‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 57 sur 164 · LES AN'ACHRONISMES ET LA COULEUR LOCALE · texte numérisé non relu

LES AN'ACHRONISMES ET LA COULEUR LOCALE

OU de voir, dans une autre vie :

^IC), C. "Ap'.TT2-'opa T(I) TCi'j vr',ii.o'j yGaaiiaTutr,.

devenu II Aristagoras sccrcttairc d'cstat de la chose publique »

OU encore :

2)1, F. V'ir-.zy/'j; transt'ornié en :

« capitaine gênerai de la gendarmerie. »

Pourtant laissons un moment de côté les préjugés qu'a tait naître en nous une réaction peut-être excessive contre les « translateurs » d'autrefois, et réfléchissons aux différentes manières de rendre ces idées, la dernière par exemple. — Un traducteur moderne ne manquerait pas d'écrire Xbipparque et le sens de ce mot recouvrirait sans doute exactement — et pour cause • — celui du terme grec. Mais hipparque risquerait fort de n'être compris que de ceux qui connaissent ^^--apyo; et par suite il cesserait d'être une traduction. Nous connaissons trop la conception qu'Amyot se fait de son rôle pour supposer un seul instant que cette solution puisse lui convenir. Il pourrait encore sans doute — , et c'est ce que plus d'un ferait aujourd'hui dans ce cas — • employer une expression qui par sa généralité même ne saurait éveiller dans l'esprit du lecteur aucune image infidèle. Mais cela ne répugnerait pas moins à son désir de précision. Entre l'exactitude obscure et la clarté imprécise, notre traducteur choisira un juste milieu. Pour rendre l'idée que le grec exprime par l'--aoyoç il cherchera quel est

de son temps l'équivalent de cette fonction, et, au lieu de traduire par la formule vague de « chef des troupes à cheval », comme ces troupes s'appellent au xvi" siècle la gendarmerie, et comme leur chet a le titre de capitaine général, il n'hésitera pas à écrire « le capitaine général de la gendarmerie des Achieiens. »

On pourrait expliquer et justifier par le même raisonnement la plupart des soi-disant anachronismes d'Amyot. Sans doute je n'essaierai pas de le disculper de certaines fautes trop évidentes : s'il traduit s-vtxo- T.rjç par évêque, il ne trahit pas la couleur locale, il commet un contre-sens. Mais les intractions de cette nature sont rares che;^ lui, et ce ne sont pas celleslà qu'on lui reproche le plus souvent. Les critiques mêmes qu'on lui adresse montrent d'ailleurs l'incertitude qui règne à ce sujet dans l'esprit de leurs auteurs (i).

On a tait observer avec beaucoup de justesse, que la « couleur locale « n'était pas mieux rendue par les « tavoris et secrétaires d'Alexandre » que par les « gentilshommes de sa chambre (2) ». Mais, en laissant même de côté cette question délicate de la

(i) De lilignicrcs, par excmplL', op. riL, p. 244, rc<;rcttc que le mot (' hégéiiiouie » se soit substitué clie/. nos traducteurs à l'expression plus française et aussi ex.icte de « suprématie » ; il trouve inutile de faire intervenir les liturgies et les agonothètes, lorsqu'on peut parler plus simplement de charges publiques et de présidents des jeux. Mais il ne pardonne pas en revanche à Amyot d'avoir parlé des « sainctes et dévotes cérémonies » des « vénérables processions >i et des « sainctz cantiques ». Ce sont là. croit-il, des « anachronismes de langage qui nous transportent en pays catholique et eu plein moyen-âge ! »

(2) Hrunetiérc. Article publié après sa mort dans la Rei'iie lies Driix Mondes du i"-" mars 1907, p. 26-27.

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