‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 22 sur 164 · AMVOT PROTECTEUR DES LETTRES IO · texte numérisé non relu

AMVOT PROTECTEUR DES LETTRES IO

milita mci scnsus qui ah aliorum judicio non discrepat argumenta proferre possim, tum hivc duo in primis : alterum, quod me et collegas mecs omni humanitatis et studii et officii génère comprehendit ; alterum, quod non ita pridem, multis viris bonis et doctis audientibus, dicere memini ibi posthac cunv tore, incumbente in eamdem curam Karolo Rege, ut repetita et revocata vetere consuetudine qux jam prope bbsolevit sacerdotia mandentur theologis, philosophis, viris denique doctrinal fama claris et bonarum artium studiosis. Hujusmodi sermones cum audirem, auditores, sic eos accipiebam quasi quivdam bonarum artium bonarumque litterarum brevi revicturarum omina atque adeo verissima auguria(i). » A côté de ces témoiijnaees de reconnaissance, les

(i) Mais Aniyot n'était pas seulement le patron pour ainsi dire officiel des lecteurs roj'aux ; il était considéré par tous comme le protecteur des lettres et des lettrés. C'est ce qu'attestent unanimement les épitres liminaires que nous lisons dans un certain nombre de volumes qui lui sont dédiés : par exemple, la Respoiisc à ceux qui appellent idolâtres les chrestieiis et vnns udorateiirs, par René Benoist, angevin, docteur en théologie, à Paris, 1566, 8' (Bihl. nat., D. 13 142) ; — la Sincère

exhortation à la paix Iraduicte du grec d'Isocrale, par Philippe Robert

advocat au vénérable Parlement de Bourgongne, i)79, 8" (Bibl. nat., Lb."^', 183); — les Ser})ions et exhortations catixdiijues pour les festes de Jésus Christ et des Suiuets, par Denvs Perronet, docteur en théologie, chanoine théologal, et pénitencier de l'église cathédrale d'Auxerre, dont l'épitre dédicatoire est datée du 16 novembre 1586. (La Bibliothèque de Lyon en possède une édition datée de 1599, sous la cote V. 552918; et. Baudrier, Bibliographie lyonnaise, t. IV, p. 59). Enfin Barthélémy Pave, après avoir fait précéder d'une épître dédicatoire à l'évèque de Paris. Pierre de Gondi, son Energumenicus (Paris, 1571, in 8"), s'adresse au début de l'ouvrage lui-même à Jacques Amvot. (Cf. Bibl. nat., Rès.R. 2422).

A coté de ces ouvrages dédiés au grand-aumônier, on trouve assez souvent, dans la littérature latine et française de l'époque, des pièces de vers qui lui sont adressées.

Xous en avons déj.\ relevé dans les poésies de Ronsard. En 1569, Du

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Orationcs de Lambin nous montrent aussi quelle admiration il avait, non plus pour le protecteur des lettres et des lettrés, mais pour riielléniste et pour Térudit ; par exemple dans cette phrase du même discours (i) : « Plutarchum ille gallice sic interpretatus, ut omnium aliorum interpretum gloriam exstinxerit. »

L'édition de 1567, le fameux Plutarque de \'ascosan en sept petits volumes in-8° dont le dernier

Bellaj', dans ses Xeiiia seti ilhistriiiiii tjiioruvidaiii uoviiiium allusioiirs (Paris, P-cdùric Morel), lui consacre la pièce suivante :

Amioti sat notus honos, sat gloria, nomen

Unde sed Amioti dicite Piérides.

Cui Graio Latioque simul variata colore

Tiiicta vehit miiiio (jallica vcrba iiitent. Plutarclu) qui tôt vénères, tôt hunina verso

Addidit, a Cjraiis aau'.ov ille trahit.

Kn IÎ70. Antoine \'alet, après lui avoir exprimé sa reconnaissance dans son Onitio in srholis iiiediconiiii aiitc Ucenliatum liahila, Paris, 1570, in-8" (Bihl. nat. T, 6, 208). p. 12 r", cite des vers que le poète Daurat avait envoyés au grand-aumônier pour lui recommander le jeune étudiant.

En 1S75. J.-A. de B.aït adresse 0 à Monsieur le Cirand Aumônier » une longue pièce française dans ses Œiivirs eu rime (Paris, Lucas Breyer, 1575, iii-8"), fol. 2S4 V" et sqq. (Bibl. nat., Yc. 1984). — La même année, Pierre Grenier lui dédie une des épigrammes de son recueil intitulé : Pioxeiiiis ad niiiicos epigrniiniintinii IHvlliis... authwe P. Crciiario Tuioiieusi (Paris, Denys du Pré, in-8"; Bihl. nat., Yc. 8194, et Rés. pYc. 1044). — L'année suivante, on lit dans les /. Gcssci Mauirui c Vasroiiid Epigiaiinnn/iiiii... pro Ac/z/Zj lihii (/ho ( Paris, Denys du Pré, 1)74, in-H"), une pièce latine eu l'honneur de notre évèque, (Bibl. nat., Yc. 8195), fol. 12 r'.

Enfin nous trouvons fréquemment dans les préfaces de l'époque la mention d'Amyot parmi les protecteurs des jeunes écrivains ; par exemple, François d'Amboise rappelle à Gharles IX. en 1S71. que c'est (1 par l'avis de Monsieur l'Hvesque d'.\uxerre son grand Aumosnier », qu'il <■ l'a iait instruire... et entretenir libéralement en l'étude des lettres » en le « retenant au nombre des siens. » (^u Rov, sur son entrée, son mariage et sa chasse, tljeralogue on Ecloguf Forétiére ; Bibl. nat., Rés. Lb. 3-'<, 298, in-8°).

(i)Pp. 13-14.

AMYOT ET i/0RTH0(;RA1'HE IO5

comprend la Décade de Guevara traduite par Antoine Allègre, ne présente avec la précédente que des variantes orthographiques, assez constantes d'ailleurs : substitution de Tv à 1'/ intervocalique ; suppression de quelques lettres étymologiques ou soi-disant telles, etc. Devons-nous supposer que ces corrections proviennent d'instructions données par Amyot ? On sait que l'auteur des Essais, après avoir laissé sur ce point toute liberté à son imprimeur pour l'édition de 1580, vint à Paris en 1588, atin de régler l'orthographe trop flottante des éditions antérieures ; et que, non content encore de cette publication, il avait inscrit à ce sujet, sur Texemplaire aujourd'hui conservé à la Bibliothèque municipale de Bordeaux, quelques recommandations à l'imprimeur, haut-il croire qu'Amyot ait agi de même, et que les corrections orthographiques que nous rencontrons en 1567 aient été faites sur ses indications? Quoiqu'il n'y ait à cette supposition aucune impossibilité (nous n'avons pas, pour la vérifier, d'autographe d' Amyot datant de cette époque), elle me semble tout à tait inutile et peu probable. Au x\ r' siècle en eff"et, comme on l'a fort bien dit (i), « chaque ouvrier avait son système particulier d'orthographe et, sans s'inquiéter de celui de l'auteur, imprimait le plus souvent avec sa manière à lui ». D'ailleurs, ces corrections ne présentent aucune originalité ; la plus importante même (substitution de l'y à 1'/ dans Tes

{i) Voizard, Etude sur la langue de Moutaigiic, p. i6.

cas précités) est plutôt un retour en arrière, et cette graphie n'est guère recommandée alors que par les partisans de l'archaïsme (i). Xous n'avons donc aucune raison plausible d'attribuer à Amyot l'initiative de ces corrections et de supposer chez lui des préoccupations de ce genre, comme on en rencontre à cette époque non seulement chez des théoricienscomme Meigret, Haïf, etc. (2), mais encore chez des auteurs de rhétorique comme Forcadel, ou des poètes comme Ronsard.

Un seul passage, dans les ouvrages d'Amyot, pourrait nous faire supposer chez lui des tendances personnelles et même un véritable système en matière orthographique. Nous lisons en effet dans la deuxième édition de la traduction à'HéJiodorc imprimée par Estienne Groulleau pour Jean Longis et \'incent Sertenas en \ 549, la déclaration suivante : « Quant à l'orthographe, vous avez peu congnoistre aussi que

(i) Robert Estieimc, par exemple, liaiis son Gttllicv i;i\iiniiialic:r LiheUiis, 1560, chez Christian Wechcl.p. 11, écrit : « Maiorcs nostri usi sunt hac litera non solum in dictionibus (lallicis desccndentihns a Grœcis, ut et Latini, H\ihopiijiie, Hyporrisir : sed etiani quando / principium crat dictionis Gaîlica' solunique sine consonante constitiiebat svl labani, veluti }'/*;•('/(', Yiicr, Yurr : propterea'quod v f'orniam talcni Iiabeat qua; iunn;i non possit litera; sequenti. Q.uando pncterca in média dictione occurebat / intcr vocales : veluti Envoyer, Je voyoyc, ne coniungeretur syllab;e pr;vcedentis cum syllaba subséquente, et legeretur Eii-vo-icr, Je vo-io-ic. In fine item dictionum tertninatarum in diphthongum, scripscrunt v, veluti A/nv, Toy, Soy, l-\<y, Koy, Imy, Jppny, EiiitiiY. » Si, avant la vulgarisation de l'imprimerie, l'v a séduit les copistes par sa forme, il semble qu'au xvi" siècle ceux qui s'efforçaient de maintenir rationnellement l'ancienne graphie aient essayé de justilier par des arguments plus valables alors l'emploi de cette lettre, et celui qu'allègue ici Robert Mstienne n'est pas un des moins intéressants.

(2) i'J. A. Firmin-Didot, Ol'snvalioiis sur rOrlhogrnphc fruiKaiic.

AMYOT HT I. oktii(x;k.\i>hk loy

le traducteur n'a V(Hi1u sun'vtc un tout hi commune, nins en partie celle dont plusieurs modernes veulent maintenant user, qui est de n'escrire autrement que nous prononçons, parce que l'escriture est l'organe de la prolation et pour plusieurs aultres raisons deduictes par Lois Meigret, Lvonnois, au traicté qu'il a faict du commun usage de l'escriture trançovse, auquel pourrez avoir recours, s'il vous plaist en avoir plus ample intelligence ». Cette affirmation parait irréfutable ; mais sommes-nous bien sûrs que ce soit la pensée d'Amyot, et non pas la sienne propre, que Féditein- expose ici ? Nous avons quelques raisons d'en douter. (]et avertissement, en effet, ne se trouve ni dans la première édition datée de 1547 et surveillée sans doute par Amvot, ni dans la troisième, revue et corrigée, comme l'indique le titre, par le traducteur (i 5 59), mais seulement dans la deuxième publiée en 1 549 (i), alors qu'Amyot était depuis un an environ en Italie avec Morvillier (2). Cet argument est encore, semble-t-il, renforcé par une autre remarque. Le traité* de Meigret, auquel renvoie l'auteur de cet avis, parut en 1)42 sous ce titre : Traiclé toiiclkint le coniniHn //.sv?;v de l'cscrilitrc jrançoisc faict par Loys Mcigrci, Lyouuois, aitijiicl est débattu des fauJtes et abus en la vraxe e! ancienne puissance des lettres; in-4", chez: Chr. Wechel (3), chez Dolet(4)

( I ) Ç.cl .ivcrtisscniciit .i ctij rcprotliiit, ii.iturcllcnicnt, dans les contrufavons qui ont ùtc faites sur rétiition de 1549, *-'" particulier dans l'édition publiée en 1559 '^ l^^iris, pour Charles L'Angelier, in-iS.

(2) Cf. plus haut, p. 57.

(5) Bibl. Sainte-Geneviève, Rés. X, 525.

(4) Lyon, in-8"; Bibl. de M. Dario, à Moissac.

Io8 JACQUES AMYOT

et aussi chez Jehan Loni,ns et \'incent Sertenas(i). Or c'est précisément chez Lon^is et Sertenas que parut l'édition à'Hi'liodore de 1549, et il est bien probable que l'avertissement des éditeurs n'est qu'un habile procédé de réclame en faveur d'un livre publié par eux. J'ai pu constater, par la comparaison de l'édition de 1547 et de Tédition de 1)49, *î^'^^ ^Y avait en réalité entre elles aucune différence essentielle d'orthographe, et qu'en outre, cette édition de I )49 était assez peu fidèle et offrait des leçons que l'édition revue de 1559 devait négliger pour revenir au texte de 1547(2).

Nous pouvons donc écarter. Je crois, avec vraisemblance, l'attribution à Aniyot de ces préoccupations orthographiques, et par conséquent laisser de côté, jusqu'à nouvel ordre, les corrections de l'édition de 1567. Peut-être, lorsque l'on connaîtra mieux la vie

(i) liibl. iKit., Hés. X, 910.

(2) Remarquons d'ailleurs que l'édition de 1549 ne contient pas la pièce de vers (très probablement d'Amyot), qui se trouve en tète des

deux autres éditions :

Ai)i\ liuifiir, ne bliisiiir de ce Une L'iiiitheiir

et qu'en revanche elle est seule à contenir deux autres pièces, l'une intitulée : « Claude Colet de R|uniilly| aux Lecteurs «, et l'autre, sans doute du même, puisqu'elle est sip;née CL C, adressée " aux dames franij'oyses » ; ce quia même fait croire à certains bibliographes que Colet était l'auteur de la traduction. (.^'C^aude (A)let venait do donner l'année précédente : Voniisoii Je \\ Mars aux Du \iiies de la Court, eii\seiiihle la respoiicc des \\Damcs à Mars par Cl. Colet de' Ruiiiilh en Cham\\pagne, nouvellement rcveue et cor\\rigèe oultre la précédente \\ impression. \\ Plus r sont adjoustès de nouveau aulcum aiil\\tres a'uvres du dit autbeur. || Imprimé à Paris chez C^hrestien Wechel demeu||raiit en la rue Sainct Jacques, ;i l'escu de 11 Basic, MDXI.VIII. || Avec Privilège. (Bibl. nat., Rés., X, 2557.) ^"-'* "^^^ lui La Croix du .\l.iine, I, p. 1,4; Du \'crdicr, I. p. 529; Ciouget, XI, p. 178.

LES CONTREFAÇOViS SANS NOTFS I09

des différentes imprimeries du xvr' siècle et en piirticulier de celle de Vascosan, pourra-t-on expliquer, par un changement de prote, la différence des systèmes orthographiques que présentent les éditions de 1565 et de 1 567.

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