblables.

Maintenant que nous avons restitué cette traduction ainsi que les trois autres à leur véritable auteur, une question nous reste à élucider : nous voulons parler de la chronologie de ces quatre manuscrits.

Nous avons établi plus haut l'antériorité du manuscrit de Démétrius. Essayons de dater les autres par rapport à lui en prenant comme limite extrême l'année 1547, date de la mort de François F^

(1) I.c 11 .\\y'\\ 1 j-(7. il assistait, avec les autres inaitics des requêtes, aux funérailles de François I""^ ; mais il mourut peu après, puisque l'inventaire fait après son décès porte la date du <S novembre de cette mémo année; cf. L. Pinvcri, o/>. cil., pp. 87-88, et l-réniy, L' Aduitinic des derniers Valois, p. 16.

(2) Cf. nis. frani,". 5941, fol. 124,

CHROXOLOGIE DES MANUSCRITS d'aMVOT 35

La comparaison de la langue ou du stvle de ces manuscrits ne peut, on le pense bien, nous donner d'arguments très précis sur ce point ; la langue et le style d'un écrivain ne changent pas aujourd'hui en deux ou trois ans, et il en était à peu près de même au xvi'' siècle. Xous n'indiquerons donc les remarques de ce genre que pour servir au besoin de contirmation aux conclusions où nous espérons arriver par un autre moyen. Nous possédons un texte d'Amyot composé vers 1 546-1 547 : c'est la première édition de Y Histoire Ethiopigiie, imprimée par Estienne Groulleau, pour Vincent Sertenaset Jean Longis, en février 1 548^ nouv. st. Naturellement la langue de cet ouvrage présente avec celle des manuscrits de grandes analogies : par exemple, la torme latine de la plupart des noms propres, PircHS, Delphi, la forme presque constante votihist ou ivusist que, dès 1554 (traduction de Diodore), Amyot corrigera définitivement en cw///n7, etc. Mais ces traits sont des archaïsmes, et par là même ils ne peuvent nous éclairer sur la date d'une œuvre a priori antérieure à l'année 1548. Il nous faut donc chercher dans YHisloire Ethiopique des expressions relativement modernes que les manuscrits ne connaissaient pas encore ou employaient rarement.

Mais, dans ce choix même, il est indispensable d'apporter beaucoup de prudence, et même un peu de défiance. L'étude d'une forme comme celle adjectif, qui paraît plus archaïque que ceslc, nous amènerait à une chronologie absurde, puisque la proportion de celle est plus nombreuse dans l'édition de 1559 que

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dans tel de ces manuscrits. Polu' la [ilupart des soidisant archaïsmes ou néoloi^nsmes, soit de vocabulaire, soit de syntaxe, on aboutirait à des résultats aussi trompeurs. Traisirc se trouve dans des manuscrits, alors que Irahistre est encore dans HcUodorc, etc. Un seul mot m'a paru pouvoir nous fournir un critérium probable : c'est la préposition sur ou' sus dont nous avons déjà parlé (ij.

La graphie sus est de beaucoup la plus fréquente dans les manuscrits ; or elle est très rare dans VHeliodore, et pour les trois premiers livres qui comprennent I02 pages de petit in-folio, je n'en ai relevé que deux exemples. Cette remarque nous amène donc à admettre que le dernier de ces manuscrits est sensiblement antérieur à 1 547, et nous ne serons pas sans doute très éloigné de la vérité en le plaçant approximativement vers 1)4) ou 1546.

Il est plus hasardeux d'utiliser ce critérium pour établir la chronologie des manuscrits les uns par rapport aux autres. \'oici pourtant les résultats auxquels nous sommes arrivé ; ils pourront nous servir au besoin de vérification :

■^ , . . l utr o

Uiiiittntis ' — — z=: o

( sus 25

(i) Il est bien entendu que nous ne p.irlonsici que d'Aniyot, et que, si nous prétendons que la tornie sur peut être considérée comme à peu près constante chez Amyot dés 1550, nous reconnaissons néanmoins que la graphie sus se rencontre jusqu'à la fin du siècle chez beaucoup d'autres auteurs. Nous pourrions en dire autant de la forme ivusist qui cède détinitivement chez Amyot la place à i'i'i(/».</ en 1SS4. mais se rencontre encore chez II. Hstienne et chez Montaigne à coté de la forme moderne.

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