‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 55 sur 164 · I - I lit I · texte numérisé non relu

I - I lit I

-icaç... mais cela avait déjà été traduit — et développé — par Amyot) (i).

II arrive même à Amyot — et cela montre bien son désir de clarté — d'expliquer un mot, non plus par ce qui précède, mais par les renseignements qui vont suivre :

1 . ex. 2}^9î h. Tf.v TT,; çïvf,; TT,; Ucyaot-/-?,; i'^t'j'.i't.

'• Terreur de son hostesse megarique (jiii le iiiescoiii^nieul (•/ It' prit pour un Vdrlel. "

(Il y a en effet dans le texte quelques lignes plus bas ces mots o'.ouivr, T'.và -rojv u—r.psTtov elva'., qu'Amyot traduira encore à leur place).

(i) De mcmc R. Ci.ijïuin, /oc. cil., tr.iduit cii s'iiispir.uit des plira.ses prccciicntes « urbano niotu » par « pour raison de la commotion de la ville de Rome laquelle estoit fort esmeuc pour cause de la mort de Claudius ».

Un siècle plus tard de THstanij; sans songer sans doute à Amyot écrira (i) : « Il est quelque fois à propos de parler de ce qui doit suivre avant mesme qu'il en soit parlé. Ce qu'on fait au commencement de la seconde période ou à la tin de la première » et plus loin (2) « Il est quelquefois bon de reprendre au commencement de la période suivante le sens dont on a parlé dans la précédente. »

Parfois ces additions explicatives au lieu d'être empruntées à une phrase précédente ou suivante, sont déduites par raisonnement du contexte. Certaines sont des gloses assez médiocres.

250, B. -//>/>•?,; ô; Oj7t,;.

" puis quand il cstoit de loisir ni piii.x on ni

2)4, B. (Vjctts Toï; Tsi/îï'.v îvoiy-slv.

« qu'il/, furent contraints de se retirer ceiilx il chiiiiips au dedans de leurs niurailles. »

235, B. (oJ-Jp opviOs; T./.ijy.ovTO (-:cl tt.v t:oA'.v) îÎ; ta; T(Ô t:oÀî;j.(o)v /EToa; xa-ïaipovtî;.

" ilz se venoient jetter dedans les mains de leurs ennenu's et se trouvoient pris ne plus ne moins que les ovseau\(y/// vinuicut donner dcddin les irl~ de l'oiselenr. <>

ôay.p-jovT2;.

« vous eussiez veu les gentilzhonnnes couronnez (/<• hunier pour hi victoire et quant et quant pleurant à chauldes larmes /'('///■ ce>le triste mort. »

( I ) De la 'iittdiiclion, p. 2i)?.

D'autres sont plus intéressantes, parce qu'on y sent le souci de préciser la valeur du détail ou du fait énoncé et sa place dans l'ensemble du récit.

1 . ex. 2 3-1, 11. oj yio ;i.dvov jv Tf, vavaa/ia oii t)^,v izetçiav lAaTTov ïx/ev, iX/wi xai vaôv tivi. TaAa-.àv aiv.

EVÛOÏOV Oè, 0'.' ÈTIÔV TîTTaÇiâxOVra X2T23T2T2; È-Xt',&(jJ7cV.

<' car non seulement il eut du pire à ce combat de mer, pour autant qu'il n'estoit pas bien usité an fait de ht luariite, mais encore couuiiett il une aullre 1res grande et lourde fiUilte, c'est qu'il leit tirer en mer ung vaisseau lequel... 'i

2)4) !• 'JXi",'a-î '■•' '^TTcpciv TijASpai;. xa6" ôoov sv ôux/copia'.;

(( peu de jours après cestc surprise, coiinie il iiieiiast sott iiniu'e par ung chemin fort malaisé, Onabis tout soubdain le vint environner en ung lieu très dangereux. »

2)7) !'■ ^'•'V} \^^'' ^'J"' J"' T(T) yAatx'jôii;).

<' or estoit Philopœmen, l]]ors cjue l'exécuteur y eiitrd, couché... »

2)b, A. Ôj; O'Lv s,/vav£ai/f)f,7av aÙTOÏ; 0'. -pîsê'JTîpo'....

'< mais quant ce vint à l'eiilree de la ville, que les vieilles ^cns d'icelle... se meslerent... »

Parmi ces additions, provoquées à la fois par le souci de la logique et le désir de la clarté, il en est qui rétablissent véritablement dans la suite du récit ou du raisonnement un chaînon que le grec n'avait pas exprimé.

2)7, t. T.o'kiiw -/Wi'j-t èzî'ïTT.ïav àvay.aAOja£voi tôv ïvcoa. xai ûiao:oôvT£; iAXT',)sOiî Aoyov...

2 14 JACQUES AMVOI

« Si s'arresterent ung long temps à l'appcUcr par son nom, et vovaiis iiiic pcrsoinu' ne leur rcspoii- (/('// ilz commenceront à dire les ungs aux aultres. »

2)7? ^' ï'J'''î>^^'j''"î; si; ixîyâXr.v t'JA'.v, o'Jo' t.vt'.voOv ivaÇoXf.v

« s'assemblèrent en la cité de Megalipolis cl h) ai restèrent que sans aucun delà)' il falloit venger ccste mort. ■>

Dans d'autres cas l'addition est encore plus intéressante et plus heureuse, parce qu'elle corrige en quelque sorte le texte grec, en substituant à l'énoncé pur et simple d'un tait objectit, l'indication de l'impression qu'il produit, ou du sentiment qu'il dénote dans l'àme de tel ou tel personnage. Ainsi :

2)0, H. oO-'ào î;s'.v.

Il pour autant qu'il veoit qu'il ne pourroit pas... ■>

2)1, H. ozo'j rXz'.-^-rj'. |x:aao'sv.

« là où // sçavoil qu'il se debvoit trouver grande multitude d'hommes. »

2)6, r. ■f,AT'.^£V... TO-J pîO'J TÔ AO'.TÔV l'j-ZM UsO" ï,7-J/îï;

xaTïfi'.ojva'. Ti -pâyaaTa -api;c'.v.

« or esperoit-il... (ainsv connue il vo\oil les aH'aires de la Grivce dispose/.) qu'il acheveroit ce qui luv restoit de sa vie en paix et tranquillité. "

2)7, 13. ir.i'. Kï tV,v •/.£'^aÀf,v izioa; Ô'.£'6ah'^£v, iOcoo'. -ïo'.. —îsôvTi;...

« mais quant //- /<■ veiicul lever la teste et ouvrir les veux ils se jettcrent... "

2)7, r. î"'J/.î ;j-îV 'i'i"' Jv Tiô /Ai;xjôi(.) -/.aTaxciaevo; oj -/lOî'J- 0(.)v. aAAi /.-j—f, y.2'. Uoo'J6(|) xaT£/ô;j.îvo;.

«or estoit Philopœnicn... couché, vcstu du sa cotte d'armes, non qu';7 ciist envie de donnir mais bien le cueur tort serré de douleur et l'entendement troublé. "

Il coinient de rapprocher de cette sorte d'additions deux autres catégories analogues : la première comprend celles qui ajoutent à l'énoncé d'une action celui de la conséquence en vue de laquelle elle est faite ; dans la deuxième se rangent celles qui inversement tout précéder l'indication du fait, seule exprimée dans le texte, de la mention d'un fait antérieur qui, généralement, en est la cause.

\'oici des exemples de la première :

249, H. /j>r,ui-:(.jv oJ/C zj-'joz:.

« l'argent pour les enl retenir el fournir luy failloit souvent. »

2)2, r. vtaTavc-jTTOaivwv vc-jAÎy.wv %z\ fjr,p'.y.Aï'!o)v.

" couppes et vaisseaux d'or et d'argent que l'on ronipoit et met toit on a hi f otite. »

« pour luv tendre les pointes de leurs picques el le garder qu il nesaultast. «

2)6, C •JiroxaTïXA'.voiic'vtov aÙTOï; ToJv ot, aaYuyôJv.

« uK-sme les gouverneurs des villes se rengeoient et s'inclinoient fort soubz eu\\poiir s'insinuer en leur bienveillance ( i ). »

(I) Nous ne nous ctonnerons pas de voir dans le traité de l'Estang (p. 2ii)la justification de ces additions : « Il est quelquefois à propos, dit-il, d'exprimer en François l'usage et la fin de quoy ser\-ent les choses, ou le sujet pour lequel elles se t'ont, encore que cela ne soit pas dit dans le Latin ».

21 6 JACQUES AMVOT

Les exemples du second groupe sont peut-être encore plus nombreux , nous en citerons quelquesuns :

2)0, i\.. zî'.pdjaEvwv.

« ii'i'iiiriit Jhts la patience d'attendre et s'en allèrent taschcr,.. »

2)1 5 (j. î~- "CTiV -i'.AoT'.uîav 7'jv£;op;j.(I)v.

(« cnliortant... de bien se monter et se mettre bien en ordre pour acquérir honneur. »

2)2, 1. à'Spa'jjTÔv Tt )v2|x6âvc'.v 7:'jxv(j);xa,

« ('//(' «/()// si bien joincte et serrée qu'il estoit mal possible de la rompre. »

2)2, K. Tps'^iijLsvo;.

(( donna si iiidenient sns... que d'arrii'ce il les tourna tous en fuvtte... »

2)2, K. iyY'J; Zi tt.î tôaso); -apcTiçavTO.

(( 5/ .îf rencontrèrent au plus près de la ville... et là ordonnèrent leurs gens en bataille. »

2) ), Gt. 0'. Oc cl; tûAeixov xaO'.TTiusvo'..

« les Lacedivmoniens voxant:^ le i^nand dam^n'r qui leur pendait sus leurs /cs/^ se tenoieut touz prestz en armes pour soubtenir la guerre. »

Signalons enfin, pour mettre un terme à cette première série d'additions, une habitude analogue très fréquente chez Amyot, et qui consiste à ajouter à un verbe exprimant l'accomplissement d'une action, un auxiliaire inchoatit ou intentionnel. Comme on s'en rendra compte par les citations qui suivent, cette addition a encore pour but de rétablir un chaînon du récit, en supprimant le heurt

qui pourrait résulter de l'énoncé d'une action dont la préparation ou la résolution n'aurait pas été indiquée préalablement au lecteur.

249, K. a:;ov"">v.

<< ont soigneuseiueut à l'ivil daiigmenter. »

2)0, A. ï;i6aÀ>v£v.

i< // s't'jf'orceii... d'amortir et cstcindrc. »

2)0, C !T!jve»a'|j(ijLSvo;.

<• il s'en il I Uni... besongner. »

2)0, I. TraoÉTaçs "îfiV 5'jva|j.'.v.

<■ l'int ordonner son armce on bataille. »

cf. la correction de 1559 : 2)1, B. -yjTxi-TL:.

msc. : charger, éd. : aller... charger].

2)1, A. ï-^oxls-

« il s'en iilla le remonstrer. »

2)1, A. -Zry.lT.iw.

" tdscher à rompre leur rencz. »

253, A. 0:0-iv£7TÏ,.

« ne s'efforcea point de les arrester. »

2)3, A. T:apappT,y/ijva'..

" pour] tdscher à les rompre. »

2)3, C^. é~6'/\'ir^zz TT, ô'.aÇâTc'..

« se voulut hazarder de franchir le fossé. »

2)^, h,, oùx cîxaev.

" ne voulut... .souffrir. " etc., etc.

Peut-être, d'ailleurs, dans quelques-uns de ces

2l8 JACQUES AMYOT

exemples, faudrait-il attribuer l'addition du premier verbe à un désir d'ampleur et de rythme sur lequel nous reviendrons plus loin.

ADDITIONS EXPLICATIVES niSTORIQ.UES ET MODERNISATION

Toutes les additions que nous avons groupées sous le nom d'explicatives logiques avaient pour but, nous l'avons vu, d'éclaircir et de préciser une idée par le contexte, soit en rappelant à ce propos les indications éparses dans les phrases voisines, soit en soulignant par un mot ajouté ou par un changement de construction le rapport de cette idée aux idées environnantes. Les additions que nous allons passer en revue sont d'un autre genre : ce n'est plus du contexte que le traducteur les tire, mais de ses connaissances personnelles : nous les désignerons sous le nom d'additions explicatives historiques.

Dans certains cas, il est vrai, la dirterence est minime; par exemple pour les noms propres:

0 T'Itoç est traduit par « Titus Quintus ». {d. 249, G, 254, F, etc.) : "AAs;àvo20j par « Alexandre le Grand. » (250, E.); 0 'AvT'lyovo.; seul ou 0 |îiaa'l).£'j; seul, par « le Roy Antigonus » (2 50, 1, 2 5 1, B-E,etc.)(i).

(i) Laurent de Preniiert'ait agit de même, ajoutant à son texte tantôt le substantif" qiialiticatit', tantôt le nom propre. (CA. H. Hauvette, thfs. cil., p. 42, note I).

ADDITIOXS KXPI.ICATIVES HISIOUIQUKS 219

Parfois nicnic on peut se demander si l'adjonction liahituellc du titre au nom propre n'en a pas fait une sorte d'étiquette^ qui devient désormais aussi inséparable de ce. nom que les tameuses épithètes homériques : c'est le cas, par exemple, de "Uvaê-.ç, qui est presque toujours rendu par « le tyrant Onabis » dans notre manuscrit.

Mais les exemples suivants ont plus nettement le caractère d'une addition explicative historique :

« celle deessf Nenicsis (jiii l'ciii^e la /'"V/- c/ <//V/^ presoinptiieiix Jes homiiics. >>

(Ici d'ailleurs cette addition a aussi une valeur logique.)

250, D. Toï; îJay'/iACij ixy.-c.y.or;.

(( les livres que Evangelus a escripts de l'art et vianiere de dresser un squadroii et coiiniieiit il faut ordonner une ar)nîe en bataille. »

2)2, H. Tiov y.a'.viTjv ozAwv — aoaTîOivTiov îvv'j; -jro tt,; c/''.}/î(o;, c( Quand sa niere \u\ apporte devant ses piedz les

armes nouvelles qu'elle lux avoit fait faire. » (en 1559 il ajoutera encore « par Fulcain »').

2)3? i-)- ■i;'J'J''J £/'ov ■z'j 3yf,;xa. yi'kv.'j-j; sv Ô3>>'ioï; ï'S-zr^y.v/

'j— 6 TÔJv \\yx:wi.

i< Les Acluviens puis après luv fcirent dresser une

statue de bronze en tel estât, laquelle 11/ leirent

mettre au temple d'ApoUo en la ville de Delphi. ■>

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