‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 53 sur 164 · LE SOUCI DE LA LOGIQUE CHEZ A.MVOT · texte numérisé non relu

LE SOUCI DE LA LOGIQUE CHEZ A.MVOT

prcs complète de subordination. Dans ces conditions, l'attention et Tintérèt du lecteur se portant presque instinctivement sur la première principale, il ne peut en saisir le lien avec ce qui précède et il éprouve ensuite une sorte d'hésitation et de gène lorsqu'il arrive à la propc^sition qui rend l'idée principale de la phrase grecque.

Mais il serait injuste de généraliser cette accusation qui, d'ailleurs, nous l'avons dit, retombe moins sur Annoi lui-même, que sur la langue qu'il manie ; il convient bien plutôt de relever les passages où notre écrivain se sert de cette liberté qu'il professe à l'égard de la construction grecque, pt)ur introduire dans sa traduction une clarté et une logique qui n'existaient pas dans l'original.

P. ex. 2)^, 1". iv Ô£ ■'tpf'iTï. 3V/£Z0AS;j.£'.... (■ OJ/ <ô; » T£A0-

(( ivoù;... » i— £Oî'.;îv...

« Mais durant le temps qu'il Icit la guerre en Candie... // »<• .s"v porta point en Peloponnesien ...i\\n^ se triiiisfoniid es mœurs des Candicns... lù leur monstra... »

ici rinitiati\e du traducteur est d'autant plus remarquable que, jusqu'au début du wir siècle, les écrivains français, — suivant en cela, sans le savoir, une habitude du grec, — ne se feront aucun scrupule de rendre par ime proposition relative ou par un participe, l'idée essentielle d'un développement.

2)2, 1. xil -ri OTTAa tc/Ï; ïfouas-'.v £-'{vîto '/c'.pOY'|()r, -/aï xoûaa. ;j.£6' Y,oovf,î o'.à Aa|j.TpÔTT,Ta xai y.âAAo; iuTC/UiVojv

204 JACQUES AMVOT

xai 'iopO'jvT(i)v ÈvaytoviiaTOai z<. fJo'jXo[i£V(.)v. xai o'.axpi6f,va'. lâ/UTa roo; toù; ~oA£[j.io'Jî. « Et si par l'exercice trouvoient leurs armeures plus aisées et plus légères, si que du plaisir qu'ilz prenoient à les veoir et manier à cause de leur beauté et enrichissement, ilz ne demandoient qu'à les essaier et emplo\er en quelque combat contre leurs ennemvs. »

Dans cette phrase, à la simple coordination des trois participes grecs mis pour ainsi dire sur le même plan, le traducteur a eu le mérite de substituer une hiérarchie logique qui peut-être n'était pas dans la pensée de l'auteur, mais qui se dégage presque d'elle-même des idées qu'il exprime.

Cet exemple nous amène à dire quelques mots de la manière dont Amyot traduit certaines particules de coordixiation du grec. La principale est le mot xal ; la phrase précédente vient de nous montrer qu'il savait, pour la rendre, trouver en s'inspirant du contexte, l'expression la plus capable d'indiquer la liaison logique des mots ou des membres de phrase que le grec se contentait de coordonner par cette conjonction. Kn voici d'autres exemples :

2 SI, K. -oiiz

y.a: y.aTaoaA/.î'.

luv donna le! coup... qu'il le porta mort par

2)1, K. ;x -ra-nî'.vo'j xai O'.îpp'.iXjaÉvo'j xa-cà t:ù).£:î.

!■ c'estoit bien peu de chose à c^iiisc que les citez d'Achaïe divisées... taisoient leurs affaires chascune à part so\'... »

LK SOUCI DE LA LOGIQUH CHK/ A.MVOl 20)

2)^, A. /oipêîv... xai -apap OT,-'V'Jva'..

« tirer... pour taschcr à les rompre. "

2)), B. i~\ -zo-J-o:; à-'aT(.);j.£vo; ■/.!•. t'.ui.miïvo; ixTroirto; ùt.'j tôjv l7vXf,viov Èv toï; OcïTpo'.;.

« pour lesquelz actes Phi!optx.'nien estoit nierveil- IcLisenient aimé et estimé de tout/, les Cjnvc/. (/(' .s('/7i' (/"''''• 'i-'^' faisoient de bien grands honneurs par tous les Théâtres et Assemblées. »

Mais c'est surtout, comme il est naturel, ;ui début des phrases que notre traducteur s'attache à rendre toute la \aleur loi;iL]ue de la conjonction /.yl.

2)0, H. y.2i =: lu pour ce.

2)0, V. xa: ^ tellement que.

2)0, K. /a! = cependant.

2)1, C. xai := d'autre costé.

2)1, H. xai = si, (= en conséquence), etc., etc. (i).

Un autre mode de coordination très fréquent en grec et en particulier chez Plutarque, est la corrélation |jLîv.., os... Dans bien des cas, d'ailleurs, on chercherait vainement la valeur logique de cette opposiez > Remarquons à ce propos qu'au xvr siècle notre conjonction « et » a elle-niènie une siu;nitication plus étendue qu'aujourd'hui, et qu'elle peut parfois devenir un équivalent de « en conséquence », « en outre ». w pourtant », etc. (elle a encore certaines de ces acceptions de nos jours, dans le langage parlé). Il lui arrive aussi — peut-être précisément pour cette raison — d'unir deux idées d'ordre ditléreiu et déformer ainsi des constructions qui nous paraissent bizarres et incorrectes, mais qui donnent .\ l'expression des nuances que nous obtiendrions difficilement anjourd'luii. L'idée de la coordination pure et simple semble tellement alors, si j'ose ainsi parler, au dessous de la fonction propre de « et » que l'on essaie parfois dans ce cas de supprimer cette conjonction et d'employer l'asyndéte. C'est précisément ce qu'avaient lait jadis les Grecs avec xxt, et pour les mêmes motifs.

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tion, et Ton pardonne sans peine à Aniyot de l'aNoir négligée, p. ex. :

2)3, i^-- ;~'JV/.3tv£ [xèv iotwTr,; ôiv xotî ô 9'.AoTo(;rf,v... f-sl oi î.'jj'.irrov oûx ïTc'.Ocv...

« Philopœmen pours lliors estoit lioninic privé... ...si s'en alla... »

2)J., J). (V)TT; Tot; aiv Tîi/sj'.v ivoixcïv. TTîîps'.v Oc...

« de se retirer... au-dedans de leurs nuirailles et semer... •>

Mais lorsque l'opposition n'est pas purement verbale, on est en droit d'attendre du traducteur un équivalent exact des deux corrélatifs grecs : et sans doute Amyot sait les rendre parfois avec vigueur, comme dans la phrase suivante :

2)2, Kj. f, ;J-îv "'3(0 îv lo:- a/./,o'.;... r, o s;; T2 toli'Jtx...

(1 car il est bien \'rai que le... mais au contraire le... n

Pourtant il faut avouer que ces exemples sont peu nombreux et que la particule v.ïv est rarement rendue dans la traduction d'Amvot. Hn revanche, il n'est pas rare que le deuxième membre de l'opposition y soit exprimé très fortement et que le oi du grec se gonfle pour ainsi dire jusqu'à devenir un véritable chaînon du raisonnement ou du récit.

249, H. -zryj o" r.Oou,-.

(I mais pour rechercher de plus près quelle estoit sa nature. »

2)2, C^. zpoTiiiçavTîî oà Toi; ttoaeij.w '.;...

K mais quant ce \enoit à joindre de près... »

LE SOL'Cl DE LA LO(;iQ.LE CHEZ AMVOl 207

2)3, K. oviÇ.ôo; ôi...

« une aultre lois, connue On.ibis... »

Une des traductions les plus fréquentes de la particule oi chez Amyot est l'expression « là où « (i) qui, soit qu'elle ait la valeur actuelle du locatil, soit qu'elle signifie, comme il arrive si souvent au xvi^ siècle, « tandis que », est essentiellement propre à souligner les relations et les rapports logiques des différents membres de phrase.

Il n'est pas nécessaire, d'ailleurs, que le grec emploie une conjonction pour qu'Amyot insiste sur cette liaison des idées et des faits entre eux : nous trouvons dans sa traduction de nombreux passages, tels que ceux-ci :

232, A. TTCiA^uaTov. îIt" avO'-î ivTÎyovov.

« proiiicrciih'iil au R(i\' l'tokmKVUs, et depuis a Antisîonus... »

« ne voulut touttefois souffrir... »

Mais ces exemples rentrent déjà dans une autre partie de notre étude, que nous allons aborder, celle des additions. Elles sont si nombreuses et si variées qu'il nous faut tout d'abord les classer ; nous étudierons donc successivement sous ce titre :

I" Les additions explicatives logiques ;

2" Les additions explicatives historiques ;

3° Les traductions développées ;

4" Les redoublements d'expression ;

(1) Ct. 250 A, 2ÎI B, 251 I-, etc.

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en subdivisant encore, s'il est nécessaire, chacun de ces groupes.

ADDITIONS EXIM.ICATIVHS LOGIQ.UES

« Ce qui nie semble trop briet ou trop obscur, je le alons^iray en exposant par mots et par sentence » : ainsi s'exprime Laurent de Premierfait au début de sa traductioii du « de Senectute ». Il est peu de principes qu'Amyot ait aussi tidèlement observés. Les additions explicatives logiques ne sont, du reste, chez lui, qu'une extension de ce que nous avons étudié plus haut. Elles ont pour but de donner plus de cohésion au développement, soit en en rapprochant les divers éléments, soit en soulignant les rapports qui les unissent.

Un des moyens les plus faciles pour obtenir cerésultat est la substitution du pronom relatif au démonstratif. En voici deux exemples entre tant d'autres :

252, G. ■'(, o" O'y'î -x-j-zr,.

« desquelles choses l.i vue... »

2 ) ), B. i-l TOÙTo:;...

" pour Icsquelz actes... »

La langue du xn^^ et du x\ r siècle se prêtait fort bien à cette tournure que l'on rencontre chez bon nombre de traducteurs, préoccupés du même souci qu'Amyot (i).

(i) Pour en prciuire un exemple, Robert (j.ijjuin dans ses Commentaires traduit « eit res... perteruntur » par « laquelle chose fut... rapportée. » Cf. traduction des Coiiiiiiciilaires de Chni\ éd. (ialiot Du Pré. iii-i6, sans date, y. 550.

Mais si cette traduction a le mérite d'insister sur la liaison logique de la phrase, elle n'en augmente pas en revanche la clarté, et nous avons vu jusqu'ici que logique et clarté étaient chez Aniyot deux préoccupations constantes. Pour les satistaire l'une et l'autre, il remplacera les démonstratifs ou les adverbes, non plus par des relatifs, mais par les substantifs oii les propositions qu'ils représentent.

Ainsi : 2 5 1, E. SX toûto-j.

H Ccst exploict d'armes avec le tesmoignage du Rov. »

T, 0 s:; Ta "zo'.i'j-z.

« la pompe et siimptueux appareil en équipage de guerre. »

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