‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 137 sur 164 · CORRECTIONS DU LANGUE · texte numérisé non relu

CORRECTIONS DU LANGUE

En al II in lie i j ) <j .

L'Erratum de 1559 nous fournit d'assez nombreuses corrections de ce que nous sommes aujourd'hui convenus d'appeler ellipses et pléonasmes.

L'omission du pronom sujet, qui aujourd'hui serait incorrecte, est très fréquente dans la première moitié du XVI'- siècle (i). Dans les dernières éditions d'Amyot on en rencontre encore beaucoup d'exemples : mais il n'en est pas moins intéressant de noter que, dès l'Erratum de 1559, celui-ci manifeste la préoccupation de corriger ce que tout le monde alors trouvait naturel.

24, F. : <' mais encore v eut ne scay quelle émotion <>. Corr. : <■ v eut il ».

« Je )> n'est pas rétabli : c'était une expression toute faite.

350, A. : " car d'arrivée il occit le capitaine qui se nommoit Isitiorus, et puis alla contre les autres mariniers qui estoient à l'ancre le long de la coste, W /(• iviiiiis venir contre eulx, tirèrent tous... »

Corr. : <» lesquelz le voians... »

(I) C]t. Briinot, Histoire de la Langue, I, p. 45'; suiv., et II, p. 412 .siiiv. ; Huguct, Syntaxe de Rabelais, p. 534 suiv. ; Benoist, Syntaxe f'raneaise de Palsgrave à Vaugelas. p. 120 suiv. ^l. Brunot. qui constate sur ce point un mouvement rétrograde après les proj;rès accomplis i la fin du \v° siècle, serait porté à y voir une influence du style marotique. V.n tous cas, l'omission du proiuim sujet est blâmée par Henrv listienne, mais encore fréquente chez lui. Ct". Clément, op. eit., p. 430.

5)2, H. : << à l'occasion de qiioy en s"adressant à LconiJas l'adiuouestfieut de reprendre... »

Corr. : « elles l'admonestèrent ».

376, B. : " on interpréta incontinent que c'cstoit un commencement de gaigner la bonne grâce du peuple, et donna bien à penser au Sénat ». Corr. : » ce qui donna ».

Ici la première construction était tellement elliptique que l'on serait tenté de l'attribuer à une mauvaise lecture du typographe.

635, I . : >' et luy osta le meschant une pierre précieuse de bien grande valeur qu'il portoit au col, laquelle ro?/i/</ en sa ceincture, et puis nya... ». Corr. : " il cousut ».

679^ C. : « car espiant les moiens de faire desplaisir à Dion premièrement un jour qu'il v avoit assemblée de ville, se dressa en piedz et appela les Syracusains bestes ".

Corr. : « il Se dressa » .

680 K. : « après cela arriva à Syracuse quelques galères de Dionysius».

Corr. : «arrivèrent ».

La correction, différente en apparence, aboutit au même résultat que les précédentes, et aussi que la suivante.

681, C. : « toutesfois la nécessité les pressant v eul aucuns des alliez ».

Corr. : « il v eut ».

71 3j 1". : « (^ar il ne voulut point... et neantmoins allègue tout ».

Corr. : « il allègue ».

730, I. : '> I^uis quand ce vint au taict encore ne \Adehi\ttil pas assez vaillamment ».

Corr. : « ne la debatit il. »

A côté de ces omi.ssions, nous avons dit que les écrivains du xv!*" siècle ne se faisaient aucun scrupule de répéter certains éléments de la phrase, principalement les sujets (sous forme de pronoms personnels) ou la conjonction que, lorsqu'il y avait entre ces mots et le reste de la proposition une incidente ou un complément assez étendu. On aperçoit chez Amyot, dès l'Erratum de 15 59, le désir marqué d'éviter ces pléonasmes.

28, B. : « Mais la vefve de son frère envoya secrettement luv faire entendre soubz main, que s'il luv vouloit promettre de l'espouser quand il seroit Rov, qu'elle se leroit... »

Corr. : que s'il remplacé par s'il.

99, G. : « M'iis ceulx à qui Camillus avoit donné charge de rechercher et marquer les places sacrées où avoient esté les temples pour ce que toutes choses estoient confuses, en environnant le mont Palatin, //^arrivèrent...»

Corr. : //- est supprimé.

461, I. : et que s'ilz l'esconduisoient, que Pompeius leur tournèrent à crime ».

Corr. : le second que est supprimé.

704, F. : « mais à fin que tes deux enfans... en lisant ... //- soient élevez et nourriz... »

(]orr. : il; est supprimé.

710, C. : « il arriva à l'endroit de la muraille où il falloit qu'il s'v trouvast ».

Corr. : <' qu'il se trouvast ».

712, F. : « Mais Aratus rotournaiit... et aiaiit mis des gardes sur tous les clicmiiis, // mena tout soudain l'armée ».

Corr. : il est supprimé.

A côte de ces corrections, qui dénotent chez Aniyot une tendance très nette vers les habitudes modernes, on rencontre dans l'Erratum des exemples, plus isolés, mais encore intéressants au point de vue de la syntaxe et du vocabulaire :

44, H. : " trois cents satellites que Romulus avoit tousjours eu ».

Corr. : » tousjours eu/. ».

C'est l'application de la règle du participe passé avec iiivir, formulée par Marot. (Cf. Brunot, II, p. 468-70).

14, K. : " il se ccMiimencea à se doubter de la vérité ». Corr. : c il commencea ».

Il est possible qu'il n'v ait eu dans la première traduction qu'une simple inadvertance.

96, G. : « s'\- arriva justement ». Corr. : « y arriva... »

L'emploi pronominal de verbes qui aujourd'hui sont toujours intransitifs est très fréquent au XVK siècle (i).

Amyot fait encore preuve d'une précision très remarquable dans la solution d'un problème qui sera fort obscur pour les écrivains même du xvii'^ siècle (2).

(I) (^t. Brunot, t. II. pp. 455 suiv. ; Huguct. pp. 171-174 ; Lanussc, Le Dialecte gtncoii, pp. 424-426.

Amyot lui-mùmc dans Helioilore. 1S48 (iiouv. st ), ccrit, toi. i, r" : « se marcher » (in.iiiuoiui en i>)9). et dans le nis. de Fhilopaincn. fol. 1 5 V", <( se sortir ».

(2» Cf. H.iasc, trad. Obert, .S'v;j/ij.vc du \\n' siècle, p. 217 suiv.

580 JACQUES AMYOr

Lorsque faire est accompagné d'un pronom qui peut être en même temps sujet de l'infinitit qui suit, ce pronom se met au datif (i).

Amyot avait écrit en 1559:

^57, B. " il luy vicndroit présenter la bataille y'o;//- la faire lever le siège ».

II corrige dans l'Erratum en « pour luv faire ». Il avait de même corrigé dans le texte de sa première édition la phrase suivante du manuscrit : 257, B. <' Quand ils /^ vciroit lever la teste », en « luv veirent lever. »

Mais lorsque le verbe faire est suivi d'un infinitif intransitif ayant un complément régi par une préposition, on peut mettre, et Vaugelas voulait qu'on mit (II, G'^^ le pronom à l'accusatif.

Amyot semble encore pressentir cette distinction dans la correction suivante :

126, E. : « il luv cuida faire donner dedans les filets. » Corr. : « il le cu\'da... »

Il est encore en avance sur son temps (2) dans la correction suivante de l'Erratum :

217, E. : i< Ces remonstrances ouïes, tant s'en fallut que l'issue du procès ne fust telle comme l'accu sateur l'esperoit... )> Corr. : « l'issue du procès fust telle (3) ».

(i) Va. sur ce sujet les réflexions de l'obier, Mrltiiif^ts de Gnimniaii e française^ i" volume, trad. franc., pp. 254-268.

(2) Cf. Haase, ofi. cit., p. 274.

(3) Si l'on admettait qu'une partie de ces constructions primitives dût être attribuée au typographe, nos deux conclusions n'en seraient que mieux établies, à savoir : r Habitudes archaïques encore très vivantes à cette date. 2" Tendances modernes d".\mvot.

Signalons encore, pour riùratuni de 1 559, une distinction svntactique intéressante :

81, A. : <■ là où toute rarnicc de terre des Peloponiiesiens estoit assemblée, Iheiiiistocles les contredit, et résista ».

Corr. : « v contredit ».

Pour d\uitres corrections, je n'oserais affirmer qu'elles ne rectifient pas des inad\ertances de l'imprimeur.

P. ex. 84, D. : " entre les mains des deux ou trois des principales citez seulement ».

Corr. : « de deux ».

Si la première construction est vraiment d'Amvot, c'est une extension curieuse de l'habitude du NVi<-' siècle de déterminer par l'article la portion numérique d'un tout, p. ex. Téd. de 1567, p. 419), « dix-huit hommes de guerre dont les quatre esto^'ent archers (i). »

541, A. : « Les adherens... aiansengardé l'un des Tribuns du peuple... de sortir... et avoir jette violentement Caton hors de la place... »

Corr. : « et avoir » est remplacé par c après avoir ». Je serais tenté de voir là l'emploi, fréquent chez Rabelais (2), de l'infinitif passé sans préf>osition.

495, I. : " Pour ce, dit-il, que je ne veux pas que ma femme soit pas seulement souspeçonnée » . - Corr. : « soit seulement >• (3).

Pour l'emploi des temps, non seulement dans les subordinations, mais dans les coordinations certaines

(i) Cf. Benoist, p/>. f/7., p. 71-72.

(2) Cf. Hugiiet, p. î57-)9.

(5) Sur l'emploi pléonastique de paf. ou de point, et. Benoist. op. cit., p. IS5-I57-

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corrections d'Amyot trahissent assez d'incertitude (i) ; pourtant les retouches suivantes de l'Erratum sont bonnes :

426, A. : « et le sccondoit en cela : parce qu'es amours Laconiques, // ti'\ d rien de desiioneste, ains toute continence ».

Corr. : « il n'v avoit. »

Le texte grec était : -ritiv Aaxovix<ôv êoiotiov è^^ovtwv.

518, B. : " Comme il respondit une fois à Demosthenes qui luv disoit : Le peuple te tuera quelque jour s'il entre en sa fureur ; mais toy, dit-il, s'il entroit jamais en son bon sens ».

Corr. : « s'il entre jamais ».

Le te.\te grec, iv ixavcûcriv ...èiv sojtp&ovws'v, ne marquait pas dans le second cas la nuance d'impossibilité que la première traduction d'Amvot — involontairement sans doute — introduit.

606, E. ; « il fut surpris de plusieurs affaires et accidents publiques et privés qui l'accueilloient oultre son gré ».

Corr. : « qui l'accueillirent ».

Le grec employait deux aoristes, ainsi que pour l'exemple suivant :

707, K, : « Non seulement... les manans luv decenioieiit honneurs publiques mais aussi les bannitz luv feirent dresser une image de cuvvre. »

Corr. : <(luv décernèrent».

(i) Cette incertitude se nianil'este dans toutes les revisions d'Amyot. n voici un exemple : 252. H.

Leçon du manuscrit : « quand sa niere luy apporte à ses piedz les

armes nouvelles qu'elle luv avoit fait faire par Vukain. » Ixçon de 15 59 : « ... qu'elle luy fait ii faire... )> Leçon de 1565 : « ... qu'elle luy avoit fait faire... »

357, C. : « ou bien pour ce que ja il/, t'eussent à bon esciant indignez et courroucez contre luy à cause que n'aiant pas esté offensé de tous il couroit neantnioins sus à tous, et se nionstroit par effect ennemv tout oultrc de son pais combien que la meilleure et plus saine partie d'icelluy fust bien desplaisante et marrie du tort qu'on luv avoit faict et s'm tenoit pour oultragée comme luy )>.

Corr. : « s'en teint ».

Ce dernier exemple nous sugiJ;ère deux remarques :

I" La leçon primitive confirme ce que nous avons <iit déjà de l'emploi de et au xvi'^ siècle pour relier des phrases ou membres de phrase exprimant des idées ou des états très différents. Ici « et s'en tenoit » équivaut à « en sorte qu'elle s'en tenoit « : c'est ce qui permet de mettre un autre mode dans la deuxième coordonnée.

2° La correction de l'Erratum est fautive : il faut ici « teinst » puisque c'est le subjonctif imparfait que l'auteur veut substituer à l'indicatif. — La rectification sera faite dans l'édition de 1563.

Mais précisément l'Erratum de 1559 est un témoii,mage curieux de la gêne qu'éprouvaient alors les écrivains — et, s'il s'agit de fautes typographiques, les imprimeurs, — à employer, ou du moins à écrire le subjonctif dans les subordinations. Cet Erratum ne contient pas moins de dix-sept corrections destinées à remplacer un passé défini, qui n'avait aucune raison d'être, par un imparfait du subjonctif.

Je n'en citerai qu'un exemple :

4, D. : « comme s'il en eut voulu trenchcr ». Coir. : ^( en eust... »

Cl", de même : 4, C ; 6, I ; 16, D ; 17, 1) : 55, F; 65, C ; 76, I ; 162, F ; 177, 1' ; 189, K ; 254, K ; 41 5, G : 423, D ; 483, H; 682, C; 709, E.

Cette incertitude est attestée plus nettenient encore par la rectification de l'erreur inverse :

7, A. : « ceste seconde Ariadne )• mourut aussi, mais elle n'eusl pas de tel/, honneurs »>.

Corr. : « mais elle n'eut pas ».

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