‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 85 sur 164 · CORRECTIONS DE LANGUE · texte numérisé non relu

CORRECTIONS DE LANGUE

Il ne saurait être question bien entendu d'étudier dans son ensemble la langue d'Amyot dans les fies de Plutarque. Une telle tâche eut exigé plus de temps et réclamait d'ailleurs plus de compétence. Peut-être un dépouillement complet des différents états du texte d'Amyot nous permettra-t-il quelque jour d'aborder ce sujet. En attendant, nous voudrions nous borner, dans les pages qui suivent, à relever, parmi les divergences si nombreuses qui séparent la traduction imprimée des manuscrits de dédicace, quelques corrections de vocabulaire, de morphologie et de svntaxe. Nous ne nous dissimulons pas d'ailleurs l'insuffisance d'une telle méthode, et nous sentons fort bien ce qu'elle aurait de faux et d'illusoire, si nous prétendions attribuer aux résultats auxquels nous pourrons arriver une portée et une valeur générales. Ce qu'on a fort bien dit de l'histoire des mœurs est au moins aussi vrai de l'histoire de la langue. « Les transformations ne sont pas simples dans leur marche. L'opinion semble s'avancer comme le flux marin dont les flots progressent et reculent tour à tour. Dans la masse innombrable des volumes qui s'offrent à l'historien... il est aisé de collectionner des citations pour tout prouver... Seule l'aflFluence convergente des faits garantit quelque peu contre les incertitudes de semblables enquêtes... Le vrai sens d'un mouvement ne devient clair bien souvent que

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si les laits longuement classés opposent non quelques références au néant, mais un groupement qui s'étend à un groupement qui se restreint. » (r)

Le sentiment de ces vérités ne nous a pourtant pas découragé d'apporter ici quelques remarques fragmentaires ; ou plutôt nous avons trouvé dans la difficulté même d'atteindre à la certitude en ces matières, une excuse sinon une justification de notre témérité. La langue d'un auteur, en effet, cet auteur fût-il du xxi" siècle, ne saurait se transformer sensiblement en quinze ans : tout au plus peut-on discerner dans cet intervalle soit quelques modifications de détail, soit quelques vagues tendances générales. Cela est particulièrement vrai lorsqu'il s'agit non pas d'un styliste, mais d'un traducteur qui, sans avoir le loisir de remanier sans cesse et de polir avec amour un ouvrage de quelques pages, a dû se livrer à l'énorme tâche de traduire en moins de vingt-cinq ans, au milieu des lourdes charges de ses diverses fonctions, six ou huit mille pages de grec dans une langue qui commençait seulement à s'enrichir, et où régnaient encore partout l'incertitude et l'arbitraire (2). Qu'un tel écrivain ait emplové dans le cours de son œuvre

(i) D. Mornet, Le sentiment de la valure en France de J.-J. Rousseau à Bernardin de Saint-Pierre. Paris, 1907, p. 9.

(2) Nous sommes heureux d'adresser ici nos respectueux remerciements à M. Ferdinand Rrunot. Non seulement nous devons beaucoup il son eiiseif^nemcnt et aux deux premiers tomes de son excellente Histoire de la lani;iie française, mais encore il a eu la bienveillance de nous communiquer les épreuves des 200 premières pages de son troisième volume consacrées au vocabulaire pendant la première moitié du xvii° siècle. Seule l'insuffisance de nos propres recherches sur la langue d'Amyot nous a empêché de tirer plus de fruit de ce si riche répertoire de mots condamnés ou vieillis à l'époque de Malherbe.

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