‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 86 sur 164 · LES CORRECTIONS DE LANGUE · texte numérisé non relu

LES CORRECTIONS DE LANGUE

telle expression ou telle tournure qu'il désapprouvait en théorie depuis plusieurs années, rien n'est plus naturel. Mais s'il se trouve une partie de son œuvre à laquelle il ait plus spécialement donné ses soins, et qu'il ait revue plus attentivement, ne devrons-nous pas attacher aux corrections qu'il y aura faites plus de valeur et plus d'importance qu'aux exemples contradictoires que nous pourrions tirer de ses autres ouvrages même postérieurs (i). Or c'est précisément ce que nous présente pour six ou sept Mes le remaniement des traductions manuscrites en 1559. En nous bornant, d'ailleurs, à cet examen, il nous faudra nous mettre en garde contre des généralisations hâtives ou injustifiées : il nous faudra songer à toutes les raisons d'ordres si divers qui peuvent motiver telle correction que nous serions portés, par l'aspect aujourd'hui archaïque du mot qu'elle supprime, à attribuer à une cause linguistique.

VOC.\BULAlRE

Nous diviserons les termes qu'Amyot tend à éliminer en plusieurs catégories dont la première et la plus importante est celle des archaïsmes (2).

(1) N"arrivc-l-il pas aux thcoriciens eux-mcines d'employer des expressions qu'ils ont condamnées ? On l'a déjà noté chez Malherbe (et. Hrunot, Doclriiic de Malherbe, p. 267), et chez \'augclas, (Brunot, Histoire de la langue, t. IH, p. 52, note). M. Huguet a relevé de même bien des contradictions dans le remaniement qu'Audiguier a fait de VHeliodore d'Amyot. (Cf. Quoiiiodo J. Amyot sermoiietn (inidain d'Aiidiguicr emeiidiiieril, 1894, in-8" ; passim). Cf. encore une remarque analogue de \L C.lément sur Henri Estiennc {op. cit., p'. 430).

(2) Nous groupons sous ce titre les termes déj.i anciens dans la langue, parmi lesquels les uns tombaient en etFet en désuétude à l'épo-

Accroisirc ou r/o/^/rr pris transitivement, est en général supprimé par Amyot dans les acceptions figurées (i) :

Vie de Philopœmen. 249, E. Ms. : accrcut et augmenta. Ed. : augmenta.

Ibid., 249, H. Ms. : accroist et asseure. Ed. : fait croistre et fortifie.

Ihid., 251, D. Ms. : dont il accreut grandement le courage aux siens.

Ed. : de manière qu'il rcnforcea grandement le courage aux siens.

Ihid., 252, C. Ms. : accreut le cueur avec la puissance aux Aclix-ïens.

Ed. : augmenta le cueur avec la puissance aux Achitiens.

Ihid., 252, G. Ms. : leur accroissoit le cueur. VA. : leur augmentoit le cueur.

Vie d'Eiinieiies, Ms. : ont accoustumé de croistre le courage et d'enfler ceulx...

Ed. : enflent et élèvent le cueur à ceulx...

Mais il conserve par contre ce mot, avec le sens propre, dans la Vie de Sertorius :

407, E. Ms. : accroistre et augmenter la R. P. par ses victoires.

Ed. : augmenter et accroistre par ses victoires l'Empire de Rome.

Choi.sir ou choisir à l'œil, avec la signification d'apercevoir, est parfois maintenu en 1559 (p. ex. Vie

que d' Amyot, tandis que d'autres ont continué à vivre jusqu'à nous, -iprès avoir subi peut-être à cette époque une crise passagère.

(i) Sur ce mot, cf. une remarque citée par M. Brunot, III, p.Jzjo.

vie Caton, ijiic l'on pouvait choisir à l'ivil de plus ^<""aO(0' "l'^i^ 1^' p'^-i*^ souvent il est remplacé:

/'/(• Je Roiiiulus, 18, I. Ms. : qu'il/ se pcurcnt cntrcclioisvr de vcue.

Ed. : qu'il/ se purent entrevoir.

]'ii- iJe Philopivnicii, 2)3, D. Ms. ; tellement qu'il iPhilopcvmen) ne pouvoit choisyr le corps du tvrant. Ed. : tellement qu'il (le cheval du tyran) couvroit tout le corps de son maistre.

l'ic ilc Philopaiin-ii, 2)7, K. ^^s. : tant couverte... qu'à peine la pouvoit on choisvr de l'œil.

Ed. : si couverte qu'à pcrne la pouvoit on veoir.

J'ie de Emiieiies, Ail, I. -Ms. : ilz ne s'estoient jamais peu entrechoisvr.

Ed. : ilz ne s'estoient peu etitrerencontrer.

Cinw est parfois maintenu ou même introduit dans l'édition de 1559, soit au figuré :

F/c lie Caton. L'otîice de censeur, qui estoit à Rome la cyme de dignité où pouvoit atteindre un cito\en romain.

soit au propre:

Vieite Fliuiiiiiiiis, -595 K- -"^^s. : car estoit desja la cyme de la montaigne prise et occupée, l'.d. : estant desja la cvme de la montagne occupée.

/'/(■ ile Seitoiins, J.00, D. Ms. : Ses gens abandonnèrent aussi tost la cvme des montagnes.

l:d. : ses gens abandonnèrent aussi tost les cymes des montagnes.

[i) Ht mcnii; dans les (i-"uvres Mor.ilcs 27, A, où l'expression ser.i inaiiiteiiue dans la correction de cette phrase sur le manuscrit de Milan.

Vii'dcDoiii'hiiis, 628, I. Ms. : ils prirent leur Lhcmin droict à la cymc de la montaigne.

l'^d. : ilz prirent leur chemin droit à la cvnie de la montagne (i).

Mais il est fréquemment remplacé :

l'if lie PlnlopiViucii, 2)0, I. Ms. : Depuis ... que Cleomencs eust occupé les cymes des montaignes.

Hd. : Depuis ... que Cleonienes eust occupé le hault des montaignes.

J'i(' (le Fia III 1)11 lis, 2)9, F. Ms. : Or tenoit Pliilippus toute la cime.

Ed. : Or tenoit Pliilippus le hault des montagnes.

J'ie ileFldiiiiiiius, 259, G. Ms. : la rendre dedans trois jours à la cyme de lu montaigne.

Ed. : dedans trois jours, ilz la rendroient au dessus de la montagne.

J'ie de Eiiiiienes, 416, A. Ms. : lequel on pouvoit bien voir de la cvme des montagnes.

Ed. : lequel endroit se pouvoit clairement veoir du hault des montagnes.

Fie de Denieiriiis, éiy, F. Ms. : tellement que les pans de la cvme estoient plus estroits que ceulx de la base. Ed. : tellement que les pans en estoient au dessus plus estroits que non pas à la base.

J'ie de Deiiiel lins, 626, B. Ms. : depuis la quille jusques à la c\nie de la pouppe.

Ed. : depuis la quille jusques au hault de la pouppe.

(i) II se rencontre aussi dans la traduction de Lougui parue en 15 $9. Cf. encore Virs^ ^25, H. « à la cynic du mont de Thurium n et plusieurs fois dans la l'if de Pericles.

Vie ih- Detui'lriui, 627, I. M>. : Agatlioclcs avoit fiiit murer et rcniparcr la cvmc et les passages du mont de Taurus.

Fd. : Ai^athocles avoit t'ait murer et reniparer les destroits et les passages de mont de Taurus.

Ces corrections sont très irrégulières et n'ont rien, semble-t-il, de systématique. En voici une autre qui nous montre encore mieux les hésitations d'Amyot au sujet de ce mot.

Vie lie Fliniiitiiiis, 260, A. Ms. : le couppeau de la montaigne.

l--d. de i))9: le plus hault de la montagne. 1-Àl. de 1565 : la c\me de la montagne.

On voit par là qu'Amvot ne rejette pas absolument le mot cyiiw en 1559 et en 1565 ; ce mot très ancien d'ailleurs, n'était pas au \vi^ siècle tombé en désuétude et, quoiqu'on ne le trouve pas dans les dictionnaires de Robert Estienne et de Xicot, il se rencontre chez les écrivains contemporains : aussi la suppression de ce terme dans les phra.ses précitées doit elle être plutôt une correction de style, que de langue.

Il n'en est pas de même du mot couppeau (ou couppc) qu'il supprime dans cette phrase dès 1559 : nous avons d'assez nombreux exemples de la même correction (i).

l'ic (le Fhuiii>u'iis, 2^<-), I. Ms. : dévoient arriver au couppeau de la niontaigne.

Ed. : se dévoient rendre au plus iiault de la montagne.

Cl) Le mot se trouve dans Robert Estienne et dans Isicot.

362 JACQUES AMVOT

Vie de FIdiiiiiiiis, 259, I. Ms. : fcit marcher toutes ses bendes droict contremout la couppe de la niontaigne. Ed. : faisant marcher ses bandes droit contremom la coste de la montagne.

Vie irEunietiei, 416, A. Ms. : Antigonus arriva au coupeau des montaignes.

Ed. : Antigonus arriva au dessus des montagnes.

Cette correction en somme assez constante mérite d'être remarquée, car le mot coiipcnn sera encore «mployé au xvir' siècle, p. ex. dans ces vers de

Corneille (//;///. IV, 12):

Un passereau Qui d'un arbre écarté s"est choisi le coupeau

EspOHser avec le sens de fiancer ou marier est corrigé par Amyot en 1559.

Vie de Theseiis, 6, F. .Ms. : elle lut espousée à Onarus. Ed. : elle tut mariée à Œnarus.

Vie de Roiiiuliis, 26, K. Ms. : mesmement que leurs parents ne les luv avoient point légitimement espousées. Ed. : oultre ce qu'elles ne lu\' estoient point fiancées légitimement.

Esîoiir est souvent remplacé en 15 59, p. ex. :

Vie de PhilopiVDieii, 2)\, C. Ms. : l'hilopœmen vovant que l'estour estoit en sa force et vigueur. Ed. : Philopœmen vovant que le combat estoit en sa plus grande fureur.

252, K. Ms. : pour commencer l'estour.

Ed. : pour commencer et attacher l'escarmouche.

Vie dlùitiienes, 417, G. Ms. : Demande le a ceulx qui se trouvèrent devant moy à l'estour.

Ed. : Demande le a ceulx qui se sont attachez à moy.

Ici encore Amyot est en avance sur ses contemporains, car cstoiir est encore employé par Montaigne, du Perron, Bertaut, Hardy; et se trouve dans le dictionnaire de Nicot qui lui consacre un assez long article. Ce n'est que l'école de Malherbe qui le proscrira {ci. M"'= de Gournav, l'Ombre, p. 9 58, et les Advis, p. 636)(i).

Il en est de même à'estrif et d'estriver qu'emploient Montaigne, Régnier et même La Fontaine (2).

Le premier de ces deux mots est corrigé dans la Vie de Philopœmen, en particulier.

253, C. Ms. : comme ilz estoient en cet estrif. I:d. : comme ilz estoient en ce deb.u.

Pour le verbe, la condamnation d'Amyot ne va pas sans de nombreuses réserves, puisque s'il le remplace parfois :

Vte de Sertoritis, 4O), F. Ms. : estrivant à qui en .uiroit. Ed. : batans à qui en auroit.

Vie d'Himieties, ^12, E. Ms. : voulurent estriver et contester contre luv.

Kd. : entrèrent ambitieusement en contestation contre luv.

il lui arrive aussi de l'introduire dans son texte en 1 559 :

(i) Il se trouve encore il.ins (.otgrave et .\Ionet ; mais il est dccl.irc ;irch.iïque dans les Rccl.vrcbei d'Oudin, et les Dicticimairrs de César et d'.Antoine Oudin. Il manque à Richclct. (Cf. Hrunot, III, p. m).

(2) Estriver se trouve dans Nicot, Cotgravc, Monet ; il est déclare vieux dans les Rechercha d'Oudin et dans les Dictionnaires de César et d'Antoine Oudin et le dictionnaire de l'Académie de 1694. M. Brunot (III, p. IJ3) en cite des exemples de Régnier, Scarron, Loret, et le Dictionnaire général le relève chez Furetiére.

Quant à estrif, il se rencontre dans les Contes de La Fontaine.

364 JACQUES A.MYOT

Vie de Lxcuii^ite, 33, F. : s'cKcrccr à la prouesse et cstrivc entre elles.

Vie Je Fabius Miixhniis, 122, K. estri ver par jalousie encontre son compagnon.

J'ie de Marins, 286, I. : estrivant à lencontre des privez soudard/, en simplicité de vivre.

J'ie (F Liiiiieiies, 4 17, I. Ms. : qui contendoient avec lu\'... Hd. : qui estrivoient encontre luv de la superintendance de toute l'armée.

Vie Je M. Cittoii, 238, E. estriver et combattre de la vertu.

Estrousser, cslroiissemcnl sont corrigés dans les phrases suivantes :

Vie Je Flaininius, 266, F. Ms. : tous les beaulx à ferme, tous les marchez, estroussementz et achaptz. Ed. : tous les baux à ferme, tous les marchez et tous les arrentemens.

Vie d'Eittnenes, 4 12, F. Ms. : les capitaines à qui ces censés estoient estroussées.

Ed. : le capitaine qui en avoit achepté un...

Evanouir ou s'évanouir dans le sens de liisparaîlic est remplacé, ainsi qu'evamniisscnieni pris avec la même valeur.

Vie Je Roiinilus, Ms. : peu de temps après il s'esvanou\'t si estrangement qu'on né sceut qu'il devint. Ed. : peu de jours après il disparut si estrangement que l'on ne sceut jamais qu'il devint.

IbiJ., Ms. : On dict que Romulus evanou\t d'entre les hommes. Ed. : on dit que Romulus disparut d'entre les hommes. //'/(/., Ms. : Les autres pensent que ce ravissement et esvanouyssement ne se feit point dedans le temple. Ed. : Les autres pensent que cestc disparition ne se feit ny dedans le temple...

ExploicUr, signifiant accouiplir (une action d'cclat) est généralement corrigé en 1559.

Vit- de Philopœnu'H, 254, G. Ms. : Kpamiiiondas... sVii retourna... de l'Asie et des Islcs sans rien faire nv c\ploicter.

Kd. : Hpaniinondas... s'en retourna... de IWsie et des Isles sans rien faire.

Vie di- FliUiiiuius, 259, 1". Ms. : ... fust contrainct de sen retourner vers la mer sans rien cxploicter, comme avoit faict son prédécesseur.

Ed. : ... fust contraint de s'en retourner vers la marine sans rien faire, comme avoit fait son prcdeces.seur.

Vie de Démet riiis, 6l~, A. Ms. : à cause des' aultres belles et vertueuses choses que Demetriusexploittoit. Ed.: à cause des autres belles et vertueuses choses que Demetrius faisoit.

Ibid., 625, C. Ms. : pour avoir exploitté de sa propre main la plus grande partie des beaux faictz d'armes qui furent faictz cestc journée-là.

Ed. : pour avoir fait de sa propre main la plus grande partie des beaux faictz d'armes qui furent faits en cestc journée.

Gestes, avec la signification ancienne de hauts faits, ou même simplement de faits, est parfois encore employé en 1559:

Vie de Tfieseits, Ms. : la nuict ' Thcseus] ne faisoit que songer de ses gestes [d'Hercules .

Ed. : la nuict il nesongeoit que de ses gestes.

/l>id., 10, C. Ms. : es histoires des gestes de Hercules. Ed. : es histoires des gestes de Hercules.

Mais le plus souvent il est, ou supprimé:

366 JACQ.UHS AMYOT

l'ic di- Philcpa'Dicit, 252, B. Ms. : pourtant a il laict la plus part de ses gestes par traictez.

Hd. : pourtant feit il la plus part de ses faicts par amiables traictez.

l'ie Je Fliiiiiiiiius, 263, C. Ms. : les gestes de Cinion alen tour de Cvpre.

Hd. : ce que feit C^imon à l'entour de Cvpre.

//'/(/., 264, H. Ms. : le renom des gestes et de la puissance d'ung si grand luiw Hd. : le mouvement et le bruit de la puissance de ce grand Rov.

OU employé dans la locution les fails et gestes :

l'ii- lit- Koiiiiilus, ly, A, Ms. : les adventires, les gestes et le.s t'aictz de cest homme.

Hd. : les adventures, les t'aictz et gestes de Romulus.

J'ie di' Philopiviiien, 2^0, D. Ms. : les hvstoires qui parlent des gestes d'Alexandre le (ïrand.

Ed. : les histoires des faicts et gestes de Alexandre le Grand (i).

Ces quelques remarques peuvent servir d'illustration à la page que Vaugelas a consacrée à ce mot (2). « Ce mot au pluriel pour dire les fails meinorables de guerre commence à s'apprivoiser en nostrc langue, et l'un de nos célèbres escrivains l'a employé depuis peu en une très belle Epistre liminaire, qu'il adresse à un grand Prince. Que si l'on s'en sert en ces endroits

(i) La locution yii/f/;; et gestes se rencontrait déjà dans les manuscrits, et elle est dans ces passages conservée en 1559. (Cf. par exemple, préface, et Vie d'Eumcncs, 417, I.

(2) ly.xw'iS'iS Rcinavques, édition originale, 1647, P- 4>0'4>i-

là qui sont si csclatans et où l'on ne s'éinancipc pas connue dans le cours d'un ^rand ou\"rai,'e d'user de mots encore douteux, il y a apparence que dans peu de temps il s'establira tout à tait. Ce n'est pas tant un mot nouveau, qu'un vieux mot que l'on renouvelle et que l'on remet en usage; car vous le trou\e/ dans Amyot, et dans les Autheurs de son temps, mais i'apprcns qu'il y a plus de cinquante ans que l'on ne l'a dit que par raillerie, ses faicis cl i^cstcs. On mettoit tousjours /<://7.s, devant, comme pour l'expliquer ou lu\' servir de passe-port... »

La première édition des Vies de l^lnhirijue marque, je crois, la date à laquelle, pour un écrivain puriste comme Amyot (i), le mot i^'esles devenu trop archaïque commençait à tomber dans cette longue léthargie qui allait durer jusqu'au milieu du siècle suivant. C'est aussi la date où il commence à se figer en quelque sorte dans l'expression fnits et gestes, qui n'a pas du reste à son origine l'intention de raillerie qu'y voyaient les contemporains de Wiugelas.

Illec se rencontre encore dans l'édition de i))9 (p. ex. Vie de Numa, Vie de Pericles) (2); mais il y est plusieurs fois corrigé :

(r) Montaigne emploie encore i'«/c> avec le sens d'actions militaires, et, si le mot ne se rencontre pas dansNicot ni dans (^oti^rave, il est dans- Monet, dans les Recherches d'Oudin et dans les Dictionnaires de C'ésar et d'Antoine Oudin. M. Brunot (III, p. 154) en a relevé des exemples dans les Fleurs d'éloquence française, 1615-7, '-''^'^ Garasse, Malleville. Sarazin, Loret. La Motlie le Vaver trouvait cette expression très belle.

(2) Il se rencontre aussi assez souvent dans le Diodore publié pour la première fois en 1554 et dans la réédition de 158"; qui, pour la langue, ne présente à peU' près aucune correction.

/'/(' ./(■ h'Iiiii/iiuiis, 266, C. -Ms. : le l'cit L'Utrcr (.ii la salle..., puis illcc le tua luv nicsmc de sa propre main. Hd. : l'aiant fait entrer en la salle, le tua luv niesnic de sa propre main.

/'/<■ (/(• Dciiniriui, 618, D. Ms. : el illec l'ai.mt desfaict en bataille rengée, il receut.

}{d. : là où il le desteit en bataille reniée et receut.

//'/(/.. 618, G. Ms. : saulta dedans et illec se boulut et estoutîa.

Vx\. : saultant dedans s"\- boulut et estoutTa.

D'Audiguier rcniphicc iUcc par là {cï. Huguct, op. cil., p. 80); et Sorel écrit ('Disc, sur l'Acad. franc., cite par M. Brunot III, 102-103) " " ^i elle (l'Académie) consent à .supprimer des termes comme. . . ains, illec,... l'on ne se sauroit fâcher justement,... puisque même la populace les condamne, ne sachant plus qu'à peine ce qu'ils signitîent. » Déjà en 1582, Henri Estienne, dans ses Hxponincscs comptait iUcijHcs parmi « les expressions propres à la lie du peuple. » (Cf. Clément, op. cit., pp. 405-406.)

Los, comme tant d'autres monosyllabes, était appelé à disparaître et La Bruyère (XIV, 73) constate avec regret qu'il a de son temps cé(\é la place à louanges Çi).

(i) Tout le monde ne partaj^eait pas le sentiment de La Bruyère, et , I^a Motlic le \'ayer lui-même aurait voulu voir dans le Truite sur l'cloqiicmr 4 de Du Vair loi remplacé par loiiamrc. (Coiisiil. sur Vcloq. franc, passage cité par .M. J5runot, 111, 157 . Los manque à N'icot, mais se trouve dans (2otgrave, Monet, les Recherches d'Oudin et les Dicl'iounuircs de César et d'Antoine Oudin. On lo rencontre dans les Satires de Régnier (J, 53); mais il est proscrit par l'école de Malherbe {VA. (journav. Ombre, 958 ; .idvis, 657); Richelct le condannie ; et les Burlesques seuls s'en servent au xvu'' siècle. (Cf'. Brunot, III, ii)).

La prcmicic édition des \'ies nous montre encore le commencement de son déclin.

Nous le lisons en effet en 1559, p. ex. dans la comparaison des Gracques avec Agis et Cleomenes :

581, F. : le plus grand los que l'on donne aux Ciracqucs. Mais il est supprimé dans les passages suivants:

r/t- Je Philopa-iih'n, 2 y A, F. Ms. : Ayant doncques acquis ung très glorieux los, et renom.

Ed. : aiant donques un très grand renom.

Vie de Sertoriui, 398, F. Ms. : mais depuis le los et renom qu'il acquit...

Ed. : mais riionneur et la réputation qu'il acquit depuis...

A'ifl^'fr disparaît en 1559, soit avec le sens propre de naviguer, soit dans l'acception figurée qui équivaut au latin versari.

l'ie de Theseiis, 6, C. Ms. : ...qu'il ne fust lovsible à personne de nager aukune part en vaisseau.

Ed. : défendant i\ toute manière de gens de faire voile en vaisseau.

Ibid., 6, C. -Ms. : à qui l'on donna pouvoir et charge de nager partout.

Ed. : avec commission d'aller ça et là.

Vie de Philopœiuen , 249. D. Ms. : nagèrent vers eux. Ed. : allèrent à Cyrene.

//'/(/, 2)2, A. Ms. : nageoient... sous la puissance. Ed. : se rengeoient... sous la puissance.

Vie lie Fliiniiviiis, 263, D. Ms. : ... et Publius Villius nagea vers le Rov Antiochiis.

Ed. : ... et aussi fut Publius Julius en Asie devers le Rov Antiochus.

ll'iiL, 268, A. -Ms. : nagea en Candie. Ed. : s'en alla en Candie.

La conjonction pour aulnnt que, et l'adverbe ponrtaiil avec le sens habituel alors de par conséquent, sont encore fréquemment employés ou conservés en 1559. Mais très souvent aussi ils sont corrigés, et il est manifeste qu'Amyot tend déjà à éliminer ces expressions, qui cependaiit seront encore usitées jusqu'à la fin du siècle.

Voici les corrections de ce genre que nous présente une Vie prise au hasard, celle de Philopœmen :

249, F, Ms. : pour autant que.

Ed. : à cause que.

249, G. Ms. : pour autant que.

Ed. : pour ce que.

251, A. Ms. : pour autant que.

Ed. : .à cause que.

2)1, G. Ms. : pour autant que.

Ed. : pour ce que.

25^, K. Ms. : pour autant que.

}^d. : attendu que, etc., etc

249, E. Ms. : pourtant y eut-il.

Ed. : au moven de quov il veut.

249, 1. Ms. : Et pourtant semblc-t-ii.

Ed. : à l'occasion de quoy il semble.

252, F. Ms. : Et pounant ne vovoit on. IaI. : Parquov l'on no vovoit.

La comparaison des deux textes pour telle autre vie, celle d'Eumenes par exemple, donnerait un résultat encore plus probant.

Proclamât est généralement supprimé ou remplacé \\Ar proclamation:

Vie de TI:esciiS, 8, F. Ms. : ce crv i.'t proclamât public dont Ton use.

Ed. : CCS paroles dont on use.

l'ie Je Pljilojhvineu, 2)), B. Ms. : par uni; seul proclamât et cry de Hérault.

Ed. : par un seul cr\- de herault.

l'ie de Fltiiniuiiis, 263, D. Ms. : reffect respondoit aux parolles du proclamât.

Ed. : FeMect respondoit aux paroles de la proclamation.

Le verbe qticrir, du moins dans certaines de ses formes, est remplacé en 1559:

rie d'Eumenes, 417, A. Ms. : Antigonus qui en a tant et a si grand travail quis et cherché tous les moiens. Ed. : Antigonus qui en a tant cherché les moiens.

Vie de Detuetriits, 62^, G. Ms. : C'estoit celle vie là qu'il . avoit par si longtemps quise, prochassée et désirée. Ed. : C'estoit celle vie là qu'il avoit par si longtemps cherchée, prochassée et désirée.

Jhid., 629, H. Ms. : lorsqu'il ne le queroit ny ne l'attendoit pas.

Ed. : lorsqu'il ne Tespcroit ny ne l'attendoit pas.

Randon est asse;^ souvent corrigé par Amyot, même dans l'expression de s^ratid randon.

rie de l'bilopiviih'ii, 253, A. -M^. : .ui lieu li'alkr tout d'un raudon.

Ed. : au lieu d'aller tout d'une tire.

Vie d'EiDiieiics, 416, F. Ms. : chocquer de plus grand randon.

Ed. : chocquer de plus grande roideur.

Cf. la correction suivante de l'Erratum de 1559: Vie d'Aiiloitie, 643, H. Ed. de i)59: coururent de grand randon.

Erratum, et Ed. de 136): coururent de grande roideur.

Amyot l'emploie du reste encore en 1559 (Vie d'Antoine, p. ex.) : il omet également de le corriger dans la révision hâtive de son Hcliodorc, où il sera supprimé par d'Audiguier en 1618 (i).

Remembraiicc est souvent corrigé : p. ex. trois fois dans la ^'ie de Romulus :

21, K. Ms. : en remembrance de ce que Remus.... Ed. : en mémoire de ce que Remus.

24, A. Ms. : en remembrance de la fortune qui lors advint...

Ed. : en commémoration de l'accident qui lors advint

2), C. Ms. : en remembrance de la fuytte qui fut adonc. Ed. : en souvenance de la fuitte qui fut adonc.

(i) Cf. Ilui';uct, Ihc!.. cit., p. So. Au wir-' siècle, l'expression mcmc de grand randon ne tarticrj pas à tomber on désiictudc ^Cf. Bruiiot, III, 119).

Scii^i'ttes est remplace par ihrhcs :

J^ie Je FUiiniiiiiis, Ms. : à coups du sagcttcs. Ed. : à coups de flèches.

Vil' de Dciihtriits, Gl~, D. -Ms. : accioiciit les pointes de lcur-> sagettes.

Kd. : aguvsoient les pointes de leurs llesches.

Xicot mentionne sagettc et le rapproche, dans sa forme moderne, de l'italien et de l'espagnol (l'ancien français disait saiete). Régnier l'emploie (Sat. V, 26) mais Malherbe le déclare hors d'usage, et ne permet plus d'en user qu'en bouffonnerie (i).

Vcui)i qui restera jusqu'au wir' siècle, du moins dans le style poétique, le synonyme de poison (2), et dont l'emploi est très fréquent dans ce sens au xvT' siècle (3) est remplacé quatre fois par cet équivalent dans les dernières pages de la Vie de Philopœmen.

Cf. 257, F; 257, G; 257, G; 257, H.

Si Amyot plus que beaucoup de ses contemporains tend à éliminer les termes archaïques, il n'est pas pour cela partisan à l'excès du néologisme et certains mots nouveaux de son temps qu'il avait em-

(1) (]f. J5riinot, IMtrinr ,1c Mtilhcrhr, p. 2<S6.

(2) Ci. Racine, Milbiidalc, IV, 5.

Des plus mortels venins prévenir la furie. (5) On connaît le traite de Jacques Cjréviii intitulé : « Deux Livres des Venins, anscpiels il est nmplenieiit diseourii des hesles venimeuses, theriaqnes, /'oisons et eontrepoisons. » Le volume parut chez Plantin à Anvers en 1)68 ; il fut publié en 1571 en latin, chez le nicnie imprimeur^ sous ce titre « de Venenis libri duo. » (Cf. La Croix du Maine, t. I, p. 416 ; Dit Vcrdier, t. Il, p. 285 ; et Degeorge, L'imprimerie Plnntin ; y édit..

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ployés dans ses traductions nianuscrites sont supprimés par lui dans sa première édition.

P. ex. ballottes, avec la signification — récente alors — de petite boule servant à donner les suffrages.

Sans doute nous rencontrons encore ce terme en 1559, dans des phrases où il eût été difficile d'emplover une autre expression.

l'ic d'Aristiih's, 228, D. : H pi'it à deux mains une fort grosse pierre et la jeta devant les pieds de Pausanias, disant : Et voilà la balotte que je donne, moy, pour conclure à la bataille.

Mais le plus souvent, le substantif ballotte, ainsi i\nc le verbe ballotter, est corrigé à cette époque (i) :

l'ic de Fliuiiiinus, 2)8, J. Ms. : Le Sénat en remect l'entière cougnoissance et décision aux voix et balotes du peuple.

Ed. : Le Sénat en remect l'entière décision aux voix et suffrages du peuple.

J'ie de Dcuu'trius, 614, B. Ms. : ilz arrestercnt en conseil de ville que tou/. les ans par les ballottes du peuple seroit esleu un....

Ed. : ilz arrestercnt en conseil de ville que tous les ans par les voix du peuple seroit esleu un...

Ihid., 622, G. Ms. : Ce que luv aiant esté accordé et passé par les ballotes du peuple. Ed. : Ce que luv aiant esté accordé et passé par les voix du peuple.

Vie de Pliilojhviiicn, 2)^, A. Ms. : Si n'attendirent pas les Megalopolitains que l'on feit assemblée de peuple n

(i) Godefroy {complniifnt) cite des exemples de ballottes dans ce sens depuis 1498, et en assez gr.uid nombre pour le premier tier» du

.wi" siècle.

NEOLOGISMES 375

qu'on ballotast pour luv décerner ccste commission. Ed. : Si n'attendirent pas les Megalopolitains qu'il se feist une assemblée publique de conseil, auquel à la pluralité des voix du peuple par décret publique ceste commission luv fust donnée.

5n);/;;t' était encore au milieu du xvr' siècle un terme nouveau. Le premier exemple cité par Delboulle (i) date de 151 1 et est tiré d'un contrat publié dans les œuvres de Jean Lemaire de Belges (2) :

« La taulette do bronce dorée. (3) »

On lit également dans le V'' livre de Rabelais (ch. xxxvi) « la bronze corinthiane. »

Amyot avait aussi employé plusieurs fois ce mot ^ dans ses traductions manuscrites, et l'a remplacé par '■' le vieux terme cuyvre dans l'édition de 1559 :

l'iedeTbeseus, 6, I. Ms. : deux petites statues, l'une d'argent et l'aultre de bronze.

Ed. : deux petites statues, l'une de cuyvre et l'aultre d'argent.

Vit' de Roviuhis, 23, A. Ms. : Un cliariot à quatre chevaulx. de bronze.

Ed. : un chariot de cuvvre à quatre chevaulx.

Vie de Philopœinen, 253, D. Ms. : une statue de bronze. Ed. : Une statue de cuvvre.

Vie de Fhitiiitiiiis, 258, D. Ms. : une statue de bronze. Ed. : une statue de cuvvre (4).

(i) Revue d'histoire littéraire de la France, t. V, p. 50^.

(2) Edit. Stecher, t. IV, p. 415.

(5) Godefroy (Complément) cite brous dans le Foy. de Marc l\'l. Roux. Cf. .lussi sur ce mot le Dictionnaire de Ménage, édit. 1750, t. 1, p. 260.

(4) On le trouve, d'ailleurs, encore dans les éditions d'.\myot, p. ex, deux fois dans la Fie de Pericles, où l'on rencontre également cuyvre^

Invaincu, sans être précisément à cette époque un mot nouveau, ne s'est jamais acclimaté dans notre langue et a semblé un néologisme à toutes les époques. Quoiqu'il ait été employé dès le xiv-" siècle et que César Oudin Tait enregistré dès 1607, on sait qu'il ne laissa pas de choquer dans la bouche de Rodrigue.

Amyot semble avoir partagé sur ce point les sentiments des contemporains de Corneille, et, s'il emploie encore parfois le mot en 1559 :

Vie d'Euiuenes, J.17, B. Ms. et Ed : Je demeure neantnioins invaincu, vainqueur de mes ennemys.

il lui arrive pourtant de le corriger:

Vit' de Theseus, 5, D. Ms. : monstroit' qu'elle [la massue] avoit esté vaincue avecques ung aultre et qu'elle demouroit invaincue avecques luy.

Kd. : monstroit que ceste massue qu'il avoit conquise des mains d'un autre estoit imprenable entre les siennes.

Vie de Flatniiiiiis, 267, D. Ms. : Hannibal invaincu jusques alhors.

Kd. : (Hannibal! ... lorsqu'il n'avoit jamais esté vaincu.

A côté des néologismes qu'Amyot semble éviter en 1)59, se trouvent quelques latinismes que le î^èle immodéré des humanistes avait formés depuis peu, ou remis à la mode, mais que Tusage n'a jamais ratifiés (i). En voici quelques exemples :

(i) Certains de ces latinismes sont très anciens : objiccr se rencontre dès le XIII' siècle ; de même cogitation ; les autres sont plus récents ; deheller est dans Orcsme — Nicot ne mentionne ni drsiiicr, ni fcelcre.

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