JUGEMENTS DES CONTEMPORAINS SUK AMYOT
l'iiidique le t-itre — est taite elle-même sur la version latine variorum.
Enfin, ne sachant plus lui trouver de collaborateurs connus, on recourut à l'anonyme, et Brantôme (i) rapporte une opinion assez répandue à son époque, « qu'il ne les avoit pas taittes (les traductions de Plutarque), mais un certain t;rand personnage et fort savant en grec, qui se trouva par bon cas pour lui dans la Conciergerie du Palais de Paris et en nécessité : il le sceut là, le retira et le prit à son service, et eux deux en cachette firent ces livres et puis lui les meit en lumière en son nom. » Mais c'est, ajoute Brantôme, « une pure menterie, disait-on, que les envieux lui ont prêtée; car c'est un seul qui lésa faits, et qui l'a connu, sondé son savoir et discouru avec lui, dira bien qu'il n'a rien emprunté d'ailleurs que du sien. »
Pour nous qui n'avons pu chercher dans sa conversation un argument en faveur de l'authenticité de son Plutarque, l'exemplaire grec de la Bibliothèque de l'Arsenal, comme pour les Morales celui de la Bibliothèque Nationale, constitue une réponse suffisante à des insinuations aussi peu fondées.
Un autre moyen de déprécier la traduction d'Amyot, si l'on ne pouvait la lui enlever, était d'y chercher des erreurs, et l'on pense bien que les critiques ne s'en sont pas fait fiiute.
Tout le monde connaît les passages que Mon-
(i) HoiJinirs illustres, cd. 1722; art. Charles IX, tome I\', p. 55.
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taigne, dans ses Essais, a consacres au traducteur de Plutarque. Une page moins célèbre de son Journal de voyage (i) nous montre que, dès 1580-81, les érudits n'avaient pas manqué d' « éplucher » minutieusement ce livre qui avait un tel succès dans le monde. « Disnant un jour à Rome, avecq, nostre ambassadeur, où estoit Muret et autres sçavans je' me mis sur le propos de la traduction trançoise de Plutarche, et contre ceus qui Testimoint beaucoup moins que je ne tais, je meintenois au moins cela : « Que où le traducteur a failli le vrai sans de Plutarche, il y en a substitué un autre vraisamblable, et s'entretenant bien aus choses suivantes et précédentes (2). » Pour me montrer qu'en cela mesme je lui donnois trop, il tut produit deus passages : l'un duquel ils attribuent l'animadversion au lils de M. Mangot, avocat de Paris qui venoit de partir de Rome, en la vie de Solon environ sur le milieu, où il dict que Solon se vantoit d'avoir atfranchi l'Attique, et d'avoir osté les bornes qui taisoint les séparations des hitritages. Il a failli, car ce mot grec signifie certenes marques, qui se metoint sur les terres qui étoint engagées et obligées affin que les acheteurs fussent avertis de cete hypoteque. Ce qu'il a substitué des limites, n'a point de sans accommodable ; car ce seroit faire les terres non libres, mais communes. Le latin d'Estiene s'est aproché plus près du vrai. Le
(i) Hdit. d'Ancon.i ; p. 276-278.
(2) On voit que Montaifjnc .sans se reporter, sans doute, .iu grec awiit bien senti d.ans la traduction d'Aniyot ce souci de logique que nous avons essayé de préciser dans cette étude.
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secont, tout sur la fin du Treté de la nourriture des cnfans, « d'observer, dict-il, ces règles, cela se peut plustost souhaiter que conseiller ». Le grec, disentils, sone : « cela est plus désirable qu'espérable » et est une forme de proverbe qui se treuve ailleurs. Au lieu de ce sans cler et aisé celui que le traducteur y a substitué est mol et estrange ; parquoi recevant leurs présuppositions du sans propre de la langue, j'avouai de bone foi leur conclusion. »
Il ne faudrait pas croire toutefois que ces erreurs, en somme assez minces, eussent beaucoup diminué l'estime que les sérieux érudits du xvi^^ siècle professaient pour notre « vulgarisateur ». \'oici sur ce point un témoignage de ce même Muret, que j'extrais d'une de ses lettres à Fédéric Morel le Jeune (i). Cette lettre est datée de Rome 1383 (21 novembre).
« Sermones de me tui eu m Amioto Autissiodorensium episcopo habiti magni\: mihi lastitiae fuerunt. Incredibile enim est quanti illum faciam, et quantopere ab eo amari cupiam. Itaque peto a te quantum me apud eum in quam maxima gratia ponere. Nemo est hodie cui malim et me et mea omnia probari... Saluta mihi diligenter illum Coryphicum Gallorum antistitum Amiotum. »
Mais ce témoignage a peut-être moins de valeur que ceux des deux plus exacts traducteurs latins de Plutarque à cette époque : Xylander et Cruserius(2).
(i) Lettres publiées par P. de Nolliac, dans les Mclauges Graux.
(2) Je cite d.iiis le i" chapitre ces ténioif^naf^es qui se rapportent à la traduction imprimée en 1 5 59, mais nous verrons plus loin qu'il n'y a pour le sens entre l'imprimé et le manuscrit que des différences peu importantes.
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Le prcniicr, dans la préface de sa première édition (1561), écrit :
« Denique cum jam niajorem operis partem atsolvissem, prodierunt \ivx Plutarchi gallica lin^ua ah Abbate Bellozaniensi Jacobo Amvoto conscriptiu. Quem cum pnvclaram ei libre) ojieram impendisse ex eis qui linguix; ejussunt periti (quod mihi datum non est) et usum multis ac bonis codicibus audirem : amicorum adjutus in primisque clarissimi jure consulti Francisci Balduini (quem, ut ipsius summa doctrina et virtus, et amor in me singularis meretur, honoris causa nomino) nonnullos de quibus duhitabam locos correxi ; in haud paucis mea conjectura est illius interpretis suffragio comprobata. Civteris ex difficultatibus, eodem fere modo nos extricavimus, meditando, indagando, ct)nferendo, et (si nihi! aliud possemus) divinando... »
Le témoignage de Cruserius est encore plus flatteur (i) :
« Cum jam polivissem atque emcndassem vitas meas Plutarchi, ostendit mihi Bruxelhv ubi agebam, illustrissimi Principis mei legatus secretarius regius, éditas elegantissime ab Amioto lingua gallica vitas Plutarchi, qure exierant tamen in publicum sex menses antequam eas viderem. Hujus viri mihi eruditio et diligentia aliquid lucis nonnullis in locis attulit. Cui ego hoc testimonium dabo, non posse lîeri ut
(i) Epîtrc liminaire de sa traduction latine des J'irs, (1564).