LES USAGES ET LES TERMES ANTIQUES
Kd. de 1559 : ^^ gouvernement et est.u populaire.
Ms. 1401 : des gouvernements et satrapies. VA. de i))9 : ses gouvernements.
Il en est de même du mot '->à/.ay; dans les passages suivants :
Ms. 1400 (rie lie Fhiiiiiniiis : lesquel/ ne se pouvoient renger à leur mode de bataillon qu'il/ appellent Phalanx, ni espessir leur squadron dc plusieurs rangs en fond, ce qui est toute la force de leur armée.
-* Kd. : qui ne peuvent serrer leurs tîles en front ni
approcher leurs rengs en fond, ce qui est toute la force d'une bataille rengée à la macédonienne.
.\Is. : car leur IMialanx ains\- qu'ils l'ordonnent ' en bataille, ressemble...
Ed. : car la bataille macédonienne a cela que tant qu'elle se maintient... il semble que...
Ms. 1401 (rie d'F.iiiiieucs) : Les gens de pied Macédoniens qu'ilz appellent la IMialange.
Ed. : Les gens de pied Macédoniens.
Ms. : la phalange, c'est-à-dire les gens de pied Macédoniens.
Ed. : la bataille des gens de pied Macédoniens.
Ms. : chascun avant une phalange, c'est-à-dire ung squadron de gens de pied.
Ed. : menant chascun d'eux une bataille de gens de pied ordonne/, à la macedcmienne.
Mais les exemples de ce genre, dont sans doute on pourrait allonger la liste, ne présentent pas autant d'intérêt que les passages dans lesquels, tout au contraire.
Amyot est revenu sur sn traduction manuscrite, soi pour retrancher la i^lose explicative :
P. ex. : Ms. 1401 : ses questeurs et trésoriers : JîJ. (Vi lie Sertoriiis'' : ses questeurs Ci).
Id., ibid. : ses prêteurs et lieutenans : VA. : se prêteurs.
soit même pour substituer à une transpositior moderne le terme latin, ou le terme grec ; en voie quelques exemples empruntés tous à la J'ic (h- Koiiiii lus :
Ms. 1596 : germains : Ed. : Germani.
— manipulaires : — manipulares.
— le Sénat : — Senatus.
— Pères conscriptz : — Patres conscripti
et plus loin : Patres conscripti, coninu qui diroit Pères adjoustez.
— Août : Ed. : Augustus.
— letrentiesme l^jour': — Celuv que le
Grecz appellent Triacada, c'est-à-dire li trentiesme.
Ms. 1401 : [bagues] que les Latins appellent Bulles Ed. : que les Latins appellent BuUas.
Si ces corrections opposées et ces tâtonnement; nous empêchent de systématiser sur ce point h méthode ou les habitudes d'Amyot, ils attestent er
(1) Hn rcvanclie daii.s la J'ic de Tileiins Gmcchin, il comiiuicra : écrire : 571, H. " les questeurs et trésoriers >> (le grec était 0
et (Vie dr Mniit(i) 287, K. " Lucius Svlla qui estoit alors qua-'S- . tcur, c'est-à-dire trésorier général. »
et fVif de Serloriiisj 398, K. Ms. « eleu questeur c'est-;\-dire treso
rier gciicral de laGaule. »
lÀl. « eleu questeur ou trésorier gênerai de la Gaule. "
ft
LES MODEKNISAIIONS 349
revanche de sa part certains scrupules qu'il valait la peine, croyons-nous, de signaler, et qui, une fois de plus, nous montrent combien il serait injuste de le taxer de naïveté.
Il n'avait pas à éprouver de ces scrupules pour les termes de mesure qu'il rencontrait dans son texte ; aussi a-t-il pris l'habitude en 1559 de les remplacer par leurs équivalents modernes, seuls compréhensibles pour ses contemporains.
(T/V de Pbilopaiiicii) 2)0, B. Ms. : loin de la ville de vingt
stades environ.
Ed. : qui n'estoit qu'à une lieue et un quart seulement loing de la ville.
2)6, H. Ms. : il teit en ung jour plus de trovs cens stades. Hd. : il feit en un jour plus de vingt et cinq lieues. Cf. aussi /'/> (FHiiDienes, Û'. 51 r" et 56 v<j du ms.
Pour les monnaies il continue d'ordinaire à employer dans sa traduction les termes antiques, mais il ajoute en marge (ce qu'il ne faisait pas en 1545^ la réduction en monnaies contemporaines.
En voici un exemple tiré de la Vie de Philopœmen.
255, D. lexte du ms. : la somme de si.\ vingts talents.
L'Ed. 1559 met en note : « soixante et douze
mille escus. ^> Cf. de même : 406, E ; 407, F ; 409, F. ; 410, C. ;
412, G ; 414, F ; 613, B ; 618, G et I ; 619, F ;
On peut rapprocher, je crois, de ces transpositions quelques corrections qui ont pour but de donner une
allure plus mcxlcrne au récit de Plutarque. Par ■exemple :
249, G. l'hôte de Mégare voyant Philopremen tendre du bois dans sa cuisine, s'écrie dans le texte i,M-ec :
~i TO'jTCi, 0) <l>'."A07:oî;j.'r,v :
Ce que le traducteur, en 154), avait rendu, un peu froidement, par :
Qu'est-ce à dire cela, Philopœnien r
En 1559 pour donner plus de vie au dialogue, il corrige en :
Ho, ho, que \eut dire cela, Seigneur Philopœnien !
On comprend aisément la première addition, introduite pour marquer l'étonnement d'une manière plus vive. Quant à celle du mot Scii^nwiirÇi), elle n'est pas, je crois, comme on pourrait le supposer tout d'abord, destinée à donner à la phrase plus de solennité : bien au contraire ce mot sci^^iicur semble ici être emprunté à la comédie italienne (2), ou au langage de la conversation, qui lui-même subissait l'influence de l'italianisme (3), et il donne au langage de Ihôte une allure vivante qui manquait à la première traduction.
(i) Ci. au début de l.i (A'iisoliitioii l'i .■ipoUouiui (Clùi vies morales, éd. 1572, fol. 242, I"), "AzoAAii'jv.c, que les traducteurs latins avaient tous rendus simplement par Apallov,':, est traduit par .\mvot Siii;iii-iir Apollonius.
(2) Cf., par exemple, 1rs Xi-apolitaiiies de Franijois d'Amboise, passim
et notamment V, 6. « O Seigneur (Camille! quelles nouvelles voicy?
O Seigneur Augustin, mon amy ! Il faut que je vous die .... »
(3) C'est ainsi que dans VHcptdiiifivii de Marguerite de Navarre, Parlamente, qui représente la princesse elle-même, s'adrcssant à Simontault lui dit : « 'l'ont beau, tt)Ut beau, seigneur Simontault, vous vous
LES MODKRNISATKWS 35 I
De la mùnc façon, je crois, s'explique la correction suivante tirée, elle aussi, de la \'ie de Philopœmen.
2^9, G. M*^- : .K' ne suis pas de grand monstre. V.d. : Je ne suis pas beau fib..
Cette dernière expression, qui est reprise dans la \'ie de Marcellus, est alors à la mode (cf. Marot)(i) et par suite fort claire pour les contemporains. J'en dirai autant des expressions /;//>»();/, hnivc, etc., qu'on rencontre dans la traduction d'Amyot, surtout en 1)59.
Mais c'est principalement, comme il est naturel, à propos de termes concrets désignant des fonctions, des usages, ou des modes que cette recherche de l'expression la plus moderne est facile à discerner (2). Si en effet Amvot ne veut pas conserver dans sa traduction les vocables antiques que ses contemporains ne comprendraient pas, il trouverait également ridicule
oubliez. » (XI' nouvelle, édit. Leroux de Lincy, II, p. 15. — Sur le personn;ip;e de Simontault, cf. Félix Frank, introduction à son édition de VHiftiiiiirivii, t. L p. c.\.\iv-cxxxvii. Liseux, 187g, 5 vol.in-12). — (>alvin lui-même d.ins ses Lettres fiaucaiies (publiées par Jules Bonnet, I\iris, 1854, 2 vol. in-8"), nous fournit d'assez nombreux exemples de ces appellations se rapportant à des bourgeois. Hn voici quelques-uns : Seigneur Micl<el (Michel Varod, 1542; t. I, p. 67); Seigneur Jehan, (Jelian F'rellon, i>46; L 159); Seigneur Augustin (Augufiùn Lt:g,Ta\i<i, 15S9; II. 261 ; ci', aussi Très eher frère et seigneur, (Jehan Liner, riche marchand de Saint (jall, retiré à Lvon, 1552, I, 348), etc.
( i) Cet emploi, d'ailleurs, s'explique par la valeur sémantique du mot fils, qui, à cette époque, ne s'était pas encore restreint à la désignation de parenté qu'il a exclusivement aujourd'hui. .\u xvi" siècle, en effet, comme au moyen âge, f.ls a le sens général de garçon: nous employons maintenant //7/c avec une valeur analogue.
(2) Nous avons cité plus haut, p. 223, la traduction de ToO of,|i.O'-» ypa[i(j.aT'.ffT/,; par « Seerettaire d'eslat de la chose publique.» Or nous savons que ce terme était alors tout récent en France. Cf. Clément, Thèse sur Henri Hstienne. Paris, 1898. in-S", p. 339.
3 52 JACQUES AMVOT
(Je les traduire par des mots qui ont cessé eux-mêmes d'être employés.
Par ex. : 252, G. xpiw,.
Ms. heaumes.
Ed. morrions.
Reportons-nous aux grammairiens de Tépoque, et nous constaterons que le mot Ik-anDic avait en efFet cédé la place au mot venu de l'italien iiiorrion dont le premier exemple cité par \t Dictio)uuiire gcuéraJ est de 1553 (i).
Nous pouvons taire une remarque analogue pour le mot '/bo)v, qu'Amyot (Vie de Philopœifieii, passim, et ailleurs, p. ex., Vie iVEu)iienes ^i) D) (2), et avait d'abord traduit par hocqiiekvis et sûves.
En 1559, il supprime hocgiictons, non pas san.s doute pour éviter le redoublement (au fol. 253, F. il remplacera hocquctons par savois) (3), mais parce que hoc(]netoii ne représentait plus rien pour les
(i) Cf. H. Hsticiine, Dialogues, I, 55 5 ; Pasquicr, Leltra ; Ccsar Oudiii, Tbrcsor des deux Litngues., cités p.ir L. Clément, thùsc ^nvHeuii Kit'uiine. pp. 240, 5^4 et Î58. M. Brunot étudie ce mot dans le troisième volume de son Histoire de la Langue française, p. ii?. Au début du xvii'-' siècle, il est proscrit p.ar la nouvelle école (Cf. Goumay, L'Onihe, 958 ; et les Advis, 6J7). Il se trouve pourtant encore non seulement chez Nicot et Cotgrave, mais chez Monet, dans les Recherches d't)udin. dans les Dictionnaires de César et d'Antoine Oudin et même dan^ Richelet. Mais ce n'est plus qu'un mot technique (c(. « le heaume timbré à la royale » Malherbe III, 199) ; ou un mot burlesque (cf. « Soit gens de plume ou gens de heaume » Loret, 27 juin i6'i4').
(2) Dans ce dernier exemple, d'ailleurs, .\myot commet un contresens en attribuant aux hommes de guerre les vêtements qui dans Plutarque sont ceux des éléphants.
(5) Il est juste d'ajouter qu'on rencontre parfois hocijiieton chez Aniyot en 1559, p. ex. l'ie ilr Serlorius. 40^ B. Mais le seul f.iit qu'il y est assez, souvent remplacé par d'autres mots, — notamment par saye — nous eng.ige à chercher .1 ces corrections une cause commune.
LES MOOHRNISATIONS 3 53
courtisans de Henri II. \'oici cmi effet ce que dit Ch. Hstienne dans son résumé du de Rc Vcsliaria de Lazare de Baïf (i) : « Hrat et alia tunica qu:L- his (c'est-à-dire à la caniisia et à la linea tunica) superinduehantur, quani iiostr: rtislici vocabuli gni-'ci vesti- <;ia imitantes atque retinentes, Hocqueton appellant, quasi dicas ô -/(.Ttov ; alii saye... » Et sa\c est employé en effet couramment par Estienne pour désigner les vêtements les plus riches et les moins rustiques (2). Le Oiiiiilil Honilian fournit un nouvel argument en faveur de notre hypothèse. Barth. Aneau y reproche en effet à Du Bellay de prétendre « l'oraison partout figurée estre plus belle que la simple, et égale, et rarement entremeslée de telz ornemens. Tout ainsi que les enfans, qui estiment plus bel habillement un hocqncto>i orfaverizé d'archier de la garde, qu'un sayc de velours uniforme, avec quelques riches boutons d'or clair semez (^). » Ces deux textes semblent réserver le mot sa\c pour les habits simples mais riches, et applique le mot hocijiuion à des vêtements plus grossiers, qu'ils soient ou non chargés d'ornements. L'article de Nicot nous permet du reste de préciser l'emploi de ce dernier mot dans les dernières années du wi^' siècle.
(i) (2hc/. Estienne, 1545; P- 3 5-
(2) Ct. aussi J. Perion, Dialogcniiii de liiiQii.r (iiillicr i'iigiiir... lihii ijiuUmn-, éd. 1555' fo'- ^5 verso. S;nis doute on trouverait encore vers le milieu du siècle le mot hoijiirlon appliqué à In cas.ique des chevaliers et des nobles : on le rencontre par exemple avec cette acception dans les Devises d'armes et d'amour de Paul Jove, traduites en français par Vasquin Philieul (Lyon, Roville, 1561, iu-4"). Mais la lanijue de cet ouvrage est d'une manière générale assez archaïque, et, d'ailleurs, la modilication de nuance que nous croyons apercevoir dans ce mot, est à cette époque encore toute récente.
(3) Edition Persoti, pp. 196-197.
II signitie, dit-il, « cette façon de sayc court sans manches, que portent assez communément les hommes de village. Mais à la Cour ce mot est approprié au saye n'ayant que les espaulières, orfavrisé de l'emprise du roy qui règne, que les archers de sa garde portent à sa suite. » On comprend alors qu'Amyot ait préféré le plus souvent remplacer ce mot par d'autres termes plus généraux, comme siixc ou sayon, lorsqu'il s'agissait des vêtements des « courtisans et gentilshommes » grecs et romains. — Pour l'emploi de ces deux termes à partir du xvii'' siècle, il suffit de se reporter aux exemples cités par Littré, pour constater que la différence est bien celle que nous avons essayé d'établir. (Cf. aussi le Dictionnaire étymologique de Ménage, éd. 1750, 2 voL in-fol.) '
Mais ces exemples nous amènent à im autre chapitre, celui de la langue.