‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 19 sur 164 · I. Les éditions de \'ascosan · texte numérisé non relu

I. Les éditions de \'ascosan

Les éditions de \'ascosan sont à bon droit considérées comme les seules éditions publiées sous la direction de l'auteur. Seules parmi les éditions imprimées en France, elles sont munies d'un privilège. Nous pouvons donc attribuer à Amyot toutes les corrections que nous y rencontrons. Nous le pouvons d'autant plus sûrement que nous savons de quelle réputation bien méritée jouissait alors 1' « officine » de Michel de Vascosan, gendre de Josse Bade, beaufrère de Robert Estienne, beau-père de Fédéric Morel l'ancien, et allié à tout ce que l'érudition et la typographie avaient alors de plus considérable. Un témoignage de Jean de Maumont, que j'extrais d'une lettre à Scaliger, datée du premier des ides de mars 15 57, est de nature à confirmer notre confiance dans un ouvrage sorti, à cette époque même, des presses du célèbre imprimeur : « Qui in officina Vascosani libris pntest homo est doctissimus et qui cum in locum incidit obscurum, non gravatur me adiré atque consulere, qui manum tuam et litteram hominis valde minutim lineas ducentis diutina jam consuetudine, aut amore voluntateque adeo mihi feci familiarem, uti nihil objiciatur lectu difficile (i). »

(1) Juin (^a'snris Sti!li\^cii rpislol:v et oïdlloiirs, ex officina Plaiitiniana, 1600, iii-8", p. 245.

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Vascosan donna trois éditions de la traduction des ries par Amvot (i), L'aclievé d'imprimer de la première est du mois de mai 1559. Or l'épître du traducteur au roi Henri II pt)rte la date de février 1)59 (2). Faut-il renfermer entre ces deux dates la publication de cet imposant in-folio ? Cela ne me semble pas nécessaire, et il est fort possible que la dédicace ait été imprimée et même composée au cours de la publication. Quoi qu'il en soit, cette publication ne dut pas excéder dix ou douze mois. C'est pendant ce temps qu'il faut placer une première revision de l'œuvre par x\m5'ot. Les résultats de ce travail sont consignés dans la liste des « fautes et corrections » qui se trouve à l'avant-dernière page du volume. Cette liste^ qui, comme tous les errata, a passé jusqu'ici inaperçue, contient un grand nombre de retouches intéressantes et qui nous révèlent, de la part d'Amyot, non seulement une lecture rapide de son texte après les dernières épreuves, mais encore des recherches d'érudition et de philologie qu'il valait la peine de noter. Si, en etfet, nous éliminons 70 corrections environ qui font disparaître quelque inadvertance ou quelque mauvaise lecture du typo-

(i ) Il avait dcjà public ks Hiiiit l'irs de ( jeoro;cs de Sclve, et, en 1 5 58, il réinipriniait la traduction latine viiiioniin en un volume in-tblio.

(2) Nous avons là un exemple certain — puisque Henri II est mort le 10 juillet 1559 — d'une date indiquée en nouveau style ou peut-être plutôt en style romain, avant l'année is6}. M. C'hamard (Joachim Du litlhiw 1900, pp. 96-98) a montré que le même lait s'était produit dix ans plus tôt dans l.i Dédicace de la Dcffcnce cl Uhisliwlioii de ht Laiiou, l-'iiiiHovsc par Joachim Du Hellay. à Paris, Arnoul L'Angelier, 1549; et il a noté aussi dans les lettres de Henri II, datant de cette époque et publiées par Kibier, la même incertitude sur le coninieiicement de l'année.

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graphe, nous pouvons diviser le reste ainsi qu'il suit :

2) corrections orthographiques;

47 corrections de style (sonunaires d'ailleurs et

ayant pour but presque toutes de supprimer la répétition par négligence du même mot dans la phrase);

21 corrections de langue ;

14 corrections de texte ou d'interprétation (i).

L'édition de 1563, qui fut entreprise dès 1563, ainsi que l'atteste la confirmation du privilège royal accordé à Vascosan, tient compte de toutes ces corrections, le plus souvent pour les admettre telles quelles, parfois en les modifiant légèrement (surtout lorsqu'il s'agit de corrections de sens un peu importantes). Mais le texte de 1565 présente encore d'autres difiérences avec celui de 1559. Ce sont, comme dans le tableau précédent :

Des corrections de langue ;

Des corrections de style ;

Des corrections de sens (texte ou interprétation).

Amyot ne déclarait-il pas, sur le titre même, que cette seconde édition était « reveue et corriijée en

(i) C'est cgaleincnt à cette époque qu'Aiiiyot composait pour Marguerite de France, sœur de Henri II< les J'ics d'Epaminondas cl de Scipion dont le texte grec était perdu. La mention de ces biographies manuscrites nous a été conservée par Mathieu. {Les Alliances de France et de Savoie, Paris, 1619). Cf. A. de Bligniéres, op. cit., pp. 256-258.

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infinis passades... à laide de plusieurs exemplaires vieux, escripts à la main, et aussi du jugement de quelques personnai^es excellents en sçavoir. » Ces manuscrits et ces érudits étaient ceux, sans doute, qu'Amyot avait pu trouver en I-rance, les premiers dans la bibliothèque de Fontainebleau, les seconds soit à la cour, soit plutôt parmi les professeurs royaux avec lesquels il était en rapports (i).

(t) Sur CCS rapports il'Amyot avec les lecteurs royaux, et. iiotaniment Goujet, .V/iv«(>/r« i//r le Collège de France, éd. 1758, in-4", t. I, pp. i>6- 165, et A. Lefranc, Histoire du Collège de France, pp. 225-229, et surtout Appendice B. Dans ce dernier passage se trouve un très intéressant résumé de la direction cl ndministration du Collège. \'oici ce qui concerne la période qui nous occupe : « La corporation des lecteurs royaux tut placée dés le début sous la haute direction du lecteur particulier du roi, le poète Jacques Colin, abbé de Saint-Ambroise. Ce personnage intervint d'une façon active dans les questions relatives à l'administration intérieure et au fonctionnement régulier des cours... A dater de sa disgrâce survenue vers 1558, il tut remplacé par Pierre Duchàtel, nommé évéque de "l'ulle dés l'année suivante... Ce fut. selon toute vraisemblance à partir de sa nomination en qualité de grand aumônier en 1548, que le (Collège des lecteurs fut désormais placé dans les attributions de ce haut dignitaire. Les deux prédécesseurs de Duchàtel dans cette charge, le cardinal de Meudon (i 543-1 547) et Philippe de Cossé (1547-1548), ne paraissent en cflet avoir exercé sur l'institution aucune juridiction particulière. Ses successeurs immédiats de 1552 à 1560, Bernard de Rulhié, Louis de Brézé et (Charles d'Humiéres, ne conservèrent sans doute qu'une autorité nominale sur l'établissement. Durant cette période, ce fut le tout-puissant cardinal de Lorraine qui le protégea officieusement. Hn revanche, Jacques Amvot, nommé grand aumônier après d'Humiéres, manifesta d'une façon appréciable, en plusieurs circonstances, son autorité sur le Collège des lecteurs. Les lettres patentes du 16 février 1574 confirmèrent et précisèrent pour l'avenir, dans le plus grand détail, la juridiction exercée par le grand aumônier. x (Lefranc, op. cit., pp. 548-549.) Ces lettres « données à Saint-( îermainen-Layc le xvi'= jour de febvrier l'an de gnice 1574 <>, et enregistrées en la C^hambrc des Comptes le 15 septembre de la même année, ont été publiées par M. Sédillot, dans le Biilletino di l'ililiografio, tome III. Hn voici quelques extraits : « A nostre anié et féal conseiller et grand aumosnier, maistre Jacques Amyot, evesque d'Auxerre, salut et dilcction. Nous avons esté advertys que quelqucs-unsayant impctré de Nous par importunité ou autrement les lettres de lecteurs du Rov en nostre Université de Paris, s'v estant ingérez sans avoir premièrement esté esprouvez et examinez et après installez par personnage ayant authoriré

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