‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 34 sur 164 · CHOIX D UNE METHODE · texte numérisé non relu

CHOIX D UNE METHODE

La seconde partie de ce travail est consacrée à l'étude philologique de la traduction d'Amyot : nous pouvions hésiter entre plusieurs manières de traiter cette question et il nous faut tout d'abord indiquer et justifier notre choix. — Toute étude qui porte sur un sujet assez complexe d'une part, et d'autre part assez étendu chronologiquement, suscite la même alternative : on peut dégager quelques moments importants dans l'évolution de l'œuvre ou du personnage que l'on étudie, et examiner à chacun de ces moments les différents éléments qui entrent dans la composition de l'ensemble; — on peut, au contraire, distinguer d'abord chacun de ces éléments, le prendre à part et le considérer aux différentes époques de son développement.

De ces deux méthodes aucune ne s'imposait nécessairement à nous : nous pouvions procéder par tableaux chronologiques : i "^ manuscrits ; 1 542-46; 2° édition de 1559; 3" erratum de 1559; 4" édition de 1565;

5" exemplaire de Meliin (1)85). Nous pouvions également grouper ces mêmes faits par séries analytiques en étudiant : i" le sens, établissement du texte et interprétation (en 1)40-46, en i))8, en i))9, en 156), en 1583), 2" le stvle faux mêmes époques), 3° la laui^ue, etc., etc.

Chacun de ces deux plans présentait des avantages et des inconvénients. Le premier, en reprenant, d'un autre point de vue, il est vrai^ les divisions que nous avions indiquées et sommairement esquissées dans la première partie, avait le tort de nous amener à des redites inévitables. De plus, il dispersait aux quatre coins de cette étude des faits de même ordre et nous empêchait de tirer, de chacun de ces groupes logiques de faits, des conséquences qui peuvent présenter quelque intérêt.

Mais la seconde méthode n'était pas non plus exempte de désavantages. Elle présentait d'abord une difficulté assez grave : le plus souvent, nous lisons dans le manuscrit, et dans l'édition, pour la même phrase deux textes très différents, dont le second offre à la fois des modifications de sens, de style, et de langue : a priori, et même après réflexion, il nous est parfois difficile de décider, si le traducteur a voulu corriger le sens de sa première version, et a été entraîné par suite à en modifier le stvle et la langue, ou si, au contraire, cette modification du sens n'est qu'une conséquence, peut-être involontaire, d'une retouche voulue de style ou de langue. On comprend qu'il soit alors fort délicat et souvent assez arbitraire

CHOIX DUNE METHODK I53

de classer ces corrections dans des séries nettement séparées.

Cette difficulté n'est d'ailleurs pas le seul inconvénient que présente une telle méthode. S'il est natiu'el en effet de considérer d'une part les corrections de tond, d'autre part les retouches de forme, et dans celles-ci même de distinguer le style et la lant;;ue, il n'en est pas ainsi pour le premier état du texte. Un traducteur ne sépare pas ces deux préoccupations : son art consiste au contraire à les unir si bien qu'elles restent confondues et qu'on ne puisse plus les distinguer. Ce serait donc un mauvais procédé, et d'ailleurs infructueux, de les étudier séparément dans la traduction manuscrite. Il en est de même, pour des raisons analogues, du remaniement considérable qui aboutit, pour les \'ies dont nous possédons des manuscrits, à l'édition de i))9. Nous avons déjà dit, et nous aurons l'occasion de montrer, que pour six du moins d'entre elles, Amyot a repris sa première version, et l'a entièrement refondue, soit d'après le texte grec, soit simplement comme une œuvre originale (i). Dans ces conditions il nous a paru impossible, pour le remaniement de 1 5 59 comme pour le texte primitif, d'emplover la méthode par séries.

Il nous faudra donc adopter un moven terme qui consistera à examiner successivement en eux-mêmes

(i) (les remaniements sont tels qu'il faudrait dans une édition critique reproduire les deux textes en regard, — l'insertion au bas des pages de variantes aussi nombreuses et aussi étendues équivalant à une transcription du texte primitif.

154 JACQUES AMVOT

— avec les subdivisions nécessaires — - la rédaction manuscrite de 1542-46 et le remaniement de 1559, principalement pour la Vie de Philopœmen ; puis, dans un dernier chapitre, à grouper par séries logiques (étude du texte, interprétation, style, langue) les diverses corrections que nous offrent l'erratum de 1559, l'édition de 1563 et la revision de l'exemplaire de Melun.

Page 1