‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 20 sur 164 · AMYOT ET LES LECTEURS ROYAUX · texte numérisé non relu

AMYOT ET LES LECTEURS ROYAUX

Pendant la période qui nous intéresse, la languegrecque était enseignée au Collège roval par trois niaitres éminents, Jean Dorât, Adrien Turnèbe et Denys Lambin (i). Amvot a-t-il eu souvent à cette époque recours au premier ? Je n'oserais l'affirmer (2);

Je uoiis autres ; ayant par telles surprises places de lecteurs arteclées aux sciences mathématiques les ont à leur plaisir sans permission de Nous convertyes en lectures d'autres qualités... Pour ce est il que... Nous [vous] avons c/w/sv et esU'ii pour doresiiavaiil régler, scindiquer et controoler lesdits lecteurs, leur ordonner comment et quand ils devront lire, examiner et approuver ceux qui debvront succéder aux places vacantes, et iiomnit'iiit'iit, en choisir deux que vous trouverez les plus sutfisans en la cognoissance des sciences mathématiques pour succéder aux places de Forcadel et de Charpentier nagueres décédez... »

On peut se demander s'il s'agit bien là d'une contirmation, ou si par cette lettre le roi ne cont'ére pas plutôt à Amyot une autorité qu'il ne possédait pas auparavant, ("est l'opinion qu'exprimait déjà, sans connaitre cette lettre, l'auteur des Remarques sur Bu\le que nous avons déjà cité p. 116). Critiquant une assertion de J.-A. de Thou, il écrit : « Le cardinal de Lorraine avait la supériorité du Collège avant 1551 qu'il y donna une chaire à Ramus. Il l'avait encore certainement en 1567, comme on le voit dans la querelle du même Ramus avec Jacques Charpentier, et apparemment il la conserva jusqu'à sa mort, arrivée en 1574. Il résulte de ce que je viens de dire que, quand Charles IX pourvut Amyot de la grande Aumonerie en 1560, il n'y joignit, quoi qu'en ait pensé M. de Thou, ni l'intendance du Collège Royal, ni Acnilemix parisieiisis curain. Mais j'aTOue que j'ignore si Amyot n'eut pas dans la suite l'intendance du Collège Royal qu'eurent après lui Renaud de Beaune, le cardinal du Perron, etc. »

Sans doute il convient de modifier certaines de ces assertions : en particulier la date de la mort de Charles de Lorraine (décembre 1574) nous interdit d'admettre qu'Amyot n'a exercé ces fonctions qu'après le décès du cardinal, puisque nous savons par ces lettres royales ainsi que par des documents cités plus loin que dés le milieu de l'année 1574 il intervint dans la nomination des lecteurs royaux.

Quoi qu'il en soit, dès avant cette époque il n'est pas douteux qu".\mvot ait été en rapports avec la plupart de ceux-ci, et nous en

iiis des témoignages pour Dorât, Lambin, et bien d'autres. I Cf. Goujet, loc. cit., et Lefranc, op. cit., pp. 381-382.

( 2 ) Dorât commence ainsi un de ses poèmes latins intitulé « De aulici victus miseriis » et imité de la 3° satire de Juvénal :

Aula; transfuga, Momus Aulicorum, Cum multis Amiotus esset annis Spe pastus vacua, vagisque fumis:

Mutans propositum ad Schola; cathedram,

mais pour les deux autres, la chose n'est pas douteuse. LaPopelinièrc,un contemporain, allirme en effet, avec beaucoup de vraisemblance, quoiqu'avec un peu d'exagération dans la forme, que Turnèbe éclaircit à notre traducteur — même avant la première édition — bien des obscurités du texte de Plutarque : « Les \'ies de Plutarque, dit-il, que M^ Jacques Amiot, cvesque d'Auxerre, grand aumônier et précepteur de Messeigneurs les enfans de France, mit en François, à l'aide toutesfois et suivant l'advisde plusieurs gens doctes, de Turnebus entre autres, mon premier précepteur en langue grecque, desquels il tiroit les passages tous tournés (i)... » Quant à Lambin, nousavonsdit plus haut

(Unde vcncrat ante) transvolavit :

Non primam, neque tertiam aïK sccundam,

Scd quartam meritus licct priores,

Damno scilicet is suopte doctus

Map;iiis prafcrat ut minora reriini.

Illic duni f;ravc niunus auspicatur —

Sug^estuqui; ^raduque ab altiore:

Sic invcctus in Aulicos et Aulam est.

Ut jam vel milii ta;diuni sit Aula;.

Xani quis (inquit) habens manus pedesque...

(Joannis Aurati Pocniata. Hdit. 1586, in-8'\ 1" partie, p. 240. liiblnat., Rés. pYc. 1025).

Joly qui mentionne cette pièce (Rfiiiiiiijui's sur Ba\lc, p. 120) en place la composition en i))6. Mais nous ne savons pas sur quoi il se tonde pour établir cette date.

(i) Hisloiir des Histclii-i, livre \'I, édit. de 1599. P- 5)9- — Ajoutons que c'est surtout, semble-t-il, pour la traduction des Œuvres morales qu'Amyot a pu recevoir de Turnèbe d'utiles conseils. Il a eu sans doute communication en effet de l'exemplaire j;rec des Morales (édition d'Aide, 1S09, in fol.) que le célèbre helléniste avait chargé de très importantes notes manuscrites. Cet exemplaire, qui fut communiqué plus tard par les héritiers de Turnèbe à Henri Hstienne. se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque nationale sous la cote Rés. J. 612. fol. (cf. Wyttenbach, introduction à son édition des Qiuvres vioniles de Plutarque, t. I, pp. i.xv-i-xvi, et Dezeimeris, Une version jvii connue îles ^fonllia. pp. I) et 16, note.) On adjoindra à la liste de ces érudits qui ont pu aider notre traducteur dans rétablissement ou l'interprétation

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