‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 33 sur 164 · édcric Morcl écrit : « cehist et cedast · texte numérisé non relu

édcric Morcl écrit : « cehist et cedast

(L'incertitude de tous les écrivains et éditeurs du XVI'-' siècle à propos de ce mot est extrême. Le verbe i aller ou chalcr, employé d'abord dans l'expression « caler les vergues, la voile », puis intransitivement, au figuré, dans le sens de « céder, fléchir >>, est confondu sans cesse, soit avec « chaloir -> dont les formes sont si diverses (i), soit avec <> celer « (^ cacher) pour lequel on trouve les formes « r<'/ler » (2) et « c'/;/oler » (5), et la modification de la correction d'Amyot n'a rien qui doive nous surprendre (4).

Ces 9 corrections ne sauraient donc prévaloir contre les III que Morel a textuellement admises dans son édition, et nous pouvons affirmer, je crois, qu'il a utilisé en 16 19 l'exemplaire annoté de Melun (5), et résumer de la façon suivante la constitution de cette édition posthume, prétendue authentique et définitive :

(lîCt- les exemples donnés par Lacurne Sainte-Palayc; Godcfroy ; la Chirsioiiialhic de Constans ; et La Langue de la Pléiade, de Marty- Laveaux.

(1 Marbodus, col. 1672.

(5) Vies des SS. — Ms. de Sorbonne LX, col. 14.

(4) -■Kniyot emploie ce mot dans d'autres passages, p. ex. dans Coriolan, Philopa-nien ; et la même incertitude se manifeste dans les éditions et contrefaçons du wV siècle. — Blisjniéres, op. cit., p. 396, note 6, a fait un contre-sens sur ce verbe en l'identitiant avec « chaloir » dans la phrase d'.\niyot : « ceulx qui ne chalent et fleschissent .à leurs devis, ils les haïssent. »

() ) Nous pouvons encore ajouter aux arguments que nous en avons donnés la remarque suivante. Le mot siiperiiiteiidaiice — on l'a vu plus haut — n'est corrigé que deux fois en surintendance dans l'exemplaire de Mclun ; or il en est de ménie dans l'édition de Fédéric Morel.

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Fédci'k Morcl, voulant faire prcccdcr chaque vie d'un sommaire, se sert d'une des nombreuses éditions de Simon Goulart in-tolio, dont il supprime seulement la plupart des notes marginales. Mais, petitfils de \'ascosan et ami d'Amyot, il sait que cette édition est une contretaçon et contient des corrections arbitraires de style ou de langue ; il en ci)llationnera donc le texte avec celui de \'ascosan 1563, représenté pour lui par l'exemplaire dcMelun, et lorsqu'il y aura divergence, il adoptera la leçon qui lui paraîtra la plus heureuse. Enfin il tiendra compte — saut de très rares omissions — des corrections manuscrites qu'Amyot a consignées sur cet exemplaire.

Mais en dehors de ces variantes de 161 9 dont nous pouvons déterminer l'origine avec précision et certitude, nous rencontrons encore dans cette édition plusieurs centaines de leçons que ni le texte de 1583 ni les corrections d'Amyot ne sauraient expliquer. D'une manière générale^ ces variantes sont relatives à la langue ou au style. Certaines d'entre elles, nous l'avons dit, se retrouvent dans telle ou telle des contrefaçons antérieures, — mais elles s'expliquent fort bien sans qu'on fasse intervenir pour quelques mots l'hypothèse invraisemblable d'un emprunt à des éditions difterentes. Cette supposition serait du reste assez inutile, puisque la grande majorité des corrections ne peut être attribuée qu'aux auteurs de l'édition de 1619, c'est-à-dire soit à Morel lui-même, soit aux protes ou aux ouvriers typographes. 11 reste d'ailleurs possible^ — quoiqu'à mon avis fort douteux

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— qu'une partie de ces corrections inênies, dont aujourd'hui nous ii^norons l'orii^ine, provienne d'un autre exemplaire annote par Anu'ot que l'on retrouvera peut-être quelque joiu'. V.u attendant cette improbable découverte, nous avons le devoir de rejeter nc^n seulement les variantes qui dérivent manifestement de Simon (joulart, mais encore celles dont la provenance nous est inconnue.

L'édition, sinon définitive, dti moins dernière, de l'cvuvre d'Amvot nous est donc fournie par l'exemplaire de Melun qui, au texte de 1565, le dernier revu par Amyot, ajoute les notes de celui-ci sans y mêler de corrections ou de remaniements étrangers. C'est cet exemplaire — dont nous avons relevé et étudié les variantes dans le chapitre III de la seconde partie — qui devra servir à établir le texte d'Amyot, et l'édition de 16 19 pourra désormais disparaître de l'appareil critique des Fies paraUclcs.

Si, à la fin de cette longue étude bibliographique, nous jetons un coup d'œil en arrière pour distinguer les principaux faits et les principales dates qui nous serviront dans la suite pour l'étude de la traduction d'Amyot, nous pourrons, je crois, tracer le tableau suivant :

v<^ période. — Traduction manuscrite de quelques Vies de Plutarque.

2^ période. — Continuation de l'étude de Plutarque, c'està-dire : i" remaniement des Vies déjà tra-

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duitcs, 2" traduction des autres \'ies. Ce travail aboutit à la première édition.

Après cette date, AiTi\-ot ne remaniera plus son (Vinre, mais il la retouchera plusieurs fois, corrigeant çà et la un mot impropre ou vieilli, un tour heurté qui le choque, un contre-sens ou une mauvaise leçon que lui signalent soit un manuscrit inexploré, soit une édition ou une traduction nouvelle, soit enfin quelque humaniste de ses amis.

Nous pouvons ainsi classer chronologiquement ces retouches :

I" Pendant la publication de la première édition :

2" lùitre l'apparition de la première et de la seconde édition :

30 De cette édition à la mort d'.Vmyot, mais plus particulièrement entre 1582 et 1584, en vue d'une édition projetée vers cette époque chez Fédéric .Morel.

Ce sont ces ditiérentes phases du travail d'Am^'ot que nous allons examiner en détail dans la deuxième partie de cette étude.

DRUXIKMK PAiniH

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