MORPHOLOGIE
générale, la place à la forme moderne dans le Diodore en 1 5 54. Il ne faut pas tenir compte en effet des rééditions, même corrii^ées par Amyot, de la traduction iXHcliùdorc (en particulier de l'édition de 1559), car un examen rapide de ces différents textes nous amène à la conclusion suivante : pour ce qui est de la langue, la revision de VHclwdorc est à peu près nulle, et l'édition de 1559 contient encore un grand nombre d'expressions qu'Amvot avait rejetées depuis longtemps à cette époque (noms de villes latinisés, formes archaïques telles que sus, etc.).
Nous avons dit également que la forme constante des imparfaits du subjonctif dans le Diodore était voulussent (ou voulust^ et non voulsisseut comme dans les manuscrits (i) ou -cousissent comme dans VHeîiodore. A plus forte raison le texte de 1559 pour les Vies a-t-il éliminé ces formes archaïques qui sont encore employées par Henri Estienne et par Montaigne dans le dernier quart du siècle.
De même les formes hayons, haxei, hayois, etc., qui se rencontraient dans les manuscrits à côté des formes modernes, semblent définitivement remplacées par ces dernières dans l'édition de 1 5 59 (2).
(i) On rencontrait dcj.i quelques exemples de voulussent dans les manuscrits, p. ex. dans celui de Romulus, toi. 40 v". D'autre part l'édition de 1559 de VHtliodoie rétablit les formes vculusl et voulussent. Cf. Brunot, Hist. de la langue fraticaisc, II, pp. 340-41, sur l'emploi de ces formes au xvi' siècle et les opinions des grammairiens.
(2) On sait que, suivant le Commentaire sur Desportes, haïr fait haïssant^ et non bayant, haïsse^, et non haye:^. Déjà Cauchy (^Gram. gai. IS/O, d. 139), préférait les formes inchoatives ; mais en 1607 ("p. 2>i), Maupas donne encore le double paradigme, et Vaugelas constate que même de son temps on n'a pas encore cessé de dire à la cour nous hayons, vous baye^ (Cf. Brunot, Doctrine de Malherbe, p. 414).
Lii règle est beaucoup moins nette pour la désinence des imparfaits du subjonctif: les formes en assions, ûssic' et les formes en isshvis, issie~ se rencontrent indifféremment à la première conjugaison, soit dans les éditions des Fies, soit même dans celles des Morales (i).
Pour les substantifs, signalons seulement que l'emploi de traistrc se généralise en éliminant trahysir&{2).
Enfin pour les adverbes, on rencontre également les formes archaïques et lesformes recréées sur le latin. Amyot corrige, par exemple :
Vif (If Philopiviiicii , 2)2, E. opiilfimneiit en opulent eimnil
Cf. Vie de Ciitoii, 245, G., il emploie aussi en 1559, opti-
leiiniieiil.
Mais il remplace en 1559
Vie (le De 1)/ et ri lis, 629, C. tellement par optilenniient (^j.
(i) Cf. sur rinjsitatiim du xvr sitclc à ce sujet, Bruuut, op. cit., II, pp. 339-340-
(2) On trouve Iralnstir dans certaines contretaijons des l ies de Pliitarque, là où les éditions de ^'ascosan donnent traiilre.
(5) Indiquons en note quelques heureuses corrections qui ne rentrent pas à vrai dire dans l'étude des transformations de langue.
Tout d'abord il remplace (Vie de Demetrius. passini.) la forme incorrecte recouverte (de recouvrir) par recouvrée — ou par un autre mot.
Dans cette Vie également, il avait employé très souvent le verbe auxiliaire renie ]ii où il était nécessaire d'employer <i//(T ; il a systématiquement, dés sa première édition, corrigé cette faute que Ménage devait reprendre cent ans plus tard dans cette phrase de \'augelas : «Alexandre vint mettre le siège devant Célène. »
Il fait, notamment en revoyant ses plus anciens manuscrits, ceux de Demetrius et de Sertorius-Humenes, une correction qui. au premier abord, peut paraître surprenante ; c'est la substitution de iiiiis \ mais ; mais cette substitution n'a lieu que dans des cas déterminés, lorsqu'il s'agit de relier à une proposition ou à un membre de phrase négatif.
Plus encore que sa morphologie, la syntaxe d'Amyot de 154 5 à 1559 nous présente surtout des tâtonnements : nous allons essayer pourtant d'indiquer certaines tendances que l'on peut discerner dans les corrections que la première édition apporte aux manuscrits (i).
une proposition ou un membre de phrase affirmatif qui en général reprend ou précise Fidéc indiquée par le premier (<;). \in voici quelques exemples entre beaucoup d'autres :
Vif (h Vhilopcrmen. 255. D. Ms. : sa preudlioniniie n'estoit point apparence faincte mais une realc vérité.
Ed. : aim une rcale vérité.
Vie iTEuinfiies. 411, F. Ms. : il ne meit uulz Macédoniens à l'opposite de l'endroit où estoit C.raterus en bataille, nmis y meit deux compagnons.
Ed. : ai>is y meit deux compagnons.
Vie de Demetrius. 612, H. Ms. : qu'il ne lalloit pas combattre alencontrc d'culx pour toutes choses ensemble, mais seulcmen pour l'honneur de l'iùnpire.
Hd. : ii/hj seulement pour l'honneur de l'Empire. Ihid. 612, (j. .Ms. : il ne luy refuza point, mais luy permit...
lîd. : tiiits luy permit...
Aiiis ne survécut guère au début du xvii" siècle ; mais il tut regretté de plus d'un écrivain. Malherbe lui porta le premier coup : « C'est un vieil mot, qui ne vaut rien » ; et, au dire de Vaugelas, qui était présent, après l'avoir supprimé dans ses vers, il en avertit C.oeflcteau, qui ne s'en servit plus à partir delà Vie de Tibère. Le public lit bientôt comme Coefleteau. lin vain, dit M. Brunot (Doctr. dr Mail)., p. 2)4), Mademoiselle de Gournay en prit la défense ; ce mot était condamné. On le trouve encore dans Mellema, Nicot, Hulsius, Cotgrave, C. Oudin, Monct, Pajot. Duez le marque d'un *. Ct'. Vaugelas, II, 426. Mais il ne se dit plus à la cour à partir de la seconde moitié du xvii'' siècle, si ce n'est en raillant et avec cette queue aiiis nu ronlraire. L'Académie le déclare vieux, et L.i Bruyère ne peut faire entendre à ce sujet que des regrets platoniques.
(i) La syntaxe d'Amyot, sans avoir jamais lait l'objet d'un travail d'ensemble, a été pourtant étudiée dans la thèse de ik'uoist : La syntaxe française de Pahgrave à Vauirclas, 1877. Les Vies de Pliilanjue ont fourni une bonne partie des exemples cités dans ce volume. Il existe en outre sur des points spéciaux de la syntaxe il'Amyot deux travaux allemands : une dissertation de i'ried. Jung, Syntax des Ptonomens bei
(a) Colle lu'iin'iisi! (lilTi-nmciat ion .sôrauntiqiic pormot de ilunnor à ains un xi'ns :in.ilojfiM- à < (•lui do l'alli-inanil sondern, on «.onsorvaiit a niais lu nuance élymcjlDgiqiic do magis.
L'emploi du réfléchi pour le passif (i) se rencontrait dans ces derniers ; il v est parfois corrigé :
Vie de Thcsetis, ~, I. Ms. : en la saison que k-s fruictz se recueillent...
Ed. : en la saison que l'on cueille les fruits des arbres.
Vie de Sertoriiis, 4OI, B. Ms. : confirma ce qui s'en coniptoit en ce pavs-là.
Ed. : confirma ce que l'on en comptoit en ce pais là.
mais parfois aussi Amyot conserve la torme réfléchie :
Vie d'Hiinienes, 412, H. Ms. et Ed.: celuy qui véritablement est magnanime... se congnoist mieulx quant il ne fleschist point aux adversitez.
parfois même il la substitue à l'autre :
Vie d'Euvunes, 416, A. Ms. : lequel endroict on pouvoit bien veoir.
Ed. : lequel endroit se pouvoit clairement voir.
Vie de Dcinelrius, 621, B. Ms. : à quoy peult on évidemment cognoistre.
Ed. : à quov se peult évidemment cognoistre.
On pourrait allonger la liste de ces corrections contradictoires, sans modifier la conclusion qui s'en
Amyot, Icna, 1887 ; et une dissert.itioii de H. Kcuiitjc, Der syiitaktiicbe (jehrauch des l'ciburii^ hri A>n\ot, duigcitcllt iitif (h uiid seinrr Ueberset^ung der l'it.r des Plntanh, Leipzig, 1895. — Indiquons une t'ois pou» toutes les priueipaux ouvrages dont nous nous sommes servi et auxquels nous renvoyons pour comparer chaque point de syntaxe particulier à Amvot à l'usage habituel de ses contemporains : Brunot, Histoire de la langue française, t. II, 1907; Henoist, op. cit.; Huguet, la syntaxe de Rabelais, 1894; L. ("lément, Henri Estiennc et son auvre française, 1898 ; Haase et Obert, Syntaxe française dtt \vn' siècle, 1898. (i) (21'. sur cet emploi au .wi" siècle Brunot II, 4^4.
dégage déjà suffisamment : l'incertitude d'Amvot sur ce point de syntaxe.
Ses tendances nous semblent plus nettes à propos d'une autre question, l'emploi du pronom réfléchi ou du pronom personnel se rapportant au sujet (i). Pourtant ses corrections trahissent encore une certaine hésitation.
i" cas. Pronom personnel remplacé par le réfléchi.
Vie de Romitlus, i^, A. Ms. : Il jotta les de/, pour le Dieu, puis pour luv.
Ed. : Il jetta les dez pour Hercules premièrement, et puis après pour sov-mesme.
//';'(/., ic)j D. Ms. : Les aultres Sabins cstoient encore a eulx apprester.
Fd. : Les autres .Sabins estoient encore à s'apprester.
Ihid., 2 1, A. Ms. : chasque lignée avoit soub/. elle dix particulières générations.
Ed. : cliascune de ces lignées... en avoit puis après di.K autres particulières soubz sov.
Vie de Philopœiiu'H ^ 2)0, P'. Ms. : estudioit et recordoit-il en luv mesme.
Ed. : estudioit et consideroit diligemment en sovmesme.
250, F. Ms. : à par luv.
Ed. : à par sov.
251, B. .Ms. : avec luv.
Ed. : avec sov.
(I) Sur l'état de la langue à cet ég.ird au xv" et .ui wi" siècles, cf. Brunot, I, 457 et IL 417.
Vie de Sertoriui, 405, A. Ms. : Ungbon capitaine regarde plus derrière que devant luy.
Ed. : Un saf^e capitaine regarde plus derrière soy que devant.
Vif d'Eumenes, 414, C. Ms. : et puis en tout le reste [ir l'obligeoit à luy particulièrement. Ed. : et puis en tout le reste [il robligcoit à soy particulièrement.
Vie de Detnetrtus, 6 12, I. Ms. : l'avoit recouverte sans aultre secours que de luy-mesme.
Ed. : l'avoit reconquise sans autre secours que de soymesme.
Ihid., 623, D. Ms. : ne voulut point avoir sa garde autour de luy.
Ed. : ne voulut point avoir sa garde autour de sov (1).
2" cas. Pronom personnel conservé.
Vie de Fliiniiniiis, 267, B. Ms. : si délibéra de se taire mourir luv mesme.
Ed. : résolut de se taire mourir luy mesme.
3' cas. Pronom personnel substitué à un pronom réfléchi.
Vie de Philopariien, 257, E. Ms. : ce leur .scroit un sempiternel reproche de s'cstre saulvez avans abandonné leur capitaine.
Ed. : ce leur seroit un reproche .1 jamais d'avoir abandonné leur capitaine pour eulx saulver.
(i) CJ. 1.1 corrcLtion suiv.iiitc de il'Audif^uicr : ■< Kt loihiiic ilz se disposoieut pour eux retirer » est rLiiiplacc p.ir « pour ar retirer » (Muguet, thés, cit., p. 69).
Vie Jt Sertoiiui, '^O^^ H. Ms. : Les Hcspaignolz... entendirent à se saulver.
Kd. : Les Hespagnolz... entendirent ù eux saulver 11.
Mais CCS derniers exemples sont, en somme, des exceptions.
Pour la torme même du pronom réfléchi devant un infinitif, il est encore impossible de discerner chez Amyot, en 1559, une règle précise, et dans ses hésitations, il convient, je crois, de faire une certaine part à l'euphonie : il remplace par exemple la forme se par so\ dans les phrases suivantes (2) :
l'if de Philopa-tfwn, 254, I. Ms. : sans se tenir sur leurs gardes.
Ed. : sans sov tenir sur leurs gardes.
Vie de Setto) iiis, Ms. : 400 F., sans se tenir sur leurs gardes. Ed. : sans autrement sov tenir sur leurs gardes.
IbiJ., 404, I. Ms. : furent en bransle de se révolter. Ed.: turent en branle de sov retourner.
Mais dans les Vies dont il ne nous reste pas de manuscrits, nous rencontrons se encore très fréquemment employé ; et il est visible par certains exemples qu'Amyot n'établit aucune nuance sémantique entre la forme tonique et la forme atone.
(i) Ct. dans Y Hcitodore, 8> r' : parquoy ilz conclurent d'culx en
retouruer.
89 V" : la résolution qu'ilz avoient prise
d'eulx en aller.
90 V" : et n'eussent sceu trouver lieu vuiJe
pour eulx en fuyr.
Ces phrases sont maintenues, comme tant d'autres archaïsmes, dans l'édition de 15)9.
(2) Il laisse pourtant souvent encore la tonne se; p. ex. Vie de Sertorius, Ms. et Ed.: se saulver.
l'if (le J.yciirous, 33, G. qui attiroit les jeunes hommes à se marier :... car il ne leur estoit pas loysible de soy trouver es lieux.
/'/> tie Soloii, 62, E. Il leur tielendit aussi de sov csgratigncr ny meurtrir a force de se battre es enterrements des morts.
J'ie (le Ftihiiis Miixiiiius. 123, D. sov sentans les plus forts commençoient ja à se respandre.
Amyot semble en 1559, prendre parti d'une façon plus nette dans une question fort délicate pourtant et qui devait encore, pendant tout le xvir siècle, demeurer pendante : il s'agit de l'emploi de l'article défini ou indéfini avec certains compléments dits déterminatifs.
Nous n'avons plus le droit d'écrire aujourd'hui, comme faisait Molière :
l-t l'on s.iit ce que c'est qu'un courroux d'un .nmant (i).
Dans les phrases de ce genre, en effet, nous ne mettons l'adjectif indéfini avec le second substantif que lorsque le premier est accompagné de l'article ; si, au contraire, le premier est accompagné de l'adjectit indéfini, ou n'est pas déterminé, le second ne prend ni adjectif indéfini ni article.
Certaines corrections d'Amyot en 1559 trahissent encore à ce sujet une incertitude bien naturelle :
P. ex. : 249, I. Ms. : plus de parties (qualités) d'ung bon capitaine.
Hd. : plus des parties de bon capitaine.
(j) Cf. Ha»se et Obcn. (f. rit. pp. 5i-3i.
Mais on peut dire néanmoins que, d'une manière j;énérale, elles sont conformes à la règle actuelle.
rie lie Ronnilus, 25, G. Ms. : Soubz dos ramées et leuilladcs faictes de branches et rames du figuier. Ed. : soubs des ramées faittes de branches de figuier.
/'/> (le 'Philopa'iiien, 249, I. Ms. : d'ung sage gouverneur d'une chose publique.
Ed. : de sage gouverneur de chose publique.
//'/(/. 251, B. Ms. : la cuirasse d"honinie d'armes. Ed. : une cuirasse d'homme d'armes.
Jbiil. 2)1, E. .Ms, : a fait uug tour d'ung saigc... capitaine, r.d. : a tait un tour de sage... capitaine.
/'/(• (/(' l-liiiiniiius, 260, F. Ms. : lui offrit pai.x et amvtié du peuple Romain.
Ed. : lu\- otTrit la paix et l'amvtié du peuple romain.
Une autre question qui devait rester pendante encore durant plus d'un siècle est l'emploi après certains verbes ou certains substantifs de la préposition de ou à devant un infinitif(i).
Sans avoir à ce sujet de règle constante, Amyot, en 1559, semble, d'une manière générale, préférer la préposition // : voici quelques corrections qui nous semblent caractéristiques.
I" Après un verbe ou une expression verbale :
l'ie (le Koniulus, 23, I. Ms. : il enseigna aux principaulx seigneurs de Romme de désirer...
Ed. : cela enseigna aux nobles de Rome à désirer...
(i) « Les distinctions de sens et d'emploi des particules sont encore très rares au xv!" siècle ; il f.iut pour leur donner quelque crédit que .Malherbe ait dogmatisé, et que l'Académie s'en occupe » (Bruuot, III, p. 38).
^92 jACaUES AMVOT
l'ii- lie l'himinius, Ms. : Ces Actolicns cnsuignoiciu au Roy Antiochus de dire...
Ed. : Si enseignoicnt au Rov Antioclius à dire...
Vie de PbilopiViiit'n, 25 I, D. Ms. ; qui les avoit meu/. de taire partir.
}'.d. : qui les avoit nieuz à faire partir.
IhicL, 251, G. Ms. : encourageant et eniiortant les jeunes gentiLshonimes de se bien monter.
Ed. : cnhorter et encourager les jeunes gentilshommes à se bien monter.
Ibul., 254, C. Ms. ; qu'il iu\-oit de faire la guerre. Ed. : qu'il fuvoit à combattre.
Vie de Fhunitiiiis, 258, D. Ms. : Il est aisé de sçavoir de
quelle forme...
Ed. : Il est aisé à veoir de quelle forme...
Pour le verbe s'accoutumer, ou ctrc ou avoir accouliimé, les corrections sont plus divergentes. S'il remplace en effet
250, R. s'accoustunia de par s'accoutuma à.
il conserve plus haut (Vie de Theseus 4, A) hi leçon il avoit accoustumé de
et il écrit en 1559 dans la \'ie de Caton :
Il Tu es tout accoustumé à... là Où, quant à moy je n'ay point accoustumé de... »
sans quon puisse se tonder sur ces trop rares exemples pour prétendre que l'emploi de chacune
des prépositions corresponde chez lui à l'emploi d'un des deux auxiliaires (i).
2" Après un substantif :
y il' Je Philopanifn, 249, H. Ms. : s.i prcu(.ilu)mmio de... Kd. : su preudhominic ù...
//'"/.. 249, I. Ms. : apprendre et se duire aux exercices du corps... comme d'escrimer. Ed. : se duire et dresser aux exercices du corps... comme à escrimer.
Dans cet exemple, du reste, la valeur de // est tout autre que celle de lic, puisqu'il dépend directement du verbe comme, plus haut, aux exercices.
Vie de Scitorius, 4O), D. Ms. : feroient grand destourbier A .ses ennemys de se saulver s'ilz estoient rompuz et de chasser s'ilz estoient vainqueurs.
VA. : feroient grand destourhier à ses ennemis et à se sauver s'ilz estoient vaincus, et à chasser s'ilz demouroient vaincueurs (2).
(i) Cf. dans les X'ies ùont nous iie posscdons pas de manuscrits :
Vie de Numa : Encore que ce soit chose bien difficile à trouver
les différences.
Vie de Pericles : Bien fait à cet endroit ,1 admirer... Les nuances sémantiques qui séparent ces diflérentes constructions de l'infinitif et les préférences qu'ont manifestées les diverses époques de la langue française ont été bien mises en lumière par M""-' Palmgreu dans son étude sur Vliifinitif chi'; d'Auhignc, pp. 11-15 et 24-25.
(2) De même à se substitue à o; dans des locutions où la préposition doit exprimer le lieu ou la modalité.
Ms.
: en la ville.
Ed.
à la ville.
Ms.
en la guerre.
Ed.
: à la guerre.
Ms.
en bien fort grain peine
Ed.
à grande peine.
: réduire on faict.
Ed.
réduire à elfect.
Si remploi delà préposition i/f est souvent, en 1559, restreint au profit de //, il lest aussi, dans d'autres cas, .au profit de par, ou de avec.
i'' de remplacé par par :
Vie de Roniulu^. 2A, H. Ms. : Soustcnu dun pillier. Ed. : soustenu par un pillier.
Jhid.. 25, E. Ms. : si ne seroient point gagez d'hostages. Ed. : si ne seroient point gagez nv obligez par ostages.
IHd.. 27, C. Ms. : il n'advint aux Athéniens amytié ny société aulcune avec personne des nopces de Theseus. Ed. : Les Athéniens n'acquirent amitié ny alliance avec personne quelconque par les nopces de Theseus.
J'iede Sertorius, 398, B. Ms. : lung et l'aultre fut tué d"ung sanglier.
Ed. : l'un et l'autre fut occis par un sanglier.
Ibid., 398, B. Ms. : l'ung fut dessiré de ses chiens. Ed. : l'un fut déchiré par ses chiens.
2" de remplacé par avec :
J'ie de Sertorius, 4OO, B. Ms. : apaisa d'argent ces Barbares.
Ed. : contenta les Barbares avec de l'argent.
Ibid.. 406, G. Ms. : en faisant et soustenant la guerre des armes niesmes et aux despens des villes de l'Hespaigne.
Ed. : faisant la guerre avec les armes des villes de l'Hespagne et la soustenant à leurs despens.
La moditic.uion inverse est plus rare et particulière À certaines expressions.
P. ex. : 255, K. Ms. : se meirent à la fuytte. Ed. : se meirent en fuitte.
Constatons d'ailleurs que, dans l'un et l'autre cas, la correction d'Amyot a été ratifiée par l'évolution de la langue.
SYXTAXE 395
/';> irEuweiies. 4 12, I. Ms. : lesquels il brusla des liuvs et fcncstres.
Kd. : Icsqiielz il brusla avec les huvs, portes et fenêtres.
lHih, 41e, K. Ms. : luv lièrent les deux mains ensemble de sa ceinture.
Ed. : luy lièrent les deux mains derrière le dos avec sa ceinture.
Enfin il est un emploi de la préposition de qu'Amyot semble répudier en 1559. C'est l'expression de hiy avec le sens de quant à //n'(i).
/'/'<• de Koniulus. 15, C. Ms. : et de luv il prent la crèche. Kd. : et quant et quant prenant luv mesme l'auge.
//'/'/., 15, D. Ms. : et que de luy il alloit porter ceste crèche à leur mère.
Ed. : et quant à l'auge, qu'il alloit la porter à Ilia.
/'/V de Pbilopa'iitei! , 254, D. Ms. que de luv mesme il adressoit...
Ed. : que lu\' mesme dressoit...
Vie de Sertoriiis, 399, B. Ms. : mais que de luv il portoit toujours.
Ed. ; mais luv portoit tousjours.
/'/(' d'Eutnencs, Al I, G. Ms. : De lu\' il se jecta... Ed. : Et quant à luy il se meit...
Vie de Demetrius, 622, A. Ms. : mais de luv il se saulva. Ed. : mais quant à luv il se sauva.
Si de ces questions de détail nous passons à la construction même de la phrase, il nous sera plus difficile encore de discerner des tendances bien nettes dans le
(i) A la locution de luy survécut la locution analogue pour la première personne. Vaugelas admet encore de moy pour quant à moi, mais •tn poésie, ou avec discrétion dans le beau style. La Bruyère, XIV, 75» regrette cette tournure.
remaniement de 1559. Disons donc une fois pour toutes que, comme on pourra s'en convaincre par les exemples réunis dans l'ouvrage de Benoist, on rencontre souvent, même dans cette édition, les tournures archaïques que nous allons examiner ; mais il suffit qu'elles aient été çà et là intentionnellement corrigées, pour qu'il vaille la peine de noter ces tentatives, d'autant plus curieuses et plus méritoires qu'elles n'aboutiront que vers le milieu du wW siècle. C'est ainsi qu'Amyot, en i)59, modifie certaines phrases dans lesquelles il avait donné un même régime à deux verbes se construisant différemment (i).
Vie de Philopa-iiieii , 249, I. Ms- : apprendre et su duirc aux aux exercices du corps.
Ed. : se duirc et dresser aux exercices du corps.
Ihid., 2)0, A. Ms. : rejetta et se mocqua de tous tel/, exercices.
Ed. : rejetta tous telz exercices et s'en mocqua.
Vie de Sertoiius, 405, C. Ms. : ceulx qui faisoient tant de cas etavoient en si grande admiration Ponipeius. Ed. : ceulx qui faisoient tant de cas de Pompeius et l'avoient en si grande estime.
Vie de liiuiienes. Al A, G. Ms. : sufiîsans et dignes de commander et non pas de seconder Humenes.
Ed. : dignes et suffisans pour commander à Eunienes non pas pour le seconder.
(i) Vauj^clas dciciid cxprcssùncnt (II, ^65), « de donner un nicnie régime à deux verbes qui demandent deux régimes ditlérents, comme de dire : k II a embrassé et donné le baiser i son fils. » Mais il reçonn.iît (I, léo) que l'usage qu'il prescrit est tout récent, et n'a jamais été observé par du Perron ni par (ÀJeHeteau (Cf. Brunot, III).
Pourtant on lit dans la Vie de Romulus la correction suivante :
17, H. Ms. : en les rcputant et appelant leurs pères.
Ed. : en les nommant et tenaus pour leurs pères.
et l'on est porté à se demander si le dédoublement de la proposition dans la plupart des exemples du premier groupe ne s'expliqueraient pas moins par une préoccupation syntactique que par le souci du rythme et du balancement oratoire.
Il serait aussi hasardeux, je crois, de ramener à un système raisonné les excellentes corrections qui suivent :
Vie de Roinitlus, 1 7, K. Ms. : Les aultres disent pour ce qu'il fault qu'ung conseil soit tenu secret et couvert qu'à bonne cause ilz cachent cest autel de Consus dessoubz la terre.
Hd. : Les autres disent que, pource qu'il fault qu'un conseil soit ordinairement tenu secret et couvert, ilz teindrent à bonne cause cest autel du Dieu Consus cachédedans terre.
Vie de Sertorius, 406, E. Ms. ; il feit crier à son de trompe, si aulcun Romain le pouvoit tuer, qu'il lu\- donneroit cent talcntz d'argent.
Kd. : il feit publier à son de trompe, que si aucun Romain le pouvoit tuer, il luy donneroit cent talents en argent.
Vie d'Eiimenes, 4II,G. Ms. : auxquelz il commanda incontinent qu'ilz verroieut devant eulx les ennemvs en bataille, qu'ilz leur courussent sus de grande roideur...
Hd. : ausquclz il enjoignit expressément que si tost qu'il/, vcrroicnt devant eulx les ennemis, ilz leur courussent sus...
En effet, la thèse de Benoist nous montre en 1559 bien des exemples de constructions fautives à cet égard, soit que la conjonction que, comme dans les phrases des manuscrits citées plus haut, accompagne non pas la proposition subordonnée, mais la principale qui la suit, soit qu'elle soit répétée dans les deux propositions, comme dans cette phrase du manuscrit de Eumenes dont la construction a été conservée dans l'édition :
415, I. : espérant que s'il les pouvoit surprendre ainsv escartez et esloignez par leur logis, qu'il ne seroit pas aisé aux capitaines de les rallier.
Ce pléonasme (i) de la conjonction que n'est pas le seul d'ailleurs que l'on rencontre au xvi"^ siècle ; un des plus fréquents est celui du pronom sujet, que l'on a l'habitude alors de répéter dans la proposition principale, lorsque ce sujet a été exprimé déjà, mais se trouve séparé du verbe principal soit par des compléments, soit par une proposition subordonnée ou participiale. Quoiqu'Amyot sacrifie souvent encore en 1559 à cette habitude courante, il est intéressant de noter dans cette revision les corrections suivantes:
(l) Nous nous servons de ces mots de pléonasme ou d'ellipsf pour désigner non pas des tournures incorrectes du xvi' siècle, mais des répétitions ou des omissions de termes qui, suivant les règles actuelles de la syntaxe, sont aujourd'hui considérées comme incorrectes.
l'if df Theseus, 12, C. Ms. : Cimon l'aiant prise... et désirant fort trouver ceste sépulture, par une émotion et instinct de divine fortune, // s'advisa de faire fouiller... Ed.: Cimon l'aiant prise... et cherchant celle sépulture apperceut de bonne fortune une aigle...
Vie de Philopœmen, 252, F. Ms. : mais Philopœmen pour commencer à destourner ce désir... // les enhorta .. Ed. : mais pour commencer à destourner ce désir... ii leur persuada...
l'ie de Sertoriiis, AOO, I. Ms. : Car les ventz qui soufflent... quand ilz viennent à sortir du rond de la terre habitable, ils sont ja las.sez...
Ed. : à cause que les vents qui v soufflent... quand ilz viennent à sortir... sont ja lassez...
Nous retrouverons du reste, en examinant l'erratum de 1559 et l'édition de 1565, des retouches du même genre qui nous permettent d'affirmer qu'Amyot, à partir de sa première édition, a essayé systématiquement de corriger ces pléonasmes.
Il en est de même de l'ellipse, si fréquente alors, du pronom personnel sujet. Dès l'édition de 1559, Amyot la corrige quelquefois, p. ex. :
l'ie de Philopœnien , 2)0, A. Ms. : Ce que Philopœmen avant entendu non seulement rejetta tous telz exercices... Ed. : Ce que Philopœmen aiant entendu, non seulemeiv il rejetta pour lors tous telz exercices...
Vie de Seitoiius, 403, E. Ms. : Les Hespaignols... l'enlevèrent... et puis quand ilz eurent tiré du danger... adoncq entendirent à se saulver.
Ed. : Les Hespagnolz... l'enlevèrent...; puis quand ilz l'eurent osté du danger... adonc ilz entendirent à eulx. saulver.
400 JACQUES A.MYOT
CCIRRECTIONS DK SIYI.E
Si de 1.1 syntaxe proprement dite nous passons au style, nous sommes tout d'ahord frappé d'une modiikation assez importante qu'Amyot tait subir à sa première traduction : je veux parler du rétablissement des participes, et en particulier des participes présents. Nous avons vu en effet qu'en 1542- 1545 notre traducteur avait le plus souvent rendu les participes du texte grec par d'autres tournures (1). Kn 1)59 le phénomène inverse se produit, et Amyot les rétablit, — moins sans doute par scrupule d'helléniste, que pour rendre sa phrase plus rapide, tout en lui donnant plus de cohésion logique.
Sans doute on pourrait alléguer plus d'un cas, où le texte de 1559 substitue au contraire à un participe une autre tournure, mais ces exemples constituent une minorité : nous en avons fait le relevé pour deux Vies prises au hasard, celle de Romulus et celle de Scrtorius, et, pour une vingtaine de corrections de ce genre, nous en avons rencontré environ soixante-dix qui substituent des participes à des propositions personnelles.
Le participe présent remplace souvent une coordonnée qui ne rendait qu'imparfaitement la nuance du grec, par exemple. Fie de Pbilopœnicu :
Ms. : et luv incontinent jctta là son manteau, et se nieit à tendre du bois.
(1) Cr. plus liaut, pp. 2, i-2)7.