suivante
éments syllabiques :
da
da
da
Il n'y aurait même aucun inconvénient à ne point transcrire les consonnes :
a da da
da 360-400 O
La combinaison serait alors analogue à la formation atatata, réduite comme ci-dessus, et où la consonne est sourde
a ta ta ta
MOTS FRANÇAIS : COMPOSITION ET ACUITÉ DES SYLLABES
Cei chiffres permettraient de se rendre compte que pour adadada la voix, attaquant sur 320 v. s. la première syllabe, a atteint 340 v. s. sur la seconde, 360 sur la troisième, 400 sur la quatrième, et que cette acuité maxima n'est suivie d'aucun fléchissement de la hauteur. De même, pour apapapa, la voix attaquant sur 340 v. s. la première syllabe, a atteint 380 v. s. sur la seconde, 440 sur la troisième, 480 sur la quatrième pour s'abaisser à la fin de celle-ci sur un ton beaucoup plus grave. Dans les deux cas la ligne mélodique est suffisamment indiquée; on constate que la syllabe finale est la plus aiguë du groupe et qu'une progression musicale s'établit de la première à la dernière.
Cependant cette progression peut être interrompue. Dans les groupements étendus, conformément à ce qui se passe pour la durée et si l'on prend pour point de départ la finale, il tend à s'établir un mouvement ondulatoire qui frappe d'une forte acuité, de deux en deux, les syllabes qui précèdent la dernière. Cette disposition n'a rien d'obligatoire, et dans la série inscrite nous n'en avons rencontré que quatre exemples : abababa, aeamea, ajajnja^ ainamama. Toutefois ces groupes ne peuvent être traduits que par le schéma •••O, au lieu du schéma •••O qui convient aux autres combinaisons. Ces quatre cas particuliers, si l'on y prend bien garde, posent en somme la question du rythme alternant ou iambique, question que nous nous réservons d'examiner en son lieu et place. Ajoutons enfin que l'accent d'acuité secondaire, au vu du tracé, peut n'être concomitant d'aucun accident temporel analogue.
Il est cependant évident qu'une formation factice comme ata ne doit pas se comporter d'une façon bien différente d'un mot français réel. Il nous faut donc maintenant nous efforcer de définir les lois de hauteur musicale auxquelles obéissent les termes de la langue courante, et chercher s'ils présentent les mêmes caractères que les combinaisons déjà examinées.
Ici encore nous nous sommes servi des mots que nous avons déjà utilisés pour le calcul des durées. Nous rappellerons quels ils sont : ratnàs (ramasse), ramàsé (ramasser), àkaj (encage), àkajé (encagé), balàs (balance), balàsé (balancé), àpl (ample), àplàr (ampleur), àplifyé (amplifier), àplifikasyô (amplification), ha (bat), batày (bataille), batayô (bataillon), két (côte), kétyé (côtier), kôlwayé (côtoyer), som (somme), somèy (sommeil), jomey (sommeiller). Tous ont été prononcés dans les mêmes conditions de déclamation que les groupes, artificiels analysés plus haut, c'est-à-dire comme des mots qui seraient incorporés à une phrase, mais qui n'en constitueraient point la fin. On a dressé ce tableau des hauteurs musicales en transcrivant entre parenthèses les consonnes sourdes auxquelles les chiff'res ne s'appliquent pas.
ramàs
ramàsé
is)é
àkaj
LoTE. — Viiîexandrin.
lé2
àkajé
ik)a ■
balàs
baldsé
àpl
4 éo-480-480-440-440-3 80
àplàr
àplifyé
ip)l
àplifikasyô
ipy
ba
batày
balaya
kôt
{k)ôit)
MOTS FRANÇAIS : COMPOSITION ET ACUITE DES SYLLABES
kôtyé
kôtwayé
soin
somèy
is)o
ni
someyé
<is)o
Toutes les règles que nous avons établies se trouvent ici vérifiées. Il n'y a pas de hauteur absolue frappant certaines syllabes, celles qui reçoivent le signe O ne sont aiguës que par rapport à celles dont elles sont précédées et l'élévation maxima n'est point proportionnelle à la longueur du mot. L'analyse du graphique indique en outre que, partout, c'est la voyelle qui est l'élément le plus important; les autres articulations lui sont en effet égales ou inférieures en acuité, mais ne l'emportent point sur elle : les exceptions sont assurément très peu fréquentes, et notre tableau n'en présente qu'un seul exemple dans le mot som.
D'autre part, si, à l'intérieur des syllabes, on compare les uns aux autres les éléments composants, il y a encore confirmation des résultats obtenus pour les groupements artificiels : abaissement de l'acuité vocalique au contact de la consonne dans les conditions définies, variations musicales d'autant moins sensibles que l'articulation est moins longue.
Cependant, si l'on veut étudier le rapport des syllabes entre elles, il n'est point nécessaire de reproduire toutes les mesures prises. Comme pour les combinaisons factices, il suffit d'indiquer pour la première voyelle la note la plus basse, celle sur laquelle se fait le départ de la voix; puis, pour les autres, l'acuité la plus forte qu'on aura constatée, bref de procéder aux réductions dont nous avons donné l'exemple :
Ainsi le mot àkajé, au lieu d'être conservé tel que nous l'avons transcrit d'abord :
peut se restreindre aux chiffres suivants :
ou, en réunissant les divers éléments syllabiques
ka
je
Ces mesures permettent de reconnaître que la voix, partant de 320 v. s. sur la première syllabe, a atteint 400 v. s. sur la seconde, 480 sur la troisième, et que cette acuité maxima n'est suivie d'aucun fléchissement de la hauteur. Si l'on procède de même pour tous les mots enregistrés, on constate plus facilement que dans chacun d'eux il y a progression musicale de la première syllabe à la dernière, sans qu'ici le mouvement ondulatoire rencontré dans quelques groupes artificiels se soit nulle part fait sentir, preuve que l'alternance rythmique n'est pas indispensable.
Cependant l'observation la plus importante est celle-ci : les mots, au point de vue de la syllabe, sont l'équivalent exact des formations factices analogues ; ramâs est semblable à ala ('O), âplifyé à atata('*0'^^ comme àplifykasyô le serait à atatatata (•••*0). Ainsi la syllabe la plus aiguë est toujours la dernière du mot, du moins dans une prononciation non emphatique et quand il n'y a pas fin de phrase. Si l'on considère que cette dernière syllabe est dans notre langue celle que les grammairiens désignent sous le nom de tonique, on aboutit à cette conclusion qu'ira français, toute syllabe tonique porte l'accent de hauteur musicale, c'est-à-dire que la voix s'élève sur elle plus que sur les précédentes, selon la loi de relativité que nous avons exposée. La démonstration en avait déjà été faite par M. l'abbé Rousselot ', tandis que M. Bourdon au contraire, au temps où il procédait sans instruments, s'était montré plus timide : « Nous avouons pourtant, écrivait-il ^, que l'existence d'un tel accent de hauteur sur la dernière syllabe des mots français, laquelle, comme on sait, est généralement le siège de l'accent syllabique d'intensité, peut être contestée. Cet accent, que nous croyons exister, est si peu élevé, qu'il faut la plus grande attention et l'habitude d'observer le phénomène pour le remarquer. »
La question a longtemps préoccupé les philologues et les musiciens. Les grammairiens latins reconnaissent souvent que l'accent, pour nous servir du terme général qu'ils employaient, s'accompagne d'une acuité plus forte, et Denys d'Halicarnasse fixe en grec l'élévation de la voix à une quinte. Ces témoignages de l'antiquité étaient une raison suffisante pour que l'on tentât au xviii= siècle de découvrir dans notre langue des phénomènes analogues. Mais, en outre des causes qu'on énumérera plus loin, on se laissa égarer par les dénominations courantes : accent aigu, accent grave, accent circonflexe, signes graphiques qui désignent seulement des diff"érences de timbre, et l'on échoua.
L'abbé Scoppa ^ a résumé les idées de ses prédécesseurs immédiats; tous ont nié que le français pût égaler en beauté le grec ou le latin, parce qu'ils ne pouvaient reconnaître à notre langue un accent fixe qui dans chaque mot fit élever la voix sur une syllabe déterminée. L'abbé d'Ohvet dans son Traité de prosodie recherche s'il y a des élévations et des abaissements réguliers de hauteur à des places invariables et répond par la négative. « J'ai consulté, dit-il, au défaut des livres, quantité de personnes qui parlent bien : elles sont convenues que notre langue ne connaissait point l'accent prosodique, c'est-à-dire des syllabes qui demandent d'être abaissées ou élevées. » J.-J. Rousseau, dans son Essai sur l'origine des langues, appelle grammatical l'accent d'acuité et conclut de même : « Nous autres Français croyons avoir ces accents dans notre langue et nous n'en avons pas...; les langues modernes de l'Europe sont toutes plus ou moins dans le même cas; je n'en excepte pas même l'italienne. » L'abbé Batteux, écrivant ses Principes de la littérature, veut prouver que les mots ont des accents avec élévation et abaissement de la voix; il admet que l'accent aigu, signe graphique, détermine une hauteur plus forte, et il accorde que l'acuité ne peut trouver place que sur une seule syllabe de chaque mot, quelque long qu'il soit, mais il ne sait quelle est cette syllabe. C'est selon lui la pénultième, dans ardeur, fleuri, sommet, maison, et l'antépénultième dans pressentiment, admirablement, religion.
1. Abbé Rousselot, Précis de prononciation française , p. 96-99.
2. Bourdon, Expression des émotions et des tendances dans te langage, p. 53.
3. Abbé Scoppa, Des beautés poétiques de toutes tes langues, considérées sous le rapport de VaccenI et du rythme (1816).
MOTS FRANÇAIS : COMPOSITION ET ACUITE DES SYLLABES
Ces erreurs des grammairiens sont explicables. L'accent musical est en effet soumis à de certaines instabilités dont on peut cependant rendre compte. Il y en a d'abord une qui ne fait point difficulté. Dans les mots terminés par une syllabe féminine (consonne + t muet), c'est la pénultième, non la finale, qui est tonique, et c'est par conséquent sur la pénultième que s'opère l'élévation de la voix. Le phénomène est absolument semblable à celui que nous avons constaté pour la durée. En effet, pour les mots qui figurent dans notre précédent tableau, toutes les fois que Xe muet a été prononcé, nous nous trouvons en présence d'un schéma 'O* ou O».
rainàsœ
àhajœ
balàsœ
is)œ
àplœ
ipy
kôtœ
somœ
Partout Ve muet marque une dépression musicale; en règle générale et presque absolue ', il ne peut supporter l'accent d'acuité. Cependant le traitement de la syllabe féminine n'aurait point à lui seul égaré les grammairiens s'ils ne s'étaient aussi trouvés en présence de faits plus délicats. C'est qu'en effet la règle que nous avons donnée est seulement valable s'il y a suspension \ et non terminaison du sens. Tout
1. Abbé Rousselot {Précis de pron. fraitf., p. 99). L'auteur cite cependant un exemple où la syllabe féminine est la plus aiguë du mot. J'ai rencontré dans les vers enregistrés quelques cas semblables, mais très rares.
2. Il faut noter que la suspension est d'autant plus nette que dans la voyelle finale l'acuité maxima est plus éloignée de la consonne. File est moins sensible dans la disposition aiguë-grave :
ko tiua yé
480 560 560 560 éoO- 5 40- 360-280
mot prononcé dans des conditions de déclamation différentes, c'est-à-dire considéré comme fin de phrase, se comporte autrement. L'accent d'acuité ne coïncide plus alors avec l'accent de durée, mais remonte d'une ou deux syllabes : on conçoit donc que l'abbé Batteux, regardant les
mots qu'il transcrit comme indépendants d'un ensemble, n'ait pas abouti à une classification satisfaisante : la hauteur musicale variait selon sa prononciation du moment; chez d'autres elle eût été différente. M. Bourdon ' a précisé admirablement le phénomène dont il s'agit et nous reproduirons sa formule qui nous paraît excellente : « La cadence mélodique des phrases susceptibles d'en avoir une n'est pas chez tous ni toujours chez le même individu la même. De même que certains suppriment en signant la dernière lettre, d'autres les deux dernières lettres de leur nom, de même en parlant, certains, quand la phrase se termine par une chute de la voix, commencent à laisser tomber la voix sur la dernière syllabe, d'autres sur l'avant-dernière, d'autres plus tôt encore. »
Voici donc un petit nombre dégroupes artificiels et de mots articulés comme s'ils constituaient une fin de sens. La distribution des hauteurs musicales, on pourra le constater, est celle que nous venons de définir. Nous ne donnons que des chiffres réduits (cf. tableau ci-contre). On peut lire que pour le groupe ahababa la voix s'élève de 380 v. s. sur la première syllabe, à |40 sur la seconde ; elle atteint son acuité maxima sur la troisième (460) pour s'abaisser sur la finale. Pour le mot balàsé le processus est quelque peu différent ; l'acuité maxima se rencontre à l'initiale et l'abaissement se fait par degrés jusqu'à la dernière syllabe.
Il ressort en outre de ce tableau que, si la fin de sens se manifeste par une chute de la hauteur musicale, la voix en s'éteighant ne tombe pas régulièrement sur la même note. D'autre part,
elle l'est davantage dans la disposition grave-aiguë :