LES CONJECTURES D AMYOT
Sillac vila legendiiin esse [t^îj (barre) iroï;i2; Tautc. > (Cf. la note analogue de Xylander, II, 82.) En effet il traduit : il Jiit cotitraincl Je révoquer hi cessation [de la justice] et des affaires ijue Iii\ et sou collei^nie avoietil par edici coniniaudi'e.
Les mots entre crochets ont été .ijoutés en 1 563.
456, H. Texte des mss. et édd. : XaCs'iov.
Note marginale d'Amvot(fol. 214 ro) : u forte /.2Ç'.r,vc;; »
1 559 et sq. Lahienus.
C'est aussi l'interprétation de Xxlander et de Cruserius.
493, C. Texte des mss. et édd. : !o>;/ov
Note marginale d"Am\ot (fol. 251 v".) « io'jviov. ex Vel-
leio Paterculo. « Cette leçon, qui sera adoptée par (Cruserius, X\lander et Kstienne, se trouve dans la traduction dWmvot dés 1)59 : Jiinius.
En dehors même de ses propres conjectures ou du jugement de ses amis, Amvot pouvait dès cette époque se servir d'autres secours pour amender le texte de Plutarque : nous voulons parler des nombreux travaux d'érudition sur d'autres auteurs que Plutarque (i), et
(i) Si nous nous r.ippelons l'attitude d'Amyot, dès 1 542-1 546, vis-.i-vis de la traduction varioruni, nous ne serons pas étonnés qu'il lui ait emprunté peu de corrections dans la suite. Elle lui en a du moins suggéré quelques-unes, par exemple celle qu'il note au folio 236 v" du volume de l'Arsenal.
Le texte des éditions, texte qui devait être adopté plus tard par Xylander et Cruserius, était xaTaT/cIv àpi]xivov ^tt,; X£)>Ttxf,; asYotAT,v xÔÂiv. Amvot écrit en marge Intcrpn's Intitiiis lésait è'Çoj, ita est oiniiiiio legendum. Et il traduit en effet dés 1559(505, C.) « en la ville d'Ariminum, grande ville, que l'on rencontre la première au sortir de la Gaule. » L'interprète latin était Jacopo .^ngelo de Scarpari.x qui traduisait : « Ariminum extra Galliam civitatem occuparent. «
Amyot, à la fin de sa préface (i 5 59), juge ainsi la traduction variorinn : « ceulx qui se sont meslez d'en traduire, mesmcment en Latin, ont évidemment tesmoigné la difficulté qu'il y a, ainsi que pourront facilement cognoistre ceulx qui voudront prendre la peine de conférer noz traductions. »
surtout des recueils de Var'uv Lcctioucs et à'Animadversioncs qui contenaient parfois d'utiles corrections et remarques philologiques.
Le recueil de Misccllmiùi de Brodeau paru en ^555 (0 '""^ semble pas avoir été utilisé par Aniyot. Pour nous borner aux Fies parallèles, Brodeau propose de lire (2) dans la \'ie d'Othon JJa-:àSo'j; ou BaTao'j; au lieu du texte Ha-râ/.ou; donné par les éditions et les manuscrits, et il cite à cet effet Tacite. Amyol signale en effet sur son exemplaire (fol. 341 v") : HaTàêoj^et dès 1559 (fol. 723 E) il traduit les hoiiiiiies d'armes Batavieiis, qui sont bas Aleinans ; mais ne serait-il pas bien téméraire d'attribuer cette correction à Brodeau, si l'on songe, non seulement que Tacite n'est pas mentionné par Amyot, mais surtout que la traduction variorum lui fournissait déjà cette correction (3) ?
En revanche Amvot ignore absolument la correction Tov xaXo'ju-vov xa'iàoav que Brodeau propose à la place de ttiv v.yJ.o'j>^xbrr{'j osxàoa dans la \'ie d'Agis et Cléomène. Brodeau cite à ce sujet Thucydide lib. a, Pausanias in Messen. et Strabon lib. II (4).
(1) Joaniiii yj;-<i||i/.r/ Tuioiicush || Miu-rllciiit-o || luiii Libvi \\ .•."(•.v.]| lit ijiiihiis, pr.rtrr \\ nliii scitii (ligiilsaiiiui^ pliirinii opli\\ino}inn iiiitoium Itnii Lcilimnum \\ qtiaiii ^vxioriiiu loii, n'/ (lfpiii\\vtili hactctiui mtituiuitur, ■:'/.•/ iiiull\to quam aulia ii ijitL^cjiiain rsf \\ factuin rcctius expH\\cantur. \\ Acceisit rcriim et verhonnn nieitwia\\lnliui)i ropiosus Indt'x.\\ Basilex, pcr Jo\\annnv Oporinum. Illn-i2. Sur Jean Brodc.iu, cf. entre autres ouvr.i<;es, Teissicr, Les Eloges des hommes scaivns, t. I, pp. 213-215.
(2) Op. cit., p. 26.
(î) On y lit, en effet, Bciltivos. l'.d'a. N'ascosan, 1558, toi. 40? v '. (4) Cf. op. cil., p. 241.
\MYOT KT SIGONIUS 3OI
Xylander et Cruserius adoptent ou signalent cette leçon. Mais Amyot ne la mentionne à aucune époque dans l'exemplaire de l'Arsenal {c\. fol. 257 r"), et traduit dans toutes ses éditions <•;/ la Dccadc.
De ces deux exemples, qui sont, je crois, les seules corrections f;iites par Brodeau aux Vies de Plutarque, le premier ne prouve rien, et le second nous ferait croire qu'Amyot n'a guère pratiqué ce volume, non seulement avant sa première édition, mais même dans la suite, au cours de ses revisions successives.
AMYOT ET SIGOXIUS
Considérons maintenant un exemple de la première catégorie d'ouvrages mentionnée plus haut; p. ex. les notes si érudites et si nombreuses de Sigonius sur Tite-Livc, publiées en 15)6, chez Episcopius (i).
L'œuvre de Tite-Live offrait à l'érudit qu'était Carlo Sigonio mainte occasion de corriger ou d expliquer le texte des Pies de Plutarque ; et en effet il n'y a pas manqué. Quant à Amyot, il semble lui avoir emprunté au moins quelques leçons :
1" Sigonius (p. 401) écrit : « Apud Plutarchuin mendose est ;ji.àpx',o; '/.ir/.vjz pro 'i-ioxo; Xîê'.o; » : Cette note se rapporte au fol. 59 v" de l'édition aldine. Si nous nous reportons à l'exemplaire d'Amyot, nous
(i) Caroli Sigoiiii || Srholin, quihus T. Livii || Patiiiiiii hisloriu; cl rariim cpitoiii.r, |l pariim cmcndaittiir, partim ctiam explaiiantiir. \\... Basilex-, M.D.LX'I, in-8". Sur (]arlo Sigonio. on consultera avec grand profit, outre l'article de Tcissier, Eloges des hommes scavaiis, t. II, pp. 45-47. de nombreux pass.iges du livre de M. Dejob sur M. A. Murcl. Paris, 8".
y trouvons en effet cette variante a'/cxo^ A'lê!.o;(i). vSans doute la correction est mentionnée et adoptée" aussi par Xylander (cf. I, p. 400 et note, p. 413); mais Amyot na pu h lui emprunter, puisque dès 1559 il traduit (fol. 128 A) Marciis Liviits.
2" A propos de la phrase suivante de Tite-Li\e « NumiV Ponipilii nepos iîlia ortus Ancus Marcius erat », Sigonius écrit (p. 29) : « Hic locus ostendit vitiose legi apud Plutarclunii in principio Coriolani cum ait (ov xal uàpx',o; r^v yà'.o^ ovoua OuyaTp'.ooù^, xal [j.£Tà T'^).),',ov oTT'lX'.ov [3a7'.A£'jç ysvôusvo;, legendum autem esse o)v xal aàox'.o^ tv àvxo-; 0 vôaa O'JvaTO'.oo'j;. id est ex qua gcnte etiam fuit Marcius Ancus Numiu ex filia Nepos. »
L'exemplaire de l'Arsenal (fol. 69 r") porte les notes suivantes:
h [vo'j;j.â] (renipliicc par) vo;j.â.
puis plus bas :
forte ayxo; legendum, fuit enim Ancus Martius Numae Pompilii ex filia nepos.
Nous lisons en effet dans l'édition de i)6) (fol. 147 A) : ciilrc lcsqiiel~fnt Aiwiis Martiits fil:;^ de la fiUc du Roy Niinia, qui fut Roy de Rome après Tullus Hostiliiis. Xylander avait également consacré une note (d. I, 502) à soutenir la leçon proposée par Sigonius. Mais Amyot, je crois, n'avait pas attendu cette note
(i ) Il avait tout J'ahord corrige tiipxtoî en [jLâpx.o; mais cette correction est déjà laite par Guarinus, qui garde en revanche Xeûx'.oç.
AMVOT FT SIGONIUS ^OJ
pour l'adopter lui-mcme. Voici en effet le texte de l'édition de i > 59 : entre lt'S(]iicl{^ fut Auciis Mnriiiis surnommé Nepos, pour ce iju'il esloit /11; de la fille du Ro\ Ntima qui fut Ro\ de Rome après 'l'ullus Hoslilius.
Nous pouvons remarquer plusieurs faits dans cette traduction ;
a. Anivot dès 1559 corrige -'à'.o; en '/yxoç ccMiinie le proposait Sigonius.
[i. En revanche il garde la leçon Ôvo|jl7 OjyaTp'.ooù,qui seule explique suruouimé A'epos.
y. Mais faut-il faire de la phrase qui su\t, pour ee... du Ro\ Kunia, une simple glose destinée à exphquer ces deux mots ; ou ne con\ient-il pas plutôt en se rappelant quelques cas analogues (p. ex. pour Prolus, d'. l'appendice I), de voir dans cette traduction l'amalgame de deux interprétations contradictoires, la leçon traditionnelle représentée par sunionniu' Nepos, et la correction de Sigonius par la proposition suivante. Rien nenousempéche d'ailleurs de supposer qu'Amyot avait déjà traduit ce passage lorsqu'il a lu la remarque de Sigonius, après i))6, et qu'il a par suite corrigé sa phrase d'une manière incomplète (i).
3" Sigonius écrit (p. 865). « Quanquam Plutarchus in Antonio et Dio idem scribunt (scribunt autem oxTaê'-ov tt^; k-zix^ rr,; toj xa-lTapo; àoîAcpr,.; •j'.ôv, id est Atix sororis Ca.'saris Octavium filium
(i) Estieiine p.irlt; de cette variante dans ses notes et il y revient dans une sorte d'avertissement au lecteur sur rétablissement de son texte, qui se trouve à la fin de son édition.
^04 JACaUES AMYOT
fuisse) tanicn portcntum dicit qui ita dicit. Qui enini ficri potcst, ut Octavius ncpos sit CcVsaris ex sorore, qui Aux, qu;u tuit JuliiV sororis Civsaris filia, natus sit ? Quanquam apud cos mcndum esse suspicor àSeXcpY.ç pro àoeAcp'.oriç. Neque enim Atia soror Ca^saris, sed sororis filia fuit. Itaque in Bruto ait Plutarchus o-jto^ ijlÈv y,v tz àoî'Acj'.o-/^^ xa'ltxaco;. »
Amvot inscrit sur son exemplaire la leçon àosAçio-riç (fol. 294 r") et traduit dès 1559 (fol. 635 A) : qui estait fil ::^ de la uicpce dcjiiîius Cœsar comme nous avons dit aitpanrvant.
Sans doute il a pu par le simple rapprochement d'un autre passage de Plutarque faire de lui-même la correction ; mais si Ton songe que ni Aretinus ni même Cruserius ne Font fiiite, on pourra être porté à supposer qu'il la doit à Sigonius.
4" A propos de cette phrase de Tite Live « Sub tumulo PeteliiU », Sigonius remarque (p. 507) : « Vet. lib. PeteliiV. Stephanus r^z-z'jJ.'x tôa-.ç LTaX'-xr, , tô èôvixôv -sTY.A'.voc. Plutarc. tov -îcI -î—Avàv tsy^u^) ait, pro TtîTY.y.iav. »
La traduction variorum omettait ce nom propre. Xylander écrira Pet il in ; mais, dès 1559, Amyot traduit (fol. 2i~ V) an dcssoiihs de la motte de Petelie, et il note sur son exemplaire grec (fol. 100 v") ttscI tov -cTy.- A'.vctv \ô'çrjy, siih luiiiiilo PeteliiV scrihit IJviiis.
Ce dernier exemple suscite im doute : est-ce chez Sigonius que notre traducteur a pris l'idée de corriger Plutarque un peu différemment de Sigonius lui-
AMYOT ET SIGONIUS ^O)
même, à laide par exemple du passage d'Etienne de Byzance cité par Sigonius ; ou na-t-il pas de son côté puisé dans Tite-Live et dans Etienne cette correction ?
Si la réponse est douteuse pour ce passage, elle ne l'est pas, je crois, pour le suivant^ qui se rapporte précisément à une phrase toute voisine de Plutarque, et à une note, toute voisine aussi, de Sigonius.
Ce dernier, lisant dans Tite-Live : « Inter Veimsiam Brutiamque », ajoute(p. 507) : « Yet. lib. Bauriamque. Ego Bantiamque. Sic enim Plutarchus uisTa^j JiiavT'-a;
Or Amyot écrit dans son exemplaire, en face du passage de Plutarque ixz-:y.lj JjavT'la; -ô'/.zio; xal ^jîVL»Tta; (fol. 100 v"), la note suivante \alit\er l'cntisiavi Baiitiaiiiijih' Livius ( i) ; et dès 1559 (fol. 217 H) il traduit : Bande (2).
Faut-il croire à une erreur d'Amyot qui après avoir lu le passage de Sigonius aura écrit Bontiam pour Brutiam ou pour Bauriam, qui sont en effet, selon Sigonius, les deux leçons de Tite-Live ?
Pour résoudre cette question nous nous sommes reporté aux éditions de l'époque et nous sommes arrivé aux résultats suivants.
La leçon Banîiani se trouve dans l'édition de Tite Live publiée à Frankfort chez Saurin en 1612, p. 307, numérotée par erreur 299.
(1) Les lettres entre crochets ont été coupées par le cise.iu du relieur et sont restituées par nous.
(2) Xyl.Ttider et Cruserius garderont Bantiani.
La leçon Bnitiaiii se trome dans les éditions de 1552 Vascosan (201 v"), Hcrvagius 1555 (436), Clurron 1573 (732), Feyerabendt (Frankfort) 1578
Mais la leçon Eaiiliaiii se trouve, elle aussi, dans l'édition de Josse Bade, 1531 (fol. 190 v^'), dans celle de Vascosan, 1543 (185 B) et peut-être dans d'autres. Pour cet exemple, Aniyot semble donc bien s'être reporté lui-même à une édition de Tite-Live, que l'on peut approximativement déterminer (i).
Cette constatation, d'ailleurs, ne doit pas nous faire conclure qu'Amyot ne s'est pas servi de Sigonio ; bien au contraire, les premiers exemples me paraissent rendre cette utilisation assez vraisemblable. Seulement il ne s'est pas dispensé de lire les textes eux-mêmes, et, par contre, pour l'ouvrage de Sigonio, il n'en a pas tait un dépouillement complet. C'est ce que prouvent surabondamment les exemples de corrections signalées comme nécessaires par le commentateur de Tite-Live .et dont nous ne trouvons aucune trace chez Amyot.
Si en effet, dans certains cas, sans adopter dans sa traduction la leçon que propose Sigonio, Amyot la
(i) Bien entendu, il reste toujours possible qu'Amyot ait trouvé ce rjpproclienient dans les notes d'un autre commentateur que Sigonius. Hn tous cas il n'est mentionné ni par Henri Lorit de Glaris dans les « Hcnihi Glarcani in Tittim Liviuiii Jniiotalioncs... » publiées à Lyon chez Gryphius en i))), 8° ; ni dans les notes de Rhenanus sur la troisième Décade, publiée chez le même imprimeur, et à la même date sous ce titre : « /;/ J'itiiin Liviinu nnnotalionci {vr Bi'ii/inii Rbfiuiiiuni et Sigisiiiiiiidiiin Gcleniitm », 8". Nous avons relevé dans le chapitre suivant les auteurs anciens qu'.illèguc Amyot dans les notes niargin.iles de son exempL-jire grec, en dehors des références qu'il doit évidemment .'i des auteurs de seconde main.
AMVOT ET SIGOMUS ^Oy
signale du moins sur son exemplaire (i), il lui arrive souvent aussi de ne pas même mentionner parmi ses variantes la correction adoptée par Tt-tudit italien ; en voici quelques exemples :
Sigonius, p. 60, corrige Tjaaoç Au'iio'.oç en T'JA/.o; Att'.oç, mais cette variante, qui avait déjà été indiquée en marge de certaines éditions de la traduction variorum, et qui sera adoptée par Xylander, est omise par Amyot (ex. de l'Arsenal 72 r" ; ci', traduction de 1559- 1565, fol. 154 G.).
Sigonius, p. 29, consacre une longue note à la phrase suivante de Plutarque à-ô os .Ma;j.£cxou tojç M'j.'j.zzy.loj; pour prouver qu'il faut lire i-o ok \\y.zy-'jj. (Xylander sera moins affirmatif et gardera, provisoirement du moins, May.ipxou.) Amyot, cette fois encore, ignore la ccM'rection de Sigonio (ex. de l'Arsenal, 24 r^; d. trad. 1559-1565, fol. 51 B)(2).
Sigonius, p. 409, propose la leçon ' \-/,y.hLy.z pour ".V'/'lXa; ; il est suivi par Xylander (I, 659, ci. note 683), mais non par Amyot, qui ne note même pas cette variante, (ex. de l'Arsenal, fol. 98 v" ; ci. trad. 1 559-1 565, fol. 212 K).
Après avoir essayé d'indiquer, d'une manière malheureusement trop incomplète et trop hypothétique, le travail philologique d'Amyot entre 1 542
(i) P. ex. pour llaiic'.piw .Mapîfo corrige en lla-c'.piw .Mx/ito par Sigonio (p. 160) et tr.-iduit par Amyot dès 1559(96 B), comme du reste plus tard par Xylander, en .Marcus Papyrius. Cf. aussi la correction, citée plus loin, de '.AÀÇîvo; en Aa'.êîvo;.
(2) Par contre, au début de Paul-Hmilc, Xylander (1,^91) propose de lire Mflt[iepxo; au lieu de .Mâpxo;, en s'appuyant précisément sur ce passage, et Amyot garde Marcus, même en 1565.
et 1559, nous allons en chercher les eHets dans le remaniement qu'il fit vers cette dernière date des Aies qu'il avait autrefcns translatées }iour l-rançois I"'.
RETOUR AU TEXTE GREC (l)
L'étude comparée de la traduction manuscrite et de la première édition nous montre tout d'abord quelques leçons nouvelles qu'Amyot substitue à son premier texte. Ce sont tantôt celles des manuscrits italiens qu'il avait collationnés durant son vovage, tantôt celles que lui fournit l'édition d'Aide dont il se sert à cette époque, tandis que pour ses versions manuscrites il avait utilisé le texte de Junte.
Voici un exemple entre autres de la première catégorie de variantes :
8, C Texte de Junte : jv ôà T:o'.f,7a; Ht.xs: xo'.vov îvt2'jOi TO'jTavïrov -/al ]io'jAc'jTf|piov, ot.O'j vûv ïoo"/T2'. to i'TT'j, T^iV tî t:ô)>'.v ifJf|Va; r.aoTr^fôçir^zz (2). (T/c dr Roiiiultts.) Manuscrit (1"° 20) : et fut un palais et lieu de conseil communs à tous, au lieu où maintenant l'on voit la cité et appella toute la ville ensemble Athènes.
Mais en 1555 Amyot relève sur son exemplaire grec la variante 'lop'^xa'. pour loùv-ra'., variante adoptée depuis
(i) On pourrait pour certaines de ces corrections se demander si ,\inyot s'est reporté au texte f^rec ou à la traduction varioruni : mais Cette seconde livpotliése, outre qu'elle ne rendrait compte que d'une faible partie d'entre elles, est peu conforme à ce que nous savons de l'attitude de notre tr.iducteur vis-à-vis de l'interprète latin.
(2) L'édition d'Aide donne un texte un peu ditlérent et qui aurait peut-être amené Anivot, s'il s'en était servi, à traduire autrement : il ponctue en effet rjJUTavîîov xal fio'j)iS'jTy,p'.ov, ot:o'j vijv ioovTai, to aîfj tt'|V it zÔA'.v à6T|V2i;...
LES LEÇOKS DK LA jL'NTIXE ET DE L ALDINE 309
[xir Sintonis, et il traduit en conscqucncc dans Tc-dition
de 15)9 ■
Ht bastit LUI palais commun et une .sale pour tenir le conseil au lieu où maintenant rsl tissise la cité que les Athéniens appellent Astv, mais il appella tout le corps de la ville ensemble Athènes.
Plus trtqucntcs sont les correciions provoquées par une différence de texte entre les deux éditions de Junte et d'Aide ; en voici quelques exemples :
23, G. Texte de Junte : [iasoTJo».) ïw/r'.yïT'. /o<.)u.£vo!;. (/7c de Romnhis. ) Ms. (62 vo) : usant de voix et de parole plus grosse
que de coustume.
Texte d'Aide : |i2p-jiipti> tfpo</r,|i.aT'. yot^'xv/o;. Kd. de 1)59 : *-'^ '' ^dt'' plu^ *Jtr gravité qu'il ne souloit auparavant.
L'exemplaire de l'Arsenal ne porte aucune note d'Amyot . ce qui pourrait faire supposer qu'il a corrigé sa première traduction sans savoir qu'elle se justifiait par une leçon de la Juntine. Il mentionne, au contraire, sur cet exemplaire la leçon suivante qu'il rejette :
18, B. Texte de Junte : ... jps'.Àiav ÔLaXiOo-j^av aÛToC-;.
(Vie de Romuhis.)
Ms. (47 r») : Hersilia que ses gens avoient oubliée.
Texte d'Aide : âps'.AÏav ô'.aAAaxToGjav (i/c) aÙTOÛ;.
Ed. de 1)59 : Hersilia, laquelle depuis fut cause de
moyenner et traitter appointement entre les Sa-
bins et ceux de Rome.
[Sintenis adopte, avec raison, la leçon O'.a/.a'Jo'jîav (i;.|
(i; (2es deux exemples pourniicnt, s'il en était besoin, servir de conlirniation .i l'hypothèse que nous .ivons émise nu sujet de l'édition grecque utilisée par Amyot en 1542-1546(0»". plus haut pp. 164-169).
310 JACQL'KS AMVOT
Pour la correction suivante, la première leçon adoptée par Amyot dans le manuscrit lui était fournie à la fois par l'édition de Junte et par la traduction latine de Lapo.
l6, F. Texte de Junte : ps|i(op{a. {l'if Je Komulus.) Trad. de Lapo : Remaria.
Ms. (42 vo) : Remuria.
Texte d'Aide : pîaovîa.
Ed. de 1539 : Re'inonia.
S'il peut y avoir doute pour cette leçon sur l'origine de la première traduction d'Amyot, il n'en est pas ainsi de la suivante, pour laquelle la version latine a seule, semble-t-il, induit celui-ci en erreur.
C'est encore pour la graphie d'un nom propre.
401, C. Texte de Juute et d'Aide : lo9a;.( r/c de- Serloiius.} [Sintenis ne signale qu'une variante ioV^a;.] Trad. de Lapo : Svphax.
Ms. (11 ro) : Svphax.
Ed. de 1559 : Sophax.
Remarquons que Xylander traduit aussi Svphax — contrairement à Cruserius.
Le plus souvent, tout en conservant le même texte, Amyot rectifie en 1559 des erreurs ou des inexactitudes commises par lui dans sii traduction manuscrite (i) :
(i) Ces corrections sont d'.Tillcurs souvent très menues ; p.ir ex. : 21. .\. Ta ô'i'ATr, AO'Jvcoj; ôvoaâl^O'jJiv (l'ir de RoimiUts.) Ms. : I.es Romains .ippellent ung bocage lucum, Hd. de ii59 : Car on .ippelle en Latin les bocages, Lucos.
INEXACTITUDES CORRIGEES ^ T I
9, A. ■JJ7£'. yio ojtj; -ri; ijijl^ôvj; s'.Aivôpo'j;. o-jtî vjyeïv t6v 6T,T£a T:poï6i).XovTa xr, yioa-i. iXXi xal qévt» -S[jLZ£(v ■ ô 5è TT,v xojjiilio-jTav £a6f,va'. T:apaxa).erv TO TtAo'ov, i[i€i7-f,; oâ àvï/^r,va.. (/'(> lA- T/jhrus.)
[L'exemplaire de l'Arsenal ne porte que deux corrections qui ne modihent pas le sens : ô ôi remplacé par Tov ôà et To zXo'ov par s'.; tô -ao'ovj.
Ms. : pource qu'estans naturellement les Amazones amoureuses des hommes, elle Antiope] ne s'enfouvt point pour crainte de Theseus quant il aborda en la coste de son pays, aincoys luy envova des presens, Theseus convia celle qui les apporta d'entrer dedans son vaisseau, et quant elle y fut entrée, il meit la voile au vent et l'emmena.
Ed. : ... pource que les Amazones aimans (ce dit-il) naturellement les hommes ne s'enfouirent point quand elles le veirent aborder en leur pais, ains luy envolèrent des presens ; et que Theseus convia celle qui les luv apporta, d'entrer en sa navire : mais que si tost qu'elle y fut entrée, il feit mettre la voile au vent et ainsi l'emmena.
25, D. TT.v a'./ULT,v T, t6 oop'j TOJ; -aXa'.où; x'jpîvov ôvoiAi!^î'.v. ( /'/(■ de Roinuliis.)
Ms. : Les anciens appeloient la pointe d'ung ferrement ou bien d'une lance Quiris.
Ed. : Les anciens nommèrent la pointe d'une javeline ou la javeline mesme, Quiris.
I), A. àito'Jo;j.îv ;j.îyaXa r.zy. Éa^'iûv. i'. ôj ~:z~z xpivc'.v lo'.xî v'jv ô xtvo'jvoî. (Vif de Roiniiliis.)
Ms. : Nous entendons dire de grandes et merveilleuses choses de nous, auxquelles le danger où nous sommes de présent semble faire foy.
Ed. : Nous entendons dire des choses estranges
lie nous, ticsquclks lu péril où nous sommes à présent, esclarcira la vérité.
IJ, (j. uaTEoov 5è TÔiv aA^wv oixaîwv jjlevovt'ov. tô Xaii6âvE'.v /pr'iiJLaxa toùç Ô'jv2toù; T-api tôjv ■raT:£ivoT£'p'')v. aîoypôv Èv&fxiiTâT, y.aî àyr/VEç. (Vie de Romulus.) Ms. : Depuis tous les aultres droictz sont bien encore demourez entre eulx, sinon que Ion trouvcroit laid et lasche que les plus puissans prinscnt argent des plus faibles.
¥A. : Et depuis tous les autres droits d'alliance sont bien demourez entre eulx, excepté seulement que l'on a trouvé laid et lasche que les grands et puissans prinsent argent des petits.
250, C : ~£pl ta ûTiixôsia Totç (fîîwoiç y.<xl rc'.; àp/ooTi t'jvt.tj(ô)i£iTO.f F/f de Philopamen.) Ms. : vacquoit aux affaires de la chose publique
ou avec les officiers et magistrats de la ville. Ed. : vacquoit aux affaires de la chose publique avec ses amis et avec les officiers et magistrats de la ville.
250, E : r.toih>'j iT.o-A.rj-i; (Vie de Pbilcpuiiii'ii).
Ms. : monter une côte roidde et droicte. Ed. : [lors] que la plaine vient à fiiillir.
2)1, A : TÙv y.aipôv û(ÇTiYoû|j.£vov toûto (TiV de PhiL-'Jhiiiieii.) Ms. : il estoit besoing d'ainsv le faire. Ed. : l'occasion mesme les appeloit presque à ce faire.
252, I : àOpabaTÔv xi ),au6âve'.v Tîûxvioaa ooxoOo-a (Vie de
Philopanieii).
Ms. : pource qu'elle estoit si bien jointe... qu'il
estoit mal pos.sible....
Ed. : pource qu'estant si bien joincte... il leur
estoit advis qu'il seroit....
INEXACTITUDES ClORRIGHES 315
2)3, B : vta: /.aTi vcipa; r.apaôpaufov ève^ïAîv (l'ir dr l'hilcf^aiiifii).
Ms. : et les vint charger sus les flancs. l'd. : et les chargeant à costé en se liastant Je gaigner à la course Tun des flancs.
2 ) ) , C^ I 'j"i -'SvoaEVj'j 9a'jui27T(Tj; ;i£v £Ûôo/t:|ir|7e rapi Toi; i/iio*.; TposxTT.uâaevo; «Ùtoï; àÇîb)|xx tcoasio; Tf.A'.xaÔTT,; xai ô'jvaaiv. od yàp t,v jji'.xpôv ".\/aia; aipo; •'tVî'sOa'. t/jV !izipTT,v (F(V (/<^ Philopivinfit). Ms. : duquel exploit il fut fort estimé et en acquit ung moult grant honneur, car ce n'estoit pas petit accrois.sement de dignité, puissance et authorité à la ligue des Achaeiens que le pavs de Sparte fust annexé et adjoinct avec celuy d'Achaie.
lîd. : Si fut fort estimé et loué des Achaiens pour ce grand chef d'œuvre d avoir acquis a leur ligue et communaulté une ville de telle puissance et de si grande authorité ; car ce n'estoit pas petit accroissement de forces et de réputation que la ville de Sparte vinst à estre partie de l'Achaie '\\.
2)), I. /.aTîJTriTE toù; AavccoaiULOviou; -âîav si; t6 -/.o'.vov <V)7— cp i; ip/T,; T,7av (J'ie de Philopumcn).
{]) Cette correction nous montre la manière dont a été faite la revision Je 1559. (Cf. une remarque analojjue, p. 503.) — Nous ferons l.i même constatation pour les revisions suivantes. Amyot en 1545 avait dans sa traduction rapporté l'idée de àciVojxa xal oûvaa'.v à la phrase où [l'.xpôv : en se reportant en 1559 au texte il s'est aperçu de l'inexactitude de sa première version et il a rétabli ce qu'il avait omis « d'avoir acquis à. leur ligne et communaulté une ville de telle puissance et de si grande authorité... » ; — mais il n'a pas songé à supprimer ce qui correspondait à l'idée exprimée dans le grec par ces mots i^iwixa xa: SûvatjL'.v et il a conservé les mots : '< accroissement de forces et de réputation », qui n'avaient plus de raison d'être. — Nous voyons par cet exemple que les corrections d'Aniyot faites d'.iprés le texte grec .sont parfois un peu rapides.
Ms. : leur establvt forme de Republique telle comme ilz l'avolent eue des le commencement.
Ed. : la remeit à la communauté des Achaiens comme elle estoit auparavant.
Cette dernière correction, d'ailleurs, s'appuie moins sur la signification même du terme grec que sur le sens général du contexte. Il est d'autres modifications, trop rares d'ailleurs, qui ont pour but de rétablir dans le français la construction et l'ordre du grec modifiés, plus ou moins arbitrairement, dans le manuscrit :
256, C7. '/dym'. "'àp î'v t'.v: T'jA/.ôyfo T(T)v —apovTfov ira'.vo'jv- Tci)v àvopa oî'.vov slvai ooxoôvtï rîpl TTpaTT.yîiv, î'.TtîTv Tov c;tXo'::oL;j.;va... Cl'if de Phihpa-meii . ) Ms. : car l'on dict que en quelque compaignie ou estoit Philopœmen, aulcuns se prirent à louer et exalter grandement ung certain personnage, disans que c'estoit ung bon et vaillant capitaine. Et comment, dict Philopœmen... Ed. : Car on compte que se trouvant dans une compagnie ou l'on louoit et prisoit haultement un certain personnage de ce temps-là comme bon capitaine, il se prit à dire...
Parfois encore, le retour au texte grec amène le traducteur à substituer à sa version primitive une traduction plus concise et, par cette concision, même, plus proche de l'original.
18, I. xaio'jx ivsxTÔvô'. \i.'r^-*.o\%z^i':c^. [Vu- de Roiiuilui.)
Ms. : ... et que par trait de temps il leur seroit intolérable si on n'alloit au devant en le punissant de bonne heure.
VA. : et non tolerable s'il n' estoit chastié.