REPETITION DE L ADJECTIF 4I
//'/(/., 404, H. Ms. : une trouppe (/'i/.vic/.s.v///iW ro/fH/-.s-. Ed. : une trouppc (/(• hinvns et de brii^aris.
Ibid., 405, H. Ms. : car aus,s\' cstoit il privé d'iDii^ '^'laud artifice et subtil moieii.
Ed. : car aussi estoit il privé d'au i^'rand artifice et d'un subtil iitoien.
4" Répétition de l'adjectif. Nous avons vu plus d'une fois dans les exemples précédents l'adjectif répété en même temps que la préposition ; en voici quelques autres où la répétition de Tadjectif n'est plus motivée par celle de la préposition :
l'ie de Roiiiulits, 12, I. Ms. ; les femmes baisent en la bouche leurs parens et aniys.
Ed. : les femmes saluent leurs parens et leurs maris en les baisant en la bouche.
//'/(/., 18, K. Ms. : pour en estre chovcn'^ à iiiesiue droict et qualité c\\.\c les aultres.
Ed. : là où il7. auroient tous mesmes Jroict~ef uiesnies pririlei[es que les premiers habitans.
i'ie de Philopœuwii, 25 I, A. Ms. : en pand trouble et desarrov.
Ed. ; en grand trouble et i;rand desarrow
ViedeSertorius. ^99, F. Ms. : toute la gloire et l'honneur. Ed. : /()(//(' la gloire et tout l'honneur.
Ibid., 400, K. Ms. : quelque butin et pillage. Ed. : quelque butin et quelque pillage.
Ibid., 402, G. Ms. : toutes les pertes et dommages que souffrent...
Ed. : tontes les incomnwdite:^ et toutes les pertes que souffrent...
)" Repétition de lad verbe :
/'/(.■ (le Philopainrii, 249, G. Ms- : fort i^ncsle cl iin-iiii. Ivd. : fort j^'reslc et fort iiicini.
On peut rapprocher de ces corrections la répétition d'un pronom régime devant le second de deux verbes coordonnés : nous en citerons seulement un •exemple tiré de la \'ie de Sertorius :
407, C. Ms. : ...dcmandoit que Sertorius /f /rw/5/ et iiiiu'i:teint en possession de l'Asie.
Hd. ; ...demandoit que Sertorius lux reiulist et lux coiijîr-
}iia.';t la possession de l'Asie.
Nous avons dit que toutes ces corrections n'avaient chez Amvot rien de svstématique : on ne s'en étonnera pas si l'on songe à l'incertitude qui a régné sur ce point, non seulement chez les écrivains, mais chez les théoriciens eux-mêmes, jusqu'en 1650. Au xvr' siècle, Du Bellay (i) et Ronsard (2) demandent qu'on répète l'article devant les coordonnés; Malherbe pense de mème(3). Au .wii"' siècle Vaugelas admet que l'on ne répète pas ces termes lorsque les substantifs sont synonvmes ou approchants — voilà pour le sens -- et du même genre — voilà pour la grammaire (4). Thomas Corneille et l'Académie n'au-
(i) Défense, II, 9.
(2) Ahtegé de l'Art fioeliijue.
(^) VA. lîrunot, Doetr. de Matljerhe, p. 471.
(4) '< Le gr.inil principe de l.t synonymie, sur lequel est l'ondée la liberté de ne pas répéter les p.irticules et auquel Vaugel.is tient tant, n'est pas solide aux veux de La Motlie le Vnyer, et il conseille, ce que l'Académie conseillera plus tard, à savoir, s'il y a deux mots synonymes, d'en oter un. » (Brunot, III, 59). En attendant, c'est l'Ac.idémie <jui, à l'époque de la querelle du Cid, avait mis pour la première fois en iivant ce critérium de la synonymie {CJ. Ibiil.. p. ^8. Voir aussi le chapitre de la Pljnise).
RKPKTITIOX DES PARTICULES 415"
toriscnt la suppression dans aucun cas. Mais ce sont là des subtilités ou des intransigeances de grammairiens, et Ton sait que, fort heureusement, ce ne sont pas les grammairiens qui règlent la langue. Tandis que ceux-ci cherchaient à tonder rationnellement telle règle, ou à justifier telle exception, les écrivains et les traducteurs, comme Amyot, s'en rapportaient à un autre critérium, au jugement de l'oreille ; c'est ce que remarque très justement le sieur de l'Estang : « De tous les exemples, dit-il, que j'ay rapportés de la répétition des Particules françoises, on peut inférer qu'on les répète ou qu'on ne les répète point selon que le membre ou les mots avec lesquels elles sont, se trouvent ou longs, ou courts. Par exemple, si une seule particule avec deux mots compose un membre qui ait un juste soustien, et une juste cadence, alors on ne répète point la particule au second mot. Mais si au contraire on sent que le membre ne se soutient pas assez et qu'il tombe trop court, on répète la particule avec le second mot. Que si chaque particule se trouve avec plusieurs mots en sorte que chacune en particulier puisse composer un membre avec les mots où elle est, on la répète dans le second membre... Et à tout cela on peut dire que l'oreille doit estre le juge le plus utile et le plus équitable de ces petites difficultés » (i).
Cette explication par le jugement de l'oreille me semble convenir non seulement à la répétition des
(i) De la TiadiicHon^ 254-255.
particules, mais à une bonne partie des corrections d'Aniyot. On a souvent, en effet, l'impression que ces corrections ont été taites après une lecture à haute voix de la phrase du manuscrit, tant elles trahissent de la part de leur auteur, des préoccupations d'euphonie et de rythme.
KUPHONIK ET RYTHME
Nous avons eu l'occasion déjà dans le cours de cette étude, à propos soit des redoublements et redondances du manuscrit, soit de certaines corrections de l'édition, de signaler des préoccupations de ce genre : nous voudrions apporter ici des exemples plus précis. On ne peut guère expliquer, croyons-nous, que par le désir d'arrondir la fin d'une phrase ou d'un membre de phrase des corrections telles que les suivantes :
2 lt), D. Ms. : leur cstablircnt de bonnes loix.
Ed. : leur establirent de bonnes ordonnances.
253, A. Ms. : au commencement du combat. ]ld. : au commencement de la bataille.
252, G. Ms. : jeunes gentilshonmics qui escrimoient.
Hd. : jeunes gentilshommes qui s'exercitoient aux armes.
[Remarquons que dans les deux premiers exemples l'euphonie joue un aussi grand rôle que le rvthme.j
La symétrie des propositions et le balancement des membres de phrase amènent des retouches aussi caractéristiques.