‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 63 sur 164 · MODIFICATIONS DE DÉTAIL · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS DE DÉTAIL

C'est encore à ce double motif — caractère particulier de la langue française, et recherche de la clarté et de la précision logique — , qu'il faut rapporter certaines modifications qu'Amyot tait subir d'une manière régulière au texte grec.

« Il est sans doute, dit de rEstang(i), que la beauté de la langue latine consiste à s'exprimer par le passif et qu'au contraire la beauté de la langue françoise consiste à s'exprimer par l'actif. C'est pourquoy il faut bien souvent traduire le passif latin par l'actif trançois. » — Cent trente ans auparavant, Amyot avait <léjà mis ce précepte en pratique. En voici quelques exemples :

(t) op. cil., p. 266.

MODIFICATIONS DE Dl'^TAlL 2))

2)0, I. ioôf, fO'.v.xi;.

'< qu'on leur niontr.ist en l'air une cotte d'armes. »

2^2, I. f, Tï;;; 'ja'j;j.27T(T); •f,-'3-iT''j.

« ilz troLivoient merveilleusement bonne l'ordonnance. »

« au temps que le tvrant Onabis faisoit la guerre... à son pais... »

2)j, L). T:pootOOff6ai vojjLÎtovTE;.

Il estimans qu'il les avoit malicieusement abandonnés et trahis... >>

Si l'emploi du passif alourdit et obscurcit une phrase fran^"aise, on peut en dire autant de Tabus des participes actits. Ici encore la théorie de l'Estang vient à l'appui de la pratique d'Amvot : « Comme dans la langue trançoise, dit-il, il v a beaucoup de participes (il parle en particulier des participes présents actifs), on doit éviter quelquefois de traduire le participe latin par sa signification naturelle, parce qu'il en reste toujours assez qu'on ne peut pas traduire autrement. »

lin effet, presque tous les participes sont, chez, Amyot, rendus par une autre tournure. Mais nous connaissons ti'op ses habitudes d'exactitude et de précision pour pouvoir supposer que cette transformation fasse, d'une manière générale, disparaître la liaison logique de la phrase. Suivant la valeur de chaque participe grec, Amyot le traduit d'une façon particulière.

Lorsqu'il marque simplement l'antériorité, il le rend d'ordinaire par un mode personnel coordonné à la proposition primitive du texte.

249, G. àroôiî'ya;, lr/;.\iy.

" il jetta... ei se meit. »

250, B. y.aTaAx6('.)v... ivôxaûsTO.

<< il se jettoit... et v reposoit. »

231, D. /.Ai-x;... jxsAcJïcV.

« il rompit et... et s'en feit... »

2)2, A. TOT-eivTs; v.x'. 'JûOÀaixêivovTc;... O'.evoo'jvto. i< qui se rallièrent, et tirèrent... et avoient intention. »

Dans les autres cas, notre traducteur s'attache à rendre avec précision le rapport logique qui relie le participe au mode personnel auquel il se rapporte :

251, A. CiûôîTi))... '■>7;r,;... ojtt,;.

« pour autant qu'il... n'avoit pas encore acquis tant de réputation. »

251, B. fJop'j6o'j;xsvo'.;.

(1 cependant qu'il/, estoient en ce trouble. »

2)1, C^. ôviêioo;... zaTaAaSclvTo;.

I' Comme Onabis... eusi envahv. »

Le .souci d'Amyot à ce sujet se manifeste principalement dans les phrases où plusieurs participes coordonnés dans le texte grec indiquent en réalité des moments ditlerents de l'action :

MODIFICATIONS 1)H DKTAIl. 2)7

250, F. -poazETi'ijv... xai ^'.al^ojj.Evo;... Tapf.XOev.

Il vint... assaillir... si bien qu'il... lorcca... et entra... »

2)1, O. iraAAaye'.;... xat j-ajiixevoî... iyiji^i:.

i< ijiiand il fut... il sacqua... et passa... •<

Parfois encore, il rend les participes par des principales indépendantes dont il détermine la valeur lo^;ique à l'aide d'adverbes ou de conjonctions :

2)0, C. zo'.ojaîvo;.

" et si n'v vacquoit pas... »

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