‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 8 sur 164 · LES MANUSCRITS DE DÉDICACE · texte numérisé non relu

LES MANUSCRITS DE DÉDICACE

témoignages si précis mentionnaient l'existence. Auguste de Blignières regrettait de n'avoir pu mettre au jour, pendant de longues années de patient travail, quelque cvu\re ignorée ou perdue de son auteur : « Une des joies les plus vives de la science, disait-il, une de celles dont l'espoir est le meilleur soutien pour le zèle et qui sont elles-mêmes les plus douces récompenses de l'etiort, c'est de retrouver, après de persistantes recherches, quelque ouvrage perdu d'un écrivain auquel vous attache une longue étude, une affectueuse et sympathique admiration de son génie. Cette joie nous a été refusée... Un autre plus heureux les retrouvera peut-être quelque jour. » Blignières songeait surtout, en écrivant ces lignes, aux (vuvres de la vieillesse d'Amyot, traductions d'auteurs religieux dont ses biographes nous ont conservé le nom. Nous nous sommes plus particulièrement attaché à retrouver les traductions manuscrites des fies, dont nous n'avions pas de moins sûrs témoignages, et la fortune nous a heureusement favorisé.

Si les bibliothèquesde Melun, de Bourges, d'Auxerre, où nous avons fait des recheiches, si la plupart des bibliothèques de Paris ne contiennent aucun manuscrit répondant au signalement des biographes et des préfaces de notre traducteur, la Bibliothèque nationale possède, en revanche, un certain nombre de traductions trançaises manuscrites de Fies de Plutarque datant du xvi^ siècle. En voici la liste, en laissant de côté le manuscrit des huit Fies de Flutarque traduites par George de Selve qui fut publié dès 1543:

X JACaUES AMVO-l

r' Le nis. fr. 732, contenant les traductions suivantes de Simon Bourj^ouyn :

Ui très cdehrablc elfaiiwuse vie \\ dit 1res noble très puissant el 1res II nuignaninie capitaine romniain || Pompée Je grant, translatée de latin \\en françoys par Simon Bonrgoiiyn II harhclicr en loix (i).

La très illustre vie de Marc Tnlliis l\ Cycero rédigée de Plutarque grec en ll latin par doctissime et ehguant \\ orateur Léonard Aretin. Et trans [j latée de latin en langue françoyse\\par Simon Bonrgouyn bachelier ^01 loix {2).

La très illustre vie du noble très || prudent et clément Publie Scipion\\r Affricain capitaine victorieux rom || main par très élégant acteur Donat || Acciole rédigée de Plutarque grec en latin || Et translatée d'iscelluy latin en langue \\ françovse par Simon Bonrgouyn \\ bachelier en loix (3).

M. Léopold Delisle (4) croit que ce manuscrit vient

(i) Ms. fr. 752, fol. I. Le latin est celui d'une traduction de Plutarque.

(2) //'/./.. fol. 168.

(5) Il'iii., fol. 266. — De Hligniéres (ifîjH/ sur Ainyct, p. 177, note i> signale, sans donner de référence, plusieurs traductions manuscrites de Vies détachées :

I" La ticsillustir vie de Koiniiliis faicle piriiiiereiiieiil piir Pliitaiche Chrnmeiise m langage grée, et (tepiiys tradnile en langue roininaine. qui est latine, par Lappius Florentin, et finalement translatée en nostre maternel usaige.

2" La tresil lustre vie du jeune Caton, dit Utieense, noble capitaine romain, rédigée de Plutarche grec en latin, et translatée de latin en français (toutes deux manuscrites, de la fin du xV siècle ou du début du XVI' siècle).

5" I.e second livre de Plutarque de la vie de Sri f ion et de Pompée, translaté de latin en français par Simon Bonrgouyn.

4" La vie tresilhistre du capitaine Hannibal, traduicte de Plutarque grec en latin par Donat Acciole et du latin en langaige vulgaire gallique, rédiger par Simon ]iourgou\n.

Je n'ai pu retrouver ces manuscrits; mais l.i Bibliothèque nationale possède, comme on l'a vu< dans le ms. fran>;. 752 (fol. i et 266). un exemplaire du n" 3.

(4) Le Cabinet des Mss. éi la Hibliothéque nationale, tome 1, p. 124.

SIMON BOURGOUYN 9

de la bibliothèque de Louis XII, dont Bourgouyn était valet de chambre. Cette traduction serait donc antérieure à 151 ), et nous aurions là sans doute la première traduction française (faite sur le latin, il est vrai) de \'ies de Plutarque (i).

2" Trois autres traductions par Arnauld Chandon :

hi vie du Roy Agesilaus, composée par Pliitanjne [] et tniduile du (^rec en françoys par Arnaud Chandon || de Paniycs, docteur es droicts, prieur de Montferrand \\ en Auveri^nc (2).

lui vie de Marcellus illustre ronuiin, \\ composée par Plutarque et Ira \\ duicte du grec en françoys par || Arnauld Chandon, \\ docteur es droicts (3).

La vie du Roy || Alexandre, composée par Plutarque \\ et traduicte de grec en françoys par || Arnauld Chandon, docteur es droict^, prieur de || Montferrand{^).

Ces trois petits in-folio sont reliés aux armes de François P' ; ils ont donc été composés avant 1547.

D'autre part, deux d'entre eux donnent à Chandon le titre de prieur de Montferrand. Or nous savons que Chandon fut prieur du couvent bénédictin duMoustier ou de Saint-Robert de Montferrand en i)42()).

(i) Sur Simon Bourgouyn, cf. La Croix du Maine. II. 407 et Du Verdier, III, 472 ; et zussi Cjou]el, Bibliothàjiu' française, X, 165 sqq.

(2) Ms. (t. 1399.

(3) .Ms. f'r. 1402.

(4) -Ms. fr. 24927.

Sur Arnauld ou Renaud Chandon de Pamiers, célèbre jurisconsulte, et. un très maigre article de La Croix du Maine, II, 556; et aussi les EpistoLr de P. Bunel, éd. 1551, pp. )0-)2, p. 76, et passim.

(>)Cf. .\mbroise Tardieu, Histoire de la vilk de Montferrand et du hou r g de Cljaiiuiliéres en Auvergne, p. 49-51, -Moulins, impr. de C. Desrosiers, .M.DCCC.LXXV; tiré à 155 exemplaires. — Bibl. nat., Lk. 7. 186)6.

Les manuscrits d'Agésilas et d'Alexandre peuvent di)nc être placés avec certitude entre 1542 et 1547. l'en dirai autant d'un autre manuscrit semblable au précédent qui contient la traductit)n de la Vie de Pvrrhus dédiée au roi et qui se trouve à la Bibliothèque du Musée Condé, à Chantilly, sous la cote 1286.

Ce manuscrit est ainsi intitulé : La Vie de Pyrrhus {i) Roy des Epiroles^ composée par PUitarque et tradHkte\de grec en frariçoys par Aruauld Chan\\don, prieur de Moutjerraud .

Reste le manuscrit 1402 de la Bibliothèque nationale (traduction de la \'ie de Marcellus) où Chandon n'est pas qualifié de « prieur de Montterrand », mais seulement de « docteur es droictz ». Il avait suivi en effet les cours de droit de l'Université de Padoue où il se trouvait encore en i)3i, mais dès 1534 il était en France, comme nous l'indique la préface d'un petit traité qui parut à Paris à cette date (2) et où nous lisons : « Quum tristissimus nuper in Gallia rumor increbuisset de summi pontificis gravi periculosoque morbo, dupliciter affectos homines videbam..., nunc vero exhilaratis omnium animis propter certissimum bon;v valetudinis ejus nuncium... »

(1) L'i de Pyrrhus acte substitue dans ce titre conunc dans presque tout le reste du volume A 1'/ qui v était primitivement. Cette correction semble être d'une autre main que celle du copiste primitif.

(2) Renaldi Chaïuionii Piiiiii\\ciisis, jiiris utritisijue dc\\ctoiis, irspoiisiiiii, <juo pliiiiiiiii sit, non \\ cssi' ninplins diihiiiniduni quin ;;/<ir||/H() Ronitiuo ponlifiic adhnc i)||;j/;n';ï(i dtirrt polcstas Lcgali \\ h'iancix. ctiani quo iid fa\\cuUatfS speciulilcr cou ||c('s.m;* ultra princi \\piilc Ifgdtionis || offidnm. ||Parisiis|| Apud Joannem P.irvum sub Lilio aureo||in via ad divum Jacobumll I5?4||cum privilcgio. (Bibl. nat., Iiiv. 1£. 2058).

Le privilège est daté du 18 septembre 1534.

ARNALLD CHANDON I I

Il semblerait donc, au premier abord, que ce manuscrit dût être placé entre 1534 ^^ ^4- ^^^ ^-^"^ doute, peu de temps avant cette dernière date. Mais je crois que Ton ne doit pas tenir fort ^rand compte de l'omission sur le titre de la mention « prieur de Montferrand ». Si nous comparons, en effet, les titres des différents manuscrits cités plus haut, nous remarquerons que certaines indications y sont arbitrairement supprimées : par exemple, le nom de la ville natale de Chandon dans les manuscrits 1402 et 24927 de la Bibliothèque nationale, le grade de « docteur es droictz » dans le manuscrit 1286 de Chantilly. N'est-il pas très admissible que le titre de « prieur de Montferrand » dans le manuscrit 1402 de la Biblio- • thèque nationale ait été également omis par négligence ? Cette hypothèse est fortifiée par la remarque suivante : le Musée Condé possède un autre manuscrit de dédicace de cette même traduction de Marcellus, manuscrit qui ne fut pas offert au roi, mais qui semble bien être contemporain de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale. Or ce manuscrit de Chantillv (n° ICI 8) porte le titre suivant :

La Vie de Marcellus Romain II composée par Pltiiarqiie cl Ira ^diiicte de grec en françoys par\\ Aniaidd Chandon prieur de \\ Montferrand en Auvergne, où le translateur est nommé non pas « docteur es droictz », mais « prieur de Montferrand ».

Je crois donc que nous pouvons placer avec vraisemblance tous ces manuscrits de Chandon entre la fin de 1542 et le début de 1547.

12 JACQUES AMVOT

Cette date n'a d'ailleurs rien que de très naturel.

Nous avons mentionné plus haut la traduction de huit \'ies de Plutarque par (jeorge de Selve, évêque de Lavaur. Cette traduction, dont le manuscrit de dédicace, non daté, se trouve à la Jîibliothèque nationale (i), n'a été imprimée, semble-t-il, qu'après la mort de son auteur, survenue en 1 542 (2). Le titre même nous apprend qu'elle avait été entreprise sur le commandement du roi François l" (3) et nous lisons dans la préface les lignes suivantes : « Comme vostre bon plaisir eust été. Sire, me commander de mettre en François les susdites vies des Créez et Romains escrites par ledit Plutarque : plus contraint de la très humble obéissance (que je vous dois et par droit de nature et par juste obligation, pour estre né en vostre subjection, et eslevé où je suis et moy et les miens par vos bienfaictx) que incité de contiance de pouvoir satisfaire à celle entreprise : le plus tost qu'il me fut possible, je commençay à y mettre la main, et le plus diligemment que j'ay peu ay poursuivy la traduction, où j'av trouvé difficultez assez,

(i). Ms. traïK. 755.

(2) Goujet (Méiii. sur h- Collège de Fraiirc) prétend pourtant que l'édition originale est de i5 5>. — Sur Ci. de Selve, et", entre autres ouvrages: La Croix du Maine, I, pp. 265-266, Du Vcrdier, II, pp. 32-55, Epistohv de P. Buncl, passini, et aussi, pour la date de ses nnibass.ides, Fleury-Vindry, Lrs niiihiisfiideiirs priiiiaiwiils au xvi° siirlc.

(5) Les vies de huit e.\\\ eelleiis et re\\iwuiiite:i pevsonuagcs Giee^ et Roin\\ maius mises nu piiraiigon l'une de riiu\\tre eseriles en grec pur Plutiiri/ue\\de Cherrouee ; et depuis translatées \\ par le eonunandrnient du très rhres || tien Roy François premier de cr nom \\ par feu rex'erend père en Dieu, mes \\ sire George de Selve, en son vivant || Evest/ue de La Vaur.

Je transcris ce titre d'après l'édition de Jean de Tournes, MDXLVIII, en trois petits volumes dont la bibliothèque nationale possède, sous la cote Rès. J. 2079-2080, le i" et le 5'.

ARNAULD CllANDOX I3

tant pour ce que telles gens que nioy les trouvent souvent où elles ne sont point, que pour ce que à la vérité il v ha aucuns passages très obscurs et par foys corrompuz... Me trouvant donc, Sire, huit vies non pas parachevées, de sorte qu'il n'y aye beaucoup à redire et à corriger, mais au moins traduites tout du long, je les vous ay bien voulu envoyer, ...Ma délibération est (s'il ne vous plaist me commander le contraire) de procéder au reste des vies qui sont en grand nombre. Et quelque jour, j'espère vous rendre l'œuvre complette ; qui ne peult cstre tost pour la longueur et difficulté d'icelle et pour la petite portée de mon industrie et sçavoir. »

Tant que vécut l'évèque de Lavaur, il est peu vraisemblable que quelque érudit se soit hasardé de « translater » des Vies détachées de Plutarque, à plus forte raison d'en entreprendre la traduction complète. Cela est même tout à fait inadmissible de Chandon qui, par son ami Bunel, le protégé de Georges de Selve, était en rela ■ tion avec cet évêque (i). Après la mort de ce dernier, au contraire, il est tout naturel que d'autres humanistes, soit de leur propre initiative, soit sur l'invitation du roi, se soient mis à cette tâche, et aient entrepris de donner une suite à l'œuvre de l'évèque de Lavaur. Pource travail Arnauld Chandon semblait tout désigné^, puisqu'il avait déjà traduit quelques années auparavant le traité de Plutarque de ht fort une des Roinniiis (2).

(i) Cf. les Epislolx de Bunel, passiin.

(2) Cf. la note de La Monnoye à l'article Renault Cbamion de l.a Croix du Maine, II, p. 556.

i] jac:q.ui:s amvot

Outre CCS manuscrits dont nous connaissons les auteurs avec certitude et les dates approximativement, la Bibliothèque nationale possède encore des traductions anonvmes de \'ies de Flutarque. Xous rencontrons d'abord :

La vie li fa ici s de Marc Antoi)ie le Irimiivir et de sa mye Cleopatre translatées de l'historian Phdarcjiie.

Pour très illustre haulte et puyssante dame Madame Fraiiçoyse de Fone~, dame de Chateaubriand, de Moiitassilant, etc. (i).

Françoise de l'oix, née vers 149), tut mariée en i>09àjean de Montmorency-Laval, comte de Chateaubriand. Elle devint une dizaine d'années plus tard la maîtresse de In-ançois F' et eut une très grande et très regrettable influence à la cour. Supplantée dans le cœur du roi, vers 1527, par Mademoiselle d'Heilly, elle se retira alors en Bretagne où elle mourut le lé octobre 1 537.

Ce manuscrit peut donc être placé avec certitude entre 1509 et 1537 ; mais il est plus vraisemblable qu'il a été dédié à l'rançoise de Foix au temps de sa faveur et déposé alors à la bibliothèque de Fontainebleau. Nous sommes donc portés à supposer qu'il a été écrit après i ) 19 et avant 1 527. Il ne saurait être question, en tous cas, de l'attribuer à Amyot.

Les maïuiscrits suivants sont pour nous plus intéressants :

1° La vie de Theseiis et la vie de Ronniliis (2).

(i) Ms. fraiiv. 1 598.

(2) Ms. tVnii»;. 1596. Rclii: au cliitiVc de François I'^

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