‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 130 sur 250 · VII M · texte numérisé non relu

VII M

Il est probable que des inscriptions plus nombreuses auraient fait apparaître d'autres variations, mais nous avons dû nous limiter ; ces variations, qui restent possibles, seraient en tous cas très rares.

La succession grave-aiguë-grave (P'"-') est de beaucoup la plus fréquente : nous l'avons rencontrée 69 fois sur 100. Il faut faire cependant observer que la période d'acuité peut être plus ou moins étendue, se maintenir également sur plusieurs demi-dixièmes de seconde dans une continuité monotone (P), ou n'être seulement qu'une brève élévation (P). L'élévation peut d'ailleurs trouver place soit dès la deuxième tranche, soit seulement dans les tranches qui précèdent immédiatement la dernière, soit enfin au milieu de la voyelle : l'on peut comparer à ce sujet les exemples P, P, P. L'acuité, dans cette classe, parcourt donc une espèce de courbe dont les deux extrémités sont plus ou moins graves, mais n'ont pas besoin de l'être semblablement.

Cependant il y a d'autres types : les successions aiguë-grave-aiguë, inverse de la précédente (IP''^'', 5 exemples); grave-aiguë-grave-aiguë, le « doppelt steigender Ton » de Sievers (III, 2 exemples) ; grave-aiguë-grave-aiguë-grave (IV, 2 exemples) ; grave-aiguë (V, 20 exemples) ; aiguë-grave

]. Cité par M. l'abbé Rousselot, Principes, p. 830.

(VI, 2 exemples); monotone-grave (VII, 2 exemples). Toutes ces combinaisons peuvent présenter, comme on le constate par le précédent tableau, des périodes plus ou moins étendues où la voix reste à peu près stable. Une analyse plus exacte permettrait sans doute' de déterminer des variations plus nuancées. Ces mesures, quelque grossières qu'elles soient, sont toutefois d'une sensibilité suffisante, et nos observations concordent dans l'ensemble avec celles de M. l'abbé Rousselot '.

Que faut-il retenir de cette enquête ? D'abord que la hauteur musicale d'un son n'est jamais constante et que, là même où elle paraît se maintenir sans changement pendant plusieurs demi-dixièmes de seconde, des évaluations plus exactes feraient apparaître de très légers écarts d'acuité. On peut cependant admettre, si l'on renonce à raffiner sur le détail, qu'il se rencontre toujours un certain point où la hauteur reste à peu près égale. Ce point, pour Vu de M. Rigal, serait l'espace compris à partir du septième chiffre jusqu'au dernier. Disons aussi que nos calculs, malgré leur imperfection, permettent d'exclure l'hypothèse d'une voyelle, du moins à l'état libre, qui serait absolument monotone, car la voix ne peut émettre une note aussi stable que celle produite par un diapason.

Ce n'est point tout. Une voyelle isolée n'hésite guère, d'après les exemples donnés plus haut, qu'entre deux formes principales dont la seconde est trois fois plus fréquente que la première : elle peut aller du grave à l'aigu et y demeurer ou bien suivre la même modulation pour revenir ensuite au grave. En d'autres termes, il y a un affaiblissement général de l'acuité au début et assez souvent h la fin de la voyelle ; la hauteur maxima a tendance à s'établir à l'intérieur de la période musicale, jamais à l'attaque, plus rarement au moment où le son va s'éteindre. Il est inutile d'ajouter que les modifications d'acuité sont insensibles et non aussi brusques que nos chiffres pourraient le faire croire, enfin que toute autre voix, celle d'une basse ou d'un soprano, procéderait de façon identique : le registre seul serait changé.

Mais comment les voyelles se comportent-elles dans les mots? Deux voyelles placées l'une au commencement, l'autre à la fin d'un mot, sontelles semblables, manifestent-elles des variations qui ne sont soumises à aucune loi, ou peut-on déterminer un rapport quelconque entre la première et la seconde ?

Nous avons eu recours aux groupes artificiels que nous avons déjà utilisés pour l'examen de la durée : àtà, âtâ, âtà, àtâ, ètè, été, été, été, àto, otà, ôtô, àtô, àtœ, été, été, été. On sait qu'ils ont été combinés pour permettre de discuter l'opinion soutenue par les théoriciens, opinion selon laquelle le timbre exerce une influence sur la valeur temporelle des sons. Mais pour la hauteur musicale, cette extrême variété de voyelles n'est pas nécessaire, puisqu'il est évident que l'acuité est indépendante du timbre. Aussi bien faut-il considérer toutes les combinaisons qu'on va citer comme équivalentes d'une combinaison uniforme et neutre ata, sans attacher d'importance à la sonorité particulière des éléments composants. Les analyses ont porté sur 90 graphiques, et les exemples ont été prononcés, lors de l'inscription, comme des mots qui seraient incorporés à une phrase, mais qui n'en constitueraient point la fin.

Le sort de la première voyelle et celui de la seconde doivent être considérés séparément. La première revêt les formes ci-dessous, et les chiffres indiquent la hauteur de tranches successives dont chacune a duré 5" :

I été — 400-440-440 — (grave-aiguë)

II été — 560-600-580 — (grave-aiguê-grave)

III été — 480-480-460 — (aiguë-grave)

IV été — 560-560-560 — (monotone)

J'ai rencontré 39 exemples de la première succession (I), 21 de la seconde (II), 9 de la troisième (III), 21 de la quatrième (IV). En réalité, ces résultats ne sont dus qu'à l'insuffisance de mes évaluations, et les types III et IV se ramènent aux deux premiers. A mesure, en effet, que la

I. Abbé Rousselot, Principes, p. 1090. La terminologie de M. l'abbé Rousselot est un peu différente de la nôtre ; les résultats sont les mêmes.

LoTE. — L'alexandrin. ïO

voyelle devient plus courte, le temps de préparation dont elle a besoin pour atteindre sa hauteur maxinia se réduit considérablement ; c'est l'affaire d'une ou deux vibrations qui ont des chances de ne pas laisser de traces dans mes calculs, puisque je n'ai pas tenu compte des fractions minimes mesurées par mon compas.

Si donc l'on admet cette correction, — et il faut l'admettre — la première voyelle d'une formation dissyllabique va du grave à l'aigu et s'y maintient, ou bien suit la même modulation pour revenir ensuite au grave. En d'autres termes, il y a souvent, mais non d'une façon constante, abaissement de l'acuité devant la consonne subséquente. La cause en est dans un relâchement du larynx qui se produit généralement sur cette consonne et qui se prépare avant qu'elle soit articulée. Le fait a déjà été noté par M. l'abbé Rousselot '.

La seconde voyelle à son tour revêt ces formes :

I àtà — 360-360-360-360-380 (grave-aiguë)

II àtà — 560-600-600-580 (grave-aiguë-grave)

III ctè — 640-620-520-360 (aiguë-grave)

J'ai rencontré 76 exemples de la première succession (I), 6 de la seconde (II), 8 de la troisième (III). On ne peut cependant tirer aucun argument de ces fréquences, car d'autres expériences montrent que la disposition des hauteurs musicales dans les syllabes finales varie avec l'expression. Il suffit de retenir que l'acuité maxima peut s'établir soit au début, soit à la fin, soit sur une des tranches intérieures de la voyelle terminale. L'influence de la consonne antécédente se manifeste souvent, au point de contact, par un léger abaissement de la voix. Il faut noter pour ces exemples, comme pour la série qui précède, qu'une note peut être maintenue sans grandes variations pendant plusieurs demi-dixièmes de seconde. Si l'on passe enfin à la question du rapport dans lequel se trouvent la première et la seconde voyelle, on constate, pour tous les graphiques analysés, que la seconde est plus haute que la première. Cette règle, dans les conditions de déclamation signalées, est absolue ^ Le registre, il est vrai, peut changer ; il peut être grave :

àtà — à t à

ou aigu :

ètè — è t è

mais la relation est toujours la même : l'acuité, comme la durée, se détermine par comparaison.

Poursuivons cependant notre enquête. Nous venons de constater que la voyelle finale d'une formation artificielle dissyllabique est musicalement plus élevée que celle dont elle est précédée. Il nous faut maintenant rechercher si, pour les voyelles composantes de groupements plus étendus, il y a également progression de hauteur. Si l'on préfère une autre formule, la seconde voyelle est-elle moins grave que la première, la troisième que la seconde, et certaines d'entre elles présentent-elles régulièrement un accident d'acuité selon la place qu'elles occupent ?

Nous avons ici utilisé les combinaisons a/a, atata, atatata; elles ont été traitées dans la prononciation comme si elles ne constituaient pas une

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