LE SOUCI DE L EUPHONIE 4I
sans doute parce que la syllabe « fort » est plus sonore que la syllabe « geux ».
De même, 253, G. Ms. : d'une voix résonante et haulte.
K(J. : d'une voix haulte et claire.
252, E. Ms. : vaine et folle accoustumance. Ed. : folle et vaine accoustumance.
252, B. -Ms. : capitaines et gouverneurs estrangers. F.d. : gouverneurs et capitaines estrangers.
La syllabe « aine » est en effet très volontiers placée par Amyot à la fin d'un groupe de mots, à plus forte raison à la tin d'une phrase :
l'ie de Sertorius, 39^, G. Ms. : la peine et le travail. Ed. : le travail et la peine.
Je signalerai, à propos de ces exemples tirés de l'édition de i))9, la remarque que me suggère une curieuse correction de l'exemplaire de Melun :
Amyot remplace 354, K. « appeller capitaine » par « appeller Imperator, c'est-à-dire souverain capitaine. »
Or cette expression qu'il substitue à l'ancienne, il l'avait employée déjà textuellement en 1559, dans la \'ie deMarcus Crassus (fol. 387, I) et il l'avait ajoutée en note en 1565 dans celle de Brutus (fol. 696, D). — Mais, chose plus curieuse, rencontrant en 1559 dans le ms. de Sertorius la traduction : « Imperator, c'est-à-dire capitaine souverain, », il la corrige en : « Imperator, c'est-à-dire souverain capitaine. » Le rapprochement de ces faits dispersés nous montre, je
crois, la marche inconsciente de l'esprit d'Amyot. En 1543 ou 1544, il se trouve en présence du mot grec aÙTOxpaTwp. traduit par l'interprète latin en « imperator ». — Amyot, selon la méthode que nous avons indiquée plus haut, traduit ici par le mot exact auquel il ajoute l'équivalent moderne : « imperator, c'est-àdire capitaine souverain. » — En se corrigeant en 1559, la préoccupation euphonique, et en particulier le désir de placer la syllabe « aine » de préférence aux pauses, lui fait intervertir les deux mots, ce qui aboutit à « imperator, c'est-à-dire souverain capitaine ». — Une fois en possession de cette expression, qui joint pour lui à l'exactitude le double avantage de l'euphonie et du rythme, lorsqu'il se retrouvera en présence de la même idée, il écrira tout naturellement « imperator, c'est-à-dire souverain capitaine ». — De même lorsque, en 1583, il voudra donner une traduction de aÙToxpàxtop, l'expression en quelque sorte définitive se présentera d'elle-même à son esprit ou plutôt à son oreille (i).
Cet exemple d'ailleurs n'est pas unique : nous lisons en effet dans la Vie de Périclès, dont il n'existe pas sans doute de manuscrit de dédicace, la traduction suivante du mot llapOsvtov :
109, C. Le temple de Pallas qui s'appelle Parthenon, comme qui Jiroit le temple Je la Vierge.
(i) Si l'on supposait la rédaction Je l.i Vie de Crassus antérieure à la correction du ms. de Scrtorius, nos conclusions n'en seraient pas niodiliéc'S : la trouvaille spontanée aurait amené la correction de l'expression imparfaite.