‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 69 sur 164 · I. Les éditions · texte numérisé non relu

I. Les éditions

La première question qui se pose concerne la valeur critique du texte grec utilisé par Amyot. Nous -savons qu'il a eu entre les mains plusieurs éditions et qu'il a en outre, notamment à Rome et à Venise, collatiônné quelques « exemplaires vieux escrits à la main « ; nous allons essayer, à l'aide de ressources malheureusement trop incomplètes, de déterminer les sources de ces éditions, et d'indiquer parmi les

(i) Nous verrons du reste d;ins le chapitre suivant qu'une bonne partie d'entre elles semblent empruntées à. Xylander.

manuscrits qu'il a pu connaître, ceux qui, sans que nous puissions toujours affirmer qu'il les a connus, expliquent du moins un certain nombre des variantes inscrites sur son exemplaire.

L'édition princeps de junte (1517) dont Amvot, nous l'avons vu, s'était à peu près uniquement servi pour ses traductions manuscrites, présente un texte meilleur que ne l'a cru Sintenis, et dont les intéressantes recherches de R. Schôll(i) permettent aujourd'hui de déterminer l'origine et la valeur. Les manuscrits sur lesquels a été établie cette édition sont :

Le LanreiiliiUius 206 (x"-" siùclf) {1^ livre des ^'ies). Le Laurentitiniis 169 (xiv^ siècle, fin) (i^r livre et 3^ livre jusqu'à Sx'lla en partie inclus).

Le LimrentiiUius 69.31 (xive siècle) (pour les Vies d'Agésilas

et de Pompée).

Un autre manuscrit, encore indéterminé, :\ ,..' celles de Galba, Othon, et pour le reste de S\lla.

Ce manuscrit, comme l'a montré M. Konrat Ziegler (2), est dérivé des Parisini 1677 et 1679 (1" et I).

Schôll a supposé que le Laurentianus 69. 31 pourrait bien être le manuscrit auquel l'éditeur faisait allusion dans sa dédicace à Marcello A'irgilio lorsqu'il écrivait : « Cum... esset mihi impedimento quod optimo exemplari carerem... codicem tuum... castigatissimum nobis commodasti. » D'ailleurs, ajoute

(i) PUilari-bhamiiihiiftcn in Floreii;. .irticlc p.iru dans Vllermes, t. V, 1871, pp. 1 14-128. Cf. aussi les. Articles originaux publiés par Ch. Graux, Cilitioii posthume surveillée par Ch. Emile Ruelle, pp. 409-410 ft 421.

(2) /)/(' Uberlieferungsgrscbicbtc der vcrgleicbeudeu Lcheiishescbreibungeii Plularcbs 1907. Leipzig, p. 47.

LES SOURCES DK LA JL'XTIXi: 277

SchoU, il n'y a aucune raison de prétendre avec Baudin (i) que l'édition de Junte ait été imprimée pour un nombre quelconque de Vies sur le manuscrit de Virgilio, et il est plus vraisemblable que l'éditeur n'y a eu recours que pour corriger les mau\aises leçons du texte qui lui avait servi de base. En effet, comme Ta remarqué Scholl, les manuscrits cités plus haut ont été annotés en vue de l'impression par un élève de Politien, Euphrosynus Boninus, « Artium et Medicina,' Doctor et Physicus Florentinus », qui était chargé à cette époque de corriger les textes grecs dans l'officine des Junte, et qui, en particulier, accomplit le même travail sur le Ravennas d'Aristophane pour l'édition qui parut en 1516(2).

Ajoutons enfin que Michaelis a relevé entre le texte de la Juntine (notamment pour les Vies de Pyrrhus et deMarius) etceluiduMarcianus 386 de nombreux rapprochements et qu'il conclut ainsi : « Neque ignoti fuisse possunt Marciani iis qui instauratis studiis litterarum Plutarcho operam dedcrunt, etsi quos hbros admiserint, quos' aspernati sint, quomodo iis qui in manu versabantur, usi sint, cum nunquam perspicue discernantur aut nominibus significentur, difficillumum est ad internoscendum (3). »

Pour l'édition d'Aide publiée en 1519, il importe tout d'abord de relever, une fois de plus, l'erreur que l'on ne cesse de commettre en prétendant qu'il

(1) De riorcnliiia Jviiltiiuin t\pOi;ra[>lna, I, p. 40, n.

(2) Cf. sur ce Boninus plusieurs témoignages réunis par Scha.ll, .irt. cit., pp. 127-128.

(i) De Plutaiebi codicc niaiiuscriplo Mairiaiio ^86. Berlin, 1886, p. 9,

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existe sous cette date deux tiraj^es très ditîérentsde ce texte donnés chez les Aides. Michaelis(i), et, bien avant lui, Sintenis (2) ont expliqué l'origine de cette erreur par ce fait que deux \'ies de Plutarque, celles de Galba et d'Othon, ont en effet été publiées deux fois par Aide, d'abord dans son édition des Momies en 1509, et ensuite, dans celle des Fies en

Quant aux sources de cette dernière, elles sont connues avec beaucoup moins de certitude que celles de la Juntine : Michaelis (^) trouve vraisemblable qu'elle remonte aux manuscrits de Bessarion, c'est-àdire aux Marciani, et Ziegler (4), précisant davantage, déclare qu'elle semble découler directement de M"' (Marcianus 385), manuscrit qui date, selon Graux (5), de la seconde moitié du xiv^ ou du début du xv-' siècle.

Ce qu'on peut en tous cas affirmer, nous semblet-il, c'est que cette édition d'Aide n'a pas été faite directement sur des manuscrits, mais sur l'édition de Junte, corrigée a l'aide de ces manuscrits. L'hypothèse n'a a priori rien que de très naturel, et elle explique en particulier que l'on n'ait pas retrouvé sur les manuscrits de Bessarion les traces qu'ont l'habitude d'y laisser les ouvriers imprimeurs, et qui

(i) op. cil., pp. 9-10.

(2) Epistola iici (i. F. SilMiniuminn.ii.in^ l.i /ritschrif! J.o /.iniiiKTiiumii, j8',8, p. Î47, sq.

(5) Op. cit., p. 10.

(4) Dir Ul'crlicji'riin^s^fschiiblr..., p. 138, u. i. (5J Aitiilcs originaux.... ]■'. 415.

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