CHAPITRE II
LHS RHMANIHMI-XTS Dl- L'KDITIOX 1)1- l))9
LES VARIANTES DE L EXEMPLAIRE DE l' ARSENAL
(Kd. f^rccquc d'Aide. 1S19.)
C'est entre 1548 et 1552, nous l'avons dit, qu'Amyot a consulté les manuscrits italiens de Plutarque dans les librairies de \'enise et de Rome. — D'autre part, la date : « pridie non. Decemb. 1 55 5 », écrite de sa main sur l'un des derniers feuillets de l'exemplaire de l'Arsenal, semble indiquer que c'est à cette époque que le travail de consii^nation des variantes, italiennes et autres, a été terminé. Nous avons vu d'ailleurs dans la première partie de ce travail (i) qu'Amyot, dès 1553, avait repris, — si tant est qu'il v ait eu interruption sa traduction des Fies. La collation sur l'exemplaire de l'Arsenal a donc pu commencer à cette date et être taite vie par vie, ou du moins à plusieurs reprises.
Nous avons dit aussi (2) que l'on pouvait distinguer dans ces notes deux écritures au moins, dont la première, celle de i))), est caractérisée par la iorme
(i) Cf. I" partie, cliap. Il, pp. 89-90. (2) i'J. i" partie, chap. III, p. 124.
270 JACQ.UKS AMYOT
plus nette et plus droite des lettres, et aussi par la couleur un peu jaunie de l'encre. L'antériorité, en est manifestement établie par la disposition d'une note qui se trouve au bas du fol. 279 r° (i). ■ — Une autre date, en haut d'une feuille blanche du début du volume, (vis-à-vis du titre de la vie de Thésée), « Kalendis Augusti 1583 », doit être celle de la plupart des autres corrections.
Il importe tout d'abord, de déterminer ce que valent aux yeux d'Amyot ces annotations marginales qui, sauf quelques exceptions, sont toutes des variantes de texte. La plupart de ces leçons semblent provenir de manuscrits italiens ; quelques-unes sont sans doute des conjectures ; d'autres enfin doivent avoir été suggérées par des traductions latines : c'est du moins ce que je conclus de la formule « alii videntur legjevr ou issc] », que l'on rencontre assez fréquemment (2).
Mais il serait inexact de croire que toute leçon signalée par Amvot fût adoptée par lui comme une correction du texte. Certaines sont accompagnées de « melius », d'autres de « maie » ; le plus souvent il n'y a aucune indication de ce genre. C'est absolument l'équivalent de nos appareils critiques, où toute variante, même inadmissible est inscrite, du moment qu'elle se trouve dans un manuscrit, ou dans une édition autorisée.
Voici, pour la Vie de Philopœmen, quelques
(i) Cf. de nicnic une note du toi. 29 r".
(2) Cette forniule se rencontre d'ailleurs surtout dans les corrections postérieures, «ù elle s'applique eu i^énéral à Xylander.
L EXEMPLAIRK DK L ARSENAL 27!
exemples de ces leçons consii^nées sans appréciation sur l'exemplaire de l'Arsenal (écriture de 1 5 > >), et qui, ni dans le manuscrit, ni dans l'édition de 1559, ni dans les retouches postérieures, n'ont été adoptées par Amvot :
K/viavoio;.
au lieu du KâTavSpo;.
trad. par Casander.
à-f;iAO'j.
au liou de ^oa-^'i/vO-j.
trad. par HvaiHj^eliis.
^iU,.
au lieu de o'.(|);£'..
trad. par poursuwre.
y.Tf,;xi.
au lieu de /of.ua.
trad. par chose.
àv.JTarvov.
au lieu de àpiT-raivcTov.
trad. par Aristaeiuiiis.
D'autre part, certaines variantes écrites en 1)5) avaient déjà été adoptées par Amvot dans sa traduction manuscrite :
P. ex. : 235, G. ô'-'/.-vj au lieu de ol/ryj. trad. par iiidjestc.
Nous trouvons même la variante ovaê'.v signalée en 155$ alors qu'Amyot qui l'avait adoptée dans le manuscrit (sans doute parce qu'il ne connaissait pas la leçon vàê'.v)(i) corrige partout, dans l'édition, sa traduction en Nabis.
Enfin certaines corrections inscrites seulement en 1583 peuvent avoir été oubliées dans la première
(i) Cf. plus haut, 2'-' partie, ch. I, pp. 164-166.
272 JACQUES A.MVOT
collation de 1555 mais utilisées néanmoins par Amyot pour sa traduction française dès cette époque. On voit par là qu'il ne huit tirer aucune conclusion de l'existence dans l'exemplaire de l'Arsenal d'une variante inscrite à telle ou telle date : seule la comparaison de ces notes avec les différents états du texte français peut nous éclairer sur ce point, encore que bien souvent la synonymie des deux leçons nous empêche de discerner avec certitude celle qu'Amvot a adoptée.
LES .MANCHETTES DE l'ÉDITION DE 1559
Il convient de dire à ce propos quelques mots des notes marginales de l'édition de i))9 : elles sont au nombre de i8o environ : saut une vingtaine elles sont toutes consacrées à réduire en livres, sols ou deniers les sommes en talents ou en oboles dont il est tait si souvent mention dans l'œuvre de Plutarque (i). Parmi les autres notes, de beaucoup les plus intéressantes, nous trouvons quelques explications historiques sur tel usage antique qu'il est nécessaire de connaître pour comprendre un proverbe ou un calembour du texte ; quelques références à propos de passages de poètes cités par Plutarque ; entin de trop rares indications sur une variante de texte ou une divergence d'interprétation ; voici les principaux exemples de cette dernière catégorie :
(i) On s.iit que cette étude des inoniuiics anciennes avait fait l'objet d'un iniport.mt traité de Budé, le </(' Assf ; ci. Dclaruelle, Thèse sur <■/. Biii!i\ pp. 1 30, sqq.