‹ L'alexandrin d'apres la phonétique expérimentaleChapitre 197 sur 250 · Abbé Rousselot, Pritic, p · texte numérisé non relu

Abbé Rousselot, Pritic, p

2. Poirot, Quantité et accent dynamique (Mémoires de la Société néo-philologique, à Helsingfors, IV).

3. Abbé Rousselot, o/». «7., p. 350-551 et 1087, fig. 150, 152, 154.

lisme des lois qui régissent le langage au triple point de vue de la durée, de la hauteur musicale et de l'intensité. En effet, au' point de vue du temps et dans une déclamation non emphatique, la consonne, comme nous l'avons noté, ne peut être qu'égale (sensiblement) ou inférieure à la voyelle ; de même, comme nous l'avons encore remarqué, la consonne au point de vue musical peut être seulement identique à la voyelle ou plus grave qu'elle ; de même enfin, si l'on considère les audibilités, la consonne, en comparaison delà voyelle, ne joue qu'un rôle effacé.

Si donc nous voulons étudier le rapport des syllabes entre elles dans les combinaisons enregistrées à l'appareil, il n'est pas besoin de transcrire toutes les mesures prises ; il suffira, pour la première voyelle, d'indiquer la compréhensibilité la plus faible, celle sur laquelle se fait le départ de la voix ; puis, pour les autres, l'intensité la plus forte qu'on aura constatée ; enfin, pour la dernière, qui est en même temps la plus longue et la plus aiguë, deux distances d'audition, la plus restreinte et la plus considérable, dont l'ordre suffira à rendre apparente, s'il y a lieu, la forme de la modulation.

Donc le groupe atatata, au lieu d'être conservé tel que nous l'avons donné :

ta

ta

ta

ta

peut être réduit de la manière suivante :

De même la combinaison asasasa, au lieu d'être transcrite dans ses variations multiples :

a sa sa sa

peut être résumée ainsi :

sa

sa

sa

Ces chiffres permettent de se rendre compte que dans atatata la voix attaque le premier» en lui conférant une audibilité miiiima de 25'", que l'audibilité maxima du second est de 70", du troisième de 70"" également, que l'effort fourni sur le dernier lui permet d'être perceptible à 115"', puis que le son s'affaiblit de plus en plus et que, quand il s'éteint, il n'est plus entendu qu'à 45". De même pour asasasa, la voix attaque le premier a en lui conférant une audibilité minima de 105""; l'audibilité maxima du second a est de 165"', celle du troisième 135"; l'effort fourni sur le dernier lui permet d'être perceptible à 180"", puis le son s'affaiblit et n'est plus entendu qu'à 30™ quand il s'éteint. Si la première syllabe avait possédé une distance d'audition de 175", selon la progression 105-175, nous aurions conservé ces deux nombres et le signe a, qui affecte la seconde syllabe, aurait été reporté dans la première au-dessous du chiffre 175. Dans les deux exemples cités, la modulation est suffisamment indiquée une fois que la réduction est faite. Si l'on se reporte au grand tableau des pages précédentes, on constate que la syllabe finale est la plus intense dans chacun des groupes inscrits et qu'une progression dynamique s'établit de la première à la dernière.

Cependant cette progression peut être interrompue et la règle n'est pas sans exceptions. Dans les formations étendues, conformément à ce qui se passe pour la durée et la hauteur musicale, il tend à s'établir un mouvement ondulatoire qui frappe d'une plus forte intensité, de deux en deux.

MOTS FRANÇAIS : COMPOSITION ET INTENSITÉ DES SYLLABES 273

les syllabes qui précèdent la dernière. Cette disposition n'a rien d'obligatoire et dans la série inscrite nous n'en avons constaté que sept exemples : afafafa, asasasa, ajajaja, ananana, ararara, puis, si l'on veut, quoiqu'une autre explication soit possible : akaka, alala. Ces groupes ne peuvent être traduits que par les schémas * a*A et a*A au lieu des schémas * * aa et a * a qui conviennent aux autres combinaisons. Il faut bien noter que les consonnes participent aussi aux accidents secondaires qui frappent le groupement enregistré. Nous reproduisons ici une formation apapapa

FiG. 26. — Pur le sommet extrême du dernier p est menée une ligne horizontale pointillée, parallèle à celle que trace la plume à l'état de repos. Cette ligne pointilléc passe plus près du premier^' que du second : celui-ci est donc moins fort. Les amplitudes des vo3'elles montrent de même que l'énergie a été plus grande à la seconde syllabe qu'à la troisième. Dans ce cas particulier, on peut le noter encore, l'intensité est concomitante de la durée.

(fig. 26) qui n'est point celle analysée dans le précédent tableau. Nous avons mené une ligne parallèle à celle tracée par la plume à l'état d'inertie ; elle est tangente à l'explosion du dernier p. Or on voit nettement que la seconde consonne est plus forte que la troisième ; les amplitudes de la voyelle qui lui est jointe sont aussi plus grandes. La seconde syllabe supporte évidemment un accent d'intensité accessoire. La courbe décrite par les consonnes spirantes permet souvent de faire les mêmes constatations.

Lès sept exceptions énumérées, si l'on y prend bien garde, posent en somme la question du rythme alternant ou iambique, question posée aussi à propos de la durée et de l'acuité : nous nous réservons de l'examiner en son lieu et place. Des expériences répétées prouvent que l'accent d'intensité secondaire peut n'être concohiitant d'aucun accent temporel ou musical analogue, indépendamment des cas où le timbre seul confère à l'une des syllabes intérieures une audibilité plus grande. Toutefois, et sans rechercher plus amplement dans quelles conditions se manifeste le rythme alternant, la tendance signalée est combattue par un phénomène d'un autre ordre que d'autres exemples font ressortir : abababa, avavava, et même, si l'on veut, akaka et alala. Dans les deux premiers groupes, il y a eu effort sur le premier a, de telle sorte que, abstraction faite de la première tranche nécessairement faible, on peut dire que l'attaque de la combinaison inscrite a été particulièrement énergique ou, en d'autres termes, qu'un accent d'intensité secondaire peut frapper la première syllabe d'une combinaison inscrite '. Pour akaka dont le premier a possède une puissance acoustique supérieure à celle du troisième, et pour alala, on peut hésiter entre cette dernière interprétation et celle donnée plus haut.

Nous procéderons comme nous l'avons déjà fait pour la durée et l'acuité. Nous nous efforcerons maintenant de définir les lois d'intensité auxquelles obéissent les termes de la langue courante, et de chercher s'ils présentent les mêmes caractères que les groupements déjà examinés.

Ici encore nous nous sommes servi de la série de mots que nous avons précédemment utilisés pour le calcul des valeurs temporelles et musicales. Ces mots sont les suivants : rainas (ramasse), rawâsé (jamasseT'), à/ca/ (encage), àÂ'tf/V (encagé), balàs (balance), balâsé (balancé), âpl (ample),

1 . Peut-être aussi est-ce là seulement un phénomène de nature oratoire.

LoTE. — VaUxandrir. JS

àplàr (ampleur), àplifyé (amplifié), âplifikasyô (amplification), ba (bat), batày (bataille), batayô (bataillon), kôt (côte), kolyé (côtier), kotwayé (côtoyer), sont (somme), somèy (sommeil), someyé (sommeiller). Tous ont été prononcés sous les mêmes conditions de déclamation que les groupes artificiels analysés plus haut, c'est-à-dire comme des mots qui seraient incorporés à une phrase, mais qui n'en constitueraient pas la fin. Nous avons dressé ce tableau des intensités où les chifiires s'appliquent seulement aux voyelles :

On)à(s)

ramàs

ramàsé

(ryi

im)â

àkaj

{kHO

àkajé

iio-i 10-95

balâs

balàsé

oy

àpl

à(pO

àplœr

(pOKr)

âplifé

(pl)i

iOy

âplifikasyô

(pl)i

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