‹ Jacques Amyot, traducteur des Vies paralleles de PlutarqueChapitre 98 sur 164 · LE SOUCI DE L EUPHONIE ET DU RYTHME · texte numérisé non relu

LE SOUCI DE L EUPHONIE ET DU RYTHME

On peut en rapprocher de même les phrases suivantes de l'édition de 1559 :

IjTj F. '• t'stans assemblez es tlieatres pour veoir feshatlctiii'ut lies jt'IlX.

251, H. : es temps et lieux où il sçavoit qu'il se devoir trouver grande multitude d'hommes pour iroir Vesbat- Icineut.

2 5 3, G. : tous les Grecs qui estoient au théâtre assemblez

pour vcoir Irs ji'ux.

262, F. : il s"v trouva une multitude infinie de peuple

pour ivoir Vcibaticinent des jeux qui s'\' font.

Si l'on songe que, dans toutes ces traductions, la proposition relative est complètement inutile, on sera porté à conclure qu'il fimt, en étudiant la traduction et les retouches d'Amyot, attacher une importance assez grande à l'élément euphonique et rythmique, qui semble avoir tenu dans son style une place considérable (i). Nous crovons d'ailleurs qu'une étude de ce genre, faite sur beaucoup d'autres auteurs du xvi'^ siècle, aboutirait à des résultats analogues, qui modifieraient peut-être les jugements que nous portons d'ordinaire sur ces écrivains.

D'une manière générale, en effet, nous sommes disposés à établir une hiérarchie de valeur entre les divers motifs qui ont pu amener un auteur à se corriger. Si la cause d'une correction est seulement douteuse, nous éprouvons quelque répugnance à l'attribuer à

(i) On remarque de ces réminiscences verb.iles chez, tel écrivain moderne, comme Michclct, mais ce phénomène, au premier abord, étonne moins chez lui que chez Aniyot.

un jugement de l'oreille, et nous en cherchons la justification dans des nuances imperceptibles de sens. Pourtant, si nous y réfléchissions, nous nous convaincrions, ne tùt-ce que par expérience, que le jugement de l'oreille provoque autant de retouches que le désir d'exactitude et de précision.

Nous sommes confirmés dans cette opinion par quelques préceptes de son Projet d'Eloquence ro\ale{i) qui, pour venir des latins et être en quelque sorte des lieux communs de la rhétorique ancienne, n'en dénotent pas moins chez celui qui les reproduit et les développe certaines préoccupations du même ordre : « En les choisissant, dit-il (les mots), nous prendrons cens qui sont les plus propres pour signifier la chose dont nous voulons parler, cens gui nous seuihleroul plus dons, qui sonneront le mieux à Faiireille, qui seront plus coutumierement en la bouche des bien parlans ; qui seront bons François et non estrangers... Les mots estans choisis, il les convient joindre et lier ensemble de façon qu'il n'y ait aucune dure rencontre de lettres nv de svllabes.

(1) CSliap. xiii. Les contemporains d'Amyot avaient bien remarqué ce caractère de son style, et derrière une critique très injuste de l'exactitude de SCS traductions, il y a une remarque très vraie dans ce jugement de l'historien de Thou : « Amyotus... Plutarchuni in linguam nostrain jj;allicani vcrtcrat, n:ajore elegantia quani tide, dum auribus iiostris placerc qu.iin de scnsus ^eritate laborarc potius existiniat >• Dr vita sini, X .

De même dans son traité de Rbfhrii]uc francoiif (iS5S) dont nous parlerons plus loin, Antoine Foclin, qui emprunte presque tous ses exemples à des poètes, n'utilise guère parmi les ouvrages en prose que y HcUodorc d'Amvot qui, dit-il, dans le chapitre où il traite de l'euplionie et de riiarmonic du style, « ne nous fournira moins d'illustres exemples pour déclarer les tig;urcs, qu'il a fait aux tropcs ci-devant expliqués. ■)

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