IIICII
Ms. : lù qui est celu\' qui auroit en admiration
et loueroit ung roy...
Ed. : Ce n'est, dit-il, pas chose louable .'i un
Roy...
Parfois même on peut se féliciter que le désir de rendre plus nette la structure de sa phrase ait amené
notre traducteur, en 1559, à dessiner l'antithèse avec plus de termeté que dans le manuscrit et même que dans le texte grec.
23 II !• 'J'J~î XïTi /cïpa TÔIV Vî(.)V T'.VÔ; oOts T'jvÉTï'. twv — 02--
fiuTipujv i-o),ï'.-ùu.£vo;, iXXi xaî ixî/st- Gx'. xal atparri-'sïv îxavoJTaTo;. friV (^c Pbilopœmcn.)
Ms. : no cedoit ni aux jeunes hommes en prouesse ni aux vieillards en prudence et sagesse, ains estoit très vaillant pour combattre de la main et très advisé pour guider et conduire une armée.
Ed. : ne cedoit ny aux jeunes gens en prouesse pour vaillamment combattre de la main, nvaux vieux en prudence pour bien conduire une armée et mener gens à la guerre sagement ii).
Mais parfois aussi l'amour de la symétrie verbale l'entraîne à des infractions plus graves.
22, C. .Ms. : laquelle ne pcrnicct point à une femme de lesser son mar\-, et donne licence au marv de chasser sa femme.
Ed. : laquelle ne permet point à la femme de laisser
(I) De Cette dernière correction, laite pour r.miasser une antithè-se un peu dispersée dans le teste, en réunissant les éléments de chacune des deux oppositions, — je rapprocherai la correction suivante de Bossuet, citée par M. Albalat (Le tinvail du Stvlc. p. ii8).
Ms. III, p. 351 :
I" rédaction. — Considérons attentivement avec quelle malice on le persécute, avec quelle ohéiss.ince il se soumet, avec quelle bonté il pardonne, afin de trouver en mesme temps notre crime dans ses douleurs, notre exemple dans sa soumission, notre grâce dans son indulgence. rediiction. — ... Pénétrons encore plus avant [afin de trouver] et nous trouverons, messieurs, dans ses persécutions notre crime, dans son obéissance notre exemple, dans le pardon qu'il accor.le. notre grâce et notre espérance.
324 JACaUES AMYOT
son mary, et donne licence au niar\' de laisser
sa femme.
Le grec usait des deux mots opposés àzo>.e'-£'.v et ixSiA- >^eiv, qui étaient bien rendus dans le manuscrit. r/'iV «/c Jiu»tului.)
253» ^■' • '^'■' ~*^3tiàv à^t'waa iolÏ^ tkT.hvj ivaAa|i6avôvT(ov vcal Toù TÔT£ '^poW.jiaxoî h^^fiazz xit) 6a op£Ïv y£vo- [i^vwv. (Vif de Pbilopœmcu.) Ms. : ayant certaine espérance et confiance de recouvrer leur ancienne dignité et desja approchant bien fort de la haultesse et grandeur de cueur que Ihors il/, auroient pour la grande asseurance qu'ilz concevoient de bien tost y advenir.
Ed. : pour l'espérance qu'ilz concevoient que les Grecz par son moien recouvreroient bien tost entièrement leur ancienne réputation et pour la confiance qu'ilz prenoient d'estre jà arrivez à la magnanimité de leurs ancêtres.
Plus nombreuses encore sont les corrections regrettables qui ont leur origine dans le désir, que nous avons souvent relevé chez Amyot, d'établir entre les différents faits ou les différentes idées énoncées dans un développement, un rapport logique qui n'est pas indiqué par le grec, et qui parfois même trahit la pensée ou l'intention de l'auteur.
15} t. àîvôpa SXkr^ tè yyr^'i-'t-i xai toG •jrj\yi{zuo'j:, -fîXov. (Vie de Romiilus.) Ms. : ung homme de bien et qui estoit grand aniv
de Numitor.
Ed. : un qui au deniourant estoit homme de biei^ mais grand amv de son frère Numitor.
27, C^. ;.ioA'.; Ot: 'oIxto-j Tôiv ttoXeiaîiov rooTX'jvfjJavua;, xal *)îO'j; àvj'.rôvxa; [ii+i] ziOîîv ii TOtTi:; îTaOov. (l'if de Romiilus.)
Ms. : Avecqucs bien grande peint- peurent ilz inipetrer de leurs cnnemys par pitié en les adorant par manière de dire et invocquant les Dieux, de ne souffrir ce que les Troiens... souffrirent.
Ed. : A grand'peine et par la mcrcv de leurs ennemis, qu'il/, adorèrent et réclamèrent comme Dieux, eschapperent ilz le danger de souffrir par luv ce que les Troyeus souffrirent.
Quoique Cruserius comprenne ici comme Aniyot et traduise « quos supplices ut deos cierunt », il semble qu'il fiiille considérer -poTxjv/îo-avTa.; comme un verbe intransitif et donner OcOj; comme régime unique à àv£'--ôvTa; ; c'est ainsi qu'avait compris Amyot en 1545, mais la mauvaise traduction qu'il avait donnée de -poTxjvrJTavTaç. « en les adorant [leurs ennemis| par manière de dire », l'a amené tout naturellement en se relisant à commettre un contresens sur àv£'.-ôvTa;.
250, H. O'.y.iï; xal ~t'./r, xv/i. l'ie dr Philopaiitcii./
Ms. : des maisons et des murailles toutes vides. Ed. : des murailles et maisons toutes vuides.
254, L). îj Ucv £:27xoOvTa t6 TTpiTE'jiia xaO" •f.aÉoav, z\j ôè Y'jjxvâl^ovTï xal s'.XoTtivdj; ô'.à tiLv or/.(»v -zfj siTiua. fl'ie de Philopamen.)
Ms. : qu'il exercitoit très bien son armée tous les jours et que de luy mesme, il adressoit et travailloit fort son corps à l'exercice des armes.
Ed. : qu'il exercitoit très bien son armée, et que
326 JACaUES AMYOT
luy-mcsmc drcssoit et cndurcissoit fort sa personne tous les jours à l'exercice des armes.
Il a semblé plus naturel à Amyot que le roi Ptolémée s'exerçât tous les jours lui-même, plutôt que son armée — mais ce n'est pas ce que disait le grec.
On peut expliquer de même la correction suivante :
256, B. xoiii Ô£ S'Jpo'Jî £v dTa^tot -TtùAAr,, xa: /topi; ï.yîjaoviov Èv Taî; Trô>v£5tv T:Aa!Io|xévoui; iiai ip'^-^tovxa;. ('/'/'(• Je
Ms. : voyant aussy les gens de guerre syriens en grand desordre, sans conduvtte de capitaine, dispersez par les villes, prenant leurs plaisirs et s'adonnant à toutes délices.
Ed. : voyant aussi que ses gens de guerre syriens ne faisoient autre chose qu'aller ça et là par les villes en grand desordre, commettans mille insolences, sans conduitte d'aucun capitaine.
De même, dans la phrase suivante, Amyot inter- •vertit deux propositions coordonnées parce qu'il voit dans la première une conséquence de la seconde.
254, h. AÉye'.v ôioâïa; wî où ct'jvîtéao'jv, oCÔè r.ffav i^ àp/f,; èxeivfov. (l'Ie de Philopaiiit'ii.j
Ms. : leur aprenant à aleguer et mettre en avant qu'il/, n'estoient point contribuables à eux, ny n'avoient point esté de leur ressort des le commencement.
Ed. : leur enseignant à dire et mettre en avant qu'ilz n'estoient point leurs subjects ny n'avoient point esté leurs contribuables des le commencement.
(Zl. 249, D. EJvoaiav è'GsvTo xat ô'.£-/ôaaf,aav àp'.ata Tr,v tùXiv. (l'ir de Philopamcii.)
CORRECTIONS MKDIOCRES 327
Ms. : leur cstablirent de bonnes loix et rendirent leur cité en bien bon estât et bonne police.
Ed. : ilz reformèrent Testât de la chose publique et leur establirent de bonnes ordonnances.
Enfin certaines corrections regrettables ne sauraient même s'expliquer par des intentions de ce genre et trahissent le véritable sens, sans aucune raison, si ce n'est parfois le désir de renforcer l'idée ou plutôt l'expression.
14, b. TtOÀiTix-î-iV ffûvEfftv. (Vie de Rowulns.) Ms. : prudence civile.
Ed. : entendement.
15? V- '•; "wv -aiôîtta AaêôvTojv. (l'ie de Roiiniliis.)
Ms. : j'ung de ceulx à qui on avoit baillé les deux
petitz enfans.
Ed. : un, qui estoit celui auquel les enfans avoient este baillez.
23, L. ■n.oZoy/.eia.. (Fie de Rfliiniliis.) Ms. : légèreté de piedz.
Ed. : disposition de personne.
25, h. Tï,v Tapioosiv Twv yuvatxôjv oûôÈv ai/ijLaÀwaia; èr.iz'.- ■/ÉaTspov è'/eiv èwrj^iZow. f l'ie de Romuhis.)
Ms. : estimèrent que Jes femmes qu'ils livreroient ne seroient de rien mieulx traictécs que prisonnières de guerre.
Ed. : estimans que livrer ainsi les femmes neseroit autre chose que se rendre et se soubmettre à la niercy de leurs ennemis (i).
(i) Rapprochons de ces corrections mauvaises, une correction insuffisante, mais qui pourtant semble avoir été faite d'après le texte grec : II, 1. Ms. : [.Mais estant Hercules arrivé en la maison de jEdoneus roy des Molosses, ainsi que ce Roy le traictoit et festoioit, d'adventure il feit mention de Theseus et de Piri-
328 JACaUES AMYOT
Toutes ces corrections ne sont explicables que si l'on admet qu'Amyot, lorsqu'il les a faites, n'avait pas sous les yeux le texte grec. Il en est de même de certaines suppressions injustifiées qui ont pour but, soit d'alléger sa phrase, soit d'éviter une répétition ou une explication qu'il juge inutile.
^., B. Ms. : lo mois de Juing que l'on appcloit alhoi'b Chronius et maintenant Hecatombaion.
Les trois derniers mots sont retranchés quoique le grec dise :
ov vjv ixa-0|j.^a'.wv2 ya)>Cij7'.v. fl'ir île Tbcscus.)
14, H. àôîÀs^î wv xaî xaÔ'jêp'.Sfjiîvoi; ûtô oi/.îTiTjv jy.îîvou flaîiXcWî ôvTOî. (Vie de Romtilus.) Ms. : attendu qu'il estoit son frère aiant esté oultragé et injurié par les serviteurs de luv qui estoit Roy.
Ed. : que luy qui estoit son propre frère, fust ainsi oultragé par ses gens.
20, A. iîti TOÛTw TOÏ; jaSivo^ à-£ipia »£pou.svo'.; zj-jyr/xx '^'i'fjZ'ZT.'., (l'ic de Roiniilm.) .Ms. : Les Sabins s'alloient jeter dedans pour ce qu'ilz ne congnoissoient pas les lieux, si de bonne fortune...
ihous, et de ce qu'ilz cstoient venu faire, et aussi de ce qui leur estoit advenu.] Hercules fut bien dcsplaisaiit de ce qui.l'ung estoit mort si malheureusement, et l'autre en dange: d'y mourir, si luy requit "Iheseus et le pria de luy taire ceste grâce de le délivrer pour l'amour de luy. i;d. de I5S9 : ... Hercules fut bien desplaisant d'entendre que l'un estoit desja mort et l'autre en danger de mourir, /■/ peji.ui hini ifiie i'en pliiindrc à .lidiiiieiis ne seii'iroit de rien: si le pria seulement de vouloir délivrer Theseus pour l'amour de luv.
Le grec était beaucoup plus précis : xal ~spl TE'.piOo'j aâv oJOîv wjto TîOiTjïc'.v TAîov iYxaAôiv, xôv oè 6Ti<j£a Tiotpr.xcrxo.
SLl'PRESSIONS INJUSTIFIEES 329
Kil. : Si alloieut les Sabins donner droit dedans n'eust esté...
20, A. ~"/'T,";''' xï'. rapaxîXî'JïJ'. yrno'xv/o;. (l'ir de Roiniiliis.) Ms. : à iorce de le battre, picquer et crier .ipre^
kiy.
Kd. : à torce de le picquer ei de le harasser.
250, C. -v.){ ôà ivaTTiî. (l'ie de Philo/xinirii.)
Ms. : le matin il estoit levé au point du jour,
et il...
Ia!. • le matin au point du jour il...
2)0, H. -ç.07y.TiTa'. oè toù; -oAÎTa;, ït.': tiû v.-x': ty./ ro/.'.v
r/îiv fSâSaiÔTôpav. fl'ir de PhilopiXineu.)
Ms. : mais qu'il vouloit d'avantage gaigner les
citovens afin que la ville fust plus assurément
toute sienne.
Hd. : que les prendre eulx-mesmes avec leur ville.
2)3> ^' '''^7. '•'' "TpaiTiYÔjv ;x2/o;jL£v(.>v. i/./.' iiizr.i'j 'jT,pi'j)v... {l'ic de Philopivmen.) Ms. : que ce feussent non deux capitaines combattans l'ung contre l'aultre, ains quelque beste... Ed. : que ce lussent bestes...
J. r I^ (j. '■>; ôè lèv £v |iiï(;> X'iWi JrîpÇa/.ovTj; '•rc'yr^zT.j. ( l'ir d ■
Eu mena.) Ms. : après qu'il/, eurent passé une petite colline
qui estoit entre les deux armées, et qu'ilz furent
en claire veue les ungs devant les aultres. VA. : Apres donques qu'ilz eurent passé un petit
Cousteau qui estoit entre les deux batailles.
Mais, comme le reconnaissait Meziriac lui-même, ces lacunes sont rares en proportion des additions que notre traducteur introduit dans .sa première version.
3 30 JACaUES AMYOT
comme il en avait jadis chargé le texte de Plutarque : il nous faut passer en revue les différentes sortes d'additions que présente la revision de 1559. Un grand nombre, tout d'abord, ne sont que des closes assez inutiles qui développent une phrase déjà fort claire et ne s'expliquent le plus souvent que par le goût de l'ampleur, voire même de la redondance.
P, ex. : 24, E. (l'if de Roiiiiiliis.) Ms. : A quelle intention... nous avez vous lesscz expose/ à faulses et iniques calomnies ?
Ed. : A quelle intention... nous as tu lais.sez exposez aux faulses calomnies et imputations iniques, dont nous sommes mescreuz par ton département ?
249, 1. (Vie lie Philopiriiieii.) Ms. : bon capitaine... et sage gouverneur dechose publique.
Ed. : bon capitaine pour la guerre... et sage gouverneur de chose publique pour la paix.
253. G. {Vie de PbilopiVnieu.) Ms. : tous les Gr:tcz qui estoient au théâtre.
Ed. : tous les Gnxcz qui estoient au théâtre pour veoir les jeux.
256, C. (Vie de Pbilopaiiieii.) Ms. : disoit aux Romains
qu'il leur portoit envie de leur aisée victoire. Ed. : disoit aux Romains qu'il leur portoit envie de ce qu'ilz avoient la guerre a des ennemvs qui leur cousteroicnt si peu à desiaire.
257, F. (Vie de Pbilopœiiien.) Ms. : parquoy ilz délibérèrent
de l'envover redemander aux Messeniens par une ambassade expresse, et cependant neantmoins faire tous leurs apprestz pour leur aller iaire la guerre.