‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 93 sur 164 · REDOUBLEMENTS SUPPRIMES · texte numérisé non relu

REDOUBLEMENTS SUPPRIMES

Grecques que Latines, faisant entendre aux pères, et paretts que c'estoit à celle fin que quant ilz seroient grandz ilz fussent idoines et capables d'estrc emplovez aux afaires de la chose publique. Ed. : ... leur monstroit... à se vestir proprement de riches manteaux et de beaux hocquetons par dessoubz leur enseignant à se tenir honestement et leur fournissant argent pour ce faire, par où il gaignoit merveilleusement les cueurs des Barbares. Mais plus encore les obligea il par ce qu'il feit à leurs enfans : car de tous les peuples et pais qui estoient soubz son obéissance, il envoya quérir les jeunes enfans des meilleures et plus nobles maisons, et les feit tous assembler dedans Osca bonne et grande ville, où il leur bailla des maistres pour leur enseigner les sciences et lettres tant Grecques que Latines, donnant à entendre à leurs parents que c'estoit à fin que quand ilz seroient grands ilz en fussent plus idoines à estre employez aux affaires de la chose publique.

Ibid., 404, A.

Ms. : Par telles renions tratices et enhortemens que Sertorius inventait et faisoit ordinairement aux barbares, il leur enseignait d'attendre les occasions du temps. Mais entre toutes ses ruses de guerre et beaux faitz d'armes il n'v en eut pas ung que l'on prisast plus ny duquel ilfust niieulx estimé que de ce qu'il feit contre les Characitaniens.

Ed. : Par telles inventions que Sertorius ourdissoit ordinairement pour entretenir les Barbares, il leur enseignoit à attendre les occasions du temps. Mais entre toutes ses ruses de guerre, celle dont il usa à l'encontre du peuple que l'on appelle les Characitaniens fut autant estimée que nulle autre (i).

(i) Nous pourrions également citer des exemples de séries Je trois ou quatre expressions réduites en 1559.

11 est intéressant, nous semble-t-il, de rapprocher de ces exemples caractéristiques, et qui dénotent de la part d'Amyot un réel souci d'alléger son texte, la constatation analogue qu'a faite M. Pierre Villey au sujet des dernières corrections de iMontaigne. Nous en profitons pour reproduire la page où il a déterminé avec beaucoup de justesse la valeur et la portée des redoublements chez les écrivains de cette époque « Au xvi'^ siècle, dit-il, pour étoffer le style, c'était un procédé tout à fait courant, employé par tout le monde à peu près, que de doubler les termes de la phrase. Là où un seul mot aurait suffi, très fréquemment on mettait deux substantifs, deux adjectifs, deux \ erbes pour donner plus d'ampleur au discours. Quelquefois même on en mettait trois et quatre. Ce n'étaient pas forcément des synonymes, mais ils jouaient à peu près le rôle de synonymes, c'est-à-dire qu'ils ne valaient pas surtout par l'idée que chacun d'eux apportait en propre, ils valaient par le nombre qu'ils donnaient à la phrase, par l'appui qu'ils apportaient à l'idée générale. Quand Montaigne dit, par exemple : « Maximilien se desroboit et cachoit pour tumber de l'eau « (I, 3), nous avons affaire à deux véritables synonymes. Quand il écrit encore : « Je ne veux pas qu'on abandonne l'enfant à la colère et humeur mélancholique d'un furieux maistre d'escole » (I, 26}, il ne demande pas davantage à son lecteur d'attacher des sens distincts aux deux mots « colère » et « humeur mélancholique » ; il redouble l'expression pour la rent(M'cer. Montaigne a très largement donné dans cette mode : les exprès-

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sions redondantes de ce genre abondent dans les Essais. Or à partir de 1588 i! s'est mis à en supprimer beaucoup. On ne peut pas dire que systématiquement il ait voulu leur faire la cbasse, mais, son goût pour la brièveté se faisant plus exigeant, il a été quelquefois choqué par cette profusion de mots inutiles et il en a eHacé quelques-uns. Dans le premier livre, par exemple, il efface trente-deux substantifs ainsi redoublés, on/e verbes, vingt-sept adjectifs ou participes, quatre adverbes ou locutions adverbiales, une proposition (i). »

La suppression, chez Amyot, de ces redoublements dont nous avions attribué l'origine à des préoccupations rythmiques ou euphoniques ne doit pas, d'ailleurs, nous f;iire conclure que notre traducteur en 1559 eût répudié ces préoccupations. Elles se manifestent en particulier dans des corrections qui aujourd'hui rentreraient dans le domaine de la syntaxe, mais qui, au xvi'^ siècle, étaient encore purement stylistiques : je veux parler de la répétition de certains termes devant des substantifs ou des infinitifs coordonnés. Reconnaissons tout d'abord que cette répétition, même en 1559, est loin d'être systématique : non seulement Amyot omet souvent de rétablir dans le second membre la préposition, l'article ou l'adjectif, mais même parfois il les supprime dans son édition, pour des motifs, nous semble-t-il, purement rythmiques.

(i) p. Villey, Les sources et l'évolution des Essais, t. II, pp. 542-543.

Fie de Pl)ilopa'tncn .

249, B. Ms. : de l'une des plus nobles et des plus anciennes familles.

Ed. : de l'une des plus nobles et plus anciennes familles,

2)2, A. Ms. : soubz la puissance et soubz les armes de Macédoniens.

Ed. : soubz les armes et la puissance des Macédoniens.

252, G. Ms. : la poincture et, par manière de dire, le chatouillement.

Ed. : le grattement et cliatouillement par manière de dire.

Mais le nombre des corrections de ce genre est minime en proportion des corrections inverses, dont nous donnons ici quelques exemples tirés des\'ies de ivomulus, Philopœmen et Sertorius.

I" Répétition de l'article défini :

Fie de Romulns, 23, C. Ms. : lequel ce jour monstra toute Li ni~e et hardiesse que sçavoit monstrer ung bon capitaine. Ed, : lequel ce jour là monstra toute la ru^e et la hardiesse qui sçauroit estre en un bon capitaine.

Fie de Sertorius, 398, F. Ms. : le los et reuoiii qu'il acquit. Ed. : rboniieur et la réputation qu'il acquit.

//'/(/., 39(S, K. Ms. : les vesteiiieiits et anneiires de leurs gens. Ed. : les vestenieiils et les armes de leurs gens.

//'/'(/., 399, G. Ms. : au pris des misères et calamité' qu'il/, veirent depuis.

Ed. : au pris des ealaniite- et des iiiise/ies qu'ilz souffrirent depuis.

RKPETITION" m: L ARTICI.K 4II

Ihiil., 40^, F. Ms. : (i diiisc de sa richt'sse el nohlcssi- Je Sii 111 il i son .

VA. : pour la richesse et la noblesse de sa iinu'son.

Ihid., 404, H. Ms. : Adonc fut le bruxt et renom de Sertotorius si t^rand.

Rd. : Adonc tut le bruit et le renom do StTtorius si grand.

2^" Répétition de l'adjectif indéfini :

l'ie de Romulus, 26, G. Ms. : et si ne s'amusa point à occire des l'oleurs, et hri/riuits.

Ed. : et si ne s'amusa point à poursu\-vre des brigands et des voleurs.

Vie de Sertorius, 4OO, A. Ms. : une retraictc et refuge. Ed. : une retraicte et un refuge.

Ihid., 405, K. Ms. : de là conceurent en eulx u)ie i^naiide iilaigresse, et bonne espérance.

Ed. : dont ilz conceurent en leurs cueurs un i^nand contentement, et une ijsseun'e espérance.

3° Répétition de la préposition :

Vie de Romulus, ij, A. Ms. : aiantz esté alimente/, par les oyseaux et les bestes auxquelles...

Ed. : aians esté alimentez par les o\seaux et par les bestes sauvages auxquelles...

Ihid., 20, A. Ms. : à force de le battre, picquer et crier après luy.

Ed. ; à force de le picquer et de le harasser.

Ihid., 24, C. Ms. : se mcit à chercher le Koy et enquérir qu'il estoit devenu.

Ed. : se meit à chercher le Ro\, et à demander qu'il estoit devenu.

Ihid., 23, F. Ms. : sont élevez en hault estât et puissance. E3d. : sont élevez en hault estai et en grande puissance.

Vil' (le Phihpœmeii, 249, H. Ms. : les bornes Jf ç^mvilé, paliciue et iieqitanimilc.

VA. : les bornes i/<'^''/ii!v7(', de paliciuc el de hfiugnilc.

Ibid., 249, I. Ms. : par cholere et opiiitastrelt'. VA. : par cholcre et par opiniastretc.

Ibîd., 2)0, C. Ms. : (/ l'entretenir el aui^nienter. VA. : à l'entretenir et à l'aiii^vicnter.

Ibid., 252, A. Ms. : eu mur eorps et une lii^ue. VA. : en un corps et eu nue lii^iie.

Ibid., 254, B. Ms. : 1/ ll.>onneur et i^'Ioire. VA. : à l'i.ion/ieur el à la i^Ioire.

Fie de Sertcrius, 398, B. Ms. : par nies)nes causes et nioiens. Ed. '.par niestnes causes et par nwsnies nioiens.

Ibid., 398, G. -Vis.: ,irec iniiunierablcs milliers d'hommes et fier es menasses.

Ed.: avec un nombre infiny de combatans et avec fieres el

terribles menaces.

Ibid., 399, D. Ms. : puis se vint rcnger à Ciuna comme personne privée à son capitaine et son consul. VA. : et s'en vint renger à (^inna comme soudard privé à son capitaine et à son consul.

Ibid., 401, G. Ms. : descendus (/<' (V ^v/i/ArAi'/ D/(>(/(V7/.v. Ed. : descendus de ce Sopha.x et de ce Diodorus.

Ibid., 401, Kj Ms. : aisez à prendre et décevoir. Ed. ." faciles à prendre et à decn'oir.

Ibid., 402, H. Ms. : Les Langobrites qui taisoient beaucoup de confort et ayde à Sertorius estoient aisez à forcer et prendre par disette et faulte d'eau, l^d. : Les Langobrites, qui taisoient beaucoup de .'service el d'aide à Sertorius, estoient aizez à forcer el à preiidri par faute d'eau.

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