L ORDRE DES MOTS ET L ORDRE DES IDÉES I
Il est juste d'ailleurs d'ajouter qu'à côté des exemples de cette dernière catéi^orie on en rencontre d'autres, et en assez grand nombre, où la modification de l'ordre du grec s'explique et se justifie par le désir de donner à. la phrase française plus de logique et de clarté ou de conserver aux différents membres la place que chronologiquement ils doivent occuper.
P. ex. 252, F. £-îV3c xa- ziptôpirr.aê. '< il les enhorta et persuada. »
Cette interversion des deux mots grecs s'explique assez par la liaison de cause à conséquence qui unit les idées exprimées par eux.
2 ) ^ , 1. Ti; -//.{uï-iCa; i-f îvxî; r.ôr, iîpoTr,pe'.T[ji£va; Tot; Tîîyejiv.
« Les Bœotiens, qui avoient dcsja dressé leurs
eschelles contre les murailles, les laissèrent là. »
Notons pourtant qu'ici le texte marquait peutêtre une légère nuance que le français n'a pas rendue.
2)3j Cj. -api Si Ta; [AÎ/aî xal ito'j; x'.voôvo'j;, wjTCïp 0'. TtoiXo'. TO'j; Txnfiz'.^ i— '.êaTa;... out'o; y, O'jvaa'.; xôjv W/x '.<•)•>... rjl'j'xz:...
« Ht tout ainsv que les jeunes poulains... ainsy quand ce venoit aux dangers l'armée des Achiviens n'avoit point de cucur... »
Notre traducteur se conforme en cela au précepte qu'énoncera plus tard le sieur de L'Estang (i) : « Quand il y a u: ieurs noms ou plusieurs verbes
( I ) op. cit., p. 170 sqq.
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dans une mcmc période, il faut toujours les ran^^er selon Tordre du temps que les choses arrivent sans avoir égard à la disposition du latin. »
Par ce st)uci de l'ordre logique, en effet, Amyot est en avance sur beaucoup de ses contemporains et il annonce les traducteurs du xvii" siècle; M. Harmand relève la même habitude chez Brébeuf, le traducteur en vers de la Pharsale(i) : « Il remanie Tordre des idées, la succession des phrases, suivant certaines préoccupations étrangères à Lucain ; il s'applique à unir par un lien logique les diverses parties d'un développement ; son imagination ardente n'exclut pas ce soin qui lui est commun avec le x\ir siècle tout entier... Partout on observe cette préoccupation d'embrasser tout un développement dans Tensemble et dans le détail, de rattacher par un lien logique les diverses parties d'un épisode. »
Ce désir de dégager la succession chronolog'que ou logique des différents laits exprimés par l'auteur grec est encore très visible dans la traduction suivante :
2)4, H. ~GÔ; Ta'j-a ytvi.jjxwv, y.aTa-ipovoCvTa; aJToC toù;
OaXaTTT,;, xxl -ciX'.opxoùvTa; ùr.îvr/.ii'/i'); to -"j'j'.ov. sùÔ'jî iTzéiiks'jsz'j Tiù-zol; 00 Trposô'j/iTi-'.v. iAA" èxTiSAUfiÉvotî S'.i Tf,v viy.r,v.
« Pour cestc rouptc les cnnenns l'eurent en «^nind mespris et estimèrent qu'il s'en seroit totalement fouy et leur auroit quitte la domination de la mer. Si allèrent fièrement mettre le siège devant
(i) Esstii sur G. de Bii'hcuf. c\\. ni, notainmciit p. 170, et p. 192.