I.KS CORRECTIONS ET LES RATURES 4I
Cl II laisse son tnivail inachevé. Mais cette h\pothèse ne rend pas compte du grand nombre de corrections des pages précédentes, corrections qui sans doute ne réparent pas toutes des négligences du copiste. Si, au contraire, nous admettons qu'Amyot a donné à celui-ci son manuscrit en plusieurs fois, sans avoir eu le temps de mettre au point les dernières pages remises, nous comprendrons d'une part que l'écriture du copiste soit nioins régulière et moins appliquée à partir d'un certain moment et qu'à partir de ce même moment les corrections soient plus nombreuses. Xous comprendrons aussi qu'Amyot se soit décidé à revoir attentivement les pages qui restaient à copier et, pour se donner plus de temps et de liberté, les ait copiées lui-même ou tait copier par un secrétaire. De ces deux solutions, je le reconnais, aucune n'est particulièrement séduisante. Hn tous cas, et c'est pour nous le point essentiel, nous pouvons affirmer que les secondes corrections, aussi bien celles de Démétrius et de Sertorius que celles de Thésée, proviennent d'Amyot, quelle que soit d'ailleurs la main qui les a insérées dans le manuscrit de dédicace. C'est ce que nous prouve, je crois, l'étude intrinsèque de ces corrections.
Pour le tond, en efîet, elles sont de deux sortes. Appelons A la leçon (inconnue) qu'elles remplacent, et B celle qu'elles lui substituent. Le plus souvent, c'est B qui se retrouve textuellement dans l'édition. Coiume nous l'avons dit, il n'est guère vraisemblable que l'auteur de ces corrections répare toujours des
inadvertances du copiste, et il est probable que c'est le texte même du traducteur qu'il modifie le plus souvent. D'autre part, l'édition de 15 59 n'a pas été faite sans doute sur ces manuscrits de dédicace, mais sur un manuscrit de travail écrit par Amvot. Pour expliquer l'adoption de la correction dans le texte imprimé, il est nécessaire de supposer qu'Amyot a reporté sur son manuscrit de travail la leçon qu'il substituait dans le manuscrit de dédicace (i).
Mais si, le plus souvent, la correction du manuscrit de dédicace est adoptée dans l'édition, le cas contraire se présente aussi. I:n voici un exemple entre autres. Nous lisons au fol. 25 v" du manuscrit 1400 (\'ie de Philopœmen) cette phrase : « Quand il/ veirent qu'on l'amenoit ainsv contumelieuscment », dans laquelle le mot « amenoit » est le résultat d'une correction de la seconde main et la leçon primitive a été grattée ; or l'édition de i))9 donne : « Quand ils veirent qu'on le trainoit ainsy contumelieusement », et l'examen du manuscrit laisse assez facilement deviner que la première leçon cBacée était précisément le mot « trainoit ».
Pour expliquer ce fait, deux hvpothèses encore se présentent : i" Amvot, sur le manuscrit donné à l'écrivain Adam CJiarles, avait écrit « ti'ainoit », et
(i) Il est d'.iillciirs possible, nous l'aVons dit, que les corrections de ces manuscrits ou d'un des deux groupes (plus probablement le ms. Thésée-Komulus) aient été transcrites par une autre main (par un secrétaire ou un élève par exemple) d'après des corrections faites par Amyot sur son manuscrit de travail. Qiioi qu'il en soit, elles représentent le résultat d'une révision d'Amyot antérieure à la présentation •tu roi de ces traductions.