SO 55 12Ô
On reconnaît que le rapport des accents dans les membres métriques premier et troisième n'est pas constant, qu'il l'est au contraire dans les pieds second et quatrième sans qu'il y ait là la moindre nécessité. Un autre sujet aurait pu articuler autrement. Les mêmes variations se rencontrent dans toutes les énumérations quand elles ne comportent pas de gradation nécessaire. Quant à l'identité des temps marqués dynamiques dans une série de combinaisons rythmiques successives, elle ne peut se rencontrer qu'exceptionnellement et par un pur hasard. Les amplitudes sont en eifet naturellement dissemblables, et la dépense d'air, différente selon la nature de la voyelle, suffît à établir un désaccord, si léger qu'il soit. L'égalité de force mécanique serait-elle d'ailleurs réalisée que le calcul des audibilités détruirait la concordance trouvée.
Les précédentes observations montrent que dans le vers français il n'y a pas de syllabe qui soit destinée, par la place qu'elle occupe, à supporter l'effort le plus considérable de la voix. Il n'y a point de privilège d'énergie qui soit attaché à tel élément du vers, et par conséquent tous peuvent, le cas échéant, selon la qualité de leurs éléments, les indications du texte, ou la volonté de celui qui déclame, recevoir un accent d'intensité supérieur aux autres accents du vers. D'ailleurs les lins de phrase ou les pieds métriques traités comme une conclusion provoquent non seulement un changement dans la position de l'accent, mais déterminent encore un affaiblissement de la voix. Enfin, il faut toujours compter avec les déplacements oratoires, qui éventuellement modifient la composition des groupes rythmiques. C'en est assez pour qu'il ne puisse s'agir d'une prérogative quelconque dont jouiraient certains temps marqués. Le fragment d'Hernaiii inscrit et analysé par nous permet de dresser les deux tableaux suivants. Dans le premier il s'agit des intensités brutes (à gauche), dans le second des intensités potentielles (à droite). Dans l'un et
LE SENS ET LE RYTHME : LA SUBORDINATION DES ACCENTS
l'autre nous indiquons, pour chaque sujet et pour chaque vers, sans tenir compte des accidents secondaires, les deux syllabes accentuées ' qui sont affectées du relief le plus considérable :