LES, DIFFERENTS CROUPES 1 I
dit pas si la permission fut accordée ; mais cela est fort peu probable ; car non seulement je n'ai pas rencontré ce volume qui ne se trouve pas non plus à la Bibliothèque de Genève, mais je ne connais aucune édition antérieure à 1583 qui contienne des notes marginales ; et il serait bien extraordinaire qu'une innovation de ce y;enre n'eut pas suscité aussitôt de nombreux imitateurs.
Mais en 1 582 parut chez ce même François Estienne une édition in-folio des Œuvres Morales de Plutarque, « enrichies de Préfaces générales, de Sommaires au commencement d'un chacun des traictez et d'annotations en marge..., avec quatre indices ». Si dans ce volume le nom de Simon (joulart n'est pas mentionné sur le titre, on lit en revanche, après l'épitre d'Amyot au Roi, un avertissement intitulé : Jiix Lccleiirs S(in!OnJ G(oulart' SfeiilisienJÇiy
Il semble donc bien que François Estienne ait eu, dès 1568, l'idée d'ajouter des sommaires, ou tout au moins des notes, à la traduction d'Amvot ; mais que, n'avant pu la mettre alors à exécution, il ait ensuite chargé, vers i)8i, Simon Goulart de rédiger ces notes et sommaires. Il commença par la publication des Œuvres Momies qui avaient paru dans l'intervalle (en 1572) ; mais il avait sans aucun doute demandé à notre fécond écrivain le même travail pour les Fies des Hommes illustres qu'il comptait publier ensuite. Sa mort, survenue en 1382, nous explique que ce
{\ , Bibl.n.it., J. 736.
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dL'Lixièinc ouvra<^e ait paru chcx jéréniic Des Planches, en 1583.
Mais l'apparition de cette édition annotée des Morales avait eu un grand succès, comme on en peut jut^er par les réimpressions qui s'en firent aussitôt. Il n'est donc pas étonnant qu'un libraire aussi entreprenant que Du Puys et qui, nous l'avons vu, avait déjà donné plusieurs éditions de la traduction d'Amyot, ait saisi cette occasion de faire pour les Vies ce que François Estienne venait de faire pour les Morales et que, sachant ou non que Simon Goulart préparait lui-même ce second travail, il ait chargé de son côté quelque autre écrivain de l'entreprendre pour son propre compte. Cette hvpothèse me semble expliquer d'une manière assez vraisemblable l'apparition simultanée de ces deux éditions qui paraissent avoir été faites sur le même modèle, mais qui cependant sont complètement indépendantes l'une de l'autre.
Quant à l'édition de Gabriel Buon et Gilles Bevs, elle nous semble a priori beaucoup plus explicable.
II est assez naturel, en effet, que, prévo\'ant le succès des nouvelles éditions annotées, ces libraires en aient fait faire une aussi de leur côté. Si l'on étudie cette éditit)n, on s'aperçoit facilement qu'elle s'inspire des deux éditions de 1)83 nientionnées plus haut. Comme l'édition de Simon Goulart, elle contient, outre les Vies d'Kpaminondas, Philippus, Dyonysius et César, traduites d'/Fmilius Probus par S. G. S., un tableau chronologique et quatre indices. Quant à
l'édition' simox (.oui, art 117
ses sommaires et à ses notes, ils doivent beaucoup à ceux de Du Puys.
Examinons maintenant en clles-mcnics les éditions de Simon Goulart, les seules, avons-nous dit, qui aient joui au xvr' et au xvii'^ siècle d\m réel succès (i). Pour ce qui est du texte, ces éditions, nous l'avons vu, ne sont pas plus scrupuleuses que les contrefaçons sans notes. Faut-il, comme on le fait en général, rendre Simon Goulart responsable de ces indiscrets remaniements ? Je crois qu'une étude approfondie de ces variantes, et plus encore une connaissance un peu détaillée et précise des procédés des imprimeurs d'alors le justifieraient pleinement de ce reproche. Je me contenterai d'indiquer, pour le moment, quelques remarques à ce sujet. Je n'alléguerai pas comme un argument bien fort le témoignage de Goulart lui-même, qui, dans l'Avertissement aux Lecteurs, en tête du deuxième volume des Morales, écrit : « Pour conclusion, je n'av touché nullement à la translation du docte Amyot, car ce seroit s'oublier par trop de vouloir enjamber de telle sorte sur un personnage qui en cest endroit a beaucoup mérité de la langue et nation françoiîie. Il peut, s'il luy plaist, se surmonter encore soy-mesme, et rendre accompli de tout point ce qui est desjà très beau : mais cela luv soit réservé comme chose propre ». Cette aflîrmation sans doute n'a par elle-
(i) A p.irtir de 1585, on ne rencontre f^uère plus en l'"r.ince d'autre édition des l'ies d'Amyot. En An<3;!eterre même, on trouve des traductions de l'édition Simon (joulart dés 1603, et peut-être même plus tôt.
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même que peu Je valeiu'. Mais d'autres arguments plus probants se tirent de l'examen même de ces corrections qu'on lui attribue. Si en effet nous comparons la première édition Simon (ioulart (1585) aux éditions précédentes, nous remarquerons qu'elle ne diffère de celles-ci que par un petit nombre de retouches ajoutées à celles que présente déjà la contrefaçon qui lui a servi de base. Il n'y a donc aucune raison, si nous attribuons aux imprimeurs les variantes de ces premières contrefaçons, de taire intervenir Simon Goulart pour expliquer celles de l'édition Des Planches 1583. De même, rapprochons de cette première édition de Simon Goulart les très nombreuses réimpressions qui en turent faites, soit en France, soit en Suisse : nous constaterons à chaque nouvelle édition l'adjonction de nouvelles retouches ; or il ne saurait venir à l'esprit de les attribuer toutes à Simon Goulart, occupé alors à Genève par des polémiques religieuses ou par la composition d'autres ouvrages plus importants.
Enfin, l'étude même de ces corrections nous amène à des conclusions semblables : elles dénotent en effet un désir évident de rajeunir la langue du traducteur. En voici quelques exemples, tirés des Vies de Philopcvmen et de Thésée pour l'édition de 1 585.
1565 : ' S. G., 1 5 cS 5 :
ainsi comme nous avons comme nous avons
sans so\- tenir sans se tenir
ainsi comme lescrit comme lescrit
ainsi connne ceulx comme ceux
l'édition SIMON- GOULART II 9
clic lu\- cnvov;\st clic le lii\- cnvo\ast
cc.'^ deux aiiltrcs icv ces deux autres ci
Or il suffit de parcourir les lettres que Simon Goulart écrivait entre 1584 et 1606 pour v noter un assez grand nombre de tournures archaïques, qui sont en complète contradiction avec l'esprit même de l'édition de 1583 et des éditions postérieures (i). J'en relève ici seulement quelques exemples (2) :
Si c'est // rr si c'est lui (i 584)
Ils se logeront Is places fortes (1602) Je ne scay comment cela s'est fait que je suis entré... ( 1 584)
M. Cliaumier luv a remis tout ce que * luv aviez
envoyé (1606)
De même, mon second fils les vous rendra (1604)
Jiissi aftectueusenicnt coin me si (1606)
Pour les l'ous envo\er (i 584)
etc
Il serait donc sans intérêt pour l'étude d'Amyot (3) de nous attarder à l'examen minutieux de ces corrections, et nous pouvons maintenant porter notre attention sur le quatrième groupe de notre tableau, l'édition de Fédéric Morel, 1619.
IV, L'édition de l'édéric Morel.
Alors môme que cette édition ne se présenterait
(i Clct arch.usniL- du l.in<;.io;c n'est d'uillcurs pas surprenant de la part d'un protestant et d'un habitant de Genève.
(2) Je les extrais des Hpitres fran^oises à .M. de la Scala (Scaiip;er), publiées en 1624.
(5) Cet examen pourrait en revanche provoquer de très intéressantes remarques en ce qui touche l'histoire de la langue et même de l'orthographe.
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pas à nous comme revue d'après des corrections manuscrites du traducteur, le nom seul de Fédéric Morel, sa parenté avec \'ascosan, ses relations avec Amyot suffiraient à nous la faire prendre en considération. Nous savons en effet que Fédéric Morel le jeune, qui devait être plus tard doyen des imprimeurs et professeurs du Roi, avait acquis de bonne heure un ";rand renom d'érudition. Les lie;nes suivantes que lui écrivait Muret en 1583(1) en sont un témoignage : « Ego te, Federice, et ut Federici Morelli viri optime de studiis nostris nieriti filium et ut Michaelis Vascosani veteris amici mei, cujus equidem optimi senis mânes te tali sxyôvco gloriari puto, nepotem valde amarem, ctiamsi omnia in te mediocria essent; vide nunc quid me tacere necesse sit, cum in te ipso tam multa sint cur te singulariter amare debeam ; quiv enim ad me capiendum potentissima et efficacissima sunt et in litteris tuis ita elucent, ut omnia emineant : pnvstantia ingenii, utriusque lingua; egregia quasdam cognitio... » Et, en effet, les éditions grecques et latines de notre imprimeur témoignent d'une solide connaissance de ces deux langues. Quant à ses relations avec Amyot, elles commencèrent vers 1)77- A cette date, en effet, Fédéric Morel l'ancien (2) présenta son fils à
(i) Lettres publiées par P. de \'olh;ic dans les Mclniiga: (iniii.x, iHH^, in-8", p. 397.
(2) C'est par Vascosaii, sans doute, l'imprimeur du Diction- et des Vies, qu'Amyot connut l'édéric Morel l'ancien. Peu avant 1S72, Vascos.in « connut le projet d'imprimer les Gùnia iiwralei ri iiu-ilccs de Plutarque, translatées de grec en t'rani;ois par Amyot, et s'adjoignit son gendre Morel pour la publication de cette œuvre importante. Cepen-