ITALIANISMES
Hd. : Les Bœoticn.s se rcbcUcrciit encore une autre lois.
626, E. Ms. : Ptolomxus... vint en la Grx-ce et la feit toute révolter contre lu\ .
Ed. : Ptoloma.'US... descendit en la Gntce et la feit toute rebeller contre luy.
De même, l'ie de Serloriiis, 4O4, I. Ms. : lurent en branle de se révolter.
Ed. : furent en branle de soy retourner. Cf. encore ibid., 407, I.
Au XVII'' siècle, rhvUcr allait prendre sa revanche, et en 1663 Corneille, tout au contraire d'Amyot, corrigera, suivant le précepte de Malherbe, rebeller en révolter au vers 1568 du Cid.
De même, du moins dans la traduction des Fies il ne fait pas usage des formes italiennes cavalerie, ou soldai (i), qui pourtant étaient très usitées alors, la première surtout (2), mais il conserve les anciens
( I ) Il emploiera soWi;/ dans le Pro/ft J'cloiiiiciicc nryale, composé vers 1574 et qui, comme on le sait, ne l'ut publié pour l.i première fois qu'en 1805. Le manuscrit qui a servi à cette époque i l'imprimeur, après avoir été déclaré perdu pendant prés d'un siècle, se trouve actuellement en la possession de M. Ch. Leblondel qui nous l'a obligeamment communiqué : il semble être de l'écriture de Regiuuild Martin, le secrétaire de l'évèque d'.^uxcrre, dont nous avons parlé dans notre i" partie (ch. n et III). D'autre part, M. René Hadouant en a retrouvé à la Bibl. Nat. une copie datant de la tin du xvr siècle. VA. son édition du Traite de VèlcMjuence franaiise de Du VairCrgoS).
(2) Voici ce que dit à ce sujet Henri Lstienne {Dial. du nom', lau^. fi. ital., éd. originale, 1578, p. 81) : <• Vray est que chevalier n'est pas encore du tout banni ; mais si est bien chevalerie. «{Cf. aussi L. Clément, thèse sur Henri Estienite. pp. îi3-;i4 et 5^3). Le mot cavalerie se trouve en effet non seulement, comme on le dit d'ordinaire, chez La Boétie, mais si l'on en croit Ribier [Lettres et mémoires d'Eital, II, 130) dans une lettre du cardinal du Bellay en 1548, et nous l'avons rencontré, antérieurement à. la mort de I-rançois l"', dans la traduction manuscrite de la Vie de Marcellus par Arnauld Chandon (Musée Condè, 1018).
382 JACdUES AMYOT
termes chevalerie, soiddard, quoiqu'on rencontre sonldnt dans la préface de VHeUodore (i).
Ce souci d'éviter également les mots latins et les mots italiens, les archaïsmes et les néologismes, donne à la langue d'Amyot une saveur de terroir, qu'avant \'augelas et La Bruyère, ses contemporains avaient déjà appréciée. Voici par exemple le jugement que porte le bibliographe Antoine du \'erdier en 1585 : « Amyot a la vertu qui est singulière en écriture parfaite, à savoir le langage du commun et du peuple, et la liaison du docte (2).
MORPHOLOGIE ET SYXTAXE
Nous dirons seulement quelques mots de la morphologie.
Comme nous l'avons vu dans la V-" partie, la forme de la préposition sus cède, d'une manière
(i) Signalons cgalcment un exemple de la tornic ioUlat qui est antérieur de près de vingt ans au premier exemple cité par le Diitioiiiiaiir Gênerai et qui sans doute n'est lui-même pas le premier. 11 se trouve, à coté, du reste, de la forme soudard, dans une édition de la Guerre civile de César, traduite par Hstienne de Laigue (I, cli. \vi), parue chezGaliot du Pré, vers 1556.
Saldart, dit M. Brunot (Doclr. de Malherbe, p. 281), est plusieurs fois souligné dans le Civinneiitaire sur Desportes. Desportes employait encore le mot, comme Régnier, sans nuance péjorative : c'est ce sens probablement que .Malherbe a voulu viser. — .M. Clément (<>/>. eit. p. 355) remarque que tous les écrivains militaires du xvi'' siècle emploient soldat. Le celtophile Henry Hstienne adopte lui-même la forme italienne.
Pourtant Amyot n'était pas le seul à préférer la forme « naïve » souldart : on lit dans le Tbrésor de Nicot (1606) : « I-c Franvois ne peut bonnement dire soldat sans italianiser ou espagnoliser, dequoy il n'a aucune contrainte, veu qu'il a les deux dessusdits, [soudard et soudoyer\ et plus beaux et plus séants a. lui que ledit soldad. » . (2) Bibliothèque française, Ed. Rigolcy de Juvigny II, p. 258.