‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 120 sur 250 · POURQUOI LES VERS NE SONT PAS ISOCHRONES : LE ROLE DU SENS I · texte numérisé non relu

POURQUOI LES VERS NE SONT PAS ISOCHRONES : LE ROLE DU SENS I

{Andr., 22-23.)

Les durées obtenues sont : v. 22 A = 5" ii, F = 4" 21, G = 5" éo, I = 2" 93, J = 4" 01 ; v. 23 A = 3" 41, F = 3" 36, G = 3" 27, 1 = 2 85, J = 2 73. On peut voir que pour toutes les déclamations, les deux termes exclamatifs, ou l'un d'eux seulement, sont supérieurs aux autres accents. De plus pour I, le v. 22 ne dépasse que faiblement en valeur temporelle le v. 23. C'est que I est le seul sujet à n'avoir point vu, ou à avoir négligé l'effet indiqué. Quant à A et à G, ils ont fourni un tel effort que le vers 22 l'emporte non seulement sur le suivant, mais encore sur celui dont il est précédé. Mis ainsi en pleine lumière, il s'isole parfaitement au milieu de ceux qui l'entourent.

Les différences des dictions confirment d'ailleurs la règle. Soient trois alexandrins empruntés au morceau enregistré d'Hernani :

... Et ta voix, toutes deux m'allaient au cœur ensemble,

Je me sentais joyeuse et calme, ô mon amant,

Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment. (Hem., 12-14.)

On trouve ces durées : v. 12 A = 3" 89, E = 3"38, G = 3" 13, J = 3" 64, R = 3" 59 ; v. 13 A = 5" 37, E= 3" 00, G = 2" 74, J = 4" 18, R = 3" S^ ; V. 14 A = 4" 38, E = 2" 84, G = 2" 68, J ^= 4" 10, R = 3" 92. Or les deux sujets A et J sont les seuls à avoir mis en relief la neuvième syllabe du v. 13 ; A lui a accordé 74", J 32". Pour ce dernier, cette circonstance a suffi à changer l'ordre des successions temporelles adoptées par EGR ; chez A l'ampleur du second alexandrin se trouve considérablement accrue.

De plus, il faut considérer les détails importants du sens comme analogues, pour le résultat qu'ils entraînent, aux termes exclamatifs ci-dessus énoncés. La déclamation se saisit en efl^et des mots ou des groupes rythmiques où s'exprime un argument, ou tout simplement de ceux auxquels il paraît possible de conférer une certaine valeur oratoire ou émotive. Bien entendu les appréciations individuelles peuvent varier. La règle se vérifie pour certaines dictions dans toute une série d'exemples : toutes les fois que les sujets ont fait un effort sur les mots que nous soulignons, il en est résulté un accroissement notable dans la durée totale du vers.

Ha gloire ;i soutenir et mon père à venger. (Q'rf, 12.)

Me force à travailler moi-même à ta ruine. (Cid, 22.)

Mais par où commencer? vingt fois, depuis huit joui-s... (Bér. 28.)

Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre. (R.B., 13.)

Il est nuit. La cabane est pauvre, mais bien close. (P. G., i.)

On distingue un grand lit aux longs rideaux tombants. (P. G., 7.)

Médina, fou d'amour, emplit Naples d'esclandres. (^.B., 28 '.)

Il est indispensable que la voix s'attarde sur les termes exclamatifs ou sur les membres métriques semblables à ceux qu'on vient de .signaler. On peut et l'on doit dire que la durée, sous ce rapport, est intimement liée à l'expression poétique. Le vers perd de sa signification, de sa force, si les sentiments qu'il traduit ne sont point marqués par une diction intelligente. C'est par le ralentissement de la parole que se rendent l'indignation, la douleur, la joie, presque tous les grands états aff"ectifs, et c'est faire un véritable contresens que de ne point mettre la « couleur » de la voix en harmonie avec les passions reflétées par le texte. Il faut faire dans la déclamation l'accord des inflexions et des nuances avec la signification des mots.

I. 10 Les trois derniers vers s'expliquent ainsi — P. G., i : // est nuit, fait tableau — P .G., 7 : graml lit, longs rideaux fixent le décor et sont des dcHails ncccss.nires A la compréhension du récit — R.B., 18 : fou d'amour a une valeur causale.

Les faits que nous venons de signaler avaient été en partie mis en lumière par M"' Genlis. ' « On accentue de préférence certains mots, surtout à la fin d'une phrase, tels, par exemple, que ceux qui expriment une idée de fluidité, de langueur, de mélancolie, de souvenance, d'extase, de rêverie, d'espérance, de complaisance, de tendresse, de douceur :

De môme dans l'alexandrin déjà cité :

Si tu veux faisons un rêve Montons sur deux palefrois...

Ils vont, l'espace est grand : dans le désert immense. Dans l'horizon sans fin qui toujours recommence Ils se plongent tous deux. »

Et j'aurais bien voulu mourir en ce moment,

(Hugo, Légende, Éviradnus.)

(Hugo, Orientales, Mazeppa.)

{Hem., 14.)

R accorde 1 13" à la huitième syllabe afin d'exprimer par là la frénésie de l'amour confinant à la pâmoison. Le vers est à la fois plus long pour ce .sujet que le 13' et le 15' du même morceau.

Inversement du reste la règle se vérifie encore, et voici des exemples où l'accélération de vitesse est notable par rapport au vers antécédent ou subséquent parce que celui-ci contient soit un terme exdamatif, soit un détail important pour le sens :

Digne de notre amour, digne de ta naissance.

Et sans chercher ailleurs des titres empruntés.

Ne vous suffit-il pas de ceux que vous portez ?

J'ai voulu devant elle en ouvrir le discours...

Le temps de respirer et de voir seulement.

La nature à demi veille amoureusement.

Conseillers vertueux ! voilà votre façon...

Le logis est plein d'ombre et l'on sent quelque chose..

Tout près, un matelas s'étend sur de vieux bancs.

(Andr., 23-24.) (Bér., 29.) {Hem., 2,) {Hem .,6.) {R.B.,2.)

Mais le pathétique de l'expression peut n'être pas limité à un seul mot ou à un seul groupe de mots ; il peut s'étendre à un vers tout entier,

résulter des sentiments personnels de celui qui parle, être de qualité purement morale, ou s'attacher à la représentation de choses terribles et

effrayantes.

Soit donc le cas .suivant :

Cet effort sur ma flamme à mon honneur est dû ;

Et cet affreux devoir, dont l'ordre m'assassine,

Me force à travailler moi-même à ta ruine.

Nous donnons les chiffres obtenus pour deux de ces alexandrins Se te for sur ma

C lé 17 45 17 19

I. M">« Genlis, LV muet connu sous le nom général et souvent impropre dV muet, 1902.

flàrn a

fla mœ

mo

lé

{Cid, 20-22.

di'i

POURQI

joi le;

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