REDOUBLEMENTS U EXPRESSIONS
2)b, A. oAOï'jpao;.
i( les pleurs, regret/, et Linieiu.itions. ..
Arrivés au terme de cette récapitulation des différentes sortes de redoublements, nous pouvons, je crois, conclure que, d'une manière générale, ils ont moins pour but chez Amyot, — comme sans doute chez beaucoup de ses contemporains, — de rendre ridée du texte avec plus de précision ou plus de nuances, que de satisfaire au désir d'ampleur, d'harmonie et de rythme et aussi au souci d'insistance et au désir de persuasion qui se manifestent dans la traduction de 1 542-46.
Remarquons du reste qu'un des théoriciens de la traduction à cette époque, Dolet, fait de la recherche du nombre et de l'harmonie la cinquième règle de son traité : et s'il emprunte sa théorie et ses exemples à Cicéron ou à Isocrate, il n'en faut pas moins considérer qu'il introduit ces préceptes dans un traité qui ne s'adresse qu'à des écrivains « vulgaires », et que, par suite, en les formulant il songe surtout à sa langue maternelle. « Venons maintenant, dit-il, à la cinquième règle, que doibt observer ung bon traducteur. Laquelle est de si grande vertu, que sans elle toute composition est lourde et malplaisante. Mais qu'est ce qu'elle contient ? Rien aultre chose que l'observation des nombres oratoires : c'est assavoir une liaison et assemblement des dictions avec une telle doulceur que non seulement l'àme s'en contente, mais aussi les oreilles en sont toutes ravies et ne se faschent
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jamais d'une telle harmonie de langage. D'yceuix nombres oratoires je parle plus copieusement en mon orateur, parquoy n'en feroy icy plus long discours. Et derechef advertirov le traducteur d'v prendre garde : car sans l'observation des nombres on ne peult estre esmerveillable en quelque composition que ce soit : et sans vceulx les sentences ne peuvent estre graves et avoir leur poix requis et légitime. » Un passage du traité de l'Hstang nous montre que les théoriciens du siècle suivant n'avaient pas, sur ce point, abandonné les idées de leurs ancêtres. Notre auteur recommande l'emploi de deux synonymes pour traduire un seul mot latin (substantif, adjectif ou verbe) (i), « tant à cause que bien souvent on ne saurait rendre par un seul nom françois toute la force du nom latin qu'on traduit, que pour arrondir mieux une période ou pour rompre quelquefois un vers » ; et, après avoir cité cette traduction : « Nous vous supplions, mes frères, d'avoir soin de corriger et de reprendre ceux qui paroissent trop impatiens et trop inquiets, de consoler et de fortifier ceux qui sont afflige/ et timides, de soulager et de recevoir ceux qui sont faibles et malades, et enfin de faire paraître une patience invincible envers tous » — et l'avoir opposée triomphalement à la suivante : « nous vous supplions aussi, mes frères, que vous corrigiez les dérègle/, console/ ceux qui manquent de ctvur, soulage/ les infirmes, soyez
(i) Cf. ,./'. '-'■/•. p- 5 •. pp- 24. ^qq- ; ^-t p- 265.
paticns envers tous, » il ajoute : « on voit bien par tous ces exemples quelle grâce a la traduction de
cette manière. »
Xous avons, je crois, passé en revue, et essayé de classer, en les expliquant, les différentes sortes d'additions que l'on rencontre dans la traduction d'Amyot en i>4). Nous serons plus brefs sur les omissions, parce qu'en effet elles sont assez rares. Méziriac lui-même est obligé de le reconnaître : « Amiot, dit-il, de qui l'humeur étoit d'ajouter à propos, plutôt que de retrancher, n'a pas fiiit beaucoup de fautes par omissions. » Au début du XYii*^ siècle l'éloge pouvait sembler un peu mince : cent ans plus tard, peu de traducteurs l'auraient mérité. On sait en effet avec quelle désinvolture Perrot d'Ahlancourt et ses nombreux émules supprimaient dans leurs auteurs tout ce qui leur semblait inutile, ennuveux ou grossier. Amyot, tort heureusement, n'a pas de ces délicatesses.
Xous ne parlerons pas ici des omissions dont la source se trouve dans la traduction latine (i). Si, en effet, on peut dans ces passages reprocher à Amyot de ne pas avoir suivi assez attentivement le texte grec et de s'être trop fié aux interprètes du xV siècle, on ne saurait en revanche regarder chez lui ces omissions comme volontaires et raisonnées.
(i) Nous en avons donnii plus li.uit tics exemples, cf. p. 172.
Et, à vrai dire, les omissions volontaires d'une proposition ou de plusieurs mots sont très rares dans la traduction de la vie de Philopœmen en 1 545 : en voici quelques-unes ; on pourra remarquer combien elles luodirtent peu le sens général de la phrase.
2y\, II. à-ïTSïiwTrr.ïî T.zol rr,; ocopeâî sxÉpav 6è Tiva —pô-f as'.v
« no luv Q7.A dire ung seul mot du présent qu'il luv avoit apporté ains controuva quelque aultre occasion pour laquelle il dict estre venu vers luv. »
255, K. T^ " ~'p'- TTi'' T.0')\'.ZZ'.7.y 1) è'pY&V (OUÔTÏTOV SÏ£ip-'â3-2T0
vcat Trapavoti.wTaTOv.
<( il feit une chose très cruelle et contre toute raison et justice. »
250, A. XfiV TÔ)v'.v <i Jz'.-o'Jo'jTav TÔv àvopa xal jEapito; cîipO'jffav » &iO|j.£vr,v j'jva— oÇc6AT,"/.;va'. to zoutî'jî'.v £v TOÏî à/aio'.;.
« la misérable cité laquelle estimoit avoir perdu quant et son citoven la principaulté et le premier désiré d'honneur d'entre les Achajiens (i). »
Ce sont plutôt les nuances d'interprétation que notre traducteur semble ne pas rendre avec toute l'exactitude désirable : parfois la faute est grave et constitue presque un faux sens :
234, !>• 'f\ '^ £••; v(.pr,Tr,v aôO'-i àzooT,a(a.
« le vo\'age qu'il feit en (Candie. »
(i) Il suffit de incntioiincr ici de très rares omissions de renrorcements du grec.
P. ex. : 252, F, d.nis une même proposition Amyot néglige de rendre ta/'j et ■::2VTa;; mais ce n'est p.is là, nous le savons, un défaut habituel à notre traducteur.
Dans cette traduction, en effet, non seulement Tidée de à-ooT.jjiia n'est pas suffisamment rendue par « voyage », mais encore le mot x'jO'.ç est omis ; et la signification générale en est tellement modifiée que le traducteur en 1559 fera un véritable contre-sens sur cette phrase en écrivant :
'■ pour ;/// vovagc qu'il tcit en Candie. »
Mais le plus souvent, hâtons-nous de le dire, les omissions d'Amyot portent sur une simple intention de l'auteur, sur un procédé de style ou une antithèse qui ne touche nullement au fond de la pensée.
P. ex. : 2)0, D. r.xpoaTO ik AÔ-'(.)v y.al ^•j\'\'pi<x<xoia'. zù-'jzr't-
est mal rendu par :
« II ne prenoit pas plaisir à ouïr toutes sortes de discours n\' à lire tous livres de philosophie. »
car l'idée du grec est qu'il les écoutait et les lisait — mais pas tous; et le rejet de o-j -à-r'.v devait être conservé.
De même, dans la phrase suivante :
251, H. ^tÙTÔs oè zc^j; /(.jpia -vcoA'.à... ~i!lo; iv ''.T~.:-/.i\) fJwpax'..
l'auteur insistait sur l'opposition du fantassin revêtu de la lourde armure des cavaliers : or cette opposition est insuffisamment rendue par la traduction française :
'( il se mcit à pied à travers lieux bossus... portant sus son dos la cuirasse d'homme d'armesCi). »
Mais les nuances qu'Amyot néglige le plus fréquemment de rendre sont les changements de temps dans les verbes.
Souvent en effet le grec, après avoir employé une série d'aoristes, introduit brusquement un présent pour indiquer une action rapide et inattendue. Il est extrêmement rare qu'Amvot essaye de rendre cette intention (2).
251^ B. È;j.<3iAA3'..
I' il s'y en alla. »
2)1, I. ôî;2;j.Evoî... -aiî'..
'. luy ;illa à l'encoutre... et frappa. »
233, O. sOàvE'. oâ aÙTO'j; ô ■çù.or.o'.'if.'J.
!■ mais Pliilopœmen v fut devant eux. »
et preit,... darda... l'abbatit. »
etc., etc.
On peut rapprocher de ces exemples le cas d'un imparfait succédant à des aoristes, ce qui désigne dans le texte grec un état durable résultant d'une suite d'actions énoncées.
(i) Parfois la ntgli^cncc d'imc nuance daiLs le msc, amène, comme nous l'avons noté plus liant, un taux-sens dans l'édition. 2SO, B.y.oij'.sov â'aa xai pwixaÀiov.
ms. : (f robuste et alaigre ».
éd. : « dispos, robuste et alaigre. » (2) L'expression « voici que » peut la rendre aujourd'hui en français.