‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 13 sur 164 · CHRONOLOGIE DKS MANUSCRITS D AMYOT · texte numérisé non relu

CHRONOLOGIE DKS MANUSCRITS D AMYOT

{ sus

Pbilopa'iiicii - FLiiii in ius

\ sur

1 sus

Thésée -Roiu iiliis

{ sur

1 Tiis

ç , . ,- . . sur 2 I

Sertonus-tuiutucs { — — = —

Passons maintenant à des arguments plus solides.

Et tout d'abord regardons attentivement l'écriture du copiste. Si nous considérons le manuscrit deDémétrius et celui de Thésée, nous hésiterons quelques instants avant d'v reconnaître une même main. J'en dirai à peu près autant si, au lieu du manuscrit de Thésée, nous comparons à celui de Démétrius le manuscrit de Philopœmen. En effet, des caractères communs s'y rencontrent sans doute, par exemple l'accolement des lettres rondes A[po\Uo (influence de la gothique du xiv*-' siècle), la forme de la ligature <k, ou celle de la lettre ^/ (i) î ^'^^^^ hi sûreté de la main et (si l'on peut ainsi parler à propos de caractères imitant l'impression), l'allure générale de l'écriture ne sont pas les mêmes dans les deux manuscrits. Au contraire rapprochons du manuscrit de Thésée celui de Philopœmen, la ressemblance nous apparaîtra très nettement. Il en sera de même si nous comparons Sertorius à Démétrius, et aussi — quoique peut-être il y ait alors un peu plus de différence — si nous comparons Philopœmen à Sertorius. Comme nous

(i) Voir les t'nc-siiiiilcs.

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savons que le manuscrit de Dcmétrius est le plus ancien, nous sommes ainsi amenés à la classification suivante :

Démet ri II s Serloriiis - Einnéucs Phiïopœmcn - Flatiiiiiiiis The sec- Rom II lus

C'est bien celle, nous le voyons, que nous avait suggérée l'étude de la graphie de sur. Cet ordre est encore confirmé par une remarque de détail. Le copiste de la \"ie de Démétrius écrit presque toujours le pronom de la troisième personne du pluriel : // (le - est en général ajouté, et probablement d'une autre main). Cette graphie, qui vient d'une prononciation défectueuse, se retrouve presque partout dans le manuscrit de Sertorius - Euménès, mais elle devient très rare dans ceux de Philopœmen-Flaminius et de Thésée-Romulus.

On pourrait, par des observations du même genre, montrer que le rapprochement semble s'imposer entre deux manuscrits, qui en effet se suivent dans notre classification. Ainsi le manuscrit de Pliilopœmen et celui de Thésée présentent seuls des lettrines coloriées, et ces lettrines se ressemblent d'une manière frappante (couleur, nnnifs, ornements). D'autre part, les corrections des manuscrits de Démétrius et de Sertorius-Euménès sont de la même écriture, écriture assez différente d'ailleurs, au moins en apparence, de celle des corrections de Thésée. Enfin,

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non seulement les manuscrits de Philopcvmen-Maminius et Sertorius-Huménès se présentent seuls à nous dans un même format, mais encore l'ordre dans lequel nous les disposons est précisément celui qu'occupent ces \'ies dans l'édition des junte, de 15 17, édition dont Amyot se servait alors, comme nous le montrerons plus loin.

Nous sommes donc arrivé jusqu'ici à déterniiner d'une manière vraisemblable l'ordre de succession de nos manuscrits et la date approximative du dernier d'entre eux. Pouvons-nous taire encore un pas de plus et assigner une époque initiale à ces essais de notre traducteur ? La tâche nous sera facile, après les remarques du même genre que nous avons faites à propos des traductions d'Arnauld Chandon. Il nous suffira en effet de rappeler que Cîeorge de Selve avait eu jusqu'à sa mort, semble-t-il, le dessein de traduire entièrement les \'ies de Plutarque, et ce sur le commandement du roi. Or nous savons que c'est François I"'' lui-même qui a chargé Amyot de faire ces traductions manuscrites, que celui-ci lui a dédiées. C'est du moins ce qu'il nous dit lui-même, dans la dédicace des Œuvres morales à Charles IX : « Je me suis mis à revoir ce que j'en avois commencé à traduire en nostre langue par le commandement du feu grand Roy François mon premier bienfaicteur ».

Comment supposer dès lors que celui-ci l'ait chargé de cette tâche avant la mort de l'évêque de Lavaur ? Nous pouvons donc, je crois, enfermer les quatre manuscrits que nous possédons entre l'année 1542 et

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et rannc'c 1 346, et nous aboutirons cnhn au tableau

.suivant :

Dates

approximatives.

Mss.

Dciiièlriiis.

1401 , SertoriHS-Euiin'nc

Caractères importants

au point de vue

de la Chronologie.

Traduction des vers en prose, vousoiement à peu près constant.

Grande ressemblance d'écriture, et de graphie i/7 pluriel presque toujours sans-: ; mais vousoiement moins fréquent et traduction des vers en vers.

Différence assez sensible d'écriture, la graphie incorrecte de // dcN'icnt très rare.

Très grande ressemblance d"écriture, on rencontre encore quelques exemples de la graphie // au pluriel.

Il est à peine besoin d'ajouter qu'entre ces jalons que nous avons essayé de poser, il a pu exister dans la réalitt: d'autres manuscrits de dédicace que l'on retrouvera peut-être un jour (i).

(i) Nous croyons utile de signaler ici une objection que nous prévoyons, s.ins 1.1 croire vérit.iblcnient fondée, mais qui, prévalùt-elle, ne

1545 1400, Pbilopaiiieii-Fhiiiu'iiiiis

1 396, Thâ('f-Roiiiii!i<s

l.i:S CORRKCTIOXS ET LES RATURES 39

Pour terminer rétudc de ces premières traductions, il nous reste à indiquer une question assez délicate. Ces quatre manuscrits, surtout ceux de Démétrius, Sertorius-lùnnénès et Thésée-Romulus, présentent d'assez nombreux passades écrits sur grattages. De ces corrections, certaines sont de la main du copiste, les autres semblent d'une autre main. La diHcrence est surtout sensible dans la forme des a qui, chez le copiste, est très particulière. Naturellement, les premières corrections ne sauraient nous intéresser ; très probablement elles réparent, dans le cours même du travail, une bévue ou une omission de l'écrivain (i).

modihcr.iit pas SL'iisiblcnn.'nt notre cliroiuiloi^ic. lin etl'ct, nous avons dit plus haut, et l'on a pu constater que, si la ressemblance d'écriture était irappanto entre les niss. Thésée et Pliilopœmen d'une part, et d'autre part entre les niss. Démétrius et Sertorius. elle était moins évidente au premier abord entre ces deux groupes; et l'on pourrait se refuser à y reconnaître la même main. Nous croyons que cette conclusion serait injustifiée. En ertet, indépendamment des ressemblances de détail que nous avons signalées plus haut, nous insistons sur ce fait que les inss. de Philopevmcn et de Thésée présentent des exemples (assez rares d'ailleurs, mais peu importe) de la graphie // pour la forme du pluriel. Or, cette graphie, qui est à peu prés constante dans Démétrius et dans Sertorius. est au xvi*^ siècle assez exceptionnelle pour qu'oti puisse la considérer comme une habitude caractéristique chez un copiste. Enfin, pour l'allure générale, il me semble que le ms. de Philopœmen est conforme à la suite de l'évolution que nous remarquons entre l'écriture de Démétrius et celle de Sertorius. Mais, alors même qu'on maintiendrait l'hypothèse de deux copistes, notre classification, comme nous l'.ivons dit, ne varierait guère. Il est invraisemblable en cfi'et qu'Amyot se soit servi à la fois de deux écrivains ; l'un a donc succédé à l'autre. Or le manuscrit de Démétrius est, nous le savons, le plus ancien ; celui de Sertorius, écrit par le même copiste, doit venir ensuite. Ht, en dernier lieu, comme dans notre tableau, se placent les deux autres manuscrits, très rapprochés d'ailleurs, entre lesquels nous restons portés, par l'examen de l'écriture, à assigner l'antériorité à Philopo-'meii.

(i) Les miniaturistes du moyen-âge ou du xvr' siècle ont l'habitude de mettre dans la main gauche des clercs ou des scribes qu'ils représentent le grattoir dont, parait-il, leur étourderie les obligeait à faire un constant usage. (Cf. Lecoy de La .NLirche, Les Maiiiisrn'Is ri hi Miniature, p. 45 et 47.)

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Les secondes corrections, au contraire, méritent d'attirer notre attention. Il est facile de se rendre compte que ces corrections, dans Démétrius et dans

Sertorius-F.uniénès, c'est-à-dire, selon notre classification, dans les deux premiers manuscrits, sont d'une même main, comme on le voit, par exemple, à la forme des a.

Le manuscrit Thésée-Romulus présente aussi ces deux genres de corrections, et de plus les trois derniers feuillets sont écrits de la seconde main. Mais cette écriture est, au premier abord, assez différente de celle des corrections de Démétrius et de Sertorius ; on V sent le désir de se rapprocher des caractères du copiste, notamment pour les a fi).

Pour les dernières pages de la Vie de Romulus, il est facile de remarquer qu'à partir du feuillet 70 r"^ l'écriture du copiste est moins soignée. De plus, de ce feuillet au feuillet 71 v", au milieu duquel commence la seconde main, les corrections sont extrêmement nombreuses. Il peut paraître téméraire de hasarder ici ime explication. Pourtant il v en a deux qui se présentent a priori. On peut supposer qu'Amyot a eu, comme Baïf, des démêlés avec son « écrivain », et que celui-ci, après avoir pendant deux ou trois pages tait de la mauvaise besogne, s'est « débauché »

(1) La tciu.itioii serait gr.indc pourt.nit d'identifier ces deux écritures <;t de n'en attribuer les dilTérences qu'à l'intervalle de trois ou quatre ans peut-être qui sépare ces manuscrits, et aussi au désir, pour les dernières \'ies, de s'écarter le moins possible de la première écriture. Qui donc aurait pu revoir et corriger cette traduction, si ce n'est le traducteur lui-même?

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